{"id":1933,"date":"2024-12-16T09:06:50","date_gmt":"2024-12-16T09:06:50","guid":{"rendered":"https:\/\/acadimianet.com\/?p=1933"},"modified":"2024-12-16T09:06:50","modified_gmt":"2024-12-16T09:06:50","slug":"la-princesse-narkes-et-limam-hassan-al-askari","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/acadimianet.com\/?p=1933","title":{"rendered":"La princesse Nark\u00e8s et l\u2019Imam Hassan al-\u2019Askari"},"content":{"rendered":"<div class=\"wpb-content-wrapper\"><p>[vc_row css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1734340005036{background-color: #F2EBEB !important;}\u00a0\u00bb mobile_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb tablet_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb woodmart_parallax=\u00a0\u00bb0&Prime; woodmart_gradient_switch=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb row_reverse_mobile=\u00a0\u00bb0&Prime; row_reverse_tablet=\u00a0\u00bb0&Prime; woodmart_disable_overflow=\u00a0\u00bb0&Prime;][vc_column width=\u00a0\u00bb1\/6&Prime;][\/vc_column][vc_column width=\u00a0\u00bb2\/3&Prime; css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1734339985335{background-color: #FFFFFF !important;border-radius: 20px !important;}\u00a0\u00bb mobile_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb tablet_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb woodmart_parallax=\u00a0\u00bb0&Prime; woodmart_sticky_column=\u00a0\u00bbfalse\u00a0\u00bb parallax_scroll=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb mobile_reset_margin=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb tablet_reset_margin=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb][vc_column_text css=\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb woodmart_inline=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb text_larger=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">L\u2019hagiographie du XII\u00e8me Imam est riche d\u2019\u00e9pisodes et de traditions qui rec\u00e8lent en eux des tr\u00e9sors insoup\u00e7onn\u00e9s de profondeurs gnostiques multiples. Nous allons pour cet article nous concentrer sur l\u2019\u00e9pisode que nous pouvons qualifier de prologue de la vie de l\u2019Imam Mohammad al-Mahdi, celui du mariage de ses parents, le XI\u00e8me Imam, Hassan al-\u2019Askari et la princesse byzantine Nark\u00e8s (Narcisse). La traduction compl\u00e8te en fran\u00e7ais du r\u00e9cit qu\u2019en fait Shaykh Sadough se trouve dans le quatri\u00e8me volume d\u2019En islam iranien de Henry Corbin qui en fait d\u2019ailleurs un commentaire admirable [1]. Notre propos n\u2019est donc pas ici de reprendre ou de paraphraser ce dernier mais plut\u00f4t d\u2019explorer d\u2019autres dimensions de ce r\u00e9cit hagiographique qui m\u00e9ritent qu\u2019on s\u2019y attarde. Deux aspects de ce prologue nous int\u00e9ressent ici tout particuli\u00e8rement : les songes initiatiques que Nark\u00e8s re\u00e7oit \u00e0 Byzance et son p\u00e9riple de Byzance \u00e0 Samarra en passant par Bagdad.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Dans le r\u00e9cit de Shaykh Sadough, l\u2019Imam \u2019Ali Naqi, dixi\u00e8me Imam et p\u00e8re de l\u2019Imam Hassan al-\u2019Askari, envoie son fid\u00e8le serviteur Bashar ibn Solaym\u00e2n Nah\u00e2s \u00e0 Bagdad pour y trouver une jeune captive grecque \u00e0 qui il est sens\u00e9 lui remettre une lettre qu\u2019il a r\u00e9dig\u00e9e en grec. Il lui remet \u00e9galement deux cent vingt dinars pour l\u2019acquisition de la garde de la jeune captive. L\u2019Imam donne \u00e0 Bashar tous les d\u00e9tails n\u00e9cessaires afin qu\u2019il reconnaisse la jeune femme et lui indique le lieu, l\u2019heure ainsi que le nom du propri\u00e9taire de la barque transportant les captives. A Bagdad, Bashar retrouve la jeune captive grecque en question qui refuse les propositions de tous ceux qui d\u00e9sirent acqu\u00e9rir sa garde. C\u2019est alors qu\u2019apr\u00e8s avoir re\u00e7u des mains de Bashar [2] la lettre de l\u2019Imam \u2019Ali Naqi, la jeune captive affirme au propri\u00e9taire de la barque que s\u2019il ne la laisse pas partir avec Bashar elle se donnera la mort. Apr\u00e8s avoir acquis la garde de la jeune femme, Bashar rentre avec elle \u00e0 sa r\u00e9sidence \u00e0 Bagdad et remarque qu\u2019elle n\u2019a de cesse de porter la lettre de l\u2019Imam \u2019Ali Naqi \u00e0 ses l\u00e8vres pour l\u2019embrasser. Il lui avoue \u00eatre \u00e9tonn\u00e9 par ce geste \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle ne conna\u00eet pas l\u2019auteur de la lettre. C\u2019est alors que la jeune captive r\u00e9v\u00e8le son identit\u00e9 et son r\u00e9cit : elle est Nark\u00e8s, princesse de Byzance, petite-fille de l\u2019empereur byzantin et descendante de Simon Pierre. L\u2019empereur avait tent\u00e9 en vain de la marier \u00e0 son neveu mais la c\u00e9r\u00e9monie fut interrompue et annul\u00e9e de fa\u00e7on surnaturelle. L\u2019empereur renon\u00e7a donc \u00e0 ce projet.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">La nuit suivant cette tentative de mariage Nark\u00e8s re\u00e7oit une vision merveilleuse dans un songe. Dans le monde des visions elle voit J\u00e9sus, Simon Pierre (Sham\u2019\u00fbn) et les autres ap\u00f4tres dans le palais de l\u2019empereur. A la place du tr\u00f4ne se trouve une chaire (minbar) de lumi\u00e8re. Entrent alors Mohammad, \u2019Ali et les onze autres Imams. J\u00e9sus embrasse fraternellement Mohammad qui lui adresse les mots suivants : \u00ab O Esprit de Dieu (R\u00fbh Allah) ! Je suis venu pour te demander la princesse, fille de ton was\u00ee (successeur) Sham\u2019\u00fbn, pour mon propre fils (l\u2019Imam Hassan al-\u2019Askari) \u00bb. J\u00e9sus s\u2019adresse alors \u00e0 Simon Pierre : \u00ab Honneur insigne et noblesse sont venus \u00e0 toi. Noue donc ce lien entre ta propre famille et la famille Mohammad \u00bb. Simon Pierre acquiesce et voici que J\u00e9sus, Mohammad et leurs was\u00ee respectifs montent ensemble sur le minbar de lumi\u00e8re. Le pr\u00f4ne en l\u2019honneur de cette union nuptiale est prononc\u00e9 par le Proph\u00e8te lui-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">La jeune princesse est depuis lors plong\u00e9e dans un \u00e9tat de nostalgie amoureuse que nous aborderons dans la deuxi\u00e8me partie de cet article. Quatorze jours apr\u00e8s la premi\u00e8re vision, Nark\u00e8s a un autre songe o\u00f9 elle voit F\u00e2timah et Marie accompagn\u00e9es de mille houris du paradis. Marie s\u2019adresse \u00e0 la princesse en lui disant : \u00ab Voici celle qui est la reine des femmes et la m\u00e8re de ton \u00e9poux, l\u2019Imam Hassan al-\u2019Askari \u00bb. Nark\u00e8s saisit alors le bord de la robe de F\u00e2timah, se met \u00e0 sangloter et se plaint du fait que l\u2019Imam Hassan al-\u2019Askari lui refuse sa vue. F\u00e2timah de lui r\u00e9pondre qu\u2019aussi longtemps qu\u2019elle n\u2019adoptera pas la religion de son \u00e9poux celui-ci ne se montrera point car il lui est impossible d\u2019\u00eatre mari\u00e9 \u00e0 une personne professant la croyance en une incarnation divine (hul\u00fbl). Nark\u00e8s prononce alors la profession de foi islamique et F\u00e2timah l\u2019embrasse tendrement lui annon\u00e7ant que son fils lui rendra visite tr\u00e8s bient\u00f4t.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Nous allons pour la premi\u00e8re partie de cet article en deux parties nous arr\u00eater sur ces deux songes visionnaires afin d\u2019en d\u00e9gager quelques aspects importants. Ce qui frappe tout d\u2019abord c\u2019est la dimension centrale du r\u00eave visionnaire pour ce r\u00e9cit. Depuis Freud, une certaine vision de la psychologie s\u2019est content\u00e9e de voir dans le r\u00eave le reflet des peurs, d\u00e9sirs, frustrations et autres pulsions refoul\u00e9es de l\u2019inconscient. Sans doute ne verrait-elle dans ces r\u00eaves de Nark\u00e8s que la manifestation de d\u00e9sirs refoul\u00e9s voir m\u00eame l\u2019expression d\u2019une r\u00e9volte larv\u00e9e contre l\u2019autorit\u00e9 de son grand-p\u00e8re. Le philosophe indien Sri Aurobindo comparait l\u2019approche psychanalytique freudienne \u00e0 une personne qui explore une vaste for\u00eat avec une petite lampe et qui t\u00e2tonne dans le noir, tr\u00e9buchant sans cesse. La r\u00e9duction en Occident de la triade esprit-\u00e2me-corps au dualisme anima spiritualis vs corpus explique en grande partie l\u2019incapacit\u00e9 de cette \u00e9cole de psychanalyse \u00e0 appr\u00e9hender pleinement la complexit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne du r\u00eave. C.G. Jung et les \u00e9coles qui s\u2019inspirent de lui ont compris que le probl\u00e8me \u00e9tait tout d\u2019abord paradigmatique et qu\u2019il fallait tout d\u2019abord r\u00e9parer cette mutilation de l\u2019anthropologie. L\u2019apport des spiritualit\u00e9s d\u2019Orient pour ces \u00e9coles a \u00e9t\u00e9 fondamental. Les techniques de m\u00e9ditation inspir\u00e9es des religions indiennes, l\u2019utilisation combin\u00e9e de la respiration holotropique et de la musique inspir\u00e9e de certains ordres soufis et l\u2019\u00e9tude de la pratique du r\u00eave lucide dans ces traditions a v\u00e9ritablement r\u00e9volutionn\u00e9 l\u2019approche de la psychanalyse quant au r\u00eave et aux \u00e9tats de conscience tels que l\u2019extase et la transe. Ces \u00e9coles offrent \u00e0 pr\u00e9sent une alternative saine aux th\u00e9rapies classiques puisqu\u2019elles prennent en compte la totalit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain comme esprit-\u00e2me-corps. [3]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">La pratique spirituelle du r\u00eave lucide est connue des spiritualit\u00e9s indiennes o\u00f9 elle est qualifi\u00e9e par le terme de yoganidr\u00e2 ou sommeil yogique. Elle consiste pour l\u2019adepte \u00e0 devenir lucide pendant l\u2019\u00e9tat de r\u00eave par l\u2019usage de techniques de m\u00e9ditations sp\u00e9cifiques et d\u2019exercices mn\u00e9moniques. Cette pratique lui permet non seulement de contr\u00f4ler ses r\u00eaves mais \u00e9galement d\u2019explorer des univers spirituels. [4] Cette pratique est \u00e9galement connue des grands spirituels de l\u2019islam comme Ibn \u2019Arabi qui affirmait la n\u00e9cessit\u00e9 de pouvoir contr\u00f4ler ses pens\u00e9es en r\u00eave. D\u2019apr\u00e8s lui, le fait de veiller ainsi sur le c\u0153ur permet d\u2019acc\u00e9der au monde interm\u00e9diaire (barzarkh) et que cette facult\u00e9 est non seulement d\u2019une grande utilit\u00e9 mais qu\u2019elle doit \u00eatre acquise par tous ceux s\u2019engageant sur la voie spirituelle. [5] Ce monde interm\u00e9diaire en question est le \u2019\u00e2lam al-mith\u00e2l terme que Henry Corbin a brillamment traduit par l\u2019expression monde imaginal. Il le d\u00e9finit ainsi dans son fameux texte intitul\u00e9 Pour une Charte de l\u2019Imaginal : \u00ab\u00a0La fonction du mundus imaginalis et des Formes imaginales se d\u00e9finit par leur situation m\u00e9diane et m\u00e9diatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D\u2019une part, elle immat\u00e9rialise les Formes sensibles, d\u2019autre part, elle \u00ab imaginalise \u00bb les formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal symbolise d\u2019une part avec les Formes sensibles, d\u2019autre part avec les Formes intelligibles. C\u2019est cette situation m\u00e9diane qui d\u2019embl\u00e9e impose \u00e0 la puissance imaginative une discipline impensable l\u00e0 o\u00f9 elle s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e en fantaisie, ne secr\u00e9tant que de l\u2019imaginaire, de l\u2019irr\u00e9el, et capable de tous les d\u00e9vergondages.\u00a0\u00bb [6]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Ibn \u2019Arabi affirme que le r\u00eave lucide peut \u00eatre une porte vers le monde imaginal. Sohrawardi nous explique comment cela est possible gr\u00e2ce \u00e0 la notion de hiss moshtarak que Corbin traduit par sensorium. Selon Sohrawardi, le sensorium est l\u2019organe de perception du corps subtil et de la facult\u00e9 de l\u2019imagination cr\u00e9atrice. Pour ceux qui sont encore assujettis \u00e0 leurs pulsions, peurs et d\u00e9sirs, le sensorium refl\u00e8te ces derniers et ne produit d\u00e8s lors que de l\u2019imaginaire. Il en est autrement de ceux qui ayant purifi\u00e9 leur \u00e2me de l\u2019emprise des t\u00e9n\u00e8bres peuvent acc\u00e9der au monde imaginal par la pratique du r\u00eave. Le r\u00eave est non seulement une voie d\u2019acc\u00e8s vers le monde imaginal, mais \u00e9galement un lieu o\u00f9 les r\u00e9alit\u00e9s et entit\u00e9s du monde spirituel se manifestent au mystique pour le guider. C\u2019est l\u00e0 que le mystique peut rencontrer les proph\u00e8tes et im\u00e2ms dans leurs formes de lumi\u00e8re. Ce genre de r\u00eave joue un r\u00f4le essentiel dans la spiritualit\u00e9 islamique qu\u2019elle soit li\u00e9e aux confr\u00e9ries soufies ou non. Toute une tradition mystique non-confr\u00e9rique dans le sh\u00ee\u2019isme encourage ce genre de pratiques. Ainsi de nombreux manuels de pi\u00e9t\u00e9 sh\u00ee\u2019ite d\u00e9crivent des pratiques permettant au fid\u00e8le de voir l\u2019Imam-e Zam\u00e2n en r\u00eave [7]. Les progr\u00e8s dans le domaine de l\u2019\u00e9tude du r\u00eave lucide nous permettent \u00e0 pr\u00e9sent de comprendre que ces pratiques traditionnelles sont bien loin d\u2019\u00eatre les simples fruits d\u2019une imagination fertile sujette \u00e0 ses d\u00e9sirs et ses peurs refoul\u00e9s comme l\u2019a longtemps sugg\u00e9r\u00e9 la psychanalyse freudienne. Une autre tentation serait de voir dans ces \u00e9v\u00e8nements qui se d\u00e9roulent dans le monde imaginal que de simples all\u00e9gories alors qu\u2019ils sont au contraire bien r\u00e9els. Il n\u2019est cependant pas interdit d\u2019en explorer le ta\u2019wil, l\u2019interpr\u00e9tation \u00e9sot\u00e9rique car toute chose a son exot\u00e9rique (z\u00e2hir) et son \u00e9sot\u00e9rique (b\u00e2tin).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Apr\u00e8s avoir abord\u00e9 la question du r\u00eave comme porte vers le monde imaginal, il nous faut \u00e0 pr\u00e9sent nous arr\u00eater sur la notion centrale qui anime tout ce r\u00e9cit et qui nous aidera \u00e0 appr\u00e9cier la richesse des deux songes que nous avons abord\u00e9 ainsi que du reste du r\u00e9cit. Il s\u2019agit de la notion de mawaddah. Ce terme est d\u00e9riv\u00e9 de la racine arabe wa da da et qui signifie \u00ab avoir de l\u2019affection, \u00eatre constant, fid\u00e8le en amour, aimer, affectionner, ch\u00e9rir, pr\u00e9f\u00e9rer, vouloir, souhaiter, d\u00e9sirer \u00bb. Le mot mawaddah lui-m\u00eame signifie \u00ab affection constante, fid\u00e9lit\u00e9 d\u2019amour, attachement, amour, amabilit\u00e9, amiti\u00e9, cordialit\u00e9, intimit\u00e9 \u00bb [8] et implique \u00e9galement l\u2019id\u00e9e de r\u00e9ciprocit\u00e9 en amour. Dans le Coran ce terme appara\u00eet \u00e0 trois endroits diff\u00e9rents et \u00e0 chaque fois dans un contexte diff\u00e9rent. Il y a tout d\u2019abord celui du mariage mentionn\u00e9 dans le verset suivant : \u00ab\u00a0Wa min ay\u00e2tihi an khalaqa lakum min anfusikum azw\u00e2j\u00e2n litaskun\u00fb illayah\u00e2 wa ja\u2019la baynakum mawaddatan wa rahmatan inna f\u00ee dh\u00e2lika l\u00e2y\u00e2ti liqawmin yatafakkar\u00fbna\u00a0\u00bb (Parmi Ses signes qu\u2019il ait cr\u00e9\u00e9 pour vous \u00e0 partir de vous-m\u00eames des \u00e9pouses, afin qu\u2019aupr\u00e8s d\u2019elles vous trouviez l\u2019apaisement ; qu\u2019Il ait entre elles et vous \u00e9tabli affection et mis\u00e9ricorde, Coran 30 : 21).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Le Coran met ici en avant tout d\u2019abord le fait que le mariage est un signe (ay\u00e2t) de Dieu et que sa finalit\u00e9 est la mawaddah. Nous sommes ici bien loin de la caricature que font certains pol\u00e9mistes qui ne voient dans le mariage en islam qu\u2019un contrat juridique entre deux personnes. Ce verset est d\u2019une importance capitale parce qu\u2019en pla\u00e7ant la mawaddah comme finalit\u00e9 du mariage, il introduit \u00e9galement les notions de maturit\u00e9 intellectuelle et affective ainsi que celle de libert\u00e9 individuelle dans le mariage. Ce lien affectif ne saurait \u00eatre le produit de facteurs ext\u00e9rieurs \u00e0 la conscience individuelle ou de l\u2019immaturit\u00e9. La mawaddah lie le mari et son \u00e9pouse par un lien affectif mutuel et consenti qui lui-m\u00eame trouve son accomplissement dans l\u2019apaisement (litaskun\u00fb illayah\u00e2). Le mariage est donc un bienfait parce qu\u2019il offre un espace de repos, de paix, voire m\u00eame de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et de paix int\u00e9rieure (sakinah) en prenant en compte toutes les dimensions de l\u2019\u00eatre humain corps, \u00e2me et esprit. Son bienfait spirituel a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 amplement dans les traditions des Ahl-e Bayt et des grands spirituels de l\u2019islam. Le verset met d\u2019ailleurs en avant le r\u00f4le des \u00e9pouses comme porteuses de paix, amour et mis\u00e9ricorde et qui fait d\u2019elles des manifestations potentielles du f\u00e9minin divin. [9]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Le mot mawaddah est utilis\u00e9 dans un autre contexte, celui de l\u2019amour pour les Ahl-e Bayt : \u00ab\u00a0Dh\u00e2lika al-ladh\u00ee yubashshiru all\u00e2hu \u2019ib\u00e2dahu al-ladh\u00eena \u00e2man\u00fb wa \u2019amil\u00fb as-s\u00e2lih\u00e2ti qul l\u00e2 asalukum \u2019alayhi ajr\u00e2n ill\u00e2 al-mawaddata f\u00ee al-qurba wa man yaqtarif hasanatan nazid lahu f\u00eeh\u00e2 husn\u00e2n all\u00e2ha ghaf\u00fbrun shak\u00fbrun\u00a0\u00bb (Et voil\u00e0 ce dont Dieu fait l\u2019annonce \u00e0 Ses adorateurs qui croient, effectuent les \u0153uvres salutaires. Dis : \u00ab Je ne vous demande pour cela nul salaire, mais seulement l\u2019affection due aux proches \u00bb. Qui r\u00e9alise une action belle, Nous la lui grandissons en beaut\u00e9, Coran 42 : 23).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Le contexte de ce verset est mentionn\u00e9 dans les hadiths qui relatent un \u00e9pisode de la vie du Proph\u00e8te. Un jour, lors d\u2019un voyage, un b\u00e9douin s\u2019adressa au Proph\u00e8te lui demandant ce qu\u2019il en \u00e9tait de l\u2019individu qui aime des gens dont il n\u2019imite pas les actions. Le Proph\u00e8te de r\u00e9pondre qu\u2019il sera attach\u00e9 \u00e0 celui qu\u2019il aime. Le b\u00e9douin lui demanda alors de l\u2019amener vers l\u2019islam et le Proph\u00e8te lui fit r\u00e9citer la profession de foi et lui expliqua les fondements de l\u2019islam. Le b\u00e9douin lui demanda s\u2019il demandait un salaire pour cela et le Proph\u00e8te de lui r\u00e9pondre : \u00ab Je ne vous demande pour cela nul salaire, mais seulement l\u2019affection due aux proches \u00bb. Le Proph\u00e8te de pr\u00e9ciser que les proches en question sont les Ahl-e Bayt ce \u00e0 quoi le b\u00e9douin r\u00e9pondit : \u00ab Donne-moi ta main que je puisse te d\u00e9clarer mon all\u00e9geance. Aucun bien ne peut \u00eatre esp\u00e9r\u00e9 de celui qui t\u2019aime mais qui ne t\u2019aime pas tes proches. \u00bb [10]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">L\u2019amour pour les Ahl-e Bayt n\u2019est pas une simple question de sentimentalit\u00e9, elle est au c\u0153ur m\u00eame de la tradition sh\u00ee\u2019ite. En effet il faut avoir \u00e0 l\u2019esprit le fait que l\u2019anthropologie sh\u00ee\u2019ite affirme que les croyants (mu\u2019min\u00fbn) ont pr\u00eat\u00e9 un quadruple serment alors qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient que particules dans le monde du pacte (al-\u2019\u00e2lam al-mith\u00e2q) : \u00ab le serment d\u2019adoration (\u2019ub\u00fbdiyya) envers Dieu, serments d\u2019amour et de fid\u00e9lit\u00e9 (wal\u00e2ya) envers Mohammad et sa mission proph\u00e9tique, envers les Imams et leur Cause sacr\u00e9e et enfin envers le mahdi en tant que Sauveur universel de la Fin du Temps. \u00bb [11] La mawaddah envers les Ahl-e Bayt est donc l\u2019expression de ce lien mutuel de fid\u00e9lit\u00e9 d\u2019amour scell\u00e9 lors du fameux pacte pr\u00e9\u00e9ternel : le croyant aime fid\u00e8lement son Imam tout comme ce dernier l\u2019aime. Sans la wal\u00e2ya, l\u2019islam ne serait qu\u2019une religion tronqu\u00e9e, mutil\u00e9e et d\u00e9pourvue de son \u00e2me. D\u2019ailleurs dans la tradition sh\u00ee\u2019ite l\u2019usage dans le Coran du mot hasana ou bonne action est intimement li\u00e9 \u00e0 la notion de la wal\u00e2ya. C\u2019est le cas du verset 42 : 23 qui utilise \u00e9galement l\u2019expression hasana quand il affirme que celui qui r\u00e9alise une action belle, Nous la lui grandissons en beaut\u00e9 (wa man yaqtarif hasanatan nazid lahu f\u00eeh\u00e2 husn\u00e2n all\u00e2ha ghaf\u00fbrun shak\u00fbrun). Nous reviendrons plus tard sur l\u2019\u00e9tymologie du mot hasana et de son importance dans la deuxi\u00e8me partie de cet article. La relation entre le mot hasana et la notion de wal\u00e2ya est illustr\u00e9e par de nombreux hadiths comme celui-ci : \u00ab\u00a0La wal\u00e2ya de \u2019Ali est une bonne action (hasana) que ne peut entamer aucune faute\u2026tout comme la wal\u00e2ya des adversaires (add\u00e2d) de \u2019Al\u00ee est une mauvaise action que rien ne peut effacer.\u00a0\u00bb [12]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">La wal\u00e2ya est l\u2019axe autour duquel s\u2019articulent et la th\u00e9ologie sh\u00ee\u2019ite et la vie du croyant sh\u00ee\u2019ite. De nombreux hadiths mart\u00e8lent ce fait et nous font r\u00e9aliser qu\u2019on ne peut, comme l\u2019ont fait certains orientalistes, r\u00e9duire le sh\u00ee\u2019isme \u00e0 un mouvement politique. Au contraire, la notion de wal\u00e2ya confirme la nature profond\u00e9ment spirituelle du sh\u00ee\u2019isme. Dans un autre hadith, Dieu s\u2019adresse au Proph\u00e8te en affirmant : \u00ab\u00a0J\u2019ai cr\u00e9\u00e9 les sept cieux et ce qu\u2019ils contiennent ; J\u2019ai cr\u00e9\u00e9 les sept terres et ce qu\u2019elles portent\u2026Si un de Mes serviteurs M\u2019a invoqu\u00e9 depuis le d\u00e9but de la cr\u00e9ation (jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9surrection o\u00f9) il vient \u00e0 Ma rencontre en rejetant la wal\u00e2ya de \u2019Ali, Je le pr\u00e9cipiterai en enfer.\u00a0\u00bb [13]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">La wal\u00e2ya est donc le c\u0153ur de la tradition sh\u00ee\u2019ite comme l\u2019exprime si bien l\u2019Imam Ja\u2019far : \u00ab\u00a0Toute chose a un secret, le secret de l\u2019islam c\u2019est le shi\u2019isme (litt\u00e9ralement : les sh\u00ee\u2019ites, al-sh\u00ee\u2019a) et le secret du shi\u2019isme c\u2019est la wal\u00e2ya de \u2019Al\u00ee.\u00a0\u00bb [14]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">La mawaddah mentionn\u00e9e dans le verset 42 : 23 est donc lourde de sens puisqu\u2019elle met en \u00e9vidence la wal\u00e2ya comme un amour en action \u00e0 la fois belle et bonne (hasana) et comme lien mutuel de fid\u00e9lit\u00e9 d\u2019amour entre le sh\u00ee\u2019ite et son Imam.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Finalement la mawaddah est mentionn\u00e9e dans le contexte des relations entre les croyants (mu\u2019min\u00fbn) et les chr\u00e9tiens dans le verset suivant :\u00a0\u00bbLatajidanna ashadda an-n\u00e2si \u2019ad\u00e2watan lilladh\u00eena \u00e2man\u00fb al-yah\u00fbda wa al-ladh\u00eena ashrak\u00fb wa latajidanna aqrabahum mawaddatan lilladh\u00eena \u00e2man\u00fb al-ladh\u00eena q\u00e2l\u00fb inn\u00e2 nas\u00e2ra dh\u00e2lika bianna minhum qiss\u00ees\u00eena wa ruhb\u00e2n\u00e2n wa annahum l\u00e2 yastakbir\u00fbna\u00a0\u00bb(S\u00fbr que la haine la plus farouche envers les croyants, tu la trouves chez les Juifs et les associants ; et la plus proche affinit\u00e9 avec les croyants, chez ceux qui se qualifient de Chr\u00e9tiens : c\u2019est qu\u2019il y a parmi eux des pasteurs et des ermites, et qu\u2019ils sont sans superbe, Coran 5 : 82).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Le Coran a envers les chr\u00e9tiens une attitude qui oscille entre un franc d\u00e9saccord en ce qui concerne certains points de doctrine chr\u00e9tienne d\u2019une part et une attitude de tendre amiti\u00e9 d\u2019autre part. Notre propos n\u2019est pas de couvrir les relations entre la chr\u00e9tient\u00e9 et l\u2019islam \u00e0 travers les \u00e2ges ; cela d\u00e9passerait le propos de cet article d\u2019une part et ne serait qu\u2019une r\u00e9capitulation d\u2019autres \u00e9tudes \u00e0 ce sujet. Ce qui frappe cependant dans l\u2019\u00e9tude de ces rapports c\u2019est que la litt\u00e9rature \u00e0 ce sujet prend le sunnisme comme r\u00e9f\u00e9rence et ignore presque totalement l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite. Encore r\u00e9cemment le pape Beno\u00eet XVI dans son discours de Ratisbonne [15] avait fait r\u00e9f\u00e9rence au th\u00e9ologien Z\u00e2hiri Ibn Hazm sur le fait que ce dernier affirmait que Dieu \u00e9tait au-dessus de la raison et qu\u2019il n\u2019avait pas obligation de s\u2019en tenir \u00e0 sa propre parole. Cette remarque avait \u00e9t\u00e9 faite dans le contexte d\u2019une discussion sur les relations entre la foi et la raison. Aucune r\u00e9f\u00e9rence n\u2019a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite qui a pourtant une riche tradition de r\u00e9flexion \u00e0 ce sujet. Cet oubli tient tr\u00e8s probablement dans le fait que Beno\u00eet XVI base la plupart de ses positions en ce qui concerne l\u2019islam sur les travaux de Adel Theodor Khoury, th\u00e9ologien maronite, sp\u00e9cialiste du dialogue entre l\u2019islam et le christianisme et qui dans ses travaux ne fait presque exclusivement r\u00e9f\u00e9rence qu\u2019au sunnisme. S\u2019il est vrai que ses travaux ont \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment important pour l\u2019\u00e9laboration du dialogue entre le Saint Si\u00e8ge et l\u2019islam, on ne peut que d\u00e9plorer l\u2019absence de l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite de ces discussions pour deux raisons. La premi\u00e8re est que le renouveau sh\u00ee\u2019ite au Moyen Orient depuis la formation du mouvement Amal par l\u2019Imam Muss\u00e2 al-Sadr au Liban, la r\u00e9volution islamique de 1979, la position de l\u2019Iran comme superpuissance r\u00e9gionale et le nombre grandissant de conversions \u00e0 l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite dans les autres pays musulmans justifie amplement que l\u2019on prenne en compte s\u00e9rieusement l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite dans l\u2019\u00e9laboration du dialogue entre le christianisme et le monde musulman. La deuxi\u00e8me raison est que l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite que ce soit l\u2019isma\u00e9lisme ou l\u2019im\u00e2misme, a une riche tradition du dialogue respectueux avec le monde chr\u00e9tien tant au niveau des d\u00e9bats philosophiques et th\u00e9ologiques qu\u2019au niveau de l\u2019interculturalit\u00e9 visible encore de nos jours dans le rapport entre les deux communaut\u00e9s et les \u00e9changes au niveau de la religion populaire. L\u2019apport de l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite dans la question du dialogue entre le christianisme et le monde musulman est susceptible d\u2019\u00eatre des plus prometteurs dans la recherche de solutions, si toutefois il est pris en compte s\u00e9rieusement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la tradition sh\u00ee\u2019ite en ce qui concerne les rapports les Ahl-e Bayt avec les chr\u00e9tiens, on notera qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 bien des \u00e9gards emplis de mawaddah. L\u2019Imam \u2019Ali par exemple insistait aupr\u00e8s de ses gouverneurs que les chr\u00e9tiens soient trait\u00e9s avec justice et \u00e9quit\u00e9 et que leurs droits ne soient pas bafou\u00e9s. [16] On le voit s\u2019assurer lui-m\u00eame que les chr\u00e9tiens \u00e2g\u00e9s re\u00e7oivent leur retraite du tr\u00e9sor public et que les \u00e9glises soient respect\u00e9es. De nombreux hadiths au sujet de J\u00e9sus et de Marie qui m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re t\u00e9moignent \u00e9galement de cette mawaddah. Quand les Imams d\u00e9battaient avec des pr\u00eatres et moines chr\u00e9tiens, ce fut toujours dans le plus grand respect. D\u2019ailleurs le terme mu\u2019min\u00fbn dans le verset 5 : 82 d\u00e9signe les sh\u00ee\u2019ites dans les traditions des Imams et non pas l\u2019ensemble des musulmans. Le mu\u2019min est le musulman qui s\u2019est non seulement soumis \u00e0 la dimension exot\u00e9rique du message divin mais a \u00e9galement pr\u00eat\u00e9 all\u00e9geance aux Imams successeurs du Proph\u00e8te. D\u2019autre part, de nombreux chr\u00e9tiens ont manifest\u00e9 et manifestent encore un amour et une tendresse particuli\u00e8re pour les Ahl-e Bayt surtout pendant les comm\u00e9morations de l\u2019Ashoura. De nos jours encore, des chr\u00e9tiens comme le fameux \u00e9crivain libanais George Jordac t\u00e9moignent de cette mawaddah. Son livre La Voix de la Justice qui est une biographie de l\u2019Imam \u2019Ali, ses po\u00e8mes d\u00e9di\u00e9s aux Ahl-e Bayt mais surtout le torrent de larmes qui coulent de ses yeux le jour du martyr de F\u00e2timah en sont autant d\u2019exemples. N\u2019oublions d\u2019ailleurs pas qu\u2019en 1974, l\u2019archev\u00eaque grec catholique Gr\u00e9goire Haddad avait cofond\u00e9 avec Seyyed Muss\u00e2 al-Sadr le Mouvement des D\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s (Harakat al-Mahr\u00fbmin), un mouvement social destin\u00e9 \u00e0 aider les pauvres du Liban quelque soit leur appartenance religieuse. La mawaddah entre les deux communaut\u00e9s ne prend de sens que si elle apporte \u00e9galement avec elle la justice sociale. Du Liban encore je citerai les deux histoires suivantes qui m\u2019ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es. La premi\u00e8re raconte comment le Sayyid Mus\u00e2 al-Sadr en visite dans une ville du sud du Liban voulait d\u00e9guster une glace et voulut s\u2019arr\u00eater pour en commander chez un glacier. Les gens qui l\u2019accompagnaient lui firent remarquer que le glacier en question \u00e9tait un chr\u00e9tien et voulaient l\u2019emp\u00eacher de s\u2019y rendre. Il ignora ces remarques bigotes, s\u2019assit \u00e0 la terrasse du glacier et d\u00e9gusta sa glace. Depuis ce jour, les sh\u00ee\u2019ites de la r\u00e9gion, ayant compris la le\u00e7on qui leur avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, vont r\u00e9guli\u00e8rement chez ce glacier. La deuxi\u00e8me histoire m\u2019a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e par le fils d\u2019un membre \u00e9minent du clerg\u00e9 sh\u00ee\u2019ite en visite au Liban. Il se trouvait avec son p\u00e8re dans une librairie quand ils virent une jeune dame chr\u00e9tienne habill\u00e9e \u00e0 l\u2019occidentale qui demanda des livres sur l\u2019Imam \u2019Ali. Etonn\u00e9 de cela, le p\u00e8re de mon ami de demander \u00e0 la jeune dame pourquoi elle cherchait ces livres, ce \u00e0 quoi elle lui r\u00e9pondit : \u00ab Mais voyons monsieur, l\u2019Imam \u2019Ali est le plus grand sage de l\u2019Orient ! \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Le regrett\u00e9 Seyyed Muss\u00e2 al-Sadr en 1964 \u00e0 P\u00e2ques pronon\u00e7ant un discours dans une \u00e9glise de l\u2019ordre des Capucins<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">La sc\u00e8ne du mariage de la princesse Nark\u00e8s et de l\u2019Imam Hassan al-\u2019Askari est \u00e0 elle-seule l\u2019illustration des trois usages du mot mawaddah dans le Coran. Il y tout d\u2019abord le mariage en soi qui illustre le verset 30 : 21 et qui place la notion de mariage \u00e0 un niveau autre que le simple contexte l\u00e9gal. On notera d\u2019ailleurs que le titre de la trenti\u00e8me sourate dont est tir\u00e9 le verset du mariage s\u2019intitule ar-R\u00fbm (les Romains) et fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019empire byzantin. Il y a dans ce mariage qui se d\u00e9roule dans le monde imaginal une profonde dimension mystique qui rejoint la notion de la connaissance mutuelle des \u00e2mes dans la pr\u00e9existence et de leur destin commun dans le monde sensible. [17]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Outre cette dimension de mariage, il y a \u00e9galement celle de l\u2019amour pour les Ahl-e Bayt mentionn\u00e9 dans le verset 42 : 23. Nark\u00e8s non seulement pleure de joie en \u00e9tant initi\u00e9e par F\u00e2timah en personne dans la voie des Ahl-e Bayt, mais elle se marie \u00e9galement avec celui dont le nom (Hassan) signifie \u00ab l\u2019id\u00e9e de beaut\u00e9 et bont\u00e9 en soi \u00bb. [18] Comme nous l\u2019avons vu l\u2019action bonne et belle (hasana) est l\u2019amour envers les Ahl-e Bayt. Finalement, la sc\u00e8ne est \u00e9galement une illustration de la mawaddah entre les croyants et les chr\u00e9tiens mentionn\u00e9e dans le verset 5 : 82 et manifest\u00e9e par l\u2019\u00e9treinte entre J\u00e9sus et Mohammad. En prenant la notion de mawaddah comme angle de lecture de cette sc\u00e8ne, on se rend tr\u00e8s vite compte de l\u2019ampleur de la vision du monde qu\u2019elle pr\u00e9sente. Situ\u00e9e dans le monde imaginal elle n\u2019est pas le reflet de nos volont\u00e9s humaines imparfaites, mais bel et bien une vision des r\u00e9alit\u00e9s divines qui transcendent les imperfections de l\u2019histoire humaine.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Cette r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est cet amour mutuel, cette mawaddah, qui se traduit dans l\u2019homologie de cette vision. En effet, nous avons des deux c\u00f4t\u00e9s les aspects exot\u00e9riques et \u00e9sot\u00e9riques des deux traditions, l\u2019exot\u00e9rique \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9 par J\u00e9sus et Mohammad et l\u2019\u00e9sot\u00e9rique par Simon Pierre et \u2019Ali. L\u2019aspect \u00e9sot\u00e9rique est encore renforc\u00e9 dans la vision suivante o\u00f9 Marie et F\u00e2timah initient Nark\u00e8s \u00e0 l\u2019islam sh\u00ee\u2019ite. Il ne s\u2019agit donc pas simplement du passage d\u2019un exot\u00e9risme \u00e0 un autre, d\u2019une communaut\u00e9 \u00e0 une autre mais \u00e9galement d\u2019un passage de l\u2019exot\u00e9rique vers l\u2019\u00e9sot\u00e9rique. Le r\u00f4le du f\u00e9minin divin manifest\u00e9 par Marie et F\u00e2timah comme hojjat de la religion \u00e9sot\u00e9rique trouve ici un contexte o\u00f9 les deux manifestations sont pr\u00e9sentes en m\u00eame temps. [19]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Le fait que les deux proph\u00e8tes viennent accompagn\u00e9s de leur was\u00ee ou successeur nous permet de mettre en \u00e9vidence la notion de tradition. Bien trop souvent l\u2019usage de ce terme de nos jours se r\u00e9duit \u00e0 qualifier un ensemble de coutumes situ\u00e9es dans le pass\u00e9 ou dans l\u2019id\u00e9e de patrimoine ou de folklore. La tradition c\u2019est tout d\u2019abord la transmission, la relation initiant-initi\u00e9 et l\u2019id\u00e9e de succession. Or ce qui frappe ici est la rencontre de deux traditions qui ont des doctrines fort similaires en ce qui concerne la succession au proph\u00e8te fondateur. En effet dans la tradition sh\u00ee\u2019ite la succession du Proph\u00e8te et des Imams qui le suivent n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019un souhait du Proph\u00e8te ou Imam mais de la d\u00e9signation divine (nass). C\u2019est donc Dieu qui d\u00e9signe le successeur du Proph\u00e8te et de ses Imams et ces derniers, quand ils annoncent qui leur succ\u00e8dera ne font que confirmer la d\u00e9signation divine. Ainsi, quand le Proph\u00e8te d\u00e9clare \u00e0 Ghadir Khumm que l\u2019Imam \u2019Ali est son successeur, il n\u2019exprime pas l\u00e0 un souhait personnel car il \u00ab ne tient pas langage de passion \u00bb (Coran 53 : 3) mais confirme et annonce ce que Dieu seul a d\u00e9cid\u00e9. Cette m\u00eame notion de d\u00e9signation divine est le fondement de la succession de Simon Pierre. Quand J\u00e9sus demande \u00ab Au dire des gens, qu\u2019est le Fils de l\u2019homme \u00bb \u00e0 ses disciples et que Simon Pierre lui r\u00e9pond \u00ab Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant \u00bb, J\u00e9sus \u00e9nonce les notions de d\u00e9signation divine et de succession-tradition dans sa r\u00e9ponse : \u00ab\u00a0Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette r\u00e9v\u00e9lation t\u2019est venue, non de la chair et du sang, mais de mon P\u00e8re qui est dans les cieux. Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je b\u00e2tirai mon Eglise, et les Portes de l\u2019Had\u00e8s ne tiendront pas contre elle.\u00a0\u00bb (Mat 16 :17-8)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Quand J\u00e9sus annonce que Simon est la pierre sur laquelle il b\u00e2tira son \u00e9glise, il ne le fait pas par souhait personnel mais parce que Simon a \u00e9t\u00e9 instruit par le P\u00e8re dans les cieux qui a fait de lui le r\u00e9ceptacle des connaissances spirituelles cach\u00e9es aux autres disciples. Cette donn\u00e9e est d\u2019une importance capitale puisqu\u2019elle met en \u00e9vidence le fait que ce sont deux traditions, deux lign\u00e9es spirituelles qui se rencontrent. En mettant en \u00e9vidence ceci nous comprenons alors toute la port\u00e9e du message de ces noces mystiques de Constantinople de nos jours pour le dialogue entre l\u2019islam et le christianisme. En commentant cette vision Henry Corbin \u00e9crit : \u00ab\u00a0L\u2019imagination se pla\u00eet ici \u00e0 reconstituer la sc\u00e8ne grandiose, se d\u00e9roulant dans le temple de Sainte-Sophie, \u00e0 Constantinople. Le sentiment sh\u00ee\u2019ite qui s\u2019exprime dans ce songe est le m\u00eame qui inspirait \u00e0 un grand th\u00e9osophe isma\u00e9lien du X\u00e8me si\u00e8cle, Ab\u00fb Ya\u2019qub Sejest\u00e2n\u00ee, de reconna\u00eetre dans le signe de la croix chr\u00e9tienne et dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 islamique de l\u2019attestation de l\u2019Unique, la m\u00eame signification et la m\u00eame structure. Parce qu\u2019ils vont jusqu\u2019aux profondeurs cach\u00e9es, seuls les \u00e9sot\u00e9ristes semblent \u00e0 m\u00eame de professer cet \u0153cum\u00e9nisme vrai. S\u2019il se rem\u00e9more les conditions qui ont pr\u00e9valu au cours des si\u00e8cles de l\u2019histoire ext\u00e9rieure, le chercheur en sciences religieuses verra peut-\u00eatre dans ce songe un signe aussi bouleversant que put l\u2019\u00eatre pour Fr\u00e8re Marcus, dans le po\u00e8me de Goethe cit\u00e9 ici plus loin, la vision de l\u2019embl\u00e8me inconnu : les roses entrelac\u00e9es \u00e0 la Croix.\u00a0\u00bb [20]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Henry Corbin a mis le doigt sur une dimension fondamentale de la rencontre de deux traditions, celle du lieu de cette rencontre. S\u2019il est vrai que la basilique Sainte Sophie n\u2019est pas mentionn\u00e9e dans le r\u00e9cit hagiographique, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019observation de Henry Corbin est tout \u00e0 fait pertinente car elle concerne le contexte de la rencontre. Ce contexte c\u2019est la tradition th\u00e9osophique et sophianique des deux traditions manifest\u00e9es en la personne de la Sophia, la sagesse divine. La rencontre des traditions ne peut se faire au niveau exot\u00e9rique du dogme et de la pratique religieuse \u00e0 moins de tomber dans la monstruosit\u00e9 spirituelle qu\u2019est le syncr\u00e9tisme ou le relativisme. Les traditions ont dans leurs diff\u00e9rences respectives des tr\u00e9sors de richesse spirituelle qui ne sauraient \u00eatre mis en danger par une dilution des dogmes ou des rites. S\u2019il est vrai que la religion populaire offre un lieu d\u2019\u00e9change o\u00f9 les croyants des diff\u00e9rentes traditions peuvent se rencontrer, il ne s\u2019agit jamais vraiment de syncr\u00e9tisme. C\u2019est au niveau de la mystique et de la th\u00e9osophie que cette rencontre prend tout son sens. Comme nous l\u2019avons not\u00e9 les deux niveaux du religieux, l\u2019exot\u00e9rique et l\u2019\u00e9sot\u00e9rique, sont pr\u00e9sents dans cette vision mais si nous prenons en compte la remarque de Henry Corbin c\u2019est Sophia qui permet, par sa lumi\u00e8re, une ex\u00e9g\u00e8se spirituelle commune qui tout en respectant l\u2019exot\u00e9rique et les diff\u00e9rences qui lui sont propres, d\u2019\u00e9tablir cette relation de mawaddah entre les deux grandes traditions religieuses. La mawaddah comme relation d\u2019amour tourn\u00e9e vers l\u2019Autre est la base d\u2019une th\u00e9ologie du regard d\u2019amour. Par le regard d\u2019amour le regardant communique non seulement son amour mais fait r\u00e9aliser au regard\u00e9 ses propres tr\u00e9sors. Le regard du gnostique sh\u00ee\u2019ite sur les Evangiles peut permettre de mettre en \u00e9vidence pour le chr\u00e9tien des tr\u00e9sors spirituels cach\u00e9s qui peuvent \u00eatre une source d\u2019enrichissement spirituel sans passer par le relativisme, le syncr\u00e9tisme ou un \u00e9sot\u00e9risme hybride d\u00e9nud\u00e9 de l\u2019exot\u00e9rique. C\u2019est justement dans ce respect de la diff\u00e9rence de l\u2019autre que cette mawaddah prend tout son sens. Le th\u00e9ologien orthodoxe Jean-Yves Leloup qualifierait cette attitude par le titre d\u2019un des ses ouvrages L\u2019Enracinement et l\u2019Ouverture [21]. Ce n\u2019est qu\u2019en \u00e9tant profond\u00e9ment enracin\u00e9 soi-m\u00eame dans sa propre tradition spirituelle que l\u2019on peut v\u00e9ritablement \u00eatre ouvert aux autres dans une relation d\u2019amour. Ibn \u2019Arabi et Sohrawardi ont \u00e9t\u00e9 des exemples de cette attitude dans leur regard sur les Evangiles. \u2019Abd al-Razz\u00e2q al-Q\u00e2sh\u00e2ni et ses pages d\u00e9di\u00e9es au christianisme dans son fameux commentaire du Coran sont un autre exemple de ce genre d\u2019attitude. [22] On pourra \u00e9galement citer, outre Ab\u00fb Ya\u2019qoub Sejest\u00e2ni pour l\u2019isma\u00e9lisme, des spirituels sh\u00ee\u2019ites comme Haydar \u2019Amoli, Qotboddin Ashkevari, Ja\u2019far Kashfi et enfin \u2019All\u00e2meh Mohammad Hossein Tab\u00e2tab\u00e2\u2019i qui commenta l\u2019Evangile de St Jean. D\u2019autre part il ne manque pas de chr\u00e9tiens qui aient ce type d\u2019attitude. Des penseurs comme Vladimir Solovyov et Louis Massignon entre autres ont par le pass\u00e9 \u00e9t\u00e9 des pionniers de l\u2019ouverture du christianisme vers l\u2019islam. L\u2019esprit de Vatican II et les d\u00e9clarations du nouveau cat\u00e9chisme de l\u2019\u00e9glise catholique sur l\u2019islam font \u00e9galement preuve de cette capacit\u00e9 d\u2019ouverture sur l\u2019autre sans pourtant renier ses propres racines. Un ouvrage r\u00e9cent intitul\u00e9 Paths to the Heart : Sufism and the Christian East [23] dans lequel ont collabor\u00e9 des penseurs musulmans et chr\u00e9tiens orthodoxes, a permis la rencontre des traditions spirituelles de l\u2019islam avec la tradition hesychaste du christianisme orthodoxe. Sophia fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet h\u00e9ritage grec commun que se partagent les deux traditions et qu\u2019on a trop tendance de part et d\u2019autre \u00e0 vouloir monopoliser. C\u2019est \u00e9galement cet h\u00e9ritage commun de la philosophie grecque qui est susceptible de rapprocher les deux traditions. Finalement, Marie et F\u00e2timah comme manifestations de Sophia dans leur r\u00f4le d\u2019initiatrices de Nark\u00e8s nous rappellent le r\u00f4le que peut jouer la d\u00e9votion mariale dans le rapprochement entre les deux traditions. Le dialogue entre l\u2019islam et le christianisme ne peut se produire en dehors de la notion de tradition. Il est imp\u00e9ratif de mettre l\u2019accent sur cette notion \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le wahhabisme saoudien et le protestantisme \u00e9vang\u00e9liste am\u00e9ricain, tous deux des parodies inf\u00e2mes de la religion n\u00e9es en dehors de la tradition, polluent le monde avec leur torrent de haine aveugle bas\u00e9e sur le culte de l\u2019ignorance anti-intellectuelle et la notion de sola scriptura qui permet les lectures les plus folles et d\u00e9moniaques des textes sacr\u00e9s. Ces deux courants sont avec les forces politiques qui les soutiennent une menace et pour les traditions chr\u00e9tienne et sh\u00ee\u2019ite et pour la paix. Dans ce contexte l\u2019alliance des traditions dans un ralliement des c\u0153urs (ta\u2019lif ul-qul\u00fbb Qoran 9 : 60) n\u2019est pas un luxe mais une n\u00e9cessit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\">Cette vision des noces de la princesse Nark\u00e8s et de l\u2019Imam Hassan al-\u2018Askari sont un phare qui peut guider les deux traditions vers une attitude de mawaddah dans laquelle, comme l\u2019indique le verset 30 : 21, elles peuvent trouver la paix. Mais un rappel s\u2019impose. Pour la tradition sh\u00ee\u2019ite c\u2019est l\u2019Imam Mahdi, le fils de Nark\u00e8s et de l\u2019Imam al-\u2019Askari qui pourra op\u00e9rer totalement cette r\u00e9conciliation. Les spirituels sh\u00ee\u2019ites voient en lui la Paraclet annonc\u00e9 dans l\u2019Evangile de St Jean [24] et le Saoshyant, le sauveur final de la tradition mazd\u00e9enne. C\u2019est lui en effet qui lors de sa parousie en compagnie de J\u00e9sus \u00ab jugera parmi les fid\u00e8les de la Torah par la Torah, parmi les fid\u00e8les des Evangiles selon l\u2019Evangile (\u2026) et parmi les fid\u00e8les du Coran selon le Coran \u00bb et r\u00e9v\u00e8lera \u00ab le sens cach\u00e9 des Livres c\u00e9lestes \u00bb. [25] Jusqu\u2019\u00e0 la venue de l\u2019Imam toute tentative de rapprochement si louable soit-elle ne peut demeurer qu\u2019un \u00ab t\u00e9moin, reconnu par un petit nombre, bafou\u00e9 par tous les autres, et ne progressant que dans la nuit des symboles \u00bb. [26] A une heure o\u00f9 des int\u00e9r\u00eats politiques cyniques n\u2019ont de cesse de promouvoir l\u2019ignorance de l\u2019autre et le conflit en d\u00e9pit des efforts r\u00e9els de dialogue entre les deux traditions, il est temps qu\u2019elles s\u2019allient contre cet ennemi commun comme t\u00e9moins du Paraclet et pour la paix de Dieu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff; font-size: 30px;\"><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"http:\/\/www.teheran.ir\/spip.php?article1014%23gsc.tab=0\">http:\/\/www.teheran.ir\/spip.php?article1014#gsc.tab=0<\/a><\/span><\/p>\n<p>[\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=\u00a0\u00bb1\/6&Prime;][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1734340005036{background-color: #F2EBEB !important;}\u00a0\u00bb mobile_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb tablet_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb woodmart_parallax=\u00a0\u00bb0&Prime; woodmart_gradient_switch=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb row_reverse_mobile=\u00a0\u00bb0&Prime; row_reverse_tablet=\u00a0\u00bb0&Prime; woodmart_disable_overflow=\u00a0\u00bb0&Prime;][vc_column width=\u00a0\u00bb1\/6&Prime;][\/vc_column][vc_column width=\u00a0\u00bb2\/3&Prime; css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1734339985335{background-color: #FFFFFF !important;border-radius: 20px !important;}\u00a0\u00bb mobile_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb tablet_bg_img_hidden=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb <a class=\"read-more-link\" href=\"https:\/\/acadimianet.com\/?p=1933\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[42],"tags":[],"class_list":["post-1933","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-limam-al-hassan-askari-p"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1933","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1933"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1933\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1934,"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1933\/revisions\/1934"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1933"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1933"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/acadimianet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1933"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}