AMMAR IBN YASSER
Par:
Chakib BENBEDIRA
Thèmes sélectionnés par:
- ESSAYED
Fondation Ansariyan
PRÉFACE
La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf)’ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».
- Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.
En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.
Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.
Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.
Fondation Ansariyan
La Fierté Yéménite À L’Epreuve
Yasser, Harith et Malik étaient trois hommes issus de l’une des tribus du Yémen. Ils partirent à la recherche de leur quatrième frère dont ils n’avaient plus aucune nouvelle depuis longtemps.
Ils parcoururent, en vain, toute l’Arabie. Finalement, ils décidèrent d’aller à la Mecque pour demander de ses nouvelles à toutes les tribus arabes qui s’y rendaient pour le pèlerinage.
Les recherches s’étant avérées inutiles, Harith et Malik quittèrent la Mecque pour rejoindre leur pays. Yasser, quant à lui, décida de demeurer à la ville sainte et de jouir du voisinage de la Sainte Kaâba.
Yasser, ne pouvant pas vivre à la Mecque sans couverture tribale, il trouva refuge auprès de la sous tribu de Bani Makhzoum, celle de Amre ibn Hisham qui allait être connu par la suite par le sobriquet d’Abou Jahl.
Yasser se maria ensuite avec Soumaya et il eut d’elle un enfant qu’il appela Ammar.
Il est difficile de connaître exactement la date de naissance de Ammar, selon certains récits, elle doit être proche de celle du Saint Prophète (pslf).
Dès sa jeunesse, Ammar fit connaissance avec Mohammad (pslf) et fut saisi par ses qualités morales exceptionnelles, à un tel point qu’il était toujours prêt à le croire dans tout ce qu’il disait. Les années passèrent et le Coran fut révélé 3 à Mohammad (pslf) qui fut choisi par Dieu pour son dernier message à l’humanité. Des nouvelles parcoururent de la Mecque faisant état de се grand événement auquel rares étaient -parmi les mecquois- ceux qui crurent. Ammar, apprenant qu’il s’agissait bien de Mohammad et non pas de quelqu’un d’autre, décida d’aller écouter lui-même ses paroles.
Arrivée devant la porte de la maison d’Arqam, Ammar fut surpris d’y trouver son ami Soheib le Byzantin. Apprenant qu’il venait lui aussi pour écouter Mohammad (pslf), il en fut réconforté et ils entrèrent tous les deux chez le Messager de Dieu.
Ce ne furent que quelques instants au cours desquelles Ammar et Soheib purent écouter quelques versets du Saint Coran et des explications du Messager de Dieu. Après quoi, sans hésitation aucune, ils se convertirent tous les deux à l’Islam sans penser aux conséquences de leur décision ni à la fragilité de leur situation entre les mains des tyrans de la Mecque.
Toutefois, le Saint Prophète leur recommanda d’être discrets et d’attendre la nuit pour regagner leurs maisons.
Ammar revint enfin chez lui et ne put cacher son bonheur à ses parents. Ceux-ci insistèrent pour connaître les raisons de la transformation heureuse de leur fils. Ammar ne put éviter de leur dire toute la vérité. Devant la grande surprise du jeune, ses deux parents se convertirent aussitôt à l’Islam et ne virent aucune raison pour choisir la discrétion
Cette famille Yéménite était si fière et si enthousiaste de sa nouvelle religion qu’elle était prête à affronter les sévices et les tortures les plus atroces dont Abou Jahl menaçait tous les sans- défenses, qui osaient sympathiser avec la nouvelle religion.
Torture, Et Rendez-Vous Au Paradis
Dès que Abou Jahl fut informé par la conversion à l’Islam de Yasser et sa famille, il se fit accompagner par une horde de valets et se dirigèrent tous, flambeau à la main, vers la maison des nouveaux musulmans. Ils saccagèrent sauvagement la petite demeure de cette paisible famille et l’en firent sortir dehors un à un, sous les coups les plus durs. Aussitôt ils y mirent le feu.
Après quoi, Abou Jahl entama son plan de torture contre Yasser, sa femme et leur fils: Il ordonna à ses esclaves de les mettre dans les chaînes, de les fouetter à sang et de les exposer au soleil ardent à même le sol brûlant du désert.
La torture de cette petite famille prenait un caractère de plus en plus sauvage à mesure qu’Abou Jahl devenait plus furieux. En effet, il croyait qu’il allait obtenir facilement l’apostasie du vieux Yasser et de sa femme et avait même parier une grosse somme d’argent avec un copain idolâtre que le vieux couple ne pouvait aucunement résister au choc.
Enfin, lassé et fatigué de l’endurance des trois croyants, Abou Jahl décida d’aller se reposer chez lui. Avant de partir, il ordonna à ses esclaves de mettre un gros rocher sur la poitrine de chacun d’entre eux et de les laisser ainsi sous l’enfer du soleil de midi.
Le Saint Prophète, passant par les lieux, et sans pouvoir s’approcher des trois victimes, il leur lança de loin ce présage réconfortant: << Patience, ô famille de Yasser, certes, le rendez-vous est au Paradis. >>
Ces paroles firent oublier à ces croyants les douleurs atroces de la torture; et Soumaya cria de toutes ses forces pour que le Saint Prophète l’entendît: « Je témoigne que tu es bien le Messager de Dieu et que ta promesse n’est autre que la vérité. >>
Ce témoignage de foi dans de telles circonstances démontra d’une façon spectaculaire que l’Islam avait pu conquérir des grands cœurs, plutôt des forteresses imprenables, où la fierté s’était conjuguée avec la bonté. Ce n’était là que l’un des mérites de cette fière famille Yéménite.
Les Premiers Martyrs De L’Islam
Après sa sieste, Abou Jahl revint au lieu du supplice croyant trouver Yasser et sa famille totalement épuisés et complètement prêts à revenir à la religion de Qoraich. A son arrivée, tous les trois étaient évanouis.
Après avoir pris connaissance de ce qui s’était passé au cours de son absence, il fut surpris par le haut moral dont jouissaient encore ces victimes jusqu’à leur évanouissement. Il ordonna de verset de l’eau sur eux pour qu’ils reprissent conscience. Ensuite, il s’avança vers la femme, croyant qu’elle était la plus faible du groupe et lui cria à la face en pointant vers elle sa lance: <<< Dis donc du bien de nos dieux! Et désavoue Mohammad!».
La réponse de Soumaya fut foudroyante: Elle lui cracha sur le visage et dit d’une voix affaiblie: <<< Misère à toi et à tes dieux ! ».
Abou Jahl oublia-du coup- aussi bien son pari avec son copain que toutes les valeurs arabes qui considèrent comme une bassesse de punir une femme pour ses paroles ! Aveuglé par la colère, il offensa sa lance au cœur de Soumaya qui devint dès lors la sainte Soumaya, la première femme martyr de l’Islam
Perdu pour perdu, le pari d’Abou Jahl ne pouvait plus jouer un rôle inhibiteur sur sa colère! Il se dirigea, enragé de fureur, vers Yasser et le somma de déclarer son apostasie tout en le rouant de coup. Yasser endura mais ne se rendit point et il rendit l’âme sans rien dire de quoi apaiser la fureur du tyran.
Sacrifier Les Apparences: La Taqiyya
Ammar voyait de ses propres yeux le sort de ses parents, mais il ne pouvait rien pour eux. Voyant Abou Jahl se retournant vers lui, après avoir massacré ses deux parents, il jugea plus sage de conserver sa vie pour des moments où il pourrait rendre service à sa foi, et venger les deux premiers martyrs de l’Islam.
Sous les coups d’Abou Jahl, Ammar fut le premier à appliquer une très importante règle Islamique appelée < Taqiyya» qui signifie sacrifier les apparences pour conserver l’âme. II se plia donc aux exigences d’Abou Jahl en prononçant le nom de <<< Hobal >> la plus grande idole de Qoraich.
Relâché, Ammar se rendit totalement accablé de remords et commença à se douter de lui-même ; et il alla raconter la scène au Saint Prophète.
Le maître des créatures présenta d’abord à Ammar à la fois- ses condoléances et ses félicitations pour le martyre de ses parents et le haut rang qu’ils purent acquérir auprès de Dieu. Ammar, fondu en larmes, lui dit alors qu’il avait été obligé de citer le nom des faux dieux de Qoraich pour sauver sa vie. Le Saint Prophète le consola en lui demandant: « Ô Ammar! Comment trouve-tu ta foi intime ? » Ammar répondit rapidement : « Croyant, en toute quiétude ! » Le Saint Prophète dit alors: « Ne t’en fais donc pas, Ammar! Est-il que Dieu a fait descendre un verset de Coran spécialement pour ta cause: « Quiconque mécroit Dieu après avoir cru -à part celui qui est contraint tandis que son cœur demeure tranquille en la foi- plutôt ceux qui ont ouvert la poitrine à la mécréance, sur eux alors colère de Dieu et pour eux, grand châtiment. » 3 (Sourate 16, Nahle : V. 106). »
Ce verset libéra définitivement Ammar et libéra bien d’autres croyants avec lui. Ainsi, les croyants purent conserver leur vie pour des jours meilleurs où ils pussent rendre de grands services à l’Islam.
La Double Récompense
Nous avons déjà vu dans des numéros précédents qu’après treize ans d’activité et de résistance héroïque à la Mecque, les musulmans 3 reçurent l’ordre divin d’émigrer à la Médine. Nous avons aussi vu que la première œuvre que le Saint Prophète ordonna d’effectuer après la Hijjra, était la construction d’une mosquée.
Tous les « Mouhajirines » et la plupart des « Ansares » se mirent à la tâche et le Saint Prophète participa lui-même aux travaux. Ce fut un grand chantier dans lequel tous les clivages sociaux s’estompèrent Riches et pauvres, issus de la noblesse traditionnelle et hommes du petit peuple, libres et esclaves, tous ensemble se dépensèrent harmonieusement au travail manuel de la construction de l’édifice: la première construction de l’Etat islamique.
Certains compagnons du Saint Prophète y connurent leur première expérience de travail manuel et eurent, pour la première fois, l’occasion de faire connaissance avec la terre, la poussière et la sueur. Othmân ibn Affane, le riche commerçant de Bani Omeyya, était l’un de ces rares compagnons aux habitudes encore aristocratiques, toutefois, il participa au travail côte à côte avec les plus pauvres des musulmans.
Au cours de ce chantier, plusieurs compagnons se distinguèrent par quelques gestes que l’histoire nous a enregistrés. Peut-être le plus remarquable de ces gestes est-il la ferveur avec laquelle travaillait Ammar, cette qualité s’étant vite transformée en une excitation générale qui augmenta considérablement le rendement des travailleurs du chantier.
En fait, ce que rendit général cet enthousiasme, se furent deux spécificités qui caractérisaient le comportement de Ammar le long du chantier:
– La première : le faite qu’ils transportaient les torchis deux à deux alors que tous les autres travailleurs les portaient une à une. Ammar n’étant pas réputé comme un homme d’une force extra ordinaire, ce geste exprimait son dévouement et sa ferveur plutôt qu’autre chose.
Ce comportement attira l’attention du Saint Prophète qui en félicita Ammar en disant: « À chacun d’entre eux une récompense de Dieu, et à toi, deux ! »
– La deuxième : le faite qu’il chantait tout le temps des vers de poésie faisant l’éloge de ceux qui participaient activement au chantier, tout en dénonçant satiriquement ceux qui faisaient semblants de faire partie des laborieux sans même pouvoir supporter les poussières du chantier. Othmân était l’un de ceux-ci ou du moins- il crut être concerné par la satire de Ammar.
Ici, cette deuxième spécificité se révéla lourde de conséquence; et offrit l’occasion d’une première analyse de l’ensemble des Mouhajirines et permit de voir de signe très fort de son hétérogénéité.
Un Clivage Menaçant
Le sort de Ammar, comme nous allons le voir assez souvent, était d’être le porte-parole de la franchise et de la vérité qui refuse la complaisance.
La première manifestation de cette réalité eut lieu à la scène même qu’on vient de citer.
En effet, pour quelques instants, Othmân oublia les longues années d’éducation Islamique et s’avança vers Ammar en pointant son bâton et lui dit en menaçant : « je te casserai le nez avec ce bâton ! »
Ammar ne lui répondit même pas. Il savait bien qu’il était très difficile pour un riche commerçant tel que Othmân d’abandonner définitivement ses anciennes habitudes aristocratiques.
Le Saint Prophète fut informé de la scène. Très ému et profondément vexé, il s’empressa d’aller voir Ammar pour le consoler et essuyer les effets de l’insolence de Othmân. Lorsqu’il le rencontra, il le trouva tout couvert de poussière et ses traits à peine reconnaissables.
Le Saint Prophète vit en Ammar la concrétisation même du dévouement. Il lui essuya le visage de sa propre main et dit à tous les présents: « Ammar est, pour moi, la sous paupière. »
Avec ces paroles douces et réconfortantes, le Saint Prophète non seulement essuya un affront commis par Othmân contre Ammar, mais plutôt, et surtout, condamna tout affront -même en puissance- dont pourraient être sujet, plusieurs déshérités musulmans. Faut-il, ici, rappeler que l’Islam avait égalisés les déshérités avec ceux qui se croyaient plus nobles par l’ascendance ou par la fortune.
La présence du Saint Prophète était suffisante pour assurer le dépassement -au moins momentanée- de toute une mentalité non Islamique, fondée sur des considérations tribales et sociale, qui ranimait continuellement les clivages sociaux et culturelle. Depuis cette scène où Othmân affronta Ammar, deux lignes de pensée prirent naissance au sein même de la société musulmane:
Celle du Saint Prophète, Ammar et ses semblables, égalitaires et humaniste.
Celle symbolisée par le comportement de Othmân, qui essayait de conserver ce qui pouvait l’être des anciennes considérations de classe et de race ou du moins quelques aspects d’un comportement aristocratique préislamique.
Nous allons retrouver, à maintes reprises, d’autres scènes où ces deux lignes s’affrontent. Les derniers instants de Ammar allaient être sur le front de la manifestation la plus meurtrière de cette confrontation.
Mission Secrète
Les nouvelles d’une grande mobilisation à la Mecque arrivèrent au Prophète (pslf) alors qu’il était en route vers la grande caravane commerciale de Qoraich, accompagné seulement de trois cents treize combattants peu équipés. Il consulta ses compagnons quant à la décision à prendre. Nous avons vu déjà dans des numéros précédents que l’intervention de certains inconditionnels comme Miqdad fit basculer la balance au profit de la guerre.
En réalité, le Saint Prophète n’était pas un homme à engager ses fidèles dans une bataille sans issue et sans aucune chance de victoire. Aussi, décida-t-il d’envoyer une mission de reconnaissance pour recueillir toutes les informations utiles sur la préparation et l’état moral de l’ennemi. Le Saint Prophète désigna Ammar et Abdullah ibn Massoud pour cette mission très délicate et tout aussi dangereuse.
Ammar se risqua jusqu’aux abords proches du camp de l’ennemi et fit une enquête complète sur l’armée de Qoraich, sur les deux plans: Matériel et moral. Puis il regagna avec son compagnon leur camp et présenta son rapport au Saint Prophète en disant :
« Ces gens-là sont vraiment terrifiés ! Leur peur est à un tel point qu’ils essayent d’étouffer tout bruit: Si même un cheval commence à hennir, on le frappe sur la figure pour le faire taire! De surcroît, une averse torrentielle vient de les faire tremper… »
Ces informations étaient très précieuses pour les musulmans qui furent réconfortés par le moral très bas de leur ennemi et les conditions climatique qui défavorisaient l’armée la plus équipée et la plus lourde… Avec la mission de Ammar, tous les musulmans crurent réellement à la victoire, alors que cette foi n’était auparavant partagée que par les plus fidèles et les inconditionnels tels que Miqdad, Ammar, et leurs semblables.
Dans l’autre camp, le lendemain de la mission nocturne de Ammar, les mécréants découvrirent les traces des deux visiteurs de la veille. On fit alors appel au service d’un connaisseur de traces appelé Monbeh ibn al Hajjaj. Dès qu’il vit les empreintes sur la terre mouillée, il les reconnut et s’écria: « Par tous les dieux de Qoraich! C’est bien là les empreintes du fils de Soumaya (Ammar) et du fils d’Om Abd (Ibn Massoud) ! »
Cette découverte fut un coup dur pour le moral -déjà si bas de l’armée de Qoraich et ils commencèrent à croire à leur vulnérabilité et à perdre leur confiance leur supériorité en matérielle.
Le Dix-sept Ramadan de l’an II de l’Hégire, la bataille de Badr eut lieu et les musulmans y reçurent leur première récompense pour leur longue et pénible lutte: La plupart des torturiers de la Mecque tels que Abou Jahl, Omeyya ibn Khalaf y trouvèrent leur juste châtiment; et Ammar fit la prière de remerciement pour Dieu lorsqu’il vit le cadavre du tueur de ses parents jonchant à même le sol !
Ammar, L’Indicateur De La Vérité
Malgré ses soixante ans, Ammar eut la gloire d’être l’un des compagnons les plus actifs du Saint Prophète. Il l’accompagnait dans toutes les expéditions et il se distinguait toujours par sa simplicité et sa déférence. Sa vision clairvoyante de la justice et son courage, l’élevèrent à un rang exceptionnel où il mérita d’être cité par le Saint Prophète comme un indicateur de la vérité. Aussi, le Prophète (pslf) dit-il: « Ammar est toujours du côté du vrai et le vrai est toujours de son côté- là où il va. » Ou encore: « Certes, Ammar est rempli de foi, des cheveux jusqu’aux pieds. »
Non seulement Ammar était un indicateur de la vérité du vivant du Prophète, mais sa foi était d’une classe si exceptionnelle qu’il mérita de l’être également à un moment où la plupart des musulmans semblaient perdre la raison et où une guerre civile opposait les défenseurs de la vérité et de la justice aux victimes de la falsification et de l’opportunisme.
Ainsi, le Saint Prophète ne négligea pas d’enregistrer aussi bien pour l’avenir des musulmans que pour l’Histoire, et devant tous ses compagnons, à maintes reprises, des présages signifiant que Ammar se trouvera une guerre civile, mais qu’il y sera, comme toujours, du côté de la vérité.
Devant plusieurs compagnons qui ne pouvaient alors saisir la portée de ce présage, le Saint Prophète dit: « Bonheur à Ammar! C’est le groupe des rebelles agresseurs qui va le tuer. » Ou, dans d’autres termes: « O Ammar ! C’est le groupe des rebelles agresseurs qui va te tuer; et ton dernier repas dans cette vie sera du lait coupé. »
Après le décès du Maître des Créatures, Ammar était l’un des rares compagnons du Prophète à soutenir fermement l’Imam Ali et refuser la nomination d’Abou Bakre comme Calife.
Ce ne fut qu’après le décès de la Sainte Fatima (paix sur elle) et la recrudescence du phénomène d’apostasie générale de plusieurs tribus arabes, que l’Imam Ali décida de légitimer la souveraineté politique d’Abou Bakre. Ammar reçut alors l’autorisation de son Imam d’aller prêter serment de fidélité au Calife.
Dans Le Camp De La Vérité
On ne peut jamais comprendre la grandeur de l’Imam Ali (psl) avant d’avoir mis en relief le grand sacrifice qu’il fit après le décès du Saint Prophète. En effet, avec la généralisation des insurrections des tribus arabes contre le pouvoir politique d’Abou Bakre, parallèlement à la recrudescence de l’apostasie de quelques tribus, il pouvait facilement démentir les allégations des chefs de Qoraich considérant toutes ces rébellions comme étant des cas d’apostasie qu’il fallait combattre et tuer dans l’œuf.
Force était de constater que si quelques unes de ces révoltes étaient vraiment des cas d’apostasie tels que celle de Bani Hanifa à la Yamama (actuelle Emirats), il était aussi vrai et visible pour tous ceux qui voulaient comprendre la vérité, que plusieurs autres cas des révoltes étaient loin de l’être. En effet, certaines révoltes ne cachaient aucune apostasie, mais elles concrétisaient plutôt un refus catégorique de se soumettre au pouvoir de la tribu de Qoraich représenté alors par Abou Bakre.
La logique du droit ne pouvait donc pas justifier une répression générale ne faisant aucune différence entre les différentes rébellions. Ainsi, si l’Imam Ali voulait saisir cette occasion pour mettre en cause le compromis de la « Saquifa » et l’abandon du testament de Khom, il n’y avait aucun obstacle. Au contraire, il pouvait même compter sur le soutien de quelques tribus rebelles.
C’est bien là un aspect de la grandeur de l’Imam Ali: Accepter de garder l’union de la jeune communauté musulmane quitte à priver les musulmans de ses précieux services en tant que chef d’Etat. De cette façon, ce fut la première séparation entre le pouvoir politique et l’autorité spirituelle et religieuse dans l’Islam. En effet, il s’en fallait de beaucoup pour que le Calife Abou Bakre ou encore ses successeurs pussent réunir les deux compétences: scientifique religieuse, et politique.
L’Imam Ali savait que, de toute façon, les charges de la responsabilité spirituelle et religieuse allaient lui incomber et que personne ne pouvait les lui contester, et par conséquent, il pouvait conserver l’essentiel de l’Islam sans nul besoin du pouvoir politique. Il accepta alors de mettre fin à sa protestation contre le pouvoir d’Abou Bakre et ordonna à tous ses fidèles, dont Ammar, de faire de même.
Un sérieux problème était déjà devant Ammar et ses semblables: Du moment qu’ils avaient prêté serment de fidélité à Abou Bakre pouvaient-il ne pas répondre à l’appel de mobilisation contre les rebelles?
Ammar trouva une solution qui réunissait sa fidélité à la vérité au loyalisme qui l’animait:
Combattre les vrais apostats et éviter de confronter les cas de rébellions incertaines ou douteuses!
Ainsi, Ammar fit de son mieux dans les combats de Yamama et il contribua pleinement à la victoire de l’armée musulmane contre les troupes de Mosseyléma le Menteur, le chef de Bani Hanifa qui avait même osé prétendre la prophétie.
En outre, le long du règne du deuxième Calife Omar, Ammar sut maintenir cette double fidélité et fut présent et actif sur plusieurs fronts du Djihad. Ainsi, à un certain moment, il fut nommé gouverneur de la Koufa.
À La Marge Du Congrès Des Six
Après l’attentat contre Omar, plusieurs notables de Qoraich lui demandèrent de nommer lui-même son successeur avant de mourir, mais le Calife, mourant, ne voulut pas supporter à lui seul cette grande responsabilité et préféra la partager avec six autres grandes personnalités qui jouissaient du double statut: L’ancienneté dans l’Islam et l’appartenance à la tribu de Qoraich. C’étaient: Othmân ibn Affane, Abdurrahmane ibn Aouf, Saâd ibn Abi Waqqas, Zoubeyr ibn Awam, Talha ibn Obeydollah et l’Imam Ali.
Omar fixa un délai de trois jours après son décès pour que le congrès des six désigne son successeur, qui devait être l’un d’entre eux.
Ainsi, les six apôtres se réunirent et dès la première séance, il fut clair qu’il s’agissait bel et bien un congrès politique où un conflit d’intérêts n’allait pas tarder à faire surface, et non pas d’une réunion de bienfaiteurs en quête de la meilleure solution aux problèmes de la communauté musulmane.
Force était de constater que les membres de ce congrès, à l’exception de l’Imam Ali, étaient pour la poursuite et la continuation de l’ancienne politique que Omar avait appliqué durant sa vie et qui consistait à récompenser, aussi bien les services rendus à l’Islam que certains rapports de parenté, раг des dotations annuelles proportionnelles à leurs rangs. Nous avons déjà développé certains aspects de cette politique économique du deuxième Calife dans des numéros précédents. Après trois jours de conversation stérile où aucun des six n’accepta de se retirer au profit des autres. Abdurrahmane crut bon de mettre fin à cette situation en proposant son désistement en contre partie d’un privilège déterminant: Nommer à lui seul le nouveau Calife.
Malgré le refus de l’Imam Ali qui craignait sérieusement aussi bien les tendances aristocratiques du richissime Abdurrahmane que ses liens intimes avec le non moins aristocrate Othmân, la proposition d’Ibn Aouf fut acceptée et devint arbitre absolu de la succession !
Ammar, accompagné de Miqdad et plusieurs autres fidèles loyalistes, virent alors que l’Imam Ali allait vraisemblablement être écarté encore une fois de son poste naturel et légal par une coalition d’intérêts. Ils s’approchèrent de la maison du congrès pour exhorter Abdurrahmane de ne pas succomber aux tentations qu’ils craignaient. Ammar cria suffisamment haut pour que tous les six entendissent: « Ô Ibn Aouf! Si tu tiens vraiment à l’unité des musulmans, prête serment de fidélité à Ali ! »
Miqdad, cria aussi « Ammar dit la vérité. Si vous prêtez serment à Ali, nous obéirons. »
En réalité, il s’en fallait de beaucoup pour que ces derniers souhaits de ces quelques inconditionnels de testament de Khom pussent influer sur le cours des événements. Est-il que la transformation de la société Islamique du Saint Prophète en une société de classes et de privilèges avait été déjà entamée, irréversiblement et irréparablement depuis belle lurette. Par conséquent, d’anciens compagnons du Prophète comme Abdurrahmane et Othmân représentaient une nouvelle classe de privilégiés plutôt qu’un courant politique ou culturel, alors que certains autres des six, tels que Talha et Zoubeyr, étaient des conservateurs au sens moderne du terme, c’est-à-dire de ceux qui voulaient à tout prix garder la stabilité sociale en s’accrochant d’une manière irréfléchie à l’application de l’ancienne politique sociale et économique de Omar, notamment en ce qui concerne la répartition des revenus.
Abdurrahmane savait bien tout cela et il proposa le pouvoir à l’Imam Ali sous une condition impossible: Cesser d’être l’Imam Ali !
En effet, la proposition consistait à prendre le pouvoir après avoir prêté serment de fidélité à la politique de Omar et d’Abou Bakre ! Ce qui voulait dire que le nouveau Calife ne devait rien changer de la situation sociale injuste! L’Imam fut obligé évidemment de refuser, alors que Othmân accepta.
Engagement Et Désengagement De Othmân
Quels étaient les véritables mobiles de Abdurrahmane? Est-ce uniquement un conservatisme? Ou bien y avait-il encore d’autres arrières pensés derrière cet arbitrage, incontestablement, le plus polémique de l’histoire de l’Islam ?
Si l’on croit à une certaine version de l’histoire, juste après les cérémonies du serment d’investiture de Othmân, l’Imam Ali (psl) dit à Abdurrahmane: « Ce n’est pas la première fois que vous vous coalisez contre nous ! Alors belle patience et de Dieu on sollicite l’aide sur ce que vous décrivez! Par Dieu, tu n’as désigné Othmân que pour qu’il t’en fasse de même et te désigne comme son successeur ! »
En tout état de cause, plusieurs raisons pouvaient influencer la décision du congrès des six, et ce n’étaient pas les vœux pieux de quelques loyalistes -comme Ammar- qui pouvaient contre carrer la logique des intérêts, ou le calcule pragmatique, qui avait déjà eu le statut prédominant depuis le compromis de Saquifa. Mais Othmân allait-il pouvoir tenir à son engagement? Et combien l’aile conservatrice du congrès des six pouvait-elle tenir tête à l’opportunisme sans scrupules de la famille de Othmân?
En réalité, la politique hérité de Omar ne put finalement résister que quelques années et Othmân succomba aux passions et caprices indomptables de ses proches parents.
Rappelons que les proches du troisième Calife étaient, pour la plupart, des anciens bannis et maudits du vivant du Saint Prophète, et que Marwane en était le plus dangereux. Il put tenir les rênes du pouvoir entre les mains et exclure tout conseiller probe et loyal de l’entourage de Othmân qui devint totalement dépendant de lui.
Ce fut alors la grande déviation Les anciens gouverneurs des principales villes qui étaient généralement des grands apôtres-tel que Salman- furent démis de leurs fonctions pour être remplacés par des parents de Marwane et de Othmân
Walid, frère de lait de Othmân, bien qu’ivrogne et sans aucune qualification, remplaça Saad ibn Abi Waqqas, l’ancien chef des armées de l’Irak au gouvernement de Koufa
Salman fut aussi écarté du gouvernement de Madaën pour laisser la place à un autre proche de Marwane. Amre ibn Aas, le concurrent de l’Egypte et son tout puissant gouverneur dut laisser la place à Ibn Abi Sarhe, le cousin de Othmân, ancien apostat de l’époque du Prophète.
Moawiya, le maître absolu de la Syrie, étant lui- même cousin de Marwane, fut, bien entendu, maintenu dans ses fonctions.
Outre ces nominations douteuses, Marwane se permettait mêmes les plus grands détournements de fonds de l’époque et en fit de ses parents les hommes les plus riches et les plus puissants du Califat. Il allait de soi qu’une telle politique fit de l’époque de Omar une époque de justice et d’égalité, aux yeux des populations nouvellement converties à l’islam, comme celles de l’Egypte et de l’Irak, qui n’avaient pas eu l’occasion de voir un modèle meilleur de société. Pour eux, il s’agissait d’une déviation grave, voire même d’une trahison, de la part du troisième Calife qui n’avait rien tenu de ses engagements solennellement prononcés lors de son investiture.
En effet, les engagements pris par Othmân consistaient à suivre scrupuleusement la politique de Omar sur deux plans essentiels:
La politique de répartition des revenus devrait demeurer en faveur des anciens combattants et compagnons du Prophète.
La nomination des gouverneurs doit être exemple de toute considération de parenté. Othmân s’était même engagé de ne jamais nommer ses proches dans des fonctions de l’Etat !
Avec la recrudescence des injustices des gouverneurs, le mécontentement populaire augmentait au fil des jours et la grogne des anciens compagnons du Prophète se faisait entendre de plus en plus. Othmân ne prêta l’oreille ni à l’une ni à l’autre, et chaque fois qu’on venait chez lui plaindre l’un de ses gouverneurs, il déléguait l’affaire à son ministre Marwane qui s’empressait toujours de démentir les accusations et de ridiculiser, voire même blâmer les émissaires des populations lésées.
Adieu, Abou Zhar!
Entre temps, le mouvement de protestation amorcé par Abou Zhar, avait si bien agacé Marwane à la Médine, et Moâwiya en Syrie, qu’ils conseillèrent, tous les deux, au Calife de le tuer ou de l’exiler dans le désert. Nous avons déjà vu (dans le numéro 5 de cette série) que Ammar fut l’un des rares personnes qui défièrent les ordres du Calife de ne pas accompagner Abou Zhar à sa sortie de la Médine.
L’adieu fait par Ammar à Abou Zhar le projeta soudainement au premier rang des contestataires politiques de la Médine. Du coup, ce vieil apôtre de quatre vingt dix ans dut supporter la lourde mission de traduire la volonté de l’ensemble des musulmans et de sa transmission au Calife, jalousement encerclé par Marwane et sa Bande.
Cette fois, le loyalisme de Ammar allait prendre un aspect révolutionnaire, puisqu’il n’y avait plus de possibilité de marier la paix sociale et les intérêts majeurs de l’Islam.
La première manifestation de la nouvelle attitude de Ammar, eut lieu lors d’une confrontation silencieuse avec Marwane, juste après l’adieu d’Abou Zhar.
Ici, rappelons que Marwane et ses acolytes de Bani Omeyya n’avaient, en réalité, jamais supporté l’égalitarisme de l’Islam qui fit de certains enfants d’esclaves de grands apôtres respectueux et de certains enfants de l’ancienne noblesse de Qoraich, des simples citoyens. La prise du pouvoir par Marwane fut une occasion pour qu’il rétablit les anciennes valeurs préislamiques dégradées de l’aristocratie mecquoise, sous lesquelles un homme tel que Ammar ibn Yasser ne doit jamais oser dire non à un prétendu noble de Bani Omeyya!
Du retour des adieux d’Abou Zhar, Ammar rencontra Marwane qui guettait la route, et il feignit de le voir. Quand le ministre du Calife essaya de l’interpeller, il dénia de lui répondre et continua son chemin derrière Ali, Hassan et Houssein (paix sur eux)! Avec son comportement, Ammar voulut rappeler à Marwane qu’avec l’exil d’Abou Zhar toutes les lignes rouges avaient été transgressées, voire entièrement démolies, par le Calife.
Il lui fit aussi comprendre qu’il n’y avait plus de raison pour que les compagnons du Prophète et les anciens combattants de l’Islam continuassent à éviter la confrontation avec la bande Omeyyade au pouvoir.
Enfin, il rappela qu’il était encore temps de rétablir le système de valeurs Islamiques – toujours égalitaires et moralistes- au sein duquel un apôtre du Prophète comme Ammar n’a pas de compte à rendre à un pervers tel que Marwane qui fut autrefois maudit par le Prophète et exclu avec son père de la Médine!
Rancune D’Aristocrate Et Eminence Tabassée
Après la scène de l’adieu d’Abou Zhar, Marwane revint au palais de Othmân, le cœur enflammé par une rancune bien vivace. Devant le Calife, il étala tout le dossier de Ammar et n’oublia point de lui rappeler la scène de la poussière lors de la construction de la mosquée de la Médine. Les vieilles rancunes d’un ancien aristocrate s’accumulèrent, pour s’ajouter aux nouvelles illusions de lèse-majesté, et rapprocher encore plus le vieux Calife de son ministre, malin et retors de la pire espèce, ministre aussi fertile en fourberie que stérile en politique.
A un certain moment, la bande Omeyyade au pouvoir crut qu’elle avait les mains vraiment libres de faire ce que bon lui semblait. On réussit même à convaincre Othmân qu’il pouvait distribuer les bijouteries et joyaux de la trésorerie publique (Beytolmal) sur ses filles et ses femmes !
Cette nouvelle parcourut rapidement la Médine, et tous les musulmans en furent indignés. La grogne populaire menaça sérieusement de prendre des dimensions incontrôlables et un aspect plus 8 actif et plus offensif.
Marwane convainquit Othmân qu’il fallait rapidement intervenir et mater le mécontentement par un discours autoritaire et menaçant; et s’il le fallait, par une répression dissuasive.
Othmân alla à la mosquée et prit la parole pour exécuter le plan de ses conseillers. Entre autres, il dit: Est-il que nous prenons de ces revenus ce dont nous avons besoin, de gré ou de force et en dépit de la volonté de certains ».
L’Imam Ali était présent mais il ne pouvait intervenir puisque depuis le congrès de six, il était accusé par les mauvaises langues Omeyyade d’être le principal instigateur du mécontentement populaire. Ammar, lui aussi était présent, et il vit qu’il était de son devoir d’intervenir et de mettre fin au silence des grandes personnalités musulmanes, quitte à subir à lui seul la foudre de la bande Omeyyade.
Aussi, se leva-t-il devant toute l’assemblée et rétorqua à Othmân, à haute voix: « Je prends Dieu pour témoin que je suis le premier de ceux- là et que je me sens si humilié par ton acte ! ».
Othmân ne put alors supporter l’éminence de ce vieil apôtre et oublia -du coup- toutes les valeurs sublimes de l’Islam qu’un Calife était sensé représenter. La colère le dégrada et la rancune le ramena au rang d’un vieil aristocrate Omeyyade incapable de supporter une critique ni encore moins de faire face à sa propre réalité mise à nu par son comportement.
Perdant le contrôle de soi-même, Othmân oublia même les valeurs arabes préislamiques interdisant d’humilier les plus vieux et s’écria << Ose-tu t’opposer à moi, fils de Yasser! ». Puis il ordonna à ses gardes d’arrêter le vieil apôtre.
Les gardes du Calife, qui étaient tous -en réalité- valets de Marwane et de Moâwiya, n’avaient rien de semblables avec des combattants de l’Islam; et ils étaient plutôt de rudes policiers sans aucune éducation Islamique. Il emportèrent le vieux Ammar au palais de Othmân et lui ligotèrent les mains et les pieds dans l’attente de l’arrivée du Calife, sans aucune considération pour son âge ou son ancienneté et sa compagnie du Prophète !
Quand Othmân vit Ammar, il était comme enragé de fureur et commença à le tabasser lui- même, puis il ordonna à ses valets de continuer à frapper le vieil apôtre jusqu’à ce que celui-ci perdît connaissance.
Selon quelques versions de l’histoire, Ammar, tombé en coma, fut ensuite jeté hors du palais de Othmân. Des musulmans l’amenèrent alors à la maison de Omm Salma, la veuve la plus prestigieuse du Prophète.
Ce fut la première fois dans la vie de Ammar qu’il ratait un temps de prière. En effet, il demeura dans le coma du matin au soir; et les musulmans purent remarquer son absence dans trois prières consécutives.
La nouvelle du tabassage de Ammar circula alors dans toute la ville sans que celui-ci pût contrôler quoi que ce soit de la situation.
Quand Ammar reprit connaissance, toute la ville était déjà en ébullition; et sans jamais le vouloir, il devint le symbole d’une révolution qui s’annonçait inéluctable.
Les Prémices De La Révolution
Dans ces circonstances, la nouvelle de la mort d’Abou Zhar, Exilé en plein désert et complètement démuni de tout moyen de subsistance, assomma le monde Islamique. De surcroît, l’histoire de la bande Omeyyade qui se permettait tout le luxe d’une vie impériale, avait déjà attisé le mécontentement populaire aussi bien dans la Médine que dans les nouveaux territoires de l’islam, et particulièrement l’Irak et l’Egypte.
Avec l’agression sauvage de Ammar, même les notables les mieux nantis de la Médine commencèrent à craindre la perte de leur ancien privilège et la généralisation de l’oppression Omeyyade.
Plusieurs anciens compagnons du Prophète se réunirent et décidèrent d’annoncer l’alerte générale parmi les populations des pays neufs, (notamment l’Egypte et l’Irak). Ils adressèrent une lettre aux combattants musulmans sur les premières lignes du front de Djihad, les avertissant que l’Islam est en danger à la Médine même, et que, s’ils voulaient combattre pour l’Islam, il leur faudrait le faire contre la bande Omeyyade et à la capitale même du Califat !
Plusieurs centaines de combattants et de grands dignitaires musulmans de l’Egypte, de Koufa et de Bassora, affluèrent vers la Médine et présentèrent leur plainte au Calife en lui demandant de limoger tous ses gouverneurs et les remplacer par des anciens compagnons du Prophète ou du moins par des hommes probes et justes.
Marwane fit signe au Calife de ne rien croire aux allégations des émissaires et lui présenta toute la situation comme étant un complot contre Bani Omeyya.
Othmân s’entêta encore une fois et renvoya les plaignants sans leur promettre quoi que ce soit de réconfortant.
Les plaignants, ne pouvant revenir bredouilles auprès de leurs concitoyens, cherchèrent une ultime solution auprès de l’Imam Ali qui s’était bien gardé, jusque là, d’intervenir, puisqu’il savait que Marwane allait prendre toute intervention de sa part pour une preuve appuyant sa version du prétendu complot contre Bani Omeyya.
Conseil, Complot, Et Fin Tragique
L’Imam Ali répondit favorablement à l’appel des plaignants, devenus déjà des insurgés, et alla rencontrer Othmân pour l’avertir de la gravité de la situation et lui dit : « Ne soit pas un instrument dans la main de Marwane. Là où il te guide tu te dirige! Et n’oublie pas ton rang et ta compagnie auprès du Prophète (pslf). »
Othmân revint un instant à lui-même et ne cacha pas son profond regret à l’Imam Ali. Il se dirigea tout droit à la mosquée où il présenta ses excuses devant tout le monde, et promit aux insurgés de suivre dorénavant une conduite acceptable par Dieu et par les musulmans.
Un soulagement populaire et général conquit alors la ville et les insurgés commencérent à préparer un retour victorieux vers leur pays, rêvant de porter avec eux des lettres de destitution de tous les gouverneurs pervers, comme Othmân venait de le promettre.
Ce fut alors, que Marwane décida de passer à l’action à l’insu du Calife. Il falsifia les lettres de nomination des nouveaux gouverneurs en désignant les anciens gouverneurs dans leurs postes tout en leur ordonnant de tuer les chefs des insurgés!
Marwane savait bien que de tels ordres étaient non seulement inapplicables, mais fatales pour le Calife. Cependant il avait tout un plan de complot dans lequel la renommée de Othmân et même sa vie ne pesaient lourd !
Bref, les insurgés découvrirent les lettres falsifiées et décidèrent de revenir à la Médine Furieux, ils assiégèrent le palais de Othmân et lui demandèrent des explications suffisantes. Othmân jura qu’il n’était pas au courant du contenu des lettres falsifiées. Les insurgés lui demandèrent alors de leurs livrer Marwane pour le juger, mais il refusa. Ils lui demandèrent alors d’abdiquer, mais il refusa encore.
L’étau du siège se resserrait de plus en plus autour de Othmân et on le priva même de l’eau, mais il résista.
Quelques insurgés voulurent prendre d’assaut le palais de Othmân, mais, voyant Hassan et Hussein, les deux petits fils du Prophète (pslf) en armes et prêt à défendre le Calife, ils rebroussèrent chemin et n’osèrent pas les combattre.
Voyant que l’existence des deux illustres fils de l’Imam Ali allait déjouer tout son plan diabolique, Marwane les renvoya chez eux au nom de Othmân, prétendant que les Banou Omeyya pouvaient bien se défendre tous seuls ! Mais leur départ fut fatal pour Othmân qui mourut sous les coups de quelques insurgés, chauffés à blanc par l’insolence de Marwane !
L’assassinat de Othmân n’était pas programmé par la majorité des insurgés, et plusieurs indices témoignent que Marwane voulait bien arriver à cette fin tragique pour pouvoir transformer le Califat en une dictature Omeyyade à la tête de laquelle, il pourrait régner un jour. En réalité, Marwane allait arriver à ses fins mais beaucoup plus tard qu’il ne l’escomptait puisque Moâwiya était dans des conditions meilleures pour prendre la tête du grand mouvement de protestation contre l’assassinat de Othmân, mouvement dont l’étendard fut la chemise entachée du sang du Calife assassiné !
L’Imam Ali: Calife Malgré Lui
Dès la mort de Othmân, les insurgés, ainsi que la population de la Médine, se ruèrent vers la maison de l’Imam Ali le suppliant de prendre le pouvoir en main et de barrer le chemin devant tous les opportunistes et les fauteurs de troubles.
L’Imam refusa fermement en leur rappelant qu’ils n’allaient certainement pas supporter sa justice et qu’il leur fallait mieux chercher quelqu’un d’autre plus sensible à leurs exigences et passions!
Bien qu’une grande partie des privilégiés de la Médine savaient parfaitement que l’Imam Ali disait la pure vérité, ils n’osaient pas manifester leur nostalgie pour l’époque de Omar et ils se turent, laissant aux insurgés et à quelques loyalistes et fidèles apôtres, tel que Ammar, la mission de convaincre l’Imam Ali d’accepter le poste de nouveau Calife. L’Imam résista fermement à la demande de la grande foule qui s’était rassemblée devant sa demeure l’appelant à accepter le pouvoir et jurant de ne jamais partir sans obtenir son consentement à leur demande.
L’Imam Ali leur posa alors quelques conditions dont la plus importante fut qu’ils devaient lui obéir dans toutes les circonstances et qu’ils devaient définitivement oublier l’ancienne politique des privilèges de Omar ! Ensuite, il leur demanda que l’investiture fût à la grande mosquée et en présence de tout le monde.
Finalement, l’Imam Ali devint le quatrième Calife, et tous les musulmans présents à la Médine eurent l’occasion de participer à son investiture.
Les compagnons du Prophète (pslf) lui prêtèrent eux aussi- serment de fidélité quand bien même plusieurs d’entre eux craignaient sa justice, et attendaient l’occasion opportune pour déstabiliser son pouvoir et, pourquoi pas, le démettre de ses fonctions !
Rébellion Contre La Justice
La première décision prise par l’Imam Ali fut de limoger tous les gouverneurs nommés par Othmân. Mais, Moâwiya qui avait déjà bien assis son pouvoir absolu sur toute la Syrie, refusa de reconnaître la légitimité du pouvoir de Ali, l’accusant d’abriter les tueurs de Othmân. L’Imam Ali savait bien que punir les assassins de son prédécesseur n’était en aucun cas un droit pour Moâwiya, qui devrait en principe- venir à la Médine en tant que proche parent de Othmân, et demander un jugement juste des accusés, devant un juge désigné par le nouveau Calife.
En réalité, Moâwiya suivait le développement des événements à la Médine depuis longtemps et attendaient l’assassinat de Othmân pour annoncer sa rébellion au nom de la vengeance du Calife et sous la bannière de sa chemise !
Ainsi, l’Imam Ali dut affronter, dès les premiers jours de son règne, la plus grande rébellion de l’histoire de l’islam. Il annonça l’alerte générale pour une expédition militaire contre Moâwiya.
Entre temps, Marwane et quelques notables soucieux de conserver leurs anciens privilèges, allèrent chercher le soutien et la légitimation auprès de la Mère des Croyants Aïcha, la fille d’Abou Bakre et la plus jeune veuve du Saint Prophète (pslf). Ils réussirent à la convaincre de sortir de la Mecque, en direction de Bassora où ils complotaient d’organiser une autre rébellion, aussi sous prétexte de venger la mort de Othmân.
Ce fut alors le début de la tragédie connu dans les livres de l’Histoire sous le nom de la Guerre du Dromadaire (Jamal). En effet la caravane de la veuve du Prophète, dont la litière portée par un énorme dromadaire était devenu une véritable bannière sous laquelle se rassemblèrent plusieurs milliers d’ignorants, partit vers Bassora en attirant plusieurs tribus arabes bédouines au cours de sa route. Le long de la route, Marwane et ses espions surent convaincre la caravane et les tribus bédouines qu’elle avait drainées qu’il s’agissait d’une guerre sainte contre Ali, décrit comme un usurpateur du pouvoir et protecteur des assassins de Othmân!
En réalité, la présence de la Mère des Croyants dans le camp de Marwane, était à elle seule- un argument suffisant pour les dizaines de milliers de bédouins qui représentaient l’essentiel du camp.
Arrivée à Bassora, Marwane monta un plan diabolique pour piller la trésorerie de la ville et en chasser le gouverneur, après l’avoir torturé et tué ses gardiens. Devant cette agression, l’Imam Ali Ordonna à ses fidèles, qui étaient sur le point de marcher sur Damas, de passer par Bassora, pour mater la nouvelle rébellion, et sauver la Mère des Croyants des mains des hypocrites.
Ce fut alors La bataille du Jamal dans laquelle, le dromadaire de la mère des croyants joua le rôle d’étendard de guerre pour des milliers de bédouins tous prêts à mourir pour elle!
Ce fut une bataille sanglante et meurtrière qui constitua un bon précédent pour le retors de Damas qui se félicitait joyeusement des précieux services de son cousin Marwane.
Parmi les grandes personnalités tuées dans cette bataille, les plus célèbres étaient Talha et Zoubeyr. Le plus remarquable dans cette bataille fut l’attitude des bédouins naïfs rassemblés autour du dromadaire, et succombant l’un après l’autre sans fléchir un instant, croyant mourir en martyrs, et qu’ils allaient directement au Paradis !!!
Par conséquent, ce fut l’Imam Ali lui-même, le vainqueur de la bataille, qui annonça le deuil général, aussi bien pour les martyrs de son camp que les morts du camp adverse.
Dans l’apogée d’une gloire militaire, il était clair que le commandeur des croyants était l’homme le plus triste du monde; mais que pouvait il faire d’autre ?
Ammar, quant à lui, essayait toujours d’alléger le fardeau de son Imam. Il était pour lui à la foi l’ami intime et le conseiller avisé et son origine yéménite jouait un grand rôle dans l’unification des rangs des tribus yéménites, traditionnellement sympathisantes de l’Imam Ali.
Ammar Contre La Cinquième Colonne Parmi les tribus yéménites constituant la majorité de l’armée du Commandeur des Croyants (psl), la tribu de Kèndah avait la particularité d’obéir à son chef traditionnel al Ashath ibn Qays, les derniers de leurs rois avant l’Islam. Al Ashâth ne s’était jamais bien convertis à l’Islam; mais il était toujours obligé de se laisser aller avec le courant pour ne pas perdre sa notoriété dans sa tribu. Ainsi il constituait un grand point faible dans le camp de l’Imam Ali, et Moâwiya en était parfaitement au courant.
Après des tractations secrètes, al Ashath fut chargé par Moâwiya de développer une véritable cinquième colonne dont le rôle était de démoraliser les forces loyalistes et de semer le doute et l’indécision parmi les sympathisants du commandeur des croyants.
Ce fut ici que l’existence d’un vieil apôtre du Prophète, comme Ammar, d’origine yéménite incontestable, dans le camp du commandeur des croyants en tant que ministre et principal conseiller, prit une importance très grande et, pour certains, déterminante. Par ailleurs, les célèbre Hadiths du Saint Prophète qui avait fait de Ammar un indicateur de la légitimité, et de sa mort une preuve désignant et condamnant les rebelles agresseurs, étaient un réconfort générale pour l’ensemble du camp de l’Imam Ali. L’action de la propagande de Moâwiya dans son camp et de celle de sa cinquième colonne dans le camp adverse, se concentra alors sur l’interprétation de ses Hadiths, et parfois la propagation des fausses espérances tel qu’un prétendu ralliement de Ammar au camp de Moâwiya !
Ainsi, tous les plans d’al Ashath furent déjoués par Ammar et le commandant en chef des armées, Malik al Ashtar, yéménite lui aussi. Ainsi, le poids du vieil apôtre de plus de quatre vingt dix ans, pesait de plus en plus lourd dans la balance.
C’était dans de telles conditions que le commandeur des croyants entama sa marche vers la Syrie. Moâwiya avait déjà rassemblé une très grande armée de mercenaires, qu’il prit soin de maquiller par l’existence du fils de Omar le deuxième Calife et de Âmre ibn Âas, le célèbre retors d’Arabie, réputé pour être lui aussi un compagnon du Saint Prophète. En réalité, Amre avait offert son soutien à Moâwiya en contre gouverneur de l’Egypte !
partie du poste du De surcroît, tous les rescapés de la bataille du dromadaire, les brigands et assassins de tout acabit, trouvèrent dans la participation à la marche de Moâwiya sous la bannière de la chemise de Othmân une sorte de blanchiment de leur passé infâme et un investissement dans un futur pouvoir de Moâwiya, visiblement peu soucieux de restituer les droits à leurs propriétaires ou de châtier des criminels du droit commun!
Les deux armées se rencontrèrent à Seffine sur la rive du fleuve Euphrate. Ammar manifestait un grand enthousiasme peu attendu d’un homme de son âge, et il promettait à chaque occasion- de participer personnellement au combat bien qu’il fût le ministre du Calife et personne ne s’attendît à le voir sur les premières lignes du front.
Entre autres, Ammar dit devant des milliers de soldats encore hésitants: << Ô mon Dieu, si je savais que cela te satisfaisait, je me jetterais dans ce fleuve ! » Il ajouta: << Ô mon Dieu, je ne sais rien qui puisse te plaire plus que de combattre ces pervers ! >>>
Et voulant décrire la solidité et la légitimité de la position du commandeur des croyants et de son camp, il leur lança: «Par Dieu, s’ils (Les mercenaires de Moâwiya) nous obligeait à battre en retraite jusqu’aux palmiers lointains de Hajar, je dirais toujours que la légitimité est de notre côté et que ce sont eux les rebelles agresseurs. >>>
Avec de telles paroles, le vieil apôtre réussit à garder l’unité et la confiance dans le camp du Calife légale; et avec sa vive et active présence, les compagnons du Prophète encore en vie, n’avaient plus aucun doute quant à la légitimité de leur cause et se sentirent de plus en plus tranquilles sous les ordres du commandeur des croyants. Plusieurs d’entre eux se rappelèrent alors des serments de fidélité qui avaient été jurés malgré lui après le serment de Khom, et les remords de ne pas l’avoir soutenu plutôt, commençaient à ronger bien des cœurs !
Le Martyre Eclairant
Dès le début des combats, Ammar décida de rallier les premières lignes du front et s’écria: « Qui veut s’assurer la satisfaction de son Seigneur ? >>>
Un grand nombre de fidèles et en particulier tous les compagnons du Prophète présents sur les lieux accoururent à son appel.
Comme pour ne rien rater des éléments de la grandeur, Ammar était à jeun, et malgré ses quatre vingt dix ans, il combattait héroïquement les ennemis en franchissant leurs lignes avec une témérité inouïe. Pour tous les combattants, il était clair qu’il voulait le martyre!
Cependant, le martyre de Ammar ne fut pas immédiat! Il eut même l’occasion de rencontrer Âmre ibn Âas en pleine bataille et de l’exhorter à ne pas rater sa dernière chance pour se repentir et abandonner le camp de Bani Omeyya et les rêves du gouvernement de l’Egypte.
Amre essaya en vain de se défendre et dit qu’il ne voulait en réalité que venger Othmân et punir ses tueurs!
Ammar, désespéré de Amre, lui dit : « Je témoigne que tu n’a jamais cherché, par quelque acte qu’il soit, la satisfaction de Dieu ! >>>
Puis il lui adressa un dernier conseil: « Si tu n’es pas tué aujourd’hui, demain, de toute façon, tu mourras. Certes, ce sont les fins et les mobiles qui comptent pour Dieu. Alors, fait attention à ce que tu prépares pour le jour où chacun est sanctionné selon ses intentions. >>>
Les jours passèrent et la bataille risquait de s’enliser inextricablement bien que l’avantage füt toujours du côté de l’Imam Ali et les morts du camp adverse se comptassent par milliers chaque jour.
Après l’une de ses longues journées de jeun et de combat héroïque, Ammar revint de la ligne de front et s’assit dans l’attente du crépuscule.
Ammar guettait le coucher du soleil lorsqu’il vit un soldat s’approcher et lui offrir ses services, il lui demanda alors de lui apporter de quoi rompre son jeun. Le soldat lui présenta un bol de lait coupé.
Ammar eut un instant de stupeur puis son visage s’illumina soudain et s’écria: «Phût à Dieu que j’obtienne le martyre cette muit même ! »
Quelques soldats étaient présents à la scène et ne comprirent rien de ce qui se passait. Pour eux, il n’y avait aucune explication pour ce vœu la journée allait se terminer et les soldats commençaient déjà à penser au repos de la nuit.
Voyant les interrogations l’entourer sans oser
l’interpeller, Ammar rappela à ses compagnons ce présage du Prophète qui n’a jamais quitté son esprit: <<… Ton dernier repas sera du lait coupé. >>> Comme par hasard, ce jour là, la bataille se poursuit après le coucher du soleil. Ammar reprit les armes, revint rapidement à la première ligne du front et continua à se battre farouchement comme un lion. Soudain, une flèche l’atteignit mortellement, et se fut le coup libérateur qu’il attendait depuis si longtemps.
Avec le martyre de Ammar, Âmre et Moâwiya ne pouvaient plus dissimuler la vérité. Et sous le couvert de la nuit, plusieurs milliers de musulmans trompés par ses deux retors rallièrent le camp de l’Imam Ali après avoir enfin su avec certitude qui était bien le rebelle agresseur.
Pourtant, Amre ne désempara nullement, il lança aux visages de plusieurs dignitaires de son armée venus lui demander des explications en lui faisant état de leur crainte de faire partie du groupe des rebelles agresseurs : « Ne voyez-vous donc pas que ce sont eux qui ont tué Ammar? Ne sont-ils pas eux-mêmes qui l’ont poussé au combat à cet âge? >>>
Cependant, le lendemain du martyre du vieil apôtre s’annonçait périlleux pour l’armée de Moâwiya; et Amre commençait déjà à réfléchir à un nouveau stratagème qui sauverait leur situation.
Au camp des loyalistes, la perte d’un homme du poids de Ammar fut tellement lourde qu’on ne pensât même pas à ses effets psychologiques sur le camp adverse. Toutefois, avec les premiers rayons du soleil, une nouvelle journée se prononça déjà différente et les premiers mouvements des deux belligérants s’avérèrent différents de ceux des jours passés. En effet, la grande tristesse de l’Imam Ali et du chef de ses armées, Malik al Ashtar, fut vraisemblablement compensée par une flambée de détermination dans tout leur camp.
La bataille se poursuivit et la victoire de Malik allait être écrasante si ce ne fut encore une nouvelle ruse du retors d’Arabie Amre.
Dès que la défaite s’annonça certaine, Moâwiya commença à préparer sa fuite avant que cela ne devînt trop tard. Quand à Amre, il ne voyait pas les choses de cet œil, et il savait bien que la fuite n’arrangeait rien pour lui et qu’il valait mieux tenter une dernière chance.
Alors que Moâwiya était sur le point d’enfourcher sa monture, Âmre le rappela et le somma de l’écouter pour une fois et de faire exactement ce qu’il lui demandait: Ordonner à son armée de cesser le combat et de lever immédiatement les livres du Coran sur le fer des lances. Ensuite, le reste du stratagème sera joué par leurs complices dissimulés dans le camp même de l’adversaire !
Ainsi, des exemplaires du Saint livre furent accrochés aux bouts des lances, et l’appel à la trêve, lancé. Du côté des loyalistes cet acte inopiné fut ignoré par Malik qui connaissait trop ses adversaires pour croire à leur foi. Mais, entre temps, la cinquième colonne d’al Ashâth, libérée par l’absence de Ammar, entourait déjà l’Imam Ali et le sommait d’arrêter le combat et d’accepter l’arbitrage du Coran.
Ammar était parti paisiblement pour rejoindre les siens, là où on l’attendait si impatiemment. Et ce fut Malik al Ashtar qui devait poursuivre sa mission aux services de la vérité et de l’authenticité de l’Islam.
Prière sur l’âme pure de Ammar !
–Fin–