les apôtres – (14)

SAÏD IBN DJOUBEYR

Adaptation française par:

Kadhem Mahdaoui & Housseyn Qommi

Thèmes sélectionnés par:

  1. ESSAYED

Fondation Ansariyan

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahlul-Bayt (paix sur eux), que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragements qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf) (1) et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

                                    

1 – Paix et prière sur lui et sur sa progéniture purifiée.

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale   exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.

Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

 

 

 

 

Dans La Forteresse Du Tyran

Les prisonniers dormaient dans leurs cellules, les soldats surveillaient à l’extérieur. Et les autres étaient positionnés devant le palais de Hajjaj le gouverneur. Deux soldats se dirent:

«  -J’ai appris que le gouverneur est devenu fou.

-Cela est indéniable, car ses actes le dénoncent clairement.

-C’est vrai, depuis le meurtre de cet homme pieux « Saïd Ibn Djoubeyr» il ne trouve plus sommeil. Il se réveil brusquement et crie souvent: « Qu’y a-t-il entre moi et Saïd ibn Djoubeyr ».

-Je l’ai entendu dire au médecin qu’il rêve Said en train de le tirer par la main. Et qu’il lui demandait également : « Pourquoi m’avais-tu tuẻ, 6 ennemi de Dieu?».

-Le gouverneur a déjà tué plus de cent mille personnes, et actuellement il a fait emprisonner cinquante mille hommes et trente mille femmes. »

Alors qu’ils continuaient à se demander sur l’état de santé de leur chef, les gardes entendirent un puissant cri: « Qu’y a-t-il entre moi et Said ibn Djoubeyr ». L’un des gardiens dit : « Je crois que le revenant de Saïd ibn Djoubeyr lui est apparu une fois de plus. »

Un autre demanda: « Qui est cet homme ? »

Said Ibn Djoubeyr, Le Disciple De l’Imam Sajjad

Originaire de l’Abyssinie (Éthiopie actuelle), Said fut -autrefois- esclave des Bani Assad, célèbre tribu arabe. Son prénom était Abou Abdullah, il avait habité la ville de Koufa, ville dans laquelle il était connu pour sa piété, sa dévotion et, surtout, pour être le disciple de l’imam Ali Ibn Hussein Zaynul Abedine (la gloire des adorateurs) (psl).

Le Vœu, Interdit!

Said ibn Djoubeyr aimait beaucoup la prière, il vivait humblement avec sa mère, et il lui était particulièrement dévoué, car il savait que la satisfaction des parents amène celle de Dieu.

Il se réveillait toujours au premier chant de coq pour accomplir la prière de l’aurore. Après la prière, il récitait le saint Coran jusqu’au lever du soleil.

Un jour Said se réveilla après le lever du soleil, le coq n’ayant pas eu chanté cette aube là. Il fut énervé contre la volaille qui n’avait pas chanté comme d’habitude. Saïd s’adressa au coq en disant: « Qu’as-tu ? Puisses Dieu te couper la voix ». Depuis ce moment là, ce coq n’a plus chanté. La mère de Saïd comprit que Dieu avait exaucé le vœu de son fils, elle lui dit : « Ô Saïd mon fils, il ne faut jamais invoquer Dieu contre quelqu’un ». Saïd obéit à sa mère et ne lança plus jamais de vœux contre quelqu’un.

Allons, ensemble, lire l’histoire de ce grand homme qui avait passé sa vie à combattre dans la voie de Dieu.

Abdul Malik Ibn Marwane

Lorsque Abdul Malik Ibn Marwane apprit qu’il était devenu calife des musulmans, il referma un Coran qu’il tenait entre les mains en balbutiant: << Maintenant, c’est fini entre moi et toi ».

Dès lors, il commença à opprimer les opposants pour la consolidation de son pouvoir. Il nomma des gouverneurs despotes et injustes dans plusieurs territoires tels que : Khaled Ibn Abdullah Al Qasri gouverneur de Médine, et Hajjaj Ibn Youssef Al Thaqafi gouverneur de l’Arabie ensuite de tout l’Iraq et des contrées orientales. Il leur recommanda de massacrer tous ceux qui osent s’opposer à ses ordres.

Hajjaj Ibn Youssef

Après sa nomination comme gouverneur de Koufa, devant les habitants de la ville, Hajjaj prononça un discours menaçant qui resta gravé dans les mémoires, il leur dit:

« – gens de l’Iraq! O gens de la dissidence et de l’hypocrisie ! Je vois bien des têtes bien mûries et il est temps de les récolter et c’est bien moi qui le ferais… est-il que Abdul Malik m’a donné un fouet ainsi qu’une épée (Le fouet pour vous fouetter et l’épée pour vous décapiter). »

C’est ainsi que Hajjaj commença à torturer et tuer les gens. Le long de tout son règne, il massacra au moins cent vingt mille personnes et Semprisonna cinquante mille hommes, trente mille femmes et mêmes des mineurs.

Un Aspect Diabolique Du Tyran

L’oppression de Hajjaj s’était généralisée à un tel point que même les bédouins du désert et les villageois étaient pris de peur et de terreur chaque fois que le nom du Hajjaj était cité.

Un jour Hajjaj se rendant au désert, rencontra un bédouin sur son passage. Il lui demanda:

« – Hajjaj: Que penses-tu à propos de Hajjaj?

– Le bédouin: Il est un oppresseur injuste, que Dieu le maudisse.

– Hajjaj: Et que penses-tu du commandeur des croyants (Abdul Malik ibn Marwane)?

– Le bédouin: Il est encore pire que Hajjaj.

– Hajjaj Me connais-tu?

– Le bédouin: Non. Qui es-tu?

– Hajjaj: C’est moi Hajjaj.

Saisi de peur et pour sauver sa vie, le bédouin dit: Est-ce que tu me connais, ó émir?

– Hajjaj: Non. Qui es-tu ?

– Le bédouin Je suis l’esclave de Bani Thour.

je deviens fou deux fois par an. Tout à l’heure j’étais fou. »

Hajjaj sourit malicieusement et le laissa partir.

Il est clair que ce geste de fausse magnanimité révèle un autre aspect diabolique de la personnalité de Hajjaj puisqu’il savait bien maîtriser sa colère et jouer avec les sentiments des gens qui ne représentaient aucun danger pour son pouvoir, comme ce bédouin.

La Révolution

L’un des aspects les plus frappants de la politique de Hajjaj, était d’envoyer les musulmans à la conquête des territoires voisins, à la fois, afin d’avoir les butins de guerre et se débarrasser de certains croyants qui s’opposaient à son autorité.

C’est pourquoi il envoyait toujours un émissaire pour exhorter les musulmans (partis en guerre) de poursuivre les attaques, même si les ennemis étaient beaucoup plus puissants qu’eux. Il était donc interdit aux musulmans de se retirer – même tactiquement- lors des combats.

Dans l’une de ces campagnes, Hajjaj désigna Abdurahmane ibn al Ashaath pour commander les opérations d’attaques contre les Turcs de l’Asie centrale qui étaient gouverné alors par leur roi «Rotbil>>. Lors de la bataille, les musulmans avaient rencontré une forte résistance de l’armée turque, Abdurahmane envoya alors un émissaire pour aller demander au gouverneur la permission d’un repos qui devait permettre aux musulmans de s’organiser encore d’avantage. La réaction de Hajjaj fut violente. Il répondit par des injures contre Abdurahmane et donna l’ordre aux soldats de combattre à mort jusqu’à la victoire finale.

C’est alors qu’Abdurahmane et ses hommes comprirent les mauvaises intentions de Hajjaj. Les musulmans détestaient déjà Hajjaj et Abdul Malik ibn Marwane.

Lorsque Abdurahmane annonça ouvertement sa révolution contre le pouvoir en place, l’ensemble des combattants répondirent favorablement à son appel. Sous la conduite de Abdurahmane, tous les combattants décidèrent de retourner en Irak pour chasser Hajjaj du pouvoir. En marchant sur Koufa, ils furent rejoints par d’autres musulmans qui ne pouvaient plus supporter l’oppression Omeyyade.

Le Groupe Des Lecteurs

Les lecteurs du Coran étaient, à cette époque, une référence pour tous les musulmans. Grace à leur grande science de l’exégèse et leur savoir coranique générale, ils étaient glorifiés et respectés par la plupart des gens. Au cours de leur participation à la guerre contre les Turcs, ils formèrent un groupe appelé « Groupe des lecteurs ». Ce dernier fut dirigé par Koumeyl ibn Ziyad.

Les révolutionnaires parvinrent à libérer les habitants de plusieurs villes de la domination • Omeyyade, des villes telles que: Sadjistan (Afghanistan), Kermân (Iran), Bassora et Koufa (Irak).

La Bataille De Deyr Al Djamadjem

Le calife Abdul Malik eut sérieusement peur de cette nouvelle insurrection armée et l’avancée spectaculaire des hommes de Abdurahmane; il promit alors aux révolutionnaires de remplacer Hajjaj par un autre gouverneur, s’ils acceptent de déposer les armes.

Les révolutionnaires savaient très bien, que c’est Abdul Malik qui avait nommé Hajjaj comme gouverneurs, et par là, il est responsable de toute l’injustice et de tous les crimes de son subalterne. Ils refusèrent toutes les propositions du Calife. Ils lui demandèrent plutôt d’abdiquer lui aussi. Abdul Malik envoya alors une grande armée au secours de Hajjaj. Les armées se rencontrèrent dans un territoire appelé << Deyr al Djamadjem >>. Sur-le-champ de bataille, il y eut des terribles affrontements entre les deux camps, mais les hommes de Hajjaj en sortirent vainqueurs, après avoir écrasé les révolutionnaires.

Abdurahmane ibn Ashaath prit fuite vers les territoires turcs, et certains de ses partisans furent arrêtés et exécutés.

Koumeyl ibn Ziyad trouva refuge au prés de sa tribut dans un endroit secret, mais lorsqu’il constata l’encerclement et le siège infligés à sa tribut à cause de son soutien pour lui, il choisît de se rendre aux soldats de Hajjaj.

À La Mecque

Saïd ibn Djoubeyr s’était enfuit vers la Mecque, il trouva un refuge dans un coin du désert aux alentours de la ville. Là il espérait ne pas être repéré par les espions qui le cherchaient partout.

Abdul Malik, qui le détestait plus que tout le monde, envoya une lettre aux habitants de la Mecque pour les mettre en garde de cacher Saïd dans leur ville.

Lorsque Khalid ibn Abdullah al Qasri, l’émissaire de Abdul Malik arriva à la Mecque (Ville qui était gouverné par Mohammad ibn Maslama), il prononça un discours menaçant et récita le message de Abdul Malik:

« De Abdul Malik ibn Marwane aux habitants de la Mecque. Est-il que j’ai désigné Khalid ibn Abdullah al Qasri comme gouverneur de votre ville. Ecoutez-le donc et obéissez à ses ordres. Quiconque lui désobéirait, aura la mort comme châtiment.

Et que la Paix soit à vous. »

Cette lettre signifiait qu’aucun habitant de la Mecque n’avait le droit de soutenir ou d’apporter une quelconque aide à Saïd Ibn Djoubeyr.

Après avoir récité la lettre du calife, Khalid ibn Abdullah al Qasri lança un avertissement général « Si je le trouvais réfugié chez quelqu’un, je détruirais ça maison et je le tuerais et j’en ferais de même des maisons voisine ».

Il fixa un délai de trois jours pour chercher et arrêter Saïd ibn Djoubeyr.

 

Fugitif Dans Le Désert

Saïd savait que celui qui oserait lui donner refuge risquait la peine de mort. C’est pourquoi il refusa toutes les offres généreuses des quelques sympathisant de sa cause; et préféra plutôt prendre sa petite famille avec lui et aller se cacher dans le désert, non loin de la Mecque.

Un jour, la cache de Saïd fut découverte par un espion qui ne tarda pas d’aller informer le gouverneur, Khalid ibn Abdullah al Qasri. Ce dernier envoya rapidement des cavaliers armés jusqu’aux dents pour arrêter Saïd. Lorsque les cavaliers arrivèrent, ils encerclèrent l’endroit où se cachait Saïd, une cachette de fortune située parmi les rochers.

En ce moment, Saïd terminait sa prière, et son fils, qui avait vu les soldats s’approcher de leur refuge, commença à pleurer à haute voix. car il avait comprit qu’ils étaient venus pour arrêter son père.

Avant de tomber entre les mains des soldats, Saïd s’empressa de consoler son fils et de lui donner les derniers conseils de sa vie :

« Pourquoi pleures-tu, ô mon fils? J’ai vécu cinquante-sept ans, c’est une longue vie ».

Il l’exhorta d’avoir la patience et la persévérance dans la vie. Ensuite il s’approche pour se livrer aux mains des cavaliers.

Le chef des cavaliers qui avait trouvé Saïd en pleine prière et l’avait entendu exhorter son fils, fut très étonné de la personnalité de son prisonnier. Il dit à Saïd:

« -J’ai les ordres formels du gouverneur de t’arrêter, je m’en remets à Dieu, et j’en sollicite soutien et aides contre cela. Tu peux fuir partout où tu veux, je serais avec toi.

Saïd: As-tu une famille?

Le chef des cavaliers: Oui

Saïd: N’as-tu pas peur pour eux, ils peuvent être exécuté par le gouverneur après ta fuite? Le chef des cavaliers: Je les laisse sous la protection de Dieu. »

Pourtant, Saïd refusa la proposition du chef des cavaliers, de peur que le gouverneur se venge et exécute les innocents. Il se rendit.

Sacrilège À La Kaaba

Le gouverneur de la Mecque, voyant s’approcher le convoi emmenant Saïd en geôles, ordonna à ses geôliers de lui serrer encore plus la corde autour du cou.

Un dignitaire de Syrie, voyant la scène, dit au gouverneur: « Ô émir, Épargne ce juste vertueux et pardonne lui! Puisse cela plaire à Dieu ». Le gouverneur dit : «Par Dieu, si je savais que Abdul Malik ne soit satisfait de moi que par la destruction de la Kaâba, je la détruirais jusqu’à la dernière pierre ! »

Cette arrogance inouïe reflétait bien l’état d’esprit, non seulement de ce gouverneur, mais de la plupart des gouverneurs du Calife Omeyyade. Tel était le comportement des gouverneurs d’Abdul Malik. Sans se soucier de satisfaire Dieu, Le Seigneur Des Mondes, il cherchait plutôt à plaire à leur chef. Aussi de telles paroles blasphématoires n’étaient-elle que pour consolider l’argumentation des révolutionnaires qui y trouvaient perpétuellement une mise à jour de la légitimation de leurs révoltes et insurrection. En réalité, c’est bien pour cela que Saïd ibn Djoubeyr et les sien s’étaient soulevés contre le pouvoir Omeyyade.

Le Vénérable Et Le Tyran

Hajjaj avait construit une nouvelle ville entre Koufa et Bassora, il l’appela «Wassêtte», ce qui signifie la médiane. Et il y construit une grande forteresse pour lui et pour ses dignitaires, et une grande prison où étaient torturés les prisonniers, faibles et sans défense; et l’on pouvait toujours y trouver des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, dans des conditions inhumaines et indescriptibles.

Quant à Hajjaj, il habitait avec sa famille, son médecin et ses gardes dans la forteresse. Ce charognard aimait bien regarder l’exécution des condamnés à mort et il se réjouissait avidement de l’écoulement du sang. Ainsi, lorsque Saïd ibn Djoubeyr fut amené, tout était déjà prêt pour son exécution. Et le bourreau n’attendait que l’ordre du gouverneur pour l’exécution.

Une fois dans sa cellule, Saïd fut frappé par l’odeur du sang. Pourtant il n’eut point peur; puisque sa foi ferme et solide en Dieu et en son Jugement dernier, ne lui permettait de frémir qu’en présence de Dieu lors de la prière.

– Hajjaj lui demanda son nom, il répondit:

– Said ibn Djoubeyr. (Ce qui signifie littéralement: Heureux fils de Petit-rétablit.)

Hajjaj: Plutôt, Malheureux fils de Petit- cassé!

– Saïd: Ma mère connaît mieux que quiconque mon nom et celui de mon père.

– Hajjaj: Tu es malheureux, ta mère aussi était malheureuse.

– Said Seul Dieu connaît l’occulte.

Hajjaj garda silence, ensuite il frappa des mains pour appeler les clowns de la cour. Arrivés devant Hajjaj, les clowns commencèrent à faire des gestes comiques et risibles. Hajjaj et ses hommes rigolaient, mais Saïd ne leur prêta aucune attention. Hajjaj lui demanda: « Pourquoi tu ne rit pas? »

          – Saïd répondit avec chagrin: «Je ne vois pas ce qui peut faire rigoler. Comment une créature peut-elle se moquer de l’argile qui brûle au feu!

Hajjaj: «C’est comme ça que nous avons été créés par Dieu.». Il ordonna ensuite qu’on lui apporte le coffre du trésor public. Hajjaj présenta à Saïd les richesses que contenait le coffre et lui demanda: « Que penses-tu de ceci ? »

Saïd: « C’est une grâce de Dieu si tu en respectes les conditions. »

– Hajjaj: « Quelles sont ces conditions? »

– Said: « Si tu t’achètes, avec, le paradis. »

Hajjaj en fut stupéfait, il tourna son regard vers le bourreau et lui fit signe de décapiter Saïd. Ayant comprit que c’était la fin, Saïd tourna son regard vers la Kaâba et demanda à ses bourreaux juste un petit moment pour faire une prière de deux rakâat, avant d’être exécuté. Il récita dans sa prière: «Sincère, oui, je tourne mon visage vers Celui qui a créé les cieux et la terre; et je ne suis point de ceux qui donnent des Associés.» (Coran: s.6, v.79)

Entendant cela, Hajjaj cria: «Détournez-le de la Kaába.» Le bourreau le saisit avec force et le détourna de la Kaâba.

-Saïd récita encore: «…Où que vous vous tourniez, là c’est le visage de Dieu…» (Coran: s.2, v.115)

-Hajjaj: « Renversez-le sur la figure, par terre. »

-Saïd récita: « C’est d’elle que Nous vous avons créés, et en elle Nous vous retournerons, et d’elle Nous vous ferons sortir une fois encore». (Coran: s.20, v.55)

Hajjaj ordonna alors le bourreau : «Abat-le.» Saïd leva ses mains vers le ciel et implora son Seigneur: «Ô mon Dieu, ne le laisse pas ainsi. Fais que je sois le dernier de ceux qu’il a tués». Ces paroles furent le premier et le dernier vœu que Saïd avait lancé contre quelqu’un, depuis que sa mère lui avait interdit de maudire quelqu’un.

Le bourreau s’approcha et lui trancha le cou La tête de Saïd tomba par terre et miraculeusement récita la formule du témoignage de foi: << Il n’y a point de dieu, que Dieu». Toute l’assistance en fut stupéfaite.

Hajjaj qui regardait la scène, remarqua que le sang de Saïd continuait à couler sans interruption, il demanda à son médecin, un chrétien qui s’appelait Tayâzuq, le secret de cet écoulement. Le médecin répondit: Tous ceux que vous avez exécutés auparavant, avaient certainement peur de la mort. Leur sang se concentrait alors dans les veines. C’est pour cela que le sang ne coulait pas comme chez celui-ci.

Effectivement, Saïd ibn Djoubeyr n’avait peur de rien. Son cœur battait toujours d’un rythme normal. Remplit de foi, il n’avait -évidemment- pas peur de la mort. Il mourut en martyr pour l’amour de Dieu.

Il était réellement heureux, tout comme il avait été surnommé par ses parents.

La Victoire Du Sang Sur Le Sabre

Après l’exécution de Saïd ibn Djoubeyr, Hajjaj, déjà paranoïaque et mégalomane, devint sujet à des crises répétitives de folie. Il ne réussissait plus à dormir sans cauchemars terrifiants. Il rêvait toujours Saïd le tirer par la main. Et dans une crise de dénie diabolique et de mégalomanie,

il criait: << Qu’y a-t-il entre moi et Saïd ibn Djoubeyr ! »

Hajjaj ne survécu qu’une quinzaine de jours à l’exécution de Saïd. Dieu avait exaucé le vœu de Saïd: Il fut, tout comme il l’avait souhaité, effectivement le dernier à être tué par Hajjaj.

Avec la mort du tyran, les véritables dimensions de sa politique criminelle commencèrent à se dévoiler: Ainsi lorsqu’on ouvrit les portes des terribles prisons de Hajjaj, on y découvrit la présence de plus de cinquante mille hommes et trente mille femmes et enfants entassé inhumainement, aux corps meurtrit de torture et de faim, et gisant à même le sol.

En outre, le bourreau qui avait exécuté Saïd, n’échappa pas lui aussi au châtiment divin, et il ne survécu même pas une année à son crime ignoble.

Dès lors, l’histoire garde toujours avec fierté la mémoire glorieuse de Saïd ibn Djoubeyr. Mais personne ne cite le nom de Hajjaj sans le maudire ou le désavouer.

C’est encore là, un nouvel épisode, de l’éternelle histoire de la victoire du sang sur le sabre.

 

(Fin)

les Apôtres (13)


Avec les Apôtres (13)

 KOUMEYL IBN ZIYAD

 Traduit par:

Daoud Wamba & Kadhem Mahdaoui

 Thèmes sélectionnés par:
K. Essayed

Fondation Ansariyan

 

PRÉFACE

       

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahlul-Bayt (paix sur eux), que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf) et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

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En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir. Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan
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Le Douâ De Koumeyl

Chaque jeudi soir des millions des musulmans dans les quatre coins du monde se réunissent, après la prière du soir, et, ensemble, ils implorent Dieu en ces termes:

<<<Mon Dieu! Je te prie: Par Ta Miséricorde qui a entouré toute chose, par Ta Force avec laquelle Tu as vaincu toute chose et devant laquelle toute chose s’est soumise et s’est humiliée, et par Ta Toute-Puissance grâce à la quelle Tu as triomphé de toute chose, et par Ta Gloire devant laquelle aucune chose ne peut se dresser, et par Ta Grandeur qui a rempli toute chose, et par Ta Souveraineté qui s’est hissée au-dessus de toute chose, et par Ta Face qui se perpétue après l’anéantissement de toute chose, et par Tes Noms qui ont rempli les piliers de toute chose, et par Ta Science qui est au fait de toute chose, et par la Lumière de Ta Face qui a illuminé toute chose!

C’est avec ces paroles que le musulman apprend comment implorer le secours de son Créateur et Seigneur qui lui a accordé la vie et la raison et imparti les bienfaits. Cette prière appelé <<< Douâ de Koumeyl >>> se termine ainsi:
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<<<Ô Toi Qui pardonne vite! Accorde Ton Pardon à celui qui ne possède que l’Invocation, car Tu peux faire ce que Tu veux.

Ô Toi dont le Nom est remède, dont l’Invocation est guérison, dont l’obéissance est richesse ! >>>>

Dans ce Douâ (prière), il est question de toute une révision des principales croyances, dont tout musulman doit se rappelé on y trouve un rappelle systématique de la nature des liens avec le créateur tout puissant. En un mot: ce Douâ est un véritable purgatoire de l’âme.
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Au Nom de Dieu, Le Très Miséricordieux, Le Tout Miséricordieux

<<< Mon Dieu! Je te prie: Par Ta Miséricorde qui a entouré toute chose, et par Ta Force avec laquelle Tu as vaincu toute chose et devant laquelle toute chose s’est soumise et s’est humiliée, et par Ta Toute-Puissance grâce à la quelle Tu as triomphe de toute chose, et par Та Gloire devant laquelle aucune chose ne peut se dresser, et par Ta Grandeur qui a rempli toute chose, et par Ta Souveraineté qui s’est hissée au- dessus de toute chose, et par Ta Face qui se perpétue après l’anéantissement de toute chose, et par Tes Noms qui ont rempli les piliers de toute chose, et par Ta Science qui est au fait de toute chose, et par la Lumière de Ta Face qui a illuminé toute chose!

Ô Lumière ! Ô Saint! Ô Premier des premiers et le plus Éternel des éternels. Ô Mon Dieu! Pardonne-moi les péchés qui déshonorent les chastetés. Ô Mon Dieu! Pardonne-moi les péchés qui appellent les vengeances. Ô Mon Dieu! Pardonne-moi les péchés qui modifient Tes Bienfaits. Ô Mon Dieu! Pardonne-moi les péchés qui empêchent l’Invocation. Ô Mon Dieu !
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اللهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ بِرَحْمَتِكَ الَّتِي وَسِعَتْ كُلَّ شَيْءٍ وَ بِقُوَّتِكَ الَّتِي قَهَرْتَ بِهَا كُلِّ شَيْءٍ وَ خَضَعَ لَها كُلَّ شَيْءٍ وَ ذَلَّ لَهَا كُلِّ شَيْءٍ وَ بِجَبَرُوتِكَ التي غَلَبْتَ بِهَا كُلِّ شَيْءٍ وَ بِعِزَّتِكَ الَّتِي لَا يَقُومُ لَها شَيْءٌ وَ بِعَظَمَتِكَ الَّتِي مَلأَتْ كُلَّ شَيْءٍ وَ بِسُلْطَانِكَ الَّذِي عَلَا كُلِّ شَيْءٍ وَ بِوَجْهِكَ الْبَاقِي بَعْدَ فَناءِ كُلَّ شَيْءٍ وَ بِأَسْمَائِكَ الَّتِي مَلأَتْ أَرْكَانَ كُلِّ شَيْءٍ وَ بِعِلْمِكَ الَّذِي أَحاطَ كُلَّ شَيْءٍ وَ بِنُورِ 3 وَجْهِكَ الَّذِي أَضَاءَ لَهُ كُلِّ شَيْءٍ يَا نُورُ يَا قُدُّوسُ يا أَوَّلَ الْأَوَّلِينَ وَ يا آخِرَ الآخِرينَ اللَّهُمَّ اغْفِرْ لِي 3 الذُّنُوبَ الَّتِي تَهْتِكُ العِصَمَ اللَّهُمَّ اغْفِرْلِيَ الذُّنُوبَ التي تُنْزِلُ النَّقَمَ اللَّهُمَّ اغْفِرْ لِيَ الذُّنُوبَ الَّتِي تُغَيِّرُ . النَّعَمَ اللَّهُمَّ اغْفِرْ لِيَ الذُّنُوبَ الَّتِي تَحْبِسُ الدُّعَاءَ
——————————————-

Ô Mon Dieu! Pardonne-moi les péchés qui

apportent le malheur.

Ô Mon Dieu! Pardonne-moi les péchés qui dissipent l’espérance.

Ô Mon Dieu! Pardonne-moi tout péché que j’eusse pu commettre et toute faute que j’eusse pu faire.

Mon Dieu! Je m’approche de Toi en invoquant Ton Nom et j’intercède auprès de Toi en ma propre faveur, et je Te prie, par Ta Générosité, de me rapprocher de Toi, et de m’inciter à Te remercier et de m’inspirer Ton invocation.

Ô Mon Dieu! Je Te prie en toute soumission en toute humilité et très humblement d’être Indulgent avec moi et d’avoir pitié de moi, et de me rendre content et satisfait de ce que Tu m’as imparti et (de me rendre) humble dans tous les cas.

Et je Te prie à la manière de quelqu’un dont l’indigence s’est aggravée, dont Tu es le seul recours lorsqu’il se trouve dans l’adversité et dont le désir de ce que Tu possèdes a grandi !

Ô Mon Dieu! Ton Royaume est Grandiose, Ta Position est Transcendante, Tes Voies sont Impénétrables, Ton Autorité est Evidente,
——————————————-

اللَّهُمَّ اغْفِرْ لِيَ الذُّنُوبَ الَّتِي تُنْزِلُ الْبَلاءَ اللَّهُمَّ اغْفِرْ لِيَ كُلِّ ذَنْبِ أَذْنَبْتُهُ وَ كُلِّ خَطِيئَةٍ أَخْطَأْتُها أَللَّهُمَّ إِنِّي أَتَقَرَّبُ إِلَيْكَ بِذِكْرِكَ وَ أَسْتَشْفِعُ بِكَ إِلي نَفْسِكَ وَ أَسْأَلُكَ بِجُودِكَ أَنْ تُدْنِيَنِي مِنْ قُرْبَكَ وَ أَنْ تُوزِعَنِي شُكْرَكَ وَ أَنْ تُلْهِمَنِي ذِكْرَكَ اللَّهُمَّ إِنِّي 3 أَسْأَلُكَ سُؤالَ خَاضِعِ مُتَذَلَّةٍ خَاشِعِ أَنْ تُسَامِحَنِي وَ تَرْحَمَنِي وَ تَجْعَلَنِي بِقَسْمِكَ رَاضِياً قانعاً وَ فِي جَميعِ 3 الأحوالِ مُتَواضِعاً أَللَّهُمَّ وَ أَسْأَلُكَ سُؤالَ مَنِ اشْتَدَّتْ فَاقَتُهُ وَ أَنْزَلَ بِكَ عِنْدَ الشَّدَائِدِ حَاجَتَهُ وَ 3 عَظُمَ فِيْمَا عِنْدَكَ رَغْبَتُهُ أَللَّهُمَّ عَظُمَ سُلْطَانُكَ وَ عَلَا مَكَانُكَ وَ خَفِيَ مَكْرُكَ وَ ظَهَرَ أَمْرُكَ
—————————————-

Ta Coercition est Imposante et Ton Pouvoir Omniprésent et personne ne peut se soustraire à Ta Souveraineté.

Ô Mon Dieu! Je ne vois personne d’autre que Toi pardonner mes péchés, dissimuler mes vilenies et transformer ma mauvaise action en bon acte.

Point de divinité, si ce n’est Toi! Gloire et Louange à Toi !

Je me suis rendu injuste envers moi-même et j’ai osé (transgresser Ta Loi) par mon ignorance.

Et j’ai fait appel au souvenir que Tu avais de moi et à la faveur que Tu m’avais toujours accordée (pour mon pardon).

Ô Mon Dieu! Õ Mon Maître ! Combien de mes actes détestables Tu as couvert, et combien de calamités Tu m’as épargné! Et combien de trébuchements Tu m’as évité, et combien de malheurs Tu as éloigné de moi, et combien de belles louanges (à mon égard) Tu as propagé.

Ô Mon Dieu! Mon malheur s’est aggravé; mon état s’est empiré; mes bonnes actions se sont réduites; mes chaînes m’ont entravé; mes espérances démesurées m’empêchent de me rendre utile !
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وَ غَلَبَ قَهْرُكَ وَ جَرَتْ قُدْرَتُكَ وَ لَا يُمْكِنُ الْفَرارُ مِنْ حُكُومَتِكَ أَللَّهُمَّ لَا أَجِدُ لِذُنُوبِي غَافِراً وَ لا القبائحي ساتراً وَ لا لِشَيْءٍ مِنْ عَمَلِيَ القَبيحِ بالحَسَنِ مُبَدِّلاً غَيْرَكَ لا إِلَهَ إِلَّا أَنْتَ سُبْحَانَكَ وَ بِحَمْدِكَ ظَلَمْتُ نَفْسِي وَ تَجَرَّأْتُ بِجَهْلِي وَ سَكَنْتُ إلي قَديمِ ذِكْرِكَ لِي وَ مَنْكَ عَلَيَّ اللَّهُمَّ مَولايَ كَمْ مِنْ قَبيحِ سَتَرْتَهُ وَكَمْ مِنْ فَادِحِ مِنَ الْبَلَاءِ أَقَلْتَهُ وَ كَمْ مِنْ عِشَارٍ وَقَيْتَهُ وَ كَمْ مِنْ مَكْرُوهِ دَفَعْتَهُ وَ كَمْ من ثناء جميل لَسْتُ أَهْلاً لَهُ نَشَرْتَهُ أَللَّهُمَّ عَظُمَ بلائي وَ أَفْرَطَ بِي سُوْء حالي وَ قَصُرَتْ بي أعمالي و قعدت بي أغلالي وَ حَبَسَنِي عَنْ نَفْعِي بُعْدُ آمالي
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Ce bas-monde m’a trompé par sa vanité, et mon âme, par sa trahison et mes atermoiements.

C’est pourquoi, je Te demande, Ô Mon Maître, par Ta Gloire, de faire en sorte que mes mauvaises actions et mes péchés n’empêchent pas mon invocation de parvenir à Toi; et de ne pas dévoiler ce que Tu connais de mes secrets; de ne pas T’empresser de me punir des agissements auxquels je me suis livré lors de mes moments d’insouciance:

Mes mauvaises actions, ma nuisance, mes excès, mon ignorance, mes lascivités excessives et ma négligence.

Ô Mon Dieu! Par Ta Puissance! Sois compatissant envers moi dans tous les cas, et bienveillant pour tout ce que je fais.

Mon Dieu et Mon Seigneur ! A qui, si ce n’est à Toi, Puis-je demander de remédier au préjudice que je subis et d’examiner mon état ?

Mon Dieu et Mon Souverain !

Tu m’as fait parvenir un Commandement auquel je n’ai pas obéi, ayant suivi mon caprice, et ayant omis de prendre des précautions face à la séduction de mon ennemi; lequel a pu me séduire par ce que je désirais, en s’aidant du

destin; ce qui m’avait conduit à transgresser un peu Tes prescriptions; et à contrevenir à certaines de Tes Instructions!
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وَخَدَعَتْنِي الدُّنْيا بِغُرُورها ونفسي بخيانتها ومطالي يا سَيِّدِي فَأَسْأَلُكَ بعزتك أن لا يحجب عنك دُعَائِي سُوءُ عَمَلي و فعالي وَ لا تَفْضحني بخفي ما اطَّلَعْتَ عَلَيْهِ مِنْ سِرِّي وَ لا تُعاجِلني بالعقوبة علي ما عَمِلْتُهُ فِي خَلَواتِي مِنْ سُوءِ فِعْلِي وَ إِسانَتِي وَ دَوام تفريطي وَ جَهالَتِي وَ كَثْرَةِ شَهَوَاتِي وَغَفْلَتِي وَ كُن اللَّهُمَّ بِعِزَّتِكَ لي في كُلِّ الأَحْوَالِ رَءُوفَا وَ عَلَيَّ فِي جَميعِ الأُمُورِ عَطُوفَاً إِلهِي وَ رَبِّي مَنْ لِي غَيْرُكَ أَسْأَلُهُ كَيْفَ ضُرَي وَ النَّظَرَ فِي أَمْرِي إِلهِي وَ مَوْلايَ 5 أَجْرَيْتَ عَلَيَّ حُكْماً اتَّبَعْتُ فِيهِ هَوِي نَفْسِي وَ لَمْ أَحْتَرِسْ فِيهِ مِنْ تَزْيِينِ عَدُوِّي فَغَرَّنِي بِمَا أَهْوِي وَ 3 أَسْعَدَهُ عَلَى ذلك الْقَضاءُ فَتَجَاوَزْتُ بِمَا جَرِي عَلَيَّ مِنْ ذَلِكَ بَعْضَ حُدُودِكَ وَ خالَفْتُ بَعْضَ أَوامِرِكَ
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Louange à Toi pour ce que Tu en as décidé; car je n’ai aucun argument contre Ta Sentence; contre Ton Jugement et contre la Peine que Tu m’as infligée.

Je reviens à Toi Mon Dieu, après avoir manqué à mon devoir et commis des péchés:

(Te) présentant mes excuses, repentant, la tête baissée, renonçant (au péché), implorant Ton Pardon, annonçant mon retour (au droit chemin), reconnaissant (mes erreurs), soumis (à Toi) et (me) confessant, ayant constaté que je ne peux échapper à ce que j’ai commis, ni avoir d’autre refuge vers lequel je puisse me rendre, que Ton acceptation de mon excuse, et mon admission dans l’étendue de Ta Miséricorde.

Mon Dieu! Accepte donc mon excuse, aie pitié de la gravité du préjudice que je subis, délie mes chaînes qui pèsent lourd sur moi.

Ô Seigneur! Aie pitié de la faiblesse de mon corps, de la minceur de ma peau et de la fragilité de mes os.

Ô Toi, qui es à l’origine de ma création, de ma renommée, de mon éducation, de mon bien-être et de ma nutrition, recouvre-moi de Ta Générosité et du Bienfait dont Tu me couvrais jadis.
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فَلَكَ الْحُجَّةُ عَلَيَّ فِي جَمِيعِ ذَلِكَ وَ لا حُجَّةَ لي فيما جري عَلَيَّ فِيهِ قَضاؤُكَ وَ أَلْزَمَنِي حُكْمُكَ وَ 3 بَلاؤُكَ وَ قَدْ أَتَيْتُكَ يا إلهي بَعْدَ تَقْصِيري وَ إِسْرَافِي عَلي نَفْسِي مُعتذراً نادماً مُنْكَسراً مُسْتَقِيلاً مُسْتَغْفراً منيباً مُقِرّاً مُدْعِنَا مُعْتَرِفاً لا أَجِدُ مَفَرَّاً مِمَّا كَانَ مِنَي وَ لا مَفْزَعاً أَتَوَجَّهُ إِلَيْهِ فِي أَمْرِي غَيْرَ قَبُولِكَ عُذْرِي وَ إِدْخالِكَ إِيَّايَ فِي سَعَةٍ مِنْ رَحْمَتِكَ اللَّهُمَّ فَاقْبَلْ عُذْرِي وَ ارْحَمْ شِدَّةَ ضُرِّي وَ فُكَّنِي مِنْ شَدَ وَثاقي يا رَبِّ ارْحَمْ ضَعْفَ بَدَنِي وَ رِقْةَ جِلْدِي وَ دِقَةَ عَظْمي يا مَنْ بَدَأَ خَلْقِي وَ ذِكْرِي وَ تَرْبِيَتِي وَ بِرَي و تغذيتي هبني لابتداءِ كَرَمِكَ وَ الفِ بِرَكَ فِي
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Ô Mon Dieu, Mon Maître et Mon Seigneur ! Me ferais-tu subir Ton enfer, alors que j’ai prononcé Ton Unicité, et alors que mon cœur s’est empli de Ta connaissance, et alors que ma langue a répété Ton Invocation, et alors que ma conscience a cru à Ton Amour, et alors que j’ai confessé sincèrement et fait mon Invocation en me soumettant à Ta Seigneurie ?!

Non jamais! Car Tu es assez Généreux pour ne pas sacrifier celui que Tu as élevé, éloigner celui que Tu as rapproché, faire vagabonder celui auquel Tu as donné refuge, livrer au malheur celui dont Tu l’as protégé et que Tu as couvert de

Ta Compassion. Ô Mon Maître, mon Dieu et mon Seigneur !

Serait-il possible que Tu projettes le feu sur des visages qui se sont prosternés devant Ta Grandeur; et sur des langues qui ont prononcé sincèrement Ton Unicité en Te remerciant et en 3 faisant Ton éloge; et sur des cœurs qui ont reconnu avec conviction Ta Divinité; et sur des consciences qui ont été tellement imbues de Ta

Science qu’elles sont devenues humbles; et sur des membres qui se sont rendus à Tes sanctuaires pour témoigner de leur obéissance; et pour demander Ton Pardon en toute soumission?!
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يا إلهي وَ سَيِّدِي وَ رَبِّي أَتَراكَ مُعَذِّبِي بناركَ بَعْدَ . تَوْحِيدِكَ وَ بَعْدَ مَا انْطَوِي عَلَيْهِ قَلْبِي مِنْ مَعْرِفَتِكَ وَ لَهِجَ بِهِ لِساني مِنْ ذِكْرِكَ وَ اعْتَقَدَهُ ضميري من حُبِّكَ وَ بَعْدَ صِدْقِ اعترافي و دعائي خاضعاً لِرُبُوتِيَّتِكَ هَيْهَاتَ أَنْتَ أَكْرَمُ مِنْ أَنْ تُضَيِّعَ مَنْ رَبَّيَّتَهُ أَوْ تُبَعدَ مَنْ أَدْنَيْتَهُ أَوْ تُشَرِّدَ مَنْ آوَيْتَهُ أَوْ تُسَلَّمَ إِلَى الْبَلَاءِ مَن كَفَيْتَهُ وَ رَحِمْتَهُ وَ لَيْتَ شِعْرِي يَا سَيِّدِي وَ إِلهِي وَ مَولايَ أَتَسَلَّطُ النَّارَ عَلي وُجُوهِ حَرَّتْ لِعَظَمَتِكَ سَاجِدَةً وَ عَلي أَلْسُنِ نَطَقَتْ بِتَوْحِيدِكَ صادقة و بشكرك مادِحَةً وَ عَلَى قُلُوبِ اعْتَرَفَتْ بِالهِيَّتِكَ مُحَقِّقَةً وَ عَلي ضَمَائِرَ حَوَتْ مِنَ العِلْمِ بِكَ حتي صارَتْ خَاشِعَةً وَ عَلي جَوارِحَ سَعَتْ إِلَي أَوْطَان تَعبدك طائِعَةً وَ أَشَارَتْ بِاسْتِغْفَارِكَ مُدْعِنَةً
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Non 1 On ne Te croira pas ainsi, ni Ta Grâce, ni Ta Générosité ne permettent de le croire.

Ô seigneur! Tu sais combien je suis faible devant le peu de malheur de ce bas-monde, de ses peines et des calamités dont souffrent ses habitants!

Pourtant, il ne s’agit là que d’un malheur éphémère, provisoire et de courte durée. Comment pourrais-je alors supporter le malheur de l’Au-delà et la gravité de ses calamités, qui sont de longue durée, continuelles et que ceux qui les subissent n’en seront jamais soulagés, car c’est un malheur qui émane de Ta Colère, de Ta Vengeance et de Ton Courroux, ce que ni le ciel ni la terre ne peuvent supporter.

Ô Seigneur ! Comment pourrais-je alors le supporter, moi, qui suis Ton serviteur, faible, humble, vulgaire, pauvre et appauvri ?!

Ô Mon Dieu, Seigneur, Mon Maître et Mon Souverain! Duquel de mes malheurs je me plaindrais auprès de Toi et pour lequel d’entre eux je crierais et pleurerais ?

De la dureté et de la sévérité du supplice? Ou de la continuité et de la longue durée du malheur?
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ما هكذا الظَّنُّ بِكَ وَ لا أخبرنا بفضلك عنك يا كَرِيمُ يَا رَبِّ وَ أَنْتَ تَعْلَمُ ضَعْفِي عَنْ قَليل من بلاء الدُّنْيا وَ عُقوباتها و ما يجري فيها مِنَ المكاره علي أَهْلِها عَلي أَنَّ ذلكَ بَلَاءٌ وَ مَكْرُوهُ قَلِيْلٌ مَكْتَهُ يَسِيرٌ بَقَاؤُهُ قَصِيرٌ مُدَّتُهُ فَكَيْفَ احتمالي لبلاء الآخرة و جَلِيلِ وُقُوعِ الْمَكَارِهِ فِيهَا وَ هُوَ بَلَاءٌ تَطُولُ مُدَّتَهُ وَ يَدُومُ مَقَامُهُ وَ لا يُخَفِّفُ عَنْ أَهْلِهِ لِأَنَّهُ لَا يَكُونُ إِلَّا عَنْ غَضَبِكَ وَ انْتِقَامِكَ وَ سَخَطِكَ وَ هَذَا ما لا تَقُومُ لَهُ السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ يَا سَيِّدِي فَكَيْفَ بِي وَ أَنَا عَبْدُكَ الضَّعِيفُ الدَّلِيلُ الحَقيرُ المسكين الْمُسْتَكِينُ يا إلهي وَ رَبِّي وَ سَيِّدِي وَ مَولايَ لِأَيِّ الْأُمُورِ إِلَيْكَ أَشْكُو وَ لِمَا مِنْهَا أَضِجُ وَ أَبْكِي لِأَلِيمِ العذاب و شدَّته أَمْ لطول الْبَلاء وَ مُدَّته
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Si Tu m’infligeais les mêmes peines que Tu infliges à Tes ennemis, et que Tu me mettes avec ceux qui subissent le malheur auquel Tu les as condamnés, et si Tu me séparais de ceux qui T’aiment et Te sont fidèles, (à supposer, O Mon Dieu, Mon Maître, Mon Souverain et Mon Seigneur, que je puisse supporter le supplice que Tu m’infligerais), comment pourrais-je endurer ma séparation de Toi ? (Et à supposer que je puisse endurer la chaleur de Ton enfer)

Et comment pourrais-je supporter l’idée de ne plus aspirer à Ta Générosité ?

Et comment pourrais-je habiter l’enfer alors que j’aspire à Ton Pardon?

C’est pourquoi, Ô Mon Maître et Mon Souverain, je jure sincèrement, par Ton Autorité, que si Tu me laissais y parler, j’y soulèverais auprès de ses habitants, un vacarme semblable au vacarme de ceux qui vivent dans l’espoir, et j’y lancerais vers Toi les cris de ceux qui crient

au secours, et j’y pleurerais sur Toi comme ceux qui pleurent leurs disparus, et je T’appellerais, où que Tu sois, O Seigneur des fidèles!

Ô Sommet des espoirs des connaisseurs !

Ô Secours de ceux qui crient au secours !

Ô Aimé des cœurs des véridiques !
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فَلَئِنْ صَيَّرْتَنِي لِلْعُقُوبات مع أعدائك و جمعت

بَيْنِي وَبَيْنَ أَهْلِ بَلَائِكَ وَ فَرَّقْتَ بَيْنِي وَ بَيْن أحيانك

وَ أَوْلِيَائِكَ فَهَبْنِي يَا إِلهِي وَ سَيِّدِي وَ مَوْلايَ وَ رَبِّي

صَبَرْتُ عَلي عَذَابَكَ فَكَيْفَ أَصْبَرُ عَلي فراقك و

هَبْنِي صَبَرْتُ عَلي حَرِّ نَارِكَ فَكَيْفَ أَصْبِرُ عَنِ النَّظَرِ

إِلى كَرامَتِكَ أَمْ كَيْفَ أَسْكُنُ فِي النَّارِ وَ رَجَائِي

عَفْوُكَ فَبِعِزَّتِكَ يا سَيِّدِي وَ مَوْلايَ أُقْسِمُ صَادِقاً لَئِنْ

تَرَكْتَني ناطقاً لأَضجَّنَّ إِلَيْكَ بَيْنَ أَهْلَهَا صَحِيحَ

الآملينَ وَ لَأَصْرُ حَنَّ إِلَيْكَ صُرَاحَ الْمُسْتَصْرِخِينَ وَ

لَأَبْكَيَنَّ عَلَيْكَ بُكَاءَ الْفَاقِدِيْنَ وَ لَأُنَادِيَنَّكَ أَيْنَ كُنْتَ

يا وَلِيَّ الْمُؤْمِنِينَ يا غايَةَ امَالَ الْعَارِفِينَ يَا غِياتَ

الْمُسْتَغِيثِينَ يا حَبِيبَ قُلُوبِ الصَّادِقِينَ
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Ô Dieu des mondes !

Gloire et louange à Toi !

Accepterais-tu donc d’y entendre (en enfer) la vois d’un serviteur musulman qui y serait emprisonné pour avoir commis une faute ? Et qui en subirait la torture pour T’avoir désobéi; et qui serait enfermé entre ses étages pour son crime et son péché, et qui crierait à Ton intention comme quelqu’un qui vit dans l’espoir de Ta Miséricorde; et qui T’appellerait en usant du langage monothéiste; et qui T’implorerait par Ta Seigneurie?

5

Ô Mon Souverain! Comment laisser aux supplices celui qui aspire à Ta Clémence d’antan 3 (ainsi qu’il espère obtenir Ta Grâce et Ta Miséricorde !)

Comment le laisser souffrir de Ton enfer alors qu’il espère obtenir Ta Grâce et Ta Miséricorde !

Comment le laisser brûler par ses flammes (de l’enfer) alors que Tu entends sa voix et que Tu le vois là-bas!

Comment le laisser vivre sous sa chaleur (de l’enfer) alors que Tu connais sa faiblesse !

3

Comment le laisser se tordre entre ses étages alors que Tu connais sa sincérité !
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وَ يَا إِلهَ الْعَالَمِينَ أَفَتَراكَ سُبْحانَكَ يا إلهي و

بِحَمْدِكَ تَسْمَعُ فِيها صَوْتَ عَبْدٍ مُسْلِمٍ سُجِنَ فِيها 3

بِمُخالَفَتِهِ وَ ذَاقَ طَعْمَ عَذَابِها بِمَعْصِيَتِهِ وَ حُبِسَ بَيْنَ

أطباقها بِجُرْمِهِ وَ جَريرَتِه وَ هُوَ يَضِلُّ إِلَيْكَ صَحِيحَ 3

مُؤَمِّلٍ لِرَحْمَتِكَ وَ يُناديك بلسان أَهْلِ تَوْحِيدِكَ وَ

يَتَوَسَّلُ إِلَيْكَ بِرُبُوبِيَّتِكَ يَا مَوْلايَ فَكَيْفَ يَبْقَي فِي

الْعَذَابِ وَ هُوَ يَرْجُو مَا سَلَفَ مِنْ حِلْمِكَ أَمْ كَيْفَ

تُؤْلِمُهُ النَّارُ وَ هُوَ يَأْمُلُ فَضْلَكَ وَ رَحْمَتَكَ أَمْ كَيْفَ

يُحْرِقُهُ لَهِيبُها وَ أَنْتَ تَسْمَعُ صَوْتَهُ وَ تَرِي مَكَانَهُ أَمْ

كَيْفَ يَشْتَمِلُ عَلَيْهِ زَفِيرُها وَ أَنْتَ تَعْلَمُ ضَعْفَهُ أَمْ

كَيْفَ يَتَقَلْقَلُ بَيْنَ أَطْباقِها وَ أَنْتَ تَعْلَمُ صِدْقَهُ
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Comment le laisser subir le mauvais traitement de ses habitants, alors qu’il T’appelle  » Ô Mon Seigneur »!

Comment l’y laisser alors qu’il attend Ta Grâce pour en être libéré!

Non, jamais personne ne Te croira ainsi ! Car, ni ce qu’on sait de Ta grâce, ni la façon dont Tu as traité les monothéistes en leur accordant Ta Bienfaisance et Tes Bienfaits, ne permettent de le penser, Ainsi, j’affirme avec certitude que: si Tu n’avais pas ordonné le supplice aux renégats; et que Tu n’avais pas condamné ceux qui T’ont désobéi à subir l’enfer; Tu aurais transformé celui-ci en un lieu frais et paisible, et personne n’y aurait trouvé demeure, ni lieu de détention.

3

Mais Tu as que Tes noms soient sacrés-juré de le remplir (l’enfer) de tous les athées, qu’ils soient des djinns ou des humains, et d’y garder perpétuellement les désobéissants.

Et Tu dont les Louanges sont au-dessus de toute description – as dit, en voulant bien étendre Ta Générosité :

Le croyant et le pervers ne subiront pas le même traitement.
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أَمْ كَيْفَ تَزْجُرُهُ زَبانِيتُها وَ هُوَ يُنَادِيكَ يا رَبَّهُ أَمْ كَيْفَ يَرْجُو فَضْلَكَ في عنقه منها فشركة فيها هَيْهاتَ ما ذلِكَ الظَّنُّ بِكَ وَ لَا الْمَعْرُوفَ مِنْ فَضْلِكَ وَ لا مُشْبة لما عاملت به الْمُوَحَدِينَ من بِرِّكَ وَ إِحْسَانِكَ فَبِالْيَقِيْنِ أَقْطَعُ لَوْ لا مَا حَكَمْتَ بِهِ مِنْ تَعذيب جاحديكَ وَ قَضَيْتَ بِهِ مِنْ إِخْلادِ مُعانديكَ لَجَعَلْتَ النَّارَ كُلَّها بَرْداً وَ سَلاماً وَ مَا كانَ لِأَحَدٍ فِيها مَقَرّاً وَ لا مُقَاماً لَكِنَّكَ تَقَدَّسَتْ أَسْمَاؤُكَ أَقْسَمْتَ أَنْ تَمْلَأَهَا مِنَ الْكَافِرِينَ مِنَ الْجِنَّةِ وَ النَّاسِ أَجْمَعِينَ وَ أَنْ تُخَلَّدَ فِيهَا الْمُعانِدِينَ وَ أَنْتَ جَلَّ ثَنَاؤُكَ قُلْتَ مُبْتَدِنَا وَ تَطَوَّلْتَ بِالْإِنْعَامِ مُتَكَرِّماً أَفَمَنْ كانَ مُؤْمِنًا كَمَنْ كَانَ فَاسِقاً لا يَسْتَوُونَ
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Õ Mon Dieu, Mon Maître ! Je Te demande

donc, par la Puissance que Tu possèdes, et par la

Décision que Tu as imposée et prise, et par

laquelle Tu as vaincu celui sur lequel Tu l’as

appliquée, de me pardonner, cette nuit et à cette

heure-ci, tout crime dont je me suis rendu

coupable, et tout péché que j’ai commis. tout acte

3 honteux que j’ai caché, tout acte d’ignorance que

j’ai dissimulé ou dévoilé, et toute mauvaise action

de ma part, dont Tu as demandé la preuve aux

Anges Scribes, que Tu avais chargé d’enregistrer

mes actes; et d’être les témoins à charge de tous

mes sens.

Tout en demeurant Toi-même le Surveillant; et le Témoin de ce qui leur échapperait; et que j’aurais pu cacher grâce à Toi et à Ton Indulgence ; et de réserver ma part dans tout bienfait que Tu offres; et dans toute bienfaisance que Tu concèdes; et dans toute bonne action que Tu répands; et dans tout gain que Tu attribues; et dans toute absolution de péchés que Tu concèdes,

et dans toute erreur que Tu couvres. O Seigneur ! Ô Seigneur ! Ô Seigneur !

Ô mon Dieu ! Ô mon Maître ! Ô mon Souverain!

Ô Détenteur de mes chaînes !
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بالهي وَسَيِّدِي فَأَسْأَلُكَ بِالْقُدرة التي قَدَّرْتَها وَبِالقَضِيَّةِ الَّتِي حَتَمْتَها وَ حَكَمْتَها وَغَلَبْتَ مَنْ عَليهِ 3 أَجْرَيْتَها أَنْ تَهَبَ لي في هذه اللَّيْلَة وفي هذه الساعة كُلَّ جُرْمٍ أَجْرَمْتُهُ وَكُلَّ ذَنْبٍ أَذْنَبْتُهُ وَكُلِّ قَيْحِ 3 أَسْرَرْتُهُ وَ كُلَّ جَهْل عَمِلْتُهُ كَتَمْتُهُ أَوْ أَعْلَنْتُهُ أَخْفَيْتُهُ أَوْ أَظْهَرْتُهُ وَكُلَّ سَيِّئَةِ أَمَرْتَ بِإِثْبَاتِهَا الْكِرَامَ الْكَاتِبِينَ الَّذِيْنَ وَكَلْتَهُمْ بِحِفْظُ مَا يَكُونُ مِنِّي وَجَعَلْتَهُمْ شُهُوداً عَلَيَّ مَعَ جَوارِحِي وَكُنْتَ أَنْتَ الرَّقِيبَ عَلَيَّ مِنْ وَرَائِهِمْ وَ الشَّاهِدَ لِمَا خَفِيَ عَنْهُمْ وَ بِرَحْمَتِكَ 3 أَخْفَيْتَهُ وَ بِفَضْلِكَ سَتَرْتَهُ وَ أَنْ تُوَفِّرَ حَظَي مِنْ كُلِّ خَيْرِ أُنْزَلْتَهُ أَوْ إِحْسَانِ فَضَّلْتَهُ أَوْ بِرِّ نَشَرْتَهُ أَوْرِزْقِ . بَسَطْتَهُ أَوْ ذَنْبِ تَغْفِرُهُ أَوْحَطَا تَسْتُرُهُ يَارَبِّ يَارَبِّ يا رَبِّ يا إلهي وَ سَيِّدِي وَ مَوْلايَ وَ مَالِكَ رِقي
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Ô Toi Qui tiens entre Tes mains mon destin !

Ô Toi qui connais mon malheur et mon humilité, et qui sais combien je suis pauvre et nécessiteux !

Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! Ô Seigneur !

Je Te demande par Ta droiture, par Ta Sainteté et par les plus grands de Tes Attributs et de Tes Noms, de faire en sorte que je passe mes nuits et jours, en T’invoquant et en Te servant sans discontinuité, et que mes actions soient acceptées 8 par Toi; afin que mes actes et mes invocations de Ton nom se transforment en un seul effort soutenu et contenu, et que je sois éternellement à Ton service.

Ô Mon Maître ! Ô mon Soutien! Ô Toi à Qui je me suis plaint de mon état !

Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! Ô Seigneur !

Fortifie mes sens pour qu’ils puissent mieux Te servir, et consolide mes côtes pour que je sois plus déterminé (à me mettre à Ta disposition).
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يا من بيده ناصيتي يا عليماً بطري و مسکنی با خبيراً بِفَقْري وفاقي يا رَبِّ يَا رَبِّ يَا رَبِّ أسألك بِحَقِّكَ وَ قُدْسِكَ وَ أَعْظَم صِفَاتِكَ وَ أَسْمَائِكَ أن تَجْعَلَ أَوْقَانِي فِي اللَّيْلِ وَ النَّهارِ بذكرك معمورة و بِخِدْمَتِكَ مَوْصُولَةً وَ أَعْمَالِي عِنْدَكَ مَقْبُولَةً حتى تَكُونَ أَعْمالِي وَ أَوْرادي كُلُّها ورْداً واحداً و حالي في خِدْمَتِكَ سَرْمَداً يَا سَيِّدِي يَا مَنْ عَلَيْهِ مُعَوَّلِي يا مَنْ إِلَيْهِ شَكَوْتُ أَحْوالِي قَوْ عَلي خِدْمَتِكَ جَوارِحي وَاشْدُدْ عَلَي الْعَزِيمَةِ جَوانحي
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Donne-moi la possibilité de Te craindre révérencieusement, et d’être à Ta disposition continuellement, afin que je sois parmi ceux qui rivalisent dans leur course vers Toi, et le plus rapide de ceux qui accourent pour s’approcher de Toi, et que je Te craigne comme tous les croyants convaincus, et afin que je rejoigne auprès de Toi, les gens pieux.

O Mon Dieu, si quelqu’un me voulait du mal, rends-le-lui, et si quelqu’un cherchait à me nuire, nuis-lui.

Fais de moi le meilleur de Tes serviteurs, le plus proche de Toi et Ton fidèle le plus dévoué.

Car une telle faveur, on ne peut l’obtenir que grâce à Toi.

Accorde-moi Ta Générosité, et par Ta Gloire ! Aie pitié de moi et protège-moi par Ta Miséricorde.

Amène ma langue à T’invoquer continuellement et mon cœur à T’aimer ardemment.

Fais-moi la faveur de répondre à mes sollicitations, d’atténuer ma faute et de me pardonner mon péché.

Car Tu as imposé à Tes serviteurs l’obligation de T’adorer, et le devoir de s’adonner à Ton imploration, et Tu as promis d’y répondre,
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وَهَبْ لِيَ الْجِدَّ فِي خَشْيَتِكَ وَالدَّوامَ فِي الإتصال بِخِدْمَتِكَ حَتَّى أَسْرَحَ إِلَيْكَ فِي مَيَادِينَ السَّابِقِينَ وَ أَسْرِعَ إِلَيْكَ فِي الْمُبادِرِينَ وَ أَشْتَاقَ إِلي قُرْبِكَ فِي الْمُشْتَاقِينَ وَ أُدْنُو مِنْكَ دُنُوَّ الْمُخْلَصِينَ وَ أَخَافَكَ مَخافَةَ الْمُوْقِنِينَ وَ أَجْتَمِعَ فِي جِوارِكَ مَعَ الْمُؤْمِنِينَ اللَّهُمَّ وَ مَنْ أَرَادَنِي بِسُوءٍ فَأَرِدْهُ وَ مَنْ كَادَنِي فَكِدْهُ وَ اجْعَلْنِي مِنْ أَحْسَنِ عَبِيدِكَ نَصِيباً عِنْدَكَ وَ أَقْرَبِهِمْ 3 مَنْزِلَةً مِنْكَ وَ أَحَصٌهِمْ زُلْفَةً لَدَيْكَ فَإِنَّهُ لا يُنالُ ذَلِكَ إلا بفَضْلِكَ وَ جُدْلي بجُودِكَ وَاعْطَفْ عَلَيَّ بِمَجْدِكَ 3 وَ احْفَظْنِي بِرَحْمَتِكَ وَاجْعَلْ لِسَانِي بِذِكْرِكَ لَهِجاً وَ قَلْبي بحبِّكَ مُتَيَّماً وَ مُنَّ عَلَيَّ بِحُسْنِ إِجَابَتِكَ وَ أَقَلْنِي عَشْرَتِي وَاغْفِرْ زَلْتِي فَإِنَّكَ قَضَيْتَ عَلي عِبَادِكَ بعِبادَتِكَ وَ أَمَرْتَهُمْ بِدُعَائِكَ وَ ضَمِنْتَ لَهُمُ الْأَجَابَةَ
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Ô Mon Seigneur ! C’est vers Toi que j’ai dirige ma face, O Mon Seigneur ! C’est vers Toi que j’ai tendu ma main.

Par Ton Autorité Réponds favorablement et exauce mon voeu, ne coupe pas mon espérance en Ta Grâce, évite-moi la malveillance de mes ennemis, qu’ils soient au nombre des djinns ou des humains.

Ô Toi Qui pardonne vite! Accorde Ton Pardon à celui qui ne possède que l’Invocation, car Tu peux faire ce que Tu veux.

Ô Toi dont le Nom est remède, dont l’Invocation est guérison, dont l’obéissance est richesse!

Apitoie-Toi de celui dont le seul capital est l’espérance et dont la seule arme est le pleur.

Ô Toi Qui dispenses les bienfaits et Qui conjures les vengeances!

O Toi Lumière de ceux qui sont perdus dans les Ténèbres! Ô Toi, l’Omniscient à Qui on ne peut rien apprendre !

Prie sur Mohammad et sur sa famille et fais de moi ce dont Tu es Digne.

Dieu a prié sur Son Messager et sur les Imams Bénis de sa famille, en leur accordant pleinement la Paix. >>
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فَإِلَيْكَ يَا رَبِّ نَصَبْتُ وَجْهِي وَ إِلَيْكَ يَا رَبِّ مَدَدْتُ يَدي فَبِعِزَّتِكَ اسْتَجِبْ لِي دُعائي و بلغني مُنايَ وَ لا تَقْطَعْ مِنْ فَضْلِكَ رَجَائِي وَاكْفِنِي شَرَّ الْجِنِّ وَالإِنْسِ مِنْ أَعْدائِي يا سريع الرضا اغْفِرْ لِمَنْ لا يَمْلِكُ إِلَّا الدُّعَاءَ فَإِنَّكَ فَعَالٌ لِمَا تَشَاءُ يا مَنِ اسْمُهُ دَواءٌ وَ ذِكْرُهُ شِفَاءٌ وَ طَاعَتُهُ غَنِي ارْحَمْ مَنْ رَأْسُ ماله الرَّجَاءُ وَ سلاحه البكاء يا سابع النعم يا دافع النَّقَمِ يَا نُورَ الْمُسْتَوحِشِينَ فِي الظُّلَمِ يا عالماً لا يُعَلِّمُ صَلِّ عَلَى مُحَمَّدٍ وَ آلِ مُحَمَّدِ وَافْعَلْ بي ما أَنْتَ أَهْلُهُ وَ صَلَّي اللهُ عَلَي رَسُولِهِ وَ الأئمة الميامِينَ مِنْ آلِهِ وَ سَلَّمَ تَسْلِيماً كَثِيراً
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Quel est l’histoire de ce Douâ ?

D’après des sources historiques dignes de foi, Koumeyl ibn Ziyad, l’un des disciples les plus fidèles de l’Imam Ali, sollicita de son maître de lui donner le texte intégral de la prière de Khidhre, le célèbre saint et prophète qui vit encore depuis des milliers d’années. L’Imam Ali (psl) lui dicta alors ce Douâ et le conseilla de bien l’apprendre, et de le réciter la veille de chaque vendredi. Depuis lors, tous les fidèles des Ahlul Bayt, essayent de ne jamais manquer ce rendez- vous hebdomadaire. Et l’expérience n’a cessé de montrer, que ce Douâ est particulièrement éfficace aussi bien pour repousser la malveillance des ennemis que pour s’accorder la bienveillance 3 des forces du bien, et la pérennité de la réussite notamment dans la pratique du culte.

Bien que ce Douâ soit connu par le nom de son 3 dernier communicateur, Koumeyl, il provient bien d’une source divine. C’est donc le secret de l’efficacité de cette prière qui réuni toutes les dimensions spirituelle nécessaire, pour en faire un véritable purgatoire hebdomadaire de l’âme : les confissions d’un repentant, la supplication d’un soumis à Dieu et l’invocation d’un reconnaissant des bienfaits de Dieu¹

Ainsi, le Douâ de Koumeyl est l’un des plus célèbres Douâs en Islam; et de nombreux uléma l’ont mentionné dans leurs écrits².

Si Koumeyl eut, à lui seul, le grand honneur de communiquer ce Douâ exceptionnel à la communauté musulmane, il doit bien avoir un statut spéciale auprès de l’Imam Ali (psl). Qui était il donc ?

D’après «le Douâ de Koumeyl, purgatoire hebdomadaire de l’âme >> : par Chakib Ben Bedira. sdfdition@yahoo.fr

2) – Mohammad Ibn al-Hassan al-Toussi (385-460 Hégire.) dans « Miçbahe

al-Motahajjide ». – Ali Ibn Tawouss (589-664 Hégire.) dans « Al-Iqbal ».

– Ibrahim Ibn Ali al-Kafaami dans « Al-Miçbah » et dans « Al-Balad al- Amine ».

Al-Majlici (1037-1111 H.) écrit, dans « Zad al-Maâd », que ce Douâ est l’une des meilleures supplications.
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Koumeyl Ibn Zyad Et l’Imam Ali

Koumeyl ibn Ziyad fut, comme il est mentionné plus haut, l’un des disciples du Commandeur Des Croyants, Ali ibn Abi Taleb (psl) Il est issu de la tribu Yéménite Nakhê, la même tribu du très célèbre, Malek Ashtar. D’où son surnom est al Nakhi. Il fut une personnalité venerable parmi les siens. Sous le règne de Imam Ali (35-40 Hégire), Koumeyl habitait la ville de Koufa en compagnie de sa famille.

Koumeyl fut un homme de lettre et de culture islamique, et il ne ratait aucune occasion pour améliorer et perfectionner son savoir. Il avait certainement entendu le célèbre Hadith du Saint Prophète Mohammad (pslf) qui dit : « Je suis la cité du savoir, et Ali en est la porte >>.

Le Commandeur Des Croyants, Ali ibn Abi Taleb (psl) fut donc le savant par excellence; et il dispensait les enseignements qu’il tenait, depuis son enfance, du Sceau des Prophètes. Et il disait aussi très souvent que : <<< L’aumône de la science, c’est sa diffusion >>. Il enseignait donc, les sciences islamiques à ses disciples, et les exhortait à en faire autant. Toute la science des prophètes de Dieu étant héritée par l’Imam Ali, la
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prière du prophète Khidhre n’en était qu’un tout petit échantillon.

Le Douâ de Khidhre

Le Commandeur Des Croyants, Ali ibn Abi Taleb (psl) était assit un jour avec un groupe de ses disciple, dans la mosquée, lorsque quelqu’un lui demanda T’interprétation de ce verset coranique: «durant laquelle se décide tout ordre sage». Il répondit : <<< II s’agit de la nuit du 15ème jour du mois de Chaabane. >>>> et il jura en ces termes: <<Par Celui qui détient mon âme entre ses mains, nul adorateur que son destin ne soit fixé à partir de ce mois (Chaâbane) jusqu’à la fin de T’année… Et nulle adorateur n’implore Dieu par le Douâ de Khidhre, sans que son vœu ne soit exaucé».

Il est donc tout à fait normal que Koumeyl sollicite, de son maître, le texte arabe intégral de ce Douâ, et n’épargne aucun effort, sa vie durant, à le diffuser et T’enseigner au croyants.

Hajjaj ibn Youssouf al Thaqafi

Après le martyre du Commandeur des Croyants l’Imam Ali (psl), et l’accession illégale de Moâwiya au Califat, les territoires islamiques furent dirigés par des gouverneurs oppresseurs et injustes. Evidemment, il s’en fallait de beaucoup
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pour que la ville de Koufa fût épargnée par cette oppression généralisé des gouverneurs de cette époque puisqu’elle avait la réputation d’être une pépinière de fidèles des Ahlul Bayt.

Agissant par prévention, les gouverneurs despotes avaient toujours eu l’habitude de chasser de la ville, toute personne pieuse éprouvant une quelconque sympathie pour la progéniture prophétique.

La ville de Koufa était gouvernée par Ziyad ibn Abihe, ensuite par son fils Obeydollah ibn Ziyad. C’est lui le premier responsable du massacre de Karbala, où, l’Imam Housseyn Ibn Ali, le petit fils du Sceau des Prophètes (pslf) et 72 de ses proches et fidèles tombèrent en martyre après une résistance héroïque devant l’armée Omeyyade. Enfin, la ville de Koufa dû subir la dictature sanguinaire de Hajjaj ibn Youssouf al Thaqafi, qui reçut le titre de super-gouverneur de tout l’Iraq et les contrés de l’Est, après avoir réussi à débarrasser le Calife de Damas de son ennemi juré, le Calife de Hijaz, Abdoullah ibn Zoubeyr.

Le long de son pouvoir qui dura près de deux décennies, Hajjaj était donc suffisamment motivé pour commettre n’importe quel crime pour satisfaire encore plus la dynastie Omeyyades et conserver son titre exceptionnel.
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En plus des massacres systématiques accompagnant toute répression d’une révolte ou insurrection, il avait rempli les prisons par des 3 milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dans des conditions inhumaines. On rapporte que Hajjaj avait fait emprisonner cinquante mille hommes et trente mille femmes et enfants pour la simple accusation d’être parents ou proches d’un insurgé. Certaines de ces prisons n’avaient même pas de toitures, et les prisonniers étaient à la merci du soleil ardent des étés du désert et de la pluie torrentielle et des orages. De tel sorte que les visages des prisonniers changeaient rapidement après un court séjour. Le plus célèbre de ses prisons sauvages, fut celui de Qom, qui s’etait transformée par la suite, et progressivement en un village abritant les descendants des premiers sympathisants de la progéniture prophétique.

Un jour, une femme vint rendre visite à son fils qui était emprisonné depuis quelques mois. Lorsqu’on lui présenta son fils, la femme ne le reconnut point, et objecta que son fils était blanc, alors que celui-ci était presque noir. Bien entendu le jeune reconnu sa mère et lui démontra qu’il était bel et bien son fils en lui montrant quelques
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cicatrices sur son corps. La mère en fut choquée, et succomba aussitôt à une crise cardiaque.

La Révolution

Les populations des contrés gouvernées par Hajjaj, ne pouvaient plus supporter son pouvoir sanguinaire, et, à toute occasion, ils ne manquaient jamais de rapporter ses excès à Abdul Malik ibn Marwane, le Calife Omeyyade, le suppliant de le remplacer. Mais le Calife refusait toujours, car il savait très-bien qu’il ne pouvait pas trouver un autre homme fort et sans scrupule, qui obéirait à tous ses ordres, et qui n’épargnerait aucun effort pour consolider le pouvoir Omeyyades.

Par ailleurs l’un des aspects les plus frappants de la politique de Hajjaj, était d’envoyer les musulmans à la conquête des territoires voisins, à la fois afin de mettre la main sur les butins de guerre et pour se débarrasser de certains croyants qui s’opposaient à son autorité.

C’est pourquoi il envoyait toujours un émissaire pour exhorter les musulmans (partis en guerre), les sommant de poursuivre les attaques, même si les ennemis étaient beaucoup plus puissants qu’eux. Il était donc interdit aux musulmans de se retirer des combats, même tactiquement-.
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Dans l’une de ces campagnes, Hajjaj désigna Abdurahmane ibn al Ashaath pour commander les opérations d’attaques contre les Turcs d’Asie centrale, qui étaient gouverné alors par leur roi <<<Rotbil>». Lors de la bataille, les musulmans avaient rencontré une forte résistance de la part de l’armée turque. Abdurahmane envoya alors un émissaire au gouverneur lui demandant la permission d’un repos, qui devait permettre aux musulmans de s’organiser encore d’avantage. La réaction de Hajjaj fut alors violente. Il répondit par des injures contre Abdurahmane et donna l’ordre aux soldats de combattre à mort jusqu’à la victoire finale.

C’est alors qu’Abdurahmane et ses hommes comprirent les mauvaises intentions du Tyran. Les musulmans détestaient déjà suffisamment Hajjaj et Abdul Malik ibn Marwane.

Abdurahmane proposa alors à Koumeyl ibn Ziyad et Saïd ibn Djoubeyr et plusieurs autres dignitaires de son armée, d’en finir, une fois pour toute, avec le pouvoir injuste des Omeyyades. Leurs réponse fut enthousiaste. Lorsque Abdurahmane annonça ouvertement sa révolution
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contre le pouvoir en place, l’ensemble des combattants répondirent favorablement à son appel. Sous le haut commandement de 3 Abdurahmane, Koumeyl ibn Ziyad, qui était l’un des plus illustres personnalités dans le camp, fut nommé commandant en chef de l’armée de la révolution. Tous les combattants décidèrent de retourner en Irak pour chasser Hajjaj et son maître Abdul Malik du pouvoir. Remarquant que l’armée de la révolution comprenait les figures les plus respectables de la jurisprudence islamique tel que Saïd ibn Djoubeyr, et d’illustres poètes et 3 hommes de lettres et autres notables, les populations de l’Est du Califat Omeyyade commençaient progressivement à rallier les rangs des révolutionnaires. Ainsi, en marchant sur 3 Koufa, ils furent rejoints par beaucoup d’autres musulmans qui détestaient l’oppression Omeyyade. En réalité, ce qui rassurait aussi bien les révolutionnaires que les populations qui les • soutenaient, ce fut surtout le commandement de Koumeyl ibn Ziyad, réputé pour être le fondateur du groupe des lecteurs du Saint Coran dans l’armée de Abdurahmane.

3

Les révolutionnaires parvinrent à libérer les habitants de plusieurs villes de la domination Omeyyade, des villes telles que: Sadjistan
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(Afghanistan), Kerman (Iran), Bassora et Koufa (Irak).

La Bataille De Deyr Al Djamadjem

Le Calife Abdul Malik eut sérieusement peur de cette nouvelle insurrection armée et l’avancée spectaculaire des hommes de Abdurahmane; il promit alors aux révolutionnaires de remplacer Hajjaj par un autre gouverneur, s’ils acceptaient de déposer les armes.

Les révolutionnaires, fort de leurs grand nombre qui atteignit les cent mille, savaient très bien, que c’est Abdul Malik qui avait nommé Hajjaj comme gouverneur. Ils refusèrent toutes les propositions du Calife. Ils lui demandèrent plutôt d’abdiquer lui aussi.

Abdul Malik envoya alors une grande armée au secours de Hajjaj. Les armées se rencontrèrent dans un territoire appelé << Deyr al Djamadjem >>. Sur-le-champ de bataille, il y eut des terribles affrontements entre les deux camps, mais les hommes de Hajjaj en sortirent vainqueurs, après avoir écrasé les révolutionnaires.
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Abdurahmane ibn Ashaath prit fuite vers les territoires turcs, et certains de ses partisans furent arrêtés et exécutés.

La Fin

Après la bataille de Deyr al Djamadjem, Koumeyl ibn Ziyad rentra dans la clandestinité. Les soldats commencèrent à le rechercher partout. Koumeyl trouva quand-même refuge au prés de sa tribut qui lui offrit généreusement une cachette dans un endroit secret.

Comprenant cela, Hajjaj changea de tactique pour la capture de Koumeyl, il ordonna d’encercler la tribu de Koumeyl afin de l’obliger à se rendre. La tribu de Koumeyl connut alors un embargo total.

Lorsque Koumeyl constata les effets destructeurs, du siège infligé à sa tribu, sa grandeur d’âme ne lui permettait plus de rester dans sa cachette. Malgré l’opposition des siens et leurs supplications, il choisît de se rendre aux soldats de Hajjaj.

Bien qu’il fût vieux de plus de quatre vingt-dix ans, Koumeyl fut conduit, les mains liées jusque devant Hajjaj.
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Les Souvenirs

Marchant d’un pas ferme vers le martyre qu’il avait toujours souhaité, Koumeyl se souvenait des meilleurs moments qu’il avait passé avec son maître bien aimé, l’Imam Ali ibn Abi Taleb. Il se souvenait également des jours où il commandait l’armée de la révolution, une armée qui était composée de cent mille hommes, sans rien perdre de sa modestie.

Koumeyl se souvenait aussi qu’il été toujours proche de son Seigneur, sa famille et de tout le monde. Il ordonnait toujours le convenable et interdisait le blamable, et s’en réjouissait à un tel 3 point qu’il pût négliger les soldats qui l’escortaient.

Dans La Cour De Hajjaj

Koumeyl fut conduit auprès de Hajjaj dans sa cours, il le trouva entouré de ses gardes. Un bourreau l’attendait.

Malgré son état d’arrestation, Koumeyl garda son morale au zénith, et ne montra à Hajjaj aucun signe de faiblesse. Il savait bien que la peine de
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mort lui était réservée, car il en avait été déjà informé par son maître l’Imam Ali.

Devant Hajjaj, Koumeyl dit : « Mon maître, le 3 Commandeur Des Croyants, m’avait déjà informé que tu vas me tuer. Fais-donc ce que tu désires, ô ennemi de Dieu… Mais saches qu’après la mort, il y a le grand jugement. >>>

Ces paroles frappent les oreilles de Hajjaj sans pénétrer son cœur : C’est la logique d’un croyant qui ne craint que Dieu, qui croit que la mort n’est pas la fin de toutes choses, mais plutôt le début d’une vie éternelle; et que peut un mécréant comme Hajjaj en comprendre?

Tentant une dernière chance de faire glisser le grand Koumeyl vers l’abîme de l’infamie, Hajjaj lui dit: << Désavoue Ali et sauve ta peau !». Mais le grand Koumeyl répliqua avec sagesse : << Montres- moi une meilleure doctrine que celle de Ali >>.

Hajjaj fut assommé par la logique implacable de son illustre prisonnier. Enfaite que pouvait-il dire de l’Imam Ali, le premier homme qui avait embrassé l’Islam. Il fit signe à son bourreau pour exécuter Koumeyl. Lorsque le bourreau s’approcha, Koumeyl prononça des prières en tournant son regard vers la Kaaba.
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Mais le bourreau ne lui laissa même pas le temps du terminer son invocation, et il le décapita, sous le regard charognard du Tyran.

En fait, Hajjaj aimait regarder souvent les exécutions et se réjouissait de l’écoulement du sang de ses victimes. Et au cours de son règne, il aurait assisté à plus d’un millier d’exécutions.

Mais l’histoire ne ménage personne, et aujourd’hui le nom de Hajjaj est maudit partout, alors que celui de Koumeyl ibn Ziyad est, on ne peut plus, glorifié et béni, ne serait-ce qu’à travers la psalmodie hebdomadaire de son célèbre Douâ Quelle gloire! Et Quelle honneur !

Par comble de bénédiction, le mausolée de Koumeyl ibn Ziyad se trouve dans le cimetière de Wadi Salam à Nadjaf (Iraq) non loin du mausolée de l’Imam Ali. Forcément, les visiteurs qui s’y rendent, se souviennent de cette grande personnalité.

Que la paix et la bénédiction recouvrent l’âme pure de Koumeyl ibn Ziyad.
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-Fin-

les apôtres – (12)

MOKHTAR E THAQAFI

Adaptation française par:

Kadhem Mahdaoui & Housseyn Qommi

 

Thèmes sélectionnés par:

  1. ESSAYED

 

Fondation Ansariyan

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf)¹ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».  

  • Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.

Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

Le Nouveau Calife

En l’an 60 de l’hégire, Après un long règne de vingt ans dont l’autorité s’étendit des bords de l’océan Atlantique jusqu’au frontière de l’Inde, Moâwiya ibn Abi Soufiane, premier Calife Omeyyade et fondateur de cette dynastie, fut décédé. Le long de son règne sanguinaire, il avait liquidé plusieurs des compagnons du saint Prophète (pslf) parmi lesquels on peut notamment citer: Hojjre ibn Odey al Kindi et Rachid al Hidjri, après avoir empoisonné Malik el Ashtar, Saâd ibn Abi Waqqâs et tout autres opposants à son ascension au pouvoir et à la nomination de son fils Yazid comme successeur. Sans oublier bien-sûr le crime le plus odieux et le sacrilège le plus terrible de son époque: l’assassinat de l’Imam Hassan (psl).

Après l’assassinat de l’Imam Hassan (psl), le long de dix ans, Moâwiya avait préparé la succession de son fils Yazid sans l’agrément des musulmans. Par-là, il transforma le califat en une royauté héréditaire.

Lorsque Yazid accéda illégalement au pouvoir, la plupart des musulmans dans tous les territoires de l’Islam, notamment les élites de Médine et de Koufa constituée de plusieurs centaines d’apôtres du Prophète et de leurs disciples, en furent choquées et révoltées. Voir un pervers prendre le pouvoir et le commandement de la communauté islamique était pour cette élite- insupportable. Les musulmans de Koufa et des environs souhaitaient que l’Imam Houssein soit le nouveau Calife des musulmans. Puisqu’il était, non seulement le petit fils de l’envoyé de Dieu (pslf), mais surtout pour le statut moral et scientifique spécial dont il jouissait. Aussi était-il connu pour sa piété, sa foi et son assistance aux pauvres et aux nécessiteux.

Ainsi, les musulmans de Koufa envoyèrent des milliers de lettres et de messages à l’Imam Hussein (psl) le sollicitant incessamment de venir à leur secours, et de les délivrer de l’oppression omeyyade.

Rappelons que l’Imam Hussein était à Médine lorsque Yazid succéda à son père au poste du Calife. L’opposition à cette accession fort contestable de Yazid (le pervers) à un tel pouvoir, considéré jusque là- comme religieux, fut générale, mais l’Imam (psl) fut la plus importante personnalité qui avait contesté cette grande imposture. Informé de la situation à Koufa, L’Imam (psl) y envoya son cousin Moslim pour étudier la situation de prés. Il lui conseilla de débarquer chez l’un des hommes les plus sincères de Koufa.

À La Ville De Koufa

Les habitants de Koufa attendaient impatiemment l’arrivé de l’Imam Houssein (psl), car ils avaient déjà connu la justice de l’Imam Ali ibn Abi Taleb (psl). Lorsque les gens apprirent l’arrivée de l’envoyé de l’Imam Houssein (psl), Moslim ibn Aqil, et que ce dernier se trouvait chez Mokhtar e Thaqafi, ils se ruèrent massivement vers sa demeure, afin de lui prêter le serment d’allégeance et réitérer leur fidélité à l’Imam Houssein (psl).

Moslim ibn Aqil, porteur d’un message de la part de l’Imam Houssein pour les Koufiens, saisie alors l’occasion pour le leur communiquer publiquement.

Mokhtar E Thaqafi

Mokhtar e Thaqafi est le fils d’Abou Obeide ibn Massoud al Thaqafi. Il est né à Taïf en l’an I de l’hégire, son père fut l’un des pionniers de l’islam, il avait participé dans plusieurs batailles et conquêtes.

Depuis l’accession de Yazid au pouvoir, la maison de Mokhtar à la Koufa était devenue un centre d’action révolutionnaire. Les musulmans s’y rendaient fréquemment pour savoir ce qu’ils devaient faire pour pouvoir résister devant l’oppression des Omeyyades.

Alarmé par cette situation, les agents du pouvoir Omeyyade se précipitèrent de mettre en garde leur maitre Yazid à Damas, et de l’avertir notamment quant à la faiblesse de Nômâne ibn Bachir al Ansari, gouverneur de la ville de Koufa. Yazid avait un conseiller chrétien qui s’appelait Sargon. Celui-ci était un rancunier qui n’avait jamais pu supporter la mainmise du pouvoir de l’Islam sur la Syrie, et portait une haine particulière à la descendance du Prophète de l’Islam. Il conseilla Yazid de nommer Obeydollah ibn Ziyad, le malin pervers qui avait hérité aussi bien les vices de son grand père inconnu que la ruse et la fourberie de son père, comme gouverneur de la ville de Koufa, à la place de Nômâne, considéré comme gouverneur impuissant.

Dès qu’il fut nommé gouverneur de Koufa, Obeydollah ordonna l’arrestation immédiate de Moslim ibn Aqil qui était encore en plaine action dans cette ville.

Tâchant de réduire au minimum les sympathisants de Moslim, Obeydollah ordonna aussi l’arrestation de Mokhtar et de tous ses amis. Il les enferma dans une prison souterraine.

Obeydollah était un retors imposteur qui maitriser très bien la guerre psychologique. Il propagea la fausse nouvelle selon laquelle une grande armée de Syrie marchait sur Koufa et allait inéluctablement y écraser toute opposition et massacrer toute la population de la ville. Enfaite, le seul nom de l’armée de Syrie était capable de semer la terreur parmi les habitants de la Koufa, déjà corrompus par deux décennies de vie facile.

Parallèlement à cette guerre psychologique, Obeydollah commença à acheter les chefs des tributs de la ville. Dans cette démarche il dépensa des sommes énormes et réussi par là à corrompre la grande majorité des personnalités influente. Le stratagème du nouveau gouverneur porta aussitôt ses fruits. Sa réussite fut tellement éclatante qu’au bout de quelques jours, des plusieurs milliers qui s’alignaient pour la prière derrière Moslim cinq fois par jour, lui manifestant fidélité et obédience il n’en resta plus que quelques fidèles qui ne tardèrent pas à être arrêté par les mercenaires d’Obeydollah. Le comble du malheur de Moslim, fut lorsqu’il termina, une nuit, sa prière à la mosquée du Koufa croyant avoir derrière lui plusieurs fidèles, mais lorsqu’il se retourna il découvrit qu’il était tout seul, alors que les espions du gouverneur guettaient de loin la lâche désertion de ses compagnons.

Abandonné par tous ceux qui lui avaient juré serment de fidélité, Moslim tenta en vain d’échapper à ces détracteurs. Mais il se perdit dans les ruelles de la Koufa où il crut trouver 5 refuge chez une honorable vieille femme appelée Taoâ qui lui proposa généreusement une cachette dans sa maison. Mais le fils de cette noble femme n’était pas meilleur que les autres traîtres de la Koufa, et alla dénoncer sa mère auprès d’Obeydollah qui envoya aussitôt une troupe de mercenaires armées jusqu’aux dents pour arrêter Moslim.

Lors de son arrestation, se voyant encerclé de tous les côtés, Moslim décida héroïquement de combattre tout seul contre une trentaine de mercenaires aguerris. Il réussit à en abattre un grand nombre avant que ses assaillants ne décident de reculer et se contenter de lui lancer lâchement des pierres et des flèches enflammées. Affaibli par ses profondes blessures, Moslim finit par s’effondrer par terre. Ainsi, ce héro inégalable fut arrêté par les forces du mal. Après l’exécution publique de Moslim, la peur et la terreur des Koufiens prirent des dimensions extraordinaires, et Obeydollah saisit l’occasion pour faire une véritable épuration idéologique de la ville en emprisonnant ou même exécutant toute personne qui manifestait sa sympathie pour les Ahlul-Bayt (psl).

 

La Tragédie De Karbala

Sous la pression du gouverneur de la Médine, Qui avait donné à l’Imam Houssein un délai d’une nuit pour faire le serment d’allégeance à Yazid, il s’empressa de quitter la ville, la nuit même. 3 Étant donné, que se fut la saison du pèlerinage, il rejoint les pèlerins à la Mecque en compagnie de quelques fidèles. Mais il apprit, aussitôt, que Yazid avait donné l’ordre à ses agents de l’assassiner partout où ils le trouveraient, même dans l’enceinte sacrée de la Kaâba, la maison de Dieu. L’Imam quitta alors immédiatement ce lieu saint en expliquant ce geste à ses fidèles par sa crainte de voir la sainte Kaaba subir le grand sacrilège de l’écoulement de son Sang.

L’Imam se dirigea vers la ville de Koufa, d’où il avait reçu des milliers de lettres d’invitation, le suppliant d’arriver chez eux le plutôt possible et commander la révolution qu’ils prétendaient avoir déjà entamée. En cours de route, il fut informé de l’assassinat de son envoyé Moslim ibn Aqil, de Hâni ibn Oroua, de Qays ibn Mossahhar al Seydawi et tous les autres fidèles sur lesquels il pouvait compter sûrement. Mais l’Imam (psl) n’avait aucune illusion sur ce qui se passait, et n’était nullement en quête de pouvoir. Aussi, continua-t-il sûrement son chemin sans négliger de mettre en garde tous ses compagnons quant à son objectif final. Et ainsi, à plusieurs reprises, il signifia à tous ceux qui rejoignaient sa petite caravane, croyant qu’il marchait à la conquête du pouvoir, que son seul but était le martyre qui était devenu le seul moyen de réveiller les musulmans de leur grand sommeil.

Arrivé dans un lieu-dit «Karbala », l’Imam Houssein (psl) et ses hommes furent encerclés par un millier de cavaliers armés jusqu’aux dents.

Progressivement, les soldats ennemis deviennent de plus en plus nombreux; et la veille du dixième jour de Mouharram, leur nombre atteignit les trente milles. Sous les ordres d’Obeydollah, cette armée avait tout fait pour ne pas laisser la caravane de l’Imam atteindre la ville de Koufa, craignant un basculement de la population en sa faveur. Omar ibn Saâd, le commandant de l’armée de Koufa, avait même les ordres stricts du gouverneur pour barrer la route de Damas; et refusa à l’Imam Houssein l’ultime solution qu’il avait proposée: l’accompagner jusqu’à la capital du Califat, et lui permettre de rencontrer Yazid.

Mais Omar ibn Saâd, en réalité, avais une seule mission: liquider l’Imam Houssein et ses fidèles en empêchant tout dénouement pacifique. Et dans un geste provocateur, il somma l’Imam de faire le serment d’allégeance à Yazid, surplace. Faute de quoi il n’aurait pas la vie sauve.

Évidemment, l’Imam (psl) choisit la voie du martyre. Les assiégeants tentèrent d’affaiblir l’Imam et ses compagnons en leurs interdisant l’accès à l’eau, et se fut la soif générale dans le camp des fidèles. Enfin, la matinée du dixième jour, connut l’épopée la plus célèbre et la plus glorieuse de l’histoire de l’humanité soixante- douze hommes de foi combattant héroïquement jusqu’au dernier souffle autour de l’Imam Houssein, contre plusieurs milliers de mercenaires sans foi.

Bien qu’ayant assisté au martyre de tous ses compagnons, de son fils aîné, de tous ses neveux, et enfin, de son frère Abbass, l’Imam ne se rendit nullement, et continua son combat, tout seul contre une masse innombrable de lâches mercenaires. Voyant ses soldats incapables de venir à bout de la résistance de l’héritier de l’héroïsme et du courage de Bani Hashim, Omar ibn Saâd leur ordonna de tirer sur lui plutôt que de l’approcher. Enfin, l’Imam s’écroula sous une pluie de pierres et de flèches… exécutant les ordres secrets du gouverneur rancunier, les soldats sans foi ni honneur, décapitèrent les martyrs et portèrent les têtes au bout des lances, et assaillirent les tentes abritant femmes et enfants et y mirent le feu. Ensuite ils prirent l’ensemble en captivité, et n’en épargnèrent personne. Enfin, après une escale au palais du gouverneur de Koufa, les conduisirent jusqu’à Sham (Damas).

La Tête De L’Imam Houssein (Psl)

Chimre était le pire des mercenaires dans le camp de Omar ibn Saâd. Voyant l’hésitation de tous les soldats devant le corps agonisant de l’Imam Houssein (psl), il avança vers lui en criant: qu’attendez-vous pour en finir avec lui. Et se fut cet abruti qui se chargea de la plus sale mission de l’histoire, et il osa même trancher la tête de celui qui concrétisait la plénitude de la perfection de l’humanité, pour la porter au bout de sa lance, et l’amener auprès de Obeydollah, 3 gouverneur de Koufa. Les têtes des martyrs au bout des lances, Les soldats de Yazid circulèrent dans toutes les ruelles de la ville de Koufa pour fêter leur crime. La plupart des gens de la Koufa furent choqués de voir les têtes des plus illustres personnalités de la communauté musulmane au bout des lances de ses brutes sanguinaires et ils regrettèrent de ne pas sortir à temps pour porter secours au petit-fils de l’envoyé de Dieu. Visiblement content de la mort de l’Imam, Obeydollah ordonna d’amener Mokhtar de sa prison, pour lui montrer la tête de l’Imam Houssein (psl).

Dès que Mokhtar Thaqafi aperçut la tête de son maître bien aimé, il explosa en poussant des cris de douleur et des gémissements de chagrin, et il fut envahi d’un désir profond de vengeance; et ce fut là où il jura de bien organiser une révolution capable de venger le massacre de la famille du Messager de Dieu (pslf).

Le Présage De Maytham Tammar

Maytham Tammar, l’un des adeptes les plus fidèles de l’Imam Ali ibn Abi Taleb (psl), était incarcéré dans la même cellule que Mokhtar.

Après le massacre de Karbala, Mokhtar dit un jour à Maytham: « Sûrement cet oppresseur (Obeydollah ibn Ziyad) va nous exécuter après avoir -si lâchement- tué le petit-fils du messager de Dieu. » Maytham lui répondit alors :

« Mon maître bien-aimé Ali m’avait informé que je serai tué et crucifié sur un dattier. Alors que toi, tu vas sortir de la prison et tu tueras cet oppresseur, et lorsqu’il sera décapité, tu poseras les pieds sur sa tête jetée devant toi. >>>

 

 

L’Intersession

Safiya, la sœur de Mokhtar, était l’épouse d’Abdoullah ibn Oumar ibn al Khattab, le deuxième Calife. A cette époque, Abdoullah jouissait d’un grand prestige parmi les dignitaires de Qouraych et entretenait des bonnes relations avec Yazid. Ce fut lui qui -sous la pression de sa belle-famille- intercéda pour la libération de son beau-frère Mokhtar Thaqafi. Confiant de la stabilité de son pouvoir, Yazid finit par accepter l’intercession du fils de deuxième calife de S l’islam, et envoya une lettre à Obeydollah l’ordonnant de libérer Mokhtar. Bien que Obeydollah ibn Ziyad était déterminé à exécuter Mokhtar, il n’avait pas d’autre choix que de se plier aux ordres du calife; et il permit de libérer Mokhtar après lui avoir adressé un ultime avertissement: « Tu n’as que trois jours pour quitter la ville de Koufa, après quoi, si l’on t’aperçoit ici, je te tuerais sans faute ! »

Mokhtar s’empressa alors de quitter la ville de Koufa et se dirigea vers la Mecque.

Abdoullah Ibn Zoubeyr

Profitant des circonstances favorables à toute insurrection contre la dictature sanguinaire d’un pervers tel que Yazid, à la Mecque, Abdoullah ibn Zoubeyr -fils de Zoubeyr ibn Aowam, célèbre compagnon du Prophète- se proclama Calife des musulmans. Les musulmans furent divisés sur ce sujet: la majorité lui prêta le serment d’allégeance, mais les autres s’opposèrent contre cette auto-proclamation. Bien qu’il n’ait jamais eu de sympathie pour lui, Mokhtar Thaqafi était parmi ceux qui avaient accepté le califat d’Abdoullah ibn Zoubeyr, rien que parce que le nouveau calife de la Mecque était contre la dynastie Omeyyade.

Parallèlement, les habitants de Médine s’étaient soulevés contre Yazid, qui s’empressa de leur envoyer le pire de ses commandants de guerre, à savoir Moslim ibn Oqba, à la tête d’une grande armée, pour mater impitoyablement l’insurrection de la ville du prophète. Après une courte résistance des défenseurs de Médine, ce fut le plus grand massacre de l’histoire de la ville du Prophète: non seulement Moslim ibn Oqba et ses soldats n’épargnèrent aucun résistant et tuèrent au moins quinze mille personnes, dont sept cent compagnons du prophète (pslf) et plusieurs milliers de leurs disciple (appelé Tabeïne), mais ils osèrent même le plus grave précédant de l’histoire de l’islam: violer les milliers de femmes.

Après cet ignoble massacre, Moslim ibn Oqba – surnommé dès lors Mojrem (criminel)- et ses troupes marcherent sur la Mecque

La Maison De Dieu Venge la Médine

En marchant sur la Sainte Ville, Mojrem ibn Oqba fut piqué par un scorpion, il trouva la mort sur le champ. Hoçain ibn Noumeyr, qui fut -le jour de Achoura- l’un des criminels subalternes de Omar ibn Saâd, prit alors le commandement de l’armée, et la marche funeste vers la Mecque se poursuivit. Lorsque les soldats de Hoçaïn furent près de la Mecque, il leurs lança l’ordre d’encercler la ville avant de l’attaquer. Hoçaïn ordonna enfin à ses hommes d’attaquer et de détruire toute la Mecque s’il le faut. Lorsque l’un de ses soldats le mit en garde en disant : « Ces gens accordent beaucoup d’importance à la Kaaba », il retorqua violemment et avec une arrogance inouïe : « Détruisez aussi la Kaâba…nous n’obéissons qu’aux ordres de Calife ». Les soldats obéirent et détruisirent la Kaâba. Après quoi, ils se lancèrent comme des fauves à la recherche des insurgés et se mirent à parcourir les rues de la ville pour tuer tout ce qu’ils trouvaient sur leur chemin.

Mokhtar qui essayait d’organiser la résistance avec quelques braves, décida de défendre à tout – prix la maison de Dieu.

Alors que les combats faisaient rage, un cavalier arriva vers le camp de Hoçaïn et lui dit:

«  J’ai une nouvelle à vous annoncer.

H: Parle.

S: Le Calife Yazid est mort.

H: Quoi? » S’étonna-t-ils.

Mais, aussitôt, Hoçaïn se ressaisit et ordonna à tous ceux qui étaient à ses côtés de se taire et de n’en point informer les autres. Mais la nouvelle c’était déjà propagée parmi tous les soldats qui commencèrent alors à abandonner le combat se justifiant par la mort de leur Calife.

Le Retour Vers Koufa

Après son combat héroïque à la Mecque, Mokhtar décida de renter à Koufa. Obeydollah ibn Ziyad avait déjà fui la ville de Koufa, après avoir appris la mort de Yazid, et rentrait à Damas.

Remarquant la fuite de Obeydollah, les gens de Koufa profitèrent de cette occasion pour manifester leur soutien à Abdoullah ibn Zoubeyr. Celui-ci nomma Abdoullah ibn Moutiî comme gouverneur de Koufa.

L’entourage du nouveau gouverneur de Koufa était composé de certains dignitaires qui avaient participé à l’assassinat de l’Imam Houssein (psl) à Karbala.

Un jour, l’un d’entre eux, inquiet de la liberté de Mokhtar et craignant son désir de venger l’Imam Houssein, dit au gouverneur :

« 6 commandeur! Mokhtar est encore plus dangereux que Souleymane ibn Sorad qui vient de sortir de la Koufa pour aller combattre les armées de Damas, est-il que Mokhtar souhaite faire une révolution à Koufa même, pour venger la mort de Houssein. » Lui rappelant ainsi la très récente révolution des repentis (Tawabine) commandée par Souleymane, et comprenant plusieurs de ceux qui avait regretté leur absence du camp de l’Imam Houssein à Karbala. Un autre ajouta: « Je pense qu’il faut l’emprisonner avant qu’il nous emprisonne ô commandeur. » Le gouverneur fini par accepter la demande de son entourage.

La Révolution Des Repentis

Souleymane ibn Sorad al Khosaïe était l’un des braves sympathisants des Ahlul Bayt. N’ayant pas pu combattre aux côtés de l’Imam Houssein le jour de Ashoura, il dut profondément souffrir de l’assassinat de l’Imam. Il appela alors les gens de Koufa à se repentir du grand péché qu’était l’abandon de l’Imam à ses ennemis; et leurs proposa la voie du martyre comme seule garanti de l’absolution. Mais seulement Quatre mille hommes répondirent à son appel. Il les organisa rapidement pour mener une révolution contre les omeyyades. De crainte d’un désistement de ces nouveaux repentis, Souleymane ne prêta point l’oreille aux conseils sincères de Mokhtar qui n’épargna aucun effort pour le faire revenir de sa décision qu’il jugeait hâtive et hasardeuse, voire suicidaire. Les repentis partirent visiter d’abord le lieu d’enterrement de l’Imam Houssein (psl), avant de se diriger vers Damas.

Arrivés aux environs de la capitale Omeyyade, ils rencontrèrent l’armée de Obeydollah ibn Ziyad, composée de plusieurs dizaines de milliers de soldats. Des violents combats eurent, alors, lieu entre les deux camps; mais, le déséquilibre du rapport des forces étant tellement sensible, Souleymane et la majorité de ses combattants tombèrent rapidement en martyrs malgré leur héroïque résistance. Les rescapés de ce massacre parvinrent, quand-même, à retourner à Koufa.

Une Lettre Généreuse

De son lieu de détention, Mokhtar envoya une lettre à Refaâ -le chef des rescapés- et ses braves compagnons, en ses termes : « … En vérité Dieu vous a accordé une grande récompense et pardonnera, certainement, vos péchés pour avoir combattu les oppresseurs… ».

Refaâ envoya à son tour une lettre-réponse à Mokhtar dans laquelle il lui assura que, lui et ses compagnons, sont prêts à détruire la prison pour le libérer. Mais Mokhtar leur interdit de faire cela, préférant attendre le moment opportun pour une telle action révolutionnaire.

Vers La Révolution

Abdullah ibn Oumar ibn al Khattab intercéda, une seconde fois, pour la libération de Mokhtar de la prison. Mais aussitôt libéré, Mokhtar commença à sensibiliser les gens de la ville pour venger le massacre de Karbala.

En ce moment, Mokhtar reçu le soutien de Mouhammad ibn Hanafiya -L’un des fils de l’Imam Ali d’une femme issu de la tribu des Bani Hanifa- ainsi que celui de Ibrahim ibn Malek el Ashtar qui avait hérité les qualités de son père et était connu pour son courage et sa fidélité aux Ahlul-Bayt.

Les insurgés se fixèrent la nuit du 14 Rabî al awwal de l’an 66 hégire, comme date du déclenchement de la révolution. Mais, dans la nuit de 12 Rabî al awwal, c’est-à-dire tout juste deux jours avant la date fatidique, un incident imprévu accéléra le cours des événements.

L’Insurrection Prématurée

En effet, Lorsque Ibrahim al Ashtar sorti avec un groupe de ses partisans, cette nuit-là, pour se rendre chez Mokhtar, ils rencontrèrent une patrouille de soldats.

Dès qu’il les aperçut, le chef des soldats leur demanda en criant:

« – Qui êtes-vous ? >>

« -Je suis Ibrahim fils de Ashtar ». Lui répondit Ibrahim.

Le chef: « Qui sont ceux-là avec toi ?avez-vous l’autorisation de sortir, la nuit ? »

Ibrahim: « Non. »

Le chef: « Donc vous êtes en état d’arrestation. »

Entendant cela, Ibrahim lui adressa un coup fatal. Voyant la réaction d’Ibrahim, tous les soldats prirent la fuite en abandonnant leur chef, qui n’était autre que le premier responsable de la sécurité de la ville. Celui-ci sera achevé surplace par les insurgés malgré-eux ! Ibrahim et ses hommes se précipitèrent alors vers la maison de Mokhtar pour l’informer du grave incident. Ils lui dirent alors: « Il faut annoncer la révolution immédiatement. »

Mokhtar: « Que s’est-il passé ? »

Ibrahim: « Nous avons été obligé de tuer le chef de la garde de la ville, il n’y a guère d’autre issu que d’annoncer la révolution. »

Mokhtar: « Que Dieu te comble de sa grâce, cela est bien le début de la victoire. >>>

Les Révolutionnaires

Mokhtar donna l’ordre aux révolutionnaires de 3 sortir et de marcher dans les rues de Koufa. Ils avaient déjà préparé des slogans révolutionnaires. Ils allumèrent des flambeaux et les brandirent aux bout des bras et sortirent avec, comme signe du 3 déclanchement de leur soulèvement.

Tous les révolutionnaires se rendirent devant la maison de Mokhtar, pour annoncer leurs désaveux du pouvoir en place. Le gouverneur de Koufa prit fuite -la nuit même- vers le Hijaz (l’Arabie d’Ouest). Ses soldats se rendirent aux insurgés sans aucune résistance.

Dans La Mosquée De Koufa

Visiblement surpris par l’insurrection, Les habitants de Koufa se rendirent tous dans la grande mosquée pour écouter le discours de Mokhtar. Lorsqu’il prit la parole, il expliqua à l’assistance les objectifs de sa révolution et leurs demanda soutien et fidélité en disant :

« Prêtez-moi serment d’allégeance que je puisse:

-vous gouverner par le livre de Dieu et la tradition de Son prophète.

-venger le massacre de l’Imam Houceyn et des Ahlul Bayt.

-Combattre les oppresseurs.

-protéger les faibles et les opprimés. »

Tous les présents se sentirent réjoui et satisfait des objectifs déclarés par Mokhtar; et commencèrent à se rappeler du temps où leur ville jouissait de la justice sous le règne de l’Imam Ali (psl): la réalisation du grand rêve serait de nouveau à leur porté.

Une Première Confrontation

Entre-temps, L’armée Omeyyade progressait vers la ville de Koufa pour la reconquérir, les soldats de Obeydollah ibn Ziyad, parvinrent à prendre le contrôle de la ville de Mossoul. Mokhtar prépara rapidement une petite armée composée de trois mille hommes, et en confia le commandement à Yazid ibn Anas: vieux pieux, mais courageux.

Cette petite armée sortie pour affronter les innombrables forces de Obeydollah. En toute logique, la confrontation finit par un recule tactique de la petite armée des insurgés, après la mort de Yazid ibn Anas, commandant en chef.

La Guerre Psychologique

Voulant détruire le moral des insurgés à la Koufa, L’armée Omeyyade propagea des rumeurs selon lesquels l’armée de Mokhtar se serait rendu après la mort de Yazid ibn Anas. Mokhtar envoya, encore, un renfort composé de sept mille hommes, commandés cette fois-ci par Ibrahim al Ashtar.

Lorsque les hommes de Mokhtar quittèrent la ville, les ennemis profitèrent de cette occasion pour encercler sa maison et tenter un coup de force et tuer la révolution dans l’œuf. Mais Mokhtar parvint à envoyer l’un de ses cavaliers pour informer Ibrahim et ses hommes de cette trahison et l’ordonner de rentrer d’urgence à Koufa. En réalité, ces traîtres étaient composés des fidèles de Abdoullah ibn Zoubeyr et des nostalgiques du pouvoir Omeyyade, et ils parvinrent à encercler la maison de Mokhtar pendant trois jours avant d’en être chassés par l’armée de la révolution. Finalement, ces traîtres furent arrêtés et exécutés. Parmi eux se trouvaient: Harmalah qui avait assassiné le fils encore nourrisson de l’Imam Houssein (psl), Sinâne, Oumar ibn Saâd et Chemre ibn Dhiljaouchen qui. Celui-ci fut arrêté dans un village près de la ville. Tous les criminels furent châtiés suivant la gravité de leurs crimes.

Un Jeûne Dans L’Attente D’un Miracle

Mokhtar était un homme solide mais très pieux. Il avait la bonne habitude de remercier Dieu pour chaque grâce ou soutien divin en jeûnant.

Après son éclatante victoire sur les traîtres de Koufa, il entama un jeûne de remerciement le long duquel il ne manqua pas d’invoquer la bénédiction des Ahlul Bayt et le soutien décisif du Tout-Puissant.

Enfaite, Mokhtar était parfaitement conscient de la réalité du rapport des forces qui n’était nullement en sa faveur. Il avait donc bien besoin d’un miracle pour emporter la victoire si attendu et si souhaité par tous les fidèles des Ahlul Bayt.

La Bataille D’Al Khazer

Une fois arrivée au bord de la rivière d’al Khazer, aux environs de Mossoul, l’armée d’Ibrahim al Ashtar se trouva en face des troupes de Obeydollah ibn Ziyad venu de Damas. Une bataille enragée eut alors lieu. Le rapport des forces étant, de loin, en faveur de l’armée Omeyyade, le début des combats fut très difficile pour Ibrahim et ses fidèle, mais le miracle fini par se réaliser lorsque l’un des commandants des forces Omeyyades déserte le champ de la bataille avec ses troupes, et l’armée de Koufa put ainsi écraser les troupes de Damas, visiblement assommées par la surprise. Dans la foulé, Obeydollah ibn Ziyad, Hoçaïn ibn Noumeyr et plusieurs autres commandants et dignitaire de la dynastie Omeyyade, furent tués. Et la tête de Obeydollah fut envoyé à Mokhtar. La nouvelle de la victoire de Mokhtar sur Obeydollah se propagea aux quatre coins des territoires Islamique, et tous les fidèles et sympathisant des Ahlul Bayt en furent réjouis; et les croyants y trouvèrent une nouvelle réalisation d’une promesse divine éternelle :

« Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce de Dieu, vaincu une troupe très nombreuse! Et Dieu est avec les endurants ». (Coran: 2-249)

Contre Abdoul Malik et ibn Zoubeyr

La politique souhaitée par Mokhtar consistait à nouer une alliance avec ibn Zoubeyr contre les ennemis de l’Islam qui n’étaient autre que les Omeyyades et leurs mercenaires sans foi ni scrupule. Mais pensant plutôt au califat et jaloux des exploits de Mokhtar, ibn Zoubeyr n’avait jamais pensé à cela. Et au lieu d’accepter l’offre de Mokhtar, il planifia plutôt pour le liquider.

Rappelons que, après la mort de Yazid ibn Moâwiya, son fils Moâwiya II lui succéda au trône. Mais celui-ci était croyant et pieux et inaugura son règne par un désaveu courageux de tous les forfaits et crime de ses aïeuls. II manifesta notamment ses regrets et sa grande désolation pour l’assassinat de l’Imam Houssein et sa famille. Et il finit par abdiquer après un très court règne de 40 jours. Evidemment la main maléfique Omeyyade ne l’épargna pas, et aussitôt, il fut empoisonné.

Marwane ibn al Hakam, qui enviait -depuis toujours- la magistrature suprême du califat, profita de l’occasion du vide laissé par l’assassinat de Moâwiya II et le refus de l’ensemble de la famille Omeyyade de reconnaître la légitimité du pouvoir d’Ibn Zoubeyr, proclamé Calife à la Mècque, pour prendre le pouvoir à Damas et se proclamer Calife. Il ne vécut que six mois après son accession au califat, néanmoins il put désigner son fils Abdoul Malik comme héritier du trône.

Dès que les funérailles de son père furent terminées, Abdoul Malik envoya une grande armée en direction de la Médine pour l’occuper. Craignant le pire pour la ville du prophète devant l’incompétence des agents d’Ibn Zoubeyr qui l’a gouverné, Mokhtar s’empressa d’y envoyer une garde de trois mille hommes pour organiser sa défense contre les mercenaires du nouveau calife omeyyade. Visiblement alarmé par cette nouvelle réussite de Mokhtar dont les ambitions paraissaient dépasser le seul statut du justicier voulant venger le massacre de Karbala, Ibn Zoubeyr décida de mettre en œuvre son plan contre Mokhtar. Ce plan était basé d’abord sur une guerre psychologique et une compagne systématique de dénigrement contre Mokhtar, le présentant comme un grand charlatan voir un faux prophète, et ensuite frapper fort là où il jouissait d’une grande popularité. Bien entendu, reconquérir la Médine et en chasser tous les sympathisants de Mokhtar.

Aussi, Les combattant d’Ibn Zoubeyr à Médine lancèrent-il une attaque-éclaire contre les hommes de Mokhtar. Ils en tuèrent plusieurs dizaines, et les survivants prirent la fuite vers le désert, qu’ils ne connaissaient que trop peu.

La plupart d’entre eux y moururent de faims et de soif.

En plus, Ibn Zoubeyr qui détestait particulièrement les Alaouis (Descendants de l’Imam Ali), organisa contre eux une oppression systématique et inouïe: il détruisit leurs demeures et les chassa de la ville du prophète les obligeant à se réfugier sur les hauteurs qui l’environnaient. Lorsque Mokhtar prit état de la répression dont les Alaouis étaient victimes, il envoya cinq mille hommes pour les délivrer de leur souffrance. Les combattants de Mokhtar parvinrent à sauver les Alaouis: ils les délivrèrent et leurs reconstruisirent leurs maisons détruites ou brûlés sur l’ordre d’Ibn Zoubeyr.

Mossâb Ibn Zoubeyr

La deuxième phase du plan de Abdullah ibn Zoubeyr consistait à mettre la main sur la Bassora, ancien fief historique de son père. Il nomma son frère Mossâb comme gouverneur de cette ville et l’y envoya, comptant surtout sur le soutien de plusieurs fidèles de son père et celui des rescapés de l’épuration opérée par Mokhtar à Koufa. Enfaite, Dans cette ville située non loin de Koufa, on pouvait trouver tous ceux qui avaient fui la justice de Mokhtar, ainsi que tous les nostalgique du pouvoir Omeyyade. Ceux-ci accordèrent un soutien total à Mossâb ibn Zoubeyr lorsqu’il y arriva et se déclara gouverneur.

Une Fin Héroïque

Voulant profiter du vide laissé par le départ de la majorité des troupes de Mokhtar vers Médine ou à Mossoul avec Ibrahim al Ashtar, Mossâb ibn Zoubeyr rassembla, rapidement, une très grande armée et lança une attaque brusque, contre la ville de Koufa.

Malgré la grande surprise, Mokhtar démontra une résistance héroïque, mais il était profondément handicapé par l’absence de ses meilleurs adjoints et combattants. Cependant, Mokhtar aurait pu écraser l’armée ennemie si ce ne fut -encore une fois la trahison des habitants de Koufa. Enfaite, ces derniers l’abandonnèrent seule, face à ses ennemis. Vue le petit nombre de ses combattants, Mokhtar et ses hommes se retranchèrent au palais. Et ils furent aussitôt assiégés par l’armée ennemie. Le siège dura quatre mois et un jour, et les renforts se faisaient toujours attendre. Voyant le siège sans issu, Mokhtar dit à ses hommes, retranchés avec lui dans le palais: « En vérité le siège ne nous ajoute que la faiblesse: sortons pour combattre. Mieux vaut être tue avec honneur que de rester ici dans l’infamie. » Ceux qui étaient restés toujours fidèles à Mokhtar, n’étaient que dix-sept personnes. Comme un seul homme, ils sortirent à la rencontre de l’ennemi réalisant une version réduite de la grande épopée de Ashoura.

Après avoir tué Mokhtar et ses fidèles, Mossâb ibn Zoubeyr demanda à tous ceux qui avaient trouvé refuge au palais, de sortir afin d’être gracier. Mais dès que les assiégés se rendirent, ils furent tous lâchement exécutés.

Pour éradiquer toute opposition au pouvoir Zoubeyrien, Mossab ordonna à l’exécution de sept mille personnes parmi les habitants de Koufa. Ainsi plusieurs lâches qui avait refusé l’appelle du Mokhtar à la résistance, trouvèrent, quand-même, la mort qu’ils fuyaient. Ce fut la plus grande exécution sommaire que la ville n’ait jamais connu dans son histoire.

La Fidélité d’une femme de fois Mossâb donna l’ordre d’emprisonner Omra fille de Nômâne ibn Bashir la veuve de Mokhtar, il demanda à cette honorable femme sans défense de désavouer son défunt mari. Mais celle-ci, croyante et fidèle qu’elle était, lui rétorqua indignée: « Comment me demande tu de désavouer un homme qui disait que : « Dieu est mon Seigneur », jeûnait la journée et priait la nuit, a donné son sang pour Dieu et Son envoyé et vengé l’assassinat de Houssein ibn Ali ? »

Mossâb dit : « Je vais t’envoyer donc à la rencontre de ton mari. »

Omra: « La mort sur le sentier de Dieu est bien meilleur que ce bas monde et tout ce qu’il contient. Certes, après la mort il y a le paradis. Par Dieu je ne souhaite qu’une chose: y faire compagnie avec les fidèles de Ali ibn Abi Taleb. »

Mossâb ordonna l’exécution de la vertueuse femme. La nuit elle fut conduite par ses bourreaux hors de la ville. Et au milieu du désert elle fut sauvagement exécutée de trois coups de Sabre. Cette grande et vertueuse femme à l’honneur d’être la première musulmane à être si sauvagement exécutée dans l’histoire de l’islam.

Que Dieu bénisse Mokhtar, sa vertueuse épouse et ses fidèles compagnons.

 

(Fin)

les apôtres – (9)

MALEK AL ASHTAR

 

Par:

Chakib BENBEDIRA

Thèmes sélectionnés par:

 

  1. ESSAYED

 

 

Fondation Ansariyan

 

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf)¹ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

     

  • Paix et salut sur lui et sa sainte famille.

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.

Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

Comment II Devint Ashtar?

Malik fils de Hareth était un compagnon du Prophète d’origine yéménite. Il passa toute sa jeunesse dans la tribu Nakhe réputée par le courage et la noblesse des mœurs.

Malik An Nakhey réunissait trois qualités rarement réunies chez un homme d’une famille ordinaire. En effet, à l’âge de vingt ans, il avait déjà le courage et la témérité d’un lion du désert, l’éloquence d’un orateur arabe du premier plan, et la clairvoyance d’un sage octogénaire.

Il a eu la chance de connaître l’Islam au temps du Prophète lui-même et de jouir de sa compagnie quelque temps, mais son principal éducateur et maître était l’Imam Ali qui représentait alors l’avenir de l’Islam concrétisait sa pérennité et son inaltérabilité.

Après le décès du Saint Prophète, Malik, comme plusieurs vaillants combattants de sa tribu, partit aux premières lignes du front du Djihad contre les Byzantins.

La première fois que le nom de Malik s’illumina dans le ciel des glorieux héros de l’Islam, ce fut au cours de la bataille de Yarmouk (En Jordanie actuelle).

La bataille de Yarmouk fut une véritable épopée au cours de laquelle une petite armée musulmane ne dépassant pas les trente mille combattants put écraser la toute puissante armée de l’empire Byzantin forte de plus de deux cent cinquante mille soldats professionnels et armés jusqu’aux dents.

Malik excella dans cette grande bataille non seulement par son héroïsme mais aussi et surtout par son comportement exemplaire et son influence sur ses frères d’arme pour résister et ne point fléchir d’un cran dans le moment le plus crucial du combat

Alors que le commandant en chef de l’armée musulmane, Khaled ibn Walid, fut un maître de calcul et de la stratégie, Malik se distingua par une combativité sans trop de calcul qui fut le complément indispensable au calcul et à la stratégie du commandant général.

Il est difficile de croire que sans la bravoure et le désir du martyre de certains hommes de cœur et de foi tel que Malik, la victoire des musulmans aurait pu être possible, et au meilleur des cas, le stratège calculateur commandant en chef, Khaled, ne pouvait espérer plus qu’une retraite honorable

Malik n’obtint pas le martyre, mais toutefois, il fut blessé à l’œil et il sortit de la bataille avec une paupière mutilée, ce qui lui donna le surnom d’al Ashtar, qui signifie littéralement celui dont une paupière ou une lèvre est fondu.

Devant L’Epreuve Politique

Le surnom d’al Ashtar fut donc une véritable décoration d’honneur pour un combattant qui passa presque inaperçu, alors que ses autres frères d’arme de Qoraich et surtout le commandant en chef Khaled, remportèrent toute la gloire et la célébrité à la fois auprès du Calife et auprès de l’ensemble des musulmans.

Le combat de Malik al Ashtar était exclusivement pour l’amour de Dieu, et jamais il ne voulait attirer l’attention ou la sympathie du Calife ou de ses conseillers. D’ailleurs, depuis le désengagement de la classe politique musulmane envers le testament de Khom, Malik n’avait jamais eu de considération pour ce qui se passait au niveau du pouvoir en place; et se consacra totalement au service de l’Islam, sur les fronts du Djihad.

Mais, cette attitude pouvait-elle durer sous le règne de Othmân? C’était là la première épreuve politique que Malik dut affronter.

Malik était Koufa lorsque le mécontentement populaire contre la politique des différends gouverneurs de Othmân atteignit son apogée. La ville de Koufa était le siège du mécontentement le plus sérieux et ses habitants ne pouvaient plus tolérer les débordements et caprice de son gouverneur Walid ibn Oqba.

Walid, dont la seule qualification était d’être un proche parent du Calife, et dont le seul mérite était son amitié avec Marwane le ministre du Calife, se permettait même de boire du vin devant ses commensaux.

En outre, il avait même osé détourner les fonds de la trésorerie publique pour satisfaire ses désirs et passions personnels, lesquels devinrent petit à 5 petit le sujet préférer des conversations dans les différents cercles de la société de Koufa.

La goutte qui fit déferler le vase, fut versée le jour où il alla à la mosquée ivre mort et se permit de devancer tous les compagnons du Prophète pour prier comme Imam !

Malik fut alors présent et plusieurs prieurs l’avertirent que leur Imam était vraisemblablement ivre! Loyaliste et prudent qu’il était, Malik refusa de croire à ses accusations et calma les esprits en conseillant ses interlocuteurs de suivre la règle légale de prudence et d’appliquer la présomption d’innocence qui impose l’explication de tout indice équivoque en faveur de l’accusé. Mais Walid ne tarda pas à fournir lui-même la preuve irréfutable pour ses détracteurs bienveillants!

En effet, au lieu d’effectuer deux génuflexions pour la prière de l’aube, il en fit quatre, devant l’indignation des centaines de prieurs qui comprirent alors que toutes les rumeurs circulant dans la ville n’étaient point des calomnies malveillantes.

Depuis lors, il ne s’agissait plus d’un gouverneur dont on devrait plaindre les débordements et excès auprès du Calife, mais a plutôt d’un pervers dépravé qu’il fallait punir du châtiment limite (Hadd) précisé par la législation Islamique: Quatre vingt coups de fouets.

Mais qui pouvait exécuter ce châtiment ?

Malik al Ashtar saisit bien la gravité de la situation et appela à une intervention d’une façon organisée et collective qui devait passer obligatoirement par une demande de limogeage de ce gouverneur par le Calife.

C’est ainsi que Malik organisa et dirigea la délégation des contestateurs de la ville de Koufa vers la capitale du califat. Ainsi fut sa rentrée à une scène politique qu’il avait tant boudée dans l’absence de son maître bien-aimé l’Imam Ali.

Une Mission Qui Se Complique

La délégation de Koufa se dirigea alors vers la Médine. Quelques lieux avant la capitale du califat, une fillette leur fit signe de s’arrêter. Malik et ses compagnons s’approchèrent d’elle pour écouter son histoire. Ils ne crurent pas leurs oreilles lorsqu’ils apprirent que c’était la fille d’Abou Zhar, le grand apôtre du Saint Prophète dont le corps sans âme n’était pas très loin de la route, attendant quelque croyant pour lui faire le bain et la prière funéraires, et l’enterrer comme il se doit.

Malik comprit alors que Dieu n’avait préservé sa vie à la bataille du Yarmouk que pour une grande mission qui l’attendait !

Il comprit aussi que son départ de Koufa vers la Médine à ce moment exact n’était qu’un signe de bienveillance divine envers ce vieil apôtre du Prophète condamné à l’exil par la bande Omeyyade au pouvoir.

Enfin, il se rendit compte qu’il avait dorénavant suffisamment de motifs pour changer la direction de son loyalisme. En effet, avec la fin tragique d’Abou Zhar, le pouvoir de Othmân perdit toute légitimité même auprès des musulmans ordinaires n’ayant ni vu le Prophète ni entendu parler du testament de Khom. Il était alors devenu permis de contester, non seulement les gouverneurs de Othmân, mais son pouvoir lui-même.

Après avoir effectué le bain funéraire d’Abou Zhar; Malik traduisit toutes ces réflexions dans un prêche préfaçant la prière pour l’âme du vieil apôtre dans laquelle il fit le procès de l’injustice qui engendra cette fin tragique de ce grand apôtre. Notre cher lecteur pourra retrouver quelques extraits de ce célèbre discours à la fin du 5ème numéro de cette série.

En fait, avec ce discours, Malik, sans vraiment le vouloir, annonçait le début de la révolution contre le régime Omeyyade, coiffé par Othmân, avant même de le rencontrer. Toujours prudent et réservé, Malik décida de retarder son explosion jusqu’à ce que toutes les autres issues s’avérassent barrées.

Ceci voulait dire qu’il devrait continuer sa mission initiale quand bien même les complications l’avaient alourdie, avant même d’entrer à la Médine. Lorsque la délégation de Koufa entra à la ville du Prophète, un climat de révolte générale régnait déjà. Avec la nouvelle du décès d’Abou Zhar dans ces conditions dramatiques, personne ne se permettait encore de rester indifférent quant au sort de la communauté qui semblait bien en danger.

Du Réformisme À La Révolution

Quand Malik fut à la Médine, il se rendit compte qu’il était déjà devenu un symbole concrétisant les aspirations d’une grande partie des populations musulmanes, assoiffées de la justice sociale et dégoûtées du népotisme Omeyyade. Il fut très embarrassé pour une célébrité qu’il n’avait jamais cherchée et une gloire dont il avait auparavant refusé de payer la rançon.

Cette fois, c’était Malik au pied et à l’œil sûr, toujours intraitable et incorruptible qui devait rencontrer un Calife affaibli par l’âge, abattu par les caprices de son entourage, et isolé de la société par une cour Omeyyade opportuniste et sans scrupule.

Finalement, après une longue enquête que Marwane voulu interminable et sans aboutissement, Malik et les siens obtinrent gain de cause et Walid fut limogé et châtié. Ce fut alors l’accalmie à Koufa. Cependant, les vents de la révolte continuèrent à siffler de toutes parts. Et les injustices commises par les agents du régime dans tous les territoires de Califat, engendrèrent une division de la société musulmane en deux blocs antagonistes autours de deux pôles inconciliables d’une part, Bani Omeyya et leurs agents opportunistes, et d’autre part, la classe des Mouhajirines et des Ansares coiffés par les grands apôtres.

Cependant, le choc entre ces deux pôles de la société fut trop risqué pour que Ammar ibn Yasser et les autres apôtres encore en vie, pussent le permettre; et ils décidèrent de recourir à l’Imam Ali pour transmettre un dernier avertissement au Calife encore supposé mal informé et dérouté par Marwane et sa cour.

Bien que l’Imam Ali (psl) ne voulait pas intervenir au nom des mécontents à cause du précédent du congrès des six, et des accusations dont il était sujet de la part de Marwane et sa bande, il accepta enfin de parler au Calife, non pas pour lui transmettre un ultimatum menaçant, mais plutôt pour le conseiller et l’aviser de ce qui se passait en dehors de son palais.

L’Imam Ali entra chez le Calife et lui dit entre autre:

« Othmân! Les gens se plaignent de l’injustice! Je ne vais pas te dire quelque chose de nouveau ou que tu ignores, si je te rappelle que le Saint Prophète avait dit: Le jour de la résurrection, on amène tout chef injuste, démuni de tout soutien et dérobé de toute excuse et on le jette dans l’enfer où il commence à tournoyer comme un moulin pour enfin sombrer dans le fond. Et je t’avertis bien de Dieu: Son châtiment est dur et insupportable. »

Vraisemblablement, Othmân fut profondément ébranlé par ces paroles sincères; et il promit à l’Imam Ali (psl) de bien revoir tous les problèmes des plaignants d’un œil juste et équitable.

Il promit aussi de se repentir et d’aller déclarer cela devant tous les musulmans à la mosquée.

L’Imam Ali revint chez les contestataires et leur relata les propos de Othmân. L’espoir de la concorde et de la paix sociale remonta alors et commença à chasser les idées extrémistes qui risquaient déjà de conquérir tous les esprits.

Toutefois, comme nous l’avons vu dans le numéro précédent, Marwane ne voulait aucunement de cette paix sociale. Aussi, s’empressa-t-il de s’emparer encore une fois de l’esprit du vieux Calife et le poussa à aller à la mosquée, non pas pour s’excuser et annoncer sa repentance, mais pour vociférer des injures et des menaces jamais entendues de la bouche d’un Calife! Nous avons déjà vu l’opposition héroïque de Ammar et les péripéties des événements qui s’en suivirent.

Après l’affaire des lettres falsifiées par Marwane, le désespoir gagna tous les esprits des contestataires, et le cyclone de la révolution chassa le petit vent des dernières tentatives de réforme. Tous les insurgés revendiquèrent alors la tête de Marwane; mais le Calife refusa catégoriquement

Ici, Malik al Ashtar revint au premier plan de la scène après l’avoir cédée un moment aux plus anciens apôtres du Prophète.

Devant la pression générale des plus extrémistes révoltés venus des quatre coins du califat, la bande omeyyade dirigée par Marwane et supervisée de loin par Moawiya ne recula pas d’un cran. Ainsi, elle barra la route devant toute négociation constructive entre le Calife et les insurgés qui avaient déjà encerclé sa maison. Enfin, ce fut Malik al Ashtar qui porta le dernier ultimatum au vieux Calife: Il lui fallait abdiquer avant que la situation ne sortit de tout contrôle et ne dégénérât en une émeute sanglante.

Le Calife s’obstina à refuser d’abdiquer en disant qu’il préférait plutôt mourir et rencontrer Dieu en Martyre que de se désengager d’une responsabilité dont il avait été chargé par sa communauté !

Cette logique, aussi bizarre que déplacée, n’était pas pour apaiser la colère générale.

Dès que Malik en informa les insurgés, plusieurs d’entre eux passèrent à l’action. Aussi, escaladèrent-ils les murailles du palais, sans se soucier aucunement des appels à la patience lancés par Malik, et sautèrent dans la grande cour. Ce ne fut alors qu’une courte bataille contre les gardes du Calife; et tout se termina en quelques instants: Les insurgés entrèrent de force chez le Calife et le sommèrent d’abdiquer. II refusa et il fut tué sur le champ.

L’assassinat du Calife par des insurgés fut un événement sans précédent. Plusieurs de ceux qui avaient appelé à la révolution commencèrent à regretter ne pas avoir pensé plutôt à la crise de succession puisqu’ils étaient farouchement contre la nomination de l’Imam Ali qui semblait alors certains.

L’Imam Ali savait que parmi les survivants des six du congrès il y avait encore quelques prétendants au pouvoir et il refusa toutes les demandes qui lui furent adressées depuis la mort de Othmân, le suppliant de mettre fin à la crise en prenant le pouvoir en main.

C’était encore Malik al Ashtar qui allait résoudre ce problème. Ainsi, tous les regards convergèrent vers ce héros qui n’a jamais payé de rançon pour sa gloire.

Un Nouveau Loyalisme

Devant la résistance de l’Imam Ali et son refus catégorique d’accepter le poste de Calife dans une pareille situation, où chaque prétendant risquait de se transformer en un opposant farouche, et où il était impossible de retrouver les assassins du Calife et les punir, la foule grandissait rapidement devant la maison du Commandeur des Croyants et les slogans l’appelant à exaucer le vœu populaire devenaient de plus en plus insistants.

L’Imam Ali posa alors des conditions qu’il jugeait indispensables pour la réussite de sa mission. L’une de ses conditions était que son investiture sois à la mosquée en présence de toute la population et que le serment de fidélité sois donné par tous les supposés prétendants au Califat, ou contestataires.

Malik donna toutes les garanties à l’Imam après se les avoir lui-même assurées auprès de toute la foule; et pour trancher une situation qui semblait être instable, il prononça un discours historique après lequel il fut le premier à jurer le serment de fidélité au nouveau Calife.

Les paroles de Malik jouérent un très grand rôle dans la sensibilisation d’innombrables musulmans qui n’avaient jamais connu l’Imam Ali ni ses glorieux antécédents dans l’histoire de l’Islam. Aussi Malik galvanisa-t-il les foules en disant : « Ô vous les gens! Voici le maître des tuteurs testamentaires, l’héritier de la Science des Prophètes.

Celui dont la foi est certifiée dans le Livre de Dieu (Le Saint Coran) et à qui le Messager de Dieu avait promis le Paradis.

C’est lui la concrétisation de la plénitude des bonnes qualités. Personne, ni parmi les premiers, ni parmi les derniers, n’a douté un jour de son savoir ou de ses antécédents… »

Malik al Ashtar ne fut pas seulement le premier musulman à faire le serment de fidélité au Commandeur des Croyants, mais il fut surtout le premier homme qui osa enfin parler des spécificités magnanimes de l’Imam Ali après un quart de siècle de censure!

Par ses propos, Malik traça une nouvelle ligne de loyalisme pour tous les hommes de cœur. En effet, il ne s’agissait plus d’obéir au Calife en place, tout en le contrôlant par l’observation ou les conseils, comme fut le cas des trois premiers Califes; mais plutôt d’une obédience inconditionnelle à un maître qui sait bien ce qu’il fait et ne décide que ce qui assure le bonheur absolu de ses sujets.

Cette nouvelle version de loyalisme et de fidélité rappelait en fait celle qui reliait autrefois les apôtres à leurs Prophètes.

Toutefois, une question se posait alors: tous les musulmans étaient-ils vraiment de l’avis de Malik ?

La Grande Trahison

L’investiture de l’Imam Ali comme Calife eut lieu en présence de toutes les forces actives du Califat; puisque, non seulement la population de la Médine fut présente alors à la mosquée, mais tous les insurgés et les contestataires venus des quatre coins du califat y participèrent pleinement.

Même les notables les plus soupçonnées d’être des prétendants au pouvoir furent contraints à suivre la grande vague populaire et ils jurèrent fidélité et loyauté devant le nouveau Calife. Avec les premières nominations des nouveaux gouverneurs qui étaient tous des hommes probes, loyaux et justes, plusieurs notables des « Mouhajirine » furent déçus de ne pas figurer dans la liste des nouveaux hauts fonctionnaires de l’Etat. Les plus frustrés parmi tous furent Talha et Zoubeyr, deux anciens membres du congrès des six et autrefois candidats au titre du Calife.

Après leur déception, Talha et Zoubeyr partirent vers la Mecque pour visiter la Sainte Demeure. Dès qu’ils y arrivèrent, ils furent métamorphosés par le climat politique qui y régnait, climat très peu enthousiaste pour la nomination de l’Imam Ali, et fertile pour toute action subversive. Vraisemblablement, l’idée de faire pression sur le nouveau Calife, pour qu’il modifiât à leur profit sa politique, les tenta et fini par leur occuper l’esprit!

Ici, rappelons que la Mère des Croyants Aïcha, la plus jeune des veuves du Prophète, avait des liens de parenté aussi bien avec Zoubeyr qu’avec Talha. Le premier étant le mari de sa sœur et le deuxième, son cousin.

Dès qu’elle les rencontra et entendit leur critique de l’Imam qu’ils accusaient de négliger le châtiment des tueurs de Othmân, elle succomba à la tentation de présider le mouvement général appelant à la vengeance. Mouvement attisé par la propagande Omeyyade, déjà très active à la Mecque, et colporté par Marwane et sa bande.

Tous les trois décidèrent d’annoncer le grand deuil pour Othmân et de déclarer leur insubordination au pouvoir de l’Imam Ali

En réalité l’arrivée de Marwane, survivant à l’assaut du palais de Othmân, avait déjà préparé le terrain à cette volte-face générale, et transforma la grogne hésitante en un mouvement de désobéissance et le transforma en une véritable rébellion.

En outre, l’arrivée à la Mecque d’un autre notable de Bani Omeyya avec une très grande fortune usurpée à la trésorerie du Yémen, apporta du vent au moulin de la rébellion pour qu’elle prît des dimensions très sérieuses, et l’encouragea à aller chercher un fief stratégiquement meilleur que la Mecque. Zoubeyr, totalement en dehors du complot Omeyyade, choisit Bassora comme destination.

Les préparatifs de la marche vers Bassora ne durèrent pas longtemps et en amena un grand et puissant dromadaire appelé Askar et ce fut l’histoire de la marche avec le fameux Dromadaire qu’on avait déjà décrit dans le numéro précédent.

Arrivés à Bassora, Marwane, le principal organisateur de ce mouvement de rébellion, ordonna de prendre d’assaut le palais du gouverneur qui n’imaginait aucunement qu’une telle trahison pût avoir lieu. Le gouverneur de Bassora fut sauvagement tabassé et sa barbe impitoyablement épilée, puis chassé de la ville pour aller raconter la scène au Calife !

Les rebelles s’emparèrent alors de la trésorerie de Bassora qui contenait une fortune colossale suffisante pour financer le recrutement et l’équipement d’une très puissante armée, programme exécuté en quelques jours par Marwane sous la bénédiction du trio de commandement honorifique (Aïcha, Talha et Zoubeyr).

Quand le gouverneur déchu de Bassora arriva chez le Commandeur des Croyants, celui-ci se préparait à marcher sur Damas pour mâter dans l’œuf la rébellion de l’ancien gouverneur Moâwiya. Les nouvelles de la volte-face de ses deux anciens frères d’armes, Talha et Zoubeyr, eurent sur son âme le poids d’une catastrophe.

Vu la gravité de la situation à Bassora, l’Imam Ali décida de changer de cap et ordonna à ses troupes de se préparer à marcher sur les infidèles.

Immobilisme À Koufa

Le Commandeur des Croyants, recevant des nouvelles inquiétantes de Koufa, faisant état de l’appel à la neutralité lancé par le gouverneur autoproclamé de la ville, envoya son fils aîné Hassan (psl) et Ammar ibn Yasser pour y annoncer l’alerte générale et préparer une armée de volontaire pour mettre fin à la situation aussi bizarre que dangereuse à Bassora.

Le gouverneur de Koufa était Abou Moussa al Achaari qui fut imposé par les tribus yéménites majoritaires dans la ville malgré la décision du Calife nommant un autre gouverneur originaire la Médine. Al Achaari était un homme simple, voire naïf, connu par son bon caractère et sa piété. Le choix des habitants de Koufa était enfantin, après les longues années d’injustice d’un gouverneur pervers tel que Walid. C’était pour cela que l’Imam ne voulut pas contraindre la population de Koufa à accepter son gouverneur désigné, et leur laissa le temps de comprendre que la piété apparente d’al Achaari cachait une grande faiblesse et une indécision paralysante devant les situations critiques.

Quand les deux illustres émissaires du Calife arrivèrent à Koufa, elle était déjà paralysée par un immobilisme général. Ils se rendirent compte rapidement qu’al Achaari jouait plutôt le rôle d’une cinquième colonne inconsciente pour les rebelles du Dromadaire, et que la plupart des forces actives de Koufa étaient très mal informées quant à la situation générale du Califat; et plusieurs d’entre eux avaient déjà adopté les thèses des infidèles de Bassora.

L’épreuve du grand apôtre Ammar et de l’illustre petit-fils du Prophète (pslf) n’était pas facile du tout et leurs négociations avec les notables de la ville s’enlisaient au fil des journées sans pouvoir chasser de leurs esprits l’idée de la neutralité entre le Calife et les infidèles rebelles

Voyant la stérilité de la première mission de mobilisation de Koufa, le Commandeur des Croyants décida alors de recourir à son dernier atout, son fidèle apôtre bien rodé aux fourberies de la fausse piété et suffisamment expérimenté pour mater toute trahison dans l’œuf et neutraliser tous les efforts paralysants d’une cinquième colonne toujours active et insaisissable

Malik reçut de son Imam l’autorisation ouverte d’agir librement à Koufa. En fait, il savait qu’il allait affronter une malice invisible et une infidélité latente devant lesquelles les procédées habituels sont totalement stériles.

Malik partit vers Koufa, le pied et l’œil pilus sûrs que jamais, et avant même d’arriver à la ville il savait parfaitement ce qu’il devait faire.

Le Coup De Force De Malik

Dès que Malik entra à la ville, quelques anciens frères d’armes accoururent pour lui décrire l’immobilisme auquel ils avaient été aculés par le gouverneur de la ville. Malik leur expliqua alors qu’ils étaient victime d’une grande supercherie et qu’ils allaient par leur prétendue neutralité- renforcer le camp qui comporte les mercenaires, les proscrits de la justice du Calife et tous les rancuniers des quatre coins d’Arabie. II leurs expliqua aussi que la plupart des véritables chefs de la rébellion étaient des rancuniers n’ayant jamais pu oublier leur défaite, à l’aube de l’islam, devant l’Imam Ali (psl)!

En effet, le Commandeur des Croyants ne comptait que sur les volontaires alors que ses adversaires, les infidèles coalisés de Bassora, comptaient surtout sur leur pouvoir financier et le recrutement des mercenaires, surtout après la spoliation des trésoreries de la communauté.

Après quelques éclaircissements supplémentaires, Malik réussit à rassembler une force de frappe prête à toute épreuve. Il décida alors de frapper rapidement pour éveiller les milliers de fidèles, encore somnolents et quasiment drogués par la recette d’Abou Moussa al Achâari et sa cinquième colonne.

En quelques instants, Malik et ses fidèles donnèrent l’assaut au palais du gouverneur, et sans aucune effusion de sang, les gardes en furent chassés. Et l’on annonça alors l’éviction d’al Achâari qui était comme toujours à la mosquée en train de réitérer son discours habituel appelant à la neutralité passive.

Les gardes du palais accoururent vers la mosquée pour avertir Abou Moussa du coup de force de Malik et de sa destitution du poste de gouverneur. Al Achâari supplia Malik de lui accorder un délai d’une journée pour se préparer à quitter la ville.

Au cours de cette même journée, des dizaines de milliers de volontaires accoururent à l’appel de mobilisation de Malik oubliant toutes les recommandations défaitistes de l’ancien gouverneur comme s’il venait d’échapper à un ensorcellement !

Malik choisit -parmi les volontaires- les plus prêts au combat et les moins susceptibles de retomber sous l’envoûtement de toute éventuelle autre propagande. Ils furent dix-huit mille, et Malik les organisa en deux divisions séparées.

L’une partit par la route désertique et l’autre, le long du fleuve pour se rencontrer avec le Commandeur des Croyants et son armée à un lieu appelé « Zhy Qar » (Au sud de l’Irak).

L’Imam Ali et ses fidèles arrivant de la Médine- félicitèrent Malik pour son exploit historique. Et ils continuèrent ensemble leur marche vers Bassora

Les nouvelles de l’afflux des mercenaires sur le camp ennemi et leur vaste recrutement par Marwane se multiplièrent mais n’inquiétèrent en rien le Commandeur des Croyants qui était surtout angoissé par l’existence d’anciens frères d’armes et de la veuve de son maître bien-aimé, quasiment en otage, chez les infidèles, et en apparence, à leur tête.

La Bataille Du Dromadaire

Quand l’armée des loyalistes arriva à Bassora, leurs adversaires étaient déjà transformés en ennemis jurés réclamant le châtiment des assassins de Othmân et la destitution du Calife légal. Le Dromadaire Askar, avec la litière qu’il transportait, était érigé en un véritable étendard de guerre et tout le camp était suffisamment motivé pour commettre l’erreur la plus grave du temps: Verser le sang des croyants pour rien !

En effet, même ceux qui n’avaient pas été suffisamment mobilisés par l’éloquence de la veuve du Saint Prophète, s’étaient avérés très sensibles aux arguments financiers, en or et en argent, de Marwane! Bref, tout le monde trouvait son compte dans le camp du Dromadaire.

Le Commandeur des Croyants confia le commandement de l’aile droite de son armée à Malik, celui de l’aile gauche à Ammar ibn Yasser, et au milieu, il donna l’étendard à son fils Mohammad, surnommé Ibn al Hanafiah (Son fils d’une femme de Bani Hanifa).

Après plusieurs vaines tentatives de la part de l’Imam Ali afin d’éviter un bain de sang et convaincre les déloyaux de se repentir, seulement Zoubeyr se retira de la bataille alors que Talha demeura dans le camp, apparemment indécis Abdullah fils de Zoubeyr, très désappointé par le désistement de son père, s’accrocha à sa tante et la supplia de diriger, symboliquement, elle-même la bataille, alors que Marwane guettait tout cela de près en gardant pour lui-même, comme toujours, son propre plan d’action et le véritable commandement de l’armée !

Personne ne sait qui avait donné l’ordre d’attaque. Vraisemblablement, un tel geste ne pouvait provenir que de Marwane ! Ce qui est sûr c’est qu’une pluie de flèches s’abattit sur les premières lignes de l’armée loyaliste alors que le Commandeur des Croyants appelait ses fidèles à patienter. C’est alors que l’Imam Ali décida de faire une ultime démonstration de bonne foi, et il dit à ses compagnons:

« Qui veut prendre ce Coran et le leur porter pour les exhorter à l’accepter comme juge entre eux et nous? Est-il qu’ils vont certainement l’assassiner. »

Un jeune appelé Moslim avança et annonça qu’il était prêt au martyre. Il prit le Livre Saint des deux mains et marcha vers les ennemis en les appelant à haute voix à suivre les ordres de Dieu très clairement signifiés dans le Saint Coran.

Dès que le jeune arriva à la portée des flammes ennemis, une pluie de flèches s’abattit sur lui de toutes parts et le transperça, lui et le Saint Livre. Ainsi, il fut le premier martyr de la bataille du Dromadaire.

Le spectacle fondit le cœur de tout croyant présent à la bataille. L’Imam Ali leva ses mains vers le ciel et prit Dieu comme témoin sur ce sacrilège inouï puis invoqua son Seigneur en disant:

« Mon Dieu ! C’est vers Toi que convergent les regards et s’élèvent les mains!

Mon Dieu! Résous par la vérité ce qui est entre nous et notre communauté. C’est Toi le Meilleur des conquérants. »

Ensuite, le Commandeur des Croyants autorisa son armée à réagir. Et ce fut le déclenchement d’une bataille meurtrière où le Dromadaire se transforma en une sorte d’idole autour de laquelle s’étaient dressés des milliers de combattants naïfs de la tribu des Azdes.

Entre temps, très loin du champ de bataille, Zoubeyr trouva la mort alors qu’il regagnait la Médine. Quant à Talha, des récits historiques dignes de foi assurent que c’était Marwane lui- même qui l’avait assassiné, d’une flèche au cou, dès les premières heures du combat. Est-il que l’indécision de cet ancien apôtre ne plaisait pas du tout à ce retors de Bani Omeyya qui voulait se débarrasser, en une seule bataille, du maximum de notables et d’apôtres encore en vie, pour préparer le terrain à un futur pouvoir Omeyyade.

La résistance des bédouins autour du Dromadaire dégénéra en une hystérie générale. Le Commandeur des Croyants réalisa rapidement qu’au lieu de verser le sang des dizaines de milliers de bédouins fortement endoctrinés, il suffisait de tuer le Dromadaire pour que la bataille prit fin. Malik concentra alors ses attaques sur la bête et après plusieurs tentatives, il réussit enfin à lui porter le coup de grâce.

La bataille était terminée, mais la mission de Malik ne l’était encore pas. Il lui fallait contrôler son armée pour qu’elle évite tout débordement ou comportement indigne envers la veuve du Prophète.

Malik et Ammar s’approchèrent poliment de la litière déposée au sol après la mort du Dromadaire. La fille d’Abou Bakre s’écria en le voyant: << Ô Malik! Tu as failli tuer mon neveu ! >> Faisant allusion à une scène du combat où Abdoullah fils de Zoubeyr put échapper de justesse à un coup mortel de Malik.

Sans faux remords, Malik lui répondit: << Et bien oui! Et si ce n’étaient mon âge avancé et mes trois jours successifs de jeûne, j’aurais débarrassé de lui toute la communauté de Mohammad (pslf) ! >>>

Ensuite, Malik envoya la veuve du Prophète à la Médine sous une bonne escorte et dans un grand respect.

Leçon De Morale

Après l’héroïsme spectaculaire de Malik dans la bataille du Dromadaire, il devint rapidement un personnage légendaire dont tous les ennemis de la légalité avaient peur et que tous les loyalistes respectaient et aimaient.

Quand le Commandeur des Croyants arriva à Koufa et en fit la capitale du Califat, Malik reprit son ancienne allure et ses anciennes habitudes comme si rien n’était et comme s’il était encore l’inconnu Ashtar d’auparavant.

Quand il passait dans la rue, il était impossible, pour quelqu’un qui ne le connaissait pas, de soupçonner un instant qu’il était le commandant en chef des forces armées du Calife et l’homme le plus puissant du Califat !

Un jour, Malik était en train de marcher dans une voie publique de Koufa lorsqu’un voyou le prit pour un pauvre inconnu. Il voulut s’amuser à ses dépends en lui jetant des noyaux de dattes sur le dos et en rigolant avec insolence. Malik continua son chemin sans même se retourner.

Mais, se rappelant de quelques scènes de la vie du Saint Prophète, il prit la route de la mosquée

Un passant, ayant vu le geste ignoble, attrapa le voyou et le blâma en l’avertissant qu’il venait d’agresser l’un des plus proches collaborateurs du Calife!

Malik était déjà dans la mosquée en train de prier pour que Dieu pardonne à ce jeune inconnu qui ne l’avait offensé que par ignorance !!! se félicitait de ne pas avoir réagi à la provocation et s’interrogeait si vraiment il eût pu faire autant dans le cas où le voyou savait qui il était? Il se disait que seul le Saint Prophète avait affronté une telle épreuve : Les mécréants l’agressaient de différentes manières tout en sachant qui il était !

Le jeune inconnu fut profondément inquiété par l’avertissement du passant et il accourut à la mosquée pour demander pardon à l’illustre collaborateur du Calife. Dès qu’il vit Malik, il s’effondra à genou pour implorer sa pitié, mais il fut profondément étonné lorsqu’il se rendit compte que Malik n’avait aucune intention de le punir et qu’il était plutôt en train d’implorer pour lui- le pardon de Dieu!

Aussi Malik l’apaisa-t-il en disant: Ne t’en fait pas mon frère je ne suis entré à la mosquée que pour prier et demander pardon pour toi.

C’est avec une telle noblesse de caractère que Malik se tailla le statut unique du continuateur de la ligne des grands apôtres. En effet, avec lui, la génération des vieux grands apôtres -dont Ammar fut le dernier représentant en vie- se continua jusqu’à l’apparition de la deuxième génération qui allait démontrer sa classe, manifester sa noblesse, et faire connaître sa magnanimité, au cours de l’épreuve de l’Imam Houssein, le jour de Achoura, plus de vingt ans après.

Une Intrépidité Bienveillante

Le Commandeur des Croyants connaissait bien les qualités de Malik. Il voulut mettre en relief ses qualités morales et administratives en le nommant comme gouverneur d’une vaste région limitrophe de la Syrie.

Cette région contenait plusieurs villes dont Mossoul, Sinjar, Nacibîn, Heyt et Âanat etc… La loyauté et la fidélité de certaines populations de ces villes étaient quelque peu altérées par la propagande de Muawiya et les effets destructeurs de ses espions.

Arrivés sur les lieux, Malik se rappela vite que, des fois, il ne suffit pas de donner des leçons de morale, mais plutôt, il faut être intrépide et entreprenant tout en étant toujours bienveillant.

En faite, lorsque Malik reçut l’ordre de marcher avec son armée sur la Syrie pour repousser les forces de Moâwiya, celui-ci avait déjà réussi à corrompre les habitants de tout un village dans la région gouvernée par Malik, afin qu’ils sabotassent un pont sur le fleuve pour retarder le mouvement de Malik.

Voyant la trahison de ce village, Malik n’hésita pas un moment devant cette situation inattendue; et il obligea tous les habitants de ce village à construire un grand pont capable d’assurer une traversée rapide du fleuve à une grande armée. Quand Moâwiya fut informé de l’entreprise de Malik, il fut très intrigué et commença à s’affoler. En fait, lorsqu’il avait déclaré sa rébellion, il comptait surtout sur un handicap majeur dans le camp de son adversaire : avoir des gouverneurs et des commandants aussi pieux que naïfs tel que Abou Moussa al Achâari ! Ainsi Moâwiya n’avait jamais soupçonné l’existence d’hommes aussi intrépides et courageux que Malik dans l’entourage du Commandeur des Croyants. Quant aux subalternes de Moâwiya, ils étaient tous des hommes malins et sans scrupule et n’avaient pas besoin d’une motivation autre que leurs soldes.

La première armée de Moâwiya que rencontra Malik était commandée par un malin criminel de guerre appelé Abou al Aôwar as-Solami. Malik exhorta as-Solami à se repentir et abandonner Moâwiya, mais il refusa d’une façon arrogante. Lorsqu’il fut nuit, Abou al Aôwar ordonna à ses mercenaires de lancer une attaque-éclair sur le camp de Malik.

Malgré la grande surprise, Malik et ses amis tinrent bon et repoussèrent l’ennemi en lui infligeant de lourdes pertes. Le lendemain, Malik envoya un message à Abou al Aôwar as-Solami le défiant en duel. Lâche qu’il était, as-Solami refusa le duel et préféra son déshonneur dans l’attente des renforts de la Syrie.

Finalement, le reste des armées de Moâwiya arriva. Leur regroupement fut dans la plaine de Seffine au bord du fleuve. Ainsi, ils purent contrôler l’eau potable. Lorsque Malik arriva avec ses armées, il fut empêché de s’approvisionner en eau.

À cette époque, un tel geste était unanimement condamné et considéré comme signe de bassesse et de lâcheté, mais Moâwiya avait déjà bien enseigné à ses mercenaires que la guerre ignore les valeurs morales.

La Magnanimité Contre L’Ignominie

Lorsque le Commandeur des Croyants arriva à la plaine de Seffine, les deux armées avaient déjà pris leur position et les loyalistes étaient déjà à court d’eau. Il envoya un compagnon du Prophète, Sâssaâ Ibn Sauhane, à Moâwiya pour des ultimes négociations.

Lorsque Sâçaâ rencontra le chef des rebelles, il commença par la question de l’eau. Il lui dit que le Commandeur des Croyants demandait le libre accès à l’eau pour ses troupes jusqu’à l’aboutissement des négociations; sinon, il serait obligé de combattre pour l’eau.

Moâwiya ne voulut pas répondre immédiatement et renvoya Sâçaâ en promettant d’envoyer sa réponse par la suite.

Quand l’émissaire du Calife partit, Moâwiya rassembla ses collaborateurs et leur demanda conseil. Nous avons déjà signalé que tous les collaborateurs de Moâwiya étaient des vilains rancuniers ou des opportunistes de la pire espèce. Il n’était pas étonnant de les voir tous demander à leur chef de priver les loyalistes d’eau et de les assoiffer pour les obliger à se rendre ! Moâwiya fut très content de voir tous ses collaborateurs abonder totalement dans son sens et adopter sa vision immorale des choses.

Toutefois, de peur d’une réaction militaire de la partie adverse, il décida de ne pas répondre au message de l’Imam Ali et de laisser la soif agir et affaiblir ses hommes.

Entre temps, Malik s’inquiétait du silence de Moâwiya et s’approcha du côté du fleuve pour épier les gestes de l’ennemi. Ce fut alors qu’il remarqua l’afflux de renfort sur le bord du fleuve; et il comprit tout de suite que le silence de Moâwiya n’était qu’un refus lâche de sa part.

Revenant au camp, un combattant lui offrit une gorgée d’eau qu’il avait préservée pour lui dans sa gourde. Malik refusa catégoriquement ce privilège et rappela aux soldats qu’il ne pouvait boire qu’après la satisfaction de toute personne dans le camp!

Malik alla raconter ses observations au Commandeur des Croyants et lui fit part de la grande soif sévissant dans tout le camp et des renforts affluant sur les gardiens de l’eau au bord du fleuve.

L’Imam Ali autorisa alors Malik de donner l’assaut à la source de leur approvisionnement en eau et exhorta ses fidèles en disant entre autres:

«  La véritable mort c’est de vivre vaincu et humilié, alors que la véritable vie est de mourir victorieux.»

Malgré la soif et la fatigue, l’attaque de Malik et ses amis fut foudroyante et l’ennemi fut évacué des lieux. Et du coup, l’armée de Moâwiya se trouva à court d’eau puisqu’elle n’avait même prévu une telle défaite et ne s’était pas approvisionnée suffisamment !

C’est alors que Moâwiya fit appel à son diable ministre Âmre pour lui trouver une solution. Le retors ne tarda pas à trouver une ruse digne de sa réputation; et il passa rapidement à l’action.

La nuit, alors que quelques soldats tenaient la garde au camp des loyalistes, une flèche portant une lettre, atterrit devant eux. Quelques agents d’al Ashath ibn Qays, dont nous avons déjà fait connaissance dans le numéro précédent, accoururent pour prendre cette lettre mystérieuse et informèrent leur chef de son contenu :

« De la part d’un frère bienveillant dans l’armée de la Syrie: Attention! Moâwiya va bientôt ouvrir une brèche dans le lit du fleuve et l’eau va vous engloutir ! »

Quand la lettre fut transmise à Malik, son contenu circulait déjà de bouche à l’oreille dans une grande partie du camp, et la cinquième colonne d’al Ashath avait déjà commencé à souffler d’avantage dans son défaitisme.

Malgré les appels de Malik, la plus grande partie de l’armée située du côté du fleuve se retira en hâte et abandonna sa position stratégique. Moâwiya ordonna alors à ses troupes d’occuper ces positions convoitées; et les loyalistes durent encore une fois se ronger les ongles de regret !

Malik demanda aux fuyards de la nuit de se repentir en donnant l’assaut à leurs anciennes positions. En quelques heures, les combats aboutirent à la libération de la rive du fleuve et le refoulement des agresseurs.

Evidemment, Moâwiya en fut très inquiet, mais soudain, il réalisa à qui il avait à affaire:

L’héritier légal de la science des Prophètes, celui qui représente la plénitude de la magnanimité. Il s’adressa alors à Âmre, comme pour chercher quelque consolation, et lui demanda: « Crois-tu vraiment que Ali va nous priver d’eau ? ».

Amre, toujours optimiste, le rassura tout en l’insultant de la pire manière : « Bien sûr que non! Jamais, Ali ne fera ce que tu fais. »

Moâwiya n’en fut nullement vexé! Au contraire, il comptait surtout sur cette différence de morale pour arriver à ses fins, et savait que, de toute façon, Amre était pire que lui !

Entre temps, des cris de joie s’étaient élevés du côté des mercenaires de Moawiya: «L’eau ! L’eau! L’eau! On peut s’approvisionner d’eau ! >>

Ce ne fut bien entendu pas un puits qu’ils venaient de creuser! C’était plutôt la magnanimité du Commandeur des Croyants! II venait d’ordonner à ses troupes de permettre à l’ennemi de s’approvisionner librement du fleuve!

Des Premiers Fruits

L’ordre du Commandeur des Croyants était incompréhensible pour la plupart de ses troupes. Al Ashâth voulut même jouer le dur intransigeant en appelant ses acolytes à protester contre ce qu’il osa appeler une générosité inopportune du Calife!

Encore une fois, c’étaient les inconditionnels fidèles tels que Malik et Ammar, qui se chargèrent de répondre à ces protestations. Aussi rappelèrent-ils, à tous ceux qui voulaient prêter l’oreille, que leur Calife n’était pas un politicien sans scrupule et qu’il était bien le lieutenant de Dieu sur terre; Et à ce titre, son comportement devait différer radicalement de celui d’un rebelle agresseur comme Moâwiya.

Malik leur expliqua aussi que la victoire est une faveur que Dieu octroie aux plus sincères des croyants, ceux qui ne cherchent que Sa satisfaction; et quel chemin y a-t-il de plus court vers la satisfaction de Dieu que de concrétiser Ses valeurs sublimes de grandeur d’âme et de générosité.

La prêche de Malik n’était même pas terminée lorsque les premiers fruits de la décision magnanime du Commandeur des Croyants apparurent: Un grand nombre de soldats de Moâwiya, voyant enfin la réalité des deux belligérants avaient décidé de se repentir et rallièrent le camp des loyalistes !

Al Ashath et ses complices comprirent alors qu’il n’avait plus aucun intérêt à se manifester, et se recroquevillèrent sur l’attente de jours meilleurs. eux-mêmes, dans

La Grande Imposture

Nous avons vu dans le numéro précédent qu’au cours de la grande bataille qui se déroula à la plaine de Seffine, le martyre de Ammar ibn Yasser fut le point d’inflexion au profit des forces loyalistes. En effet, tous ceux qui doutaient jusqu’alors de la justesse de la cause de l’Imam Ali surent enfin que Moâwiya était bien le chef du groupe des rebelles agresseurs que Dieu ordonne à tous les croyants de combattre.

Lorsque Moâwiya vit sa défaite certaine, il voulut s’enfuir du camp de la bataille avant que cela ne fût trop tard. Dès qu’il enfourcha son cheval pour s’enfuir, Amre le saisit et lui rappela qu’il n’avait jamais été question d’espérer de gagner militairement la bataille; et que, si Malik et ses  combattants étaient sur le point d’atteindre la tente de Moâwiya, Âmre était encore là, toujours fertile en ruse et fourberie!

Du coup, l’espoir fut ressuscité chez Moawiya, il écouta attentivement les directives diaboliques du grand retors d’Arabie: Il suffisait de lever des exemplaires du Saint Coran aux bouts des lances pour semer la discorde dans le camp adverse! Ensuite al Ashâth et ses acolytes allaient terminer le travail !

Ce fut vite fait, et les mercenaires de Moâwiya se métamorphosèrent subitement en des paisibles pacifistes et pieux, tenants le Saint Coran et appelant leurs adversaires à accepter son arbitrage! Malik comprit évidemment que ce n’était qu’une ignoble imposture, et ordonna à ses troupes de continuer le combat et en finir avec les rebelles agresseurs. Mais al Ashath avait déjà réussi à regrouper plus de douze mille ignares dogmatiques qui scandaient tous l’arrêt du combat et déclaraient leur révolte contre le Calife légal. Ce sont eux qui furent appelés ensuite : Khawarej (Hors la loi).

Depuis cet instant, l’Islam connut la naissance de la secte Kharidjite; celle des révoltés contre l’Imam Ali et après lui, contre tous les pouvoirs en place.

L’Imam les exhorta en disant :

« Ce n’est qu’une imposture, vous savez bien que je suis le premier qui a appelé au Livre de Dieu, et le premier qui y a répondu favorablement. Ils ont désobéi à Dieu dans tous Ses ordres et trahi leurs serments. »

Cependant, les Kharidjites ne voulaient rien comprendre. Est-il qu’ils étaient fortement noyautés par la cinquième colonne d’al Ashâth qui voulait à tout prix arrêter les combats!

L’Imam Ali se trouva seul contre douze mille insurgés qui saisirent l’occasion de l’existence de Malik et la plupart des fidèles sur les premières lignes du front, pour encercler le Calife et le sommer d’ordonner immédiatement l’arrêt des combats.

Le Commandeur des Croyants envoya un soldat à Malik pour lui demander d’arrêter son offensive. Malik demanda alors un délai d’une heure pour en finir définitivement avec les imposteurs, mais l’émissaire du Calife revint rapidement pour annoncer à Malik qu’il n’en était même pas question puisque les Kharidjites menaçaient d’assassiner le Commandeur des Croyants si les combats ne s’arrêtaient pas à l’instant même.

Telle une foudre, cette nouvelle assomma  Malik! En fait, il n’était qu’à quelques pas de la tente de Moâwiya, la tente de l’imposture ! Mais la vie de son maître bien-aimé était mille fois plus chère la plus grande gloire des plus grandes victoires du monde !

Malik revint, les yeux en larmes, laissant Moâwiya et Amre dansants de joie! En réalité, l’épreuve de Malik contre les ignares dogmatiques Kharidjites ne faisait que commencer puisque leur intervention dans toutes les décisions de l’Imam n’allait jamais cesser.

La Supercherie De L’Arbitrage

Sous la pression des Kharidjites, qui étaient devenue les seuls maîtres de la scène, après l’arrêt des combats et la dispersion des volontaires, l’Imam Ali accorda un armistice d’une année à Moâwiya pour laisser le temps à l’arbitrage.

L’acte d’armistice consistait à nommer une personne de chaque partie comme arbitre. Les deux arbitres devraient discuter tous les problèmes ensemble et proposer une solution à la communauté musulmane.

Âmre fut évidemment le délégué de Moâwiya. L’Imam Ali voulait désigner Abdoullah ibn Abbas, celui que le Saint Prophète avait surnommé l’Erudit de la Communauté, comme délégué de sa part, mais les Kharidjites refusèrent et voulurent nommer Abou Moussa al Achâari ! Le Commandeur des Croyants leur avait beau rappelé les antécédents et les faiblesses de cet homme, mais ils insistèrent. L’Imam leur proposa Malik al Ashtar comme alternative, mais encore en vain ! L’Imam abandonna alors l’affaire et ils envoyèrent al Achâari à l’arbitrage.

Ce fut à Domat al Jondol que Âmre et Abou Moussa se rencontrèrent et ils se mirent d’accord pour écarter à la fois l’agresseur et la victime, le rebelle Moâwiya et le Calife légal l’Imam Ali !

Les deux arbitres sortirent pour annoncer le résultat de leur arbitrage: Amre demanda à Abou Moussa de parler le premier. Ce vieux naïf enleva sa bague et dit à l’assistance: « Nous nous sommes mis d’accord pour mettre à l’écart, tout comme cette bague, aussi bien le gouverneur Moâwiya que le Calife Ali. »

Ce fut alors le tour de Amre pour confirmer le résultat de l’arbitrage. Il enleva aussi sa bague en disant: « Moi aussi, je confirme la destitution de Ali, mais je mets à sa place Moawiya, tout comme cette bague. » Et il remit sa bague!

Il va sans dire que ce simulacre d’arbitrage allait fortifier la position de Moâwiya puisque on y parla pour la première fois de sa candidature au Califat. Les Kharidjites se rendirent alors compte de leur grande erreur, mais leur dogmatisme leur permettait-il de se repentir?

Vers L’Egypte

Après le résultat de l’arbitrage, les Kharidjites prétendirent que le Calife avait abjuré en acceptant de légitimer l’imposture et qu’il devait, par conséquent, se repentir! Eux même, ils annoncèrent solennellement leur repentir et demandèrent à tous les musulmans d’en faire autant et d’aller immédiatement combattre Moâwiya. L’Imam Ali essaya de les calmer en leur rappelant qu’il avait accordé un armistice d’une année à Moâwiya et qu’il n’était pas homme à violer ses engagements. Les Kharidjites déclarèrent alors l’insurrection armée.

Entre temps, Moâwiya envoya une forte expédition vers l’Egypte qui était jusqu’alors gouvernée par Mohammad ibn Abi Bakre, le fils du premier Calife, désigné par le Commandeur des Croyants. Le gouverneur de l’Egypte ne put résister aux envahisseurs et il demanda des renforts au Calife.

Le Commandeur des Croyants choisit Malik al Ashtar pour cette mission délicate et lui dit:

« Dirige-toi vers l’Egypte, et que Dieu te  garde. Je ne vais pas te conseiller puisque je me fis à ta raison.

Sollicite donc l’aide de Dieu et use de la souplesse là où il le faut et de la force là où il le faut. »

Malik partit vers l’Egypte avec tous les espoirs des loyalistes. Entre temps, le gouverneur de l’Egypte fut capturé et exécuté de la pire manière.

Le Poison Et Le Miel

Depuis déjà longtemps, Moâwiya avait l’habitude de liquider ses adversaires politiques en les empoisonnant. Il utilisait un poison très fort importé de Constantinople et le mettait généralement dans le miel.

Lorsque les nouvelles du départ de Malik vers l’Egypte lui parvinrent, Moâwiya en fut très intrigué et il demanda à Âmre s’il était possible de liquider ce redoutable commandant avant qu’il n’arrivât en Egypte et n’y renversât la situation.

Âmre connaissait un grand propriétaire à la région de Qolzom (Près de Suez) et savait qu’il pouvait le corrompre facilement pour exécuter les taches les plus sales. Il alla précipitamment à Qolzom en portant avec lui un pot de miel empoisonné et une promesse de Moâwiya de dispenser ce propriétaire de toute sorte d’impôt durant sa vie.

L’homme de Qolzom était cupide et sans scrupule. Il accepta le marché proposé par Moâwiya et commença à se préparer à inviter Malik chez lui dès son arrivée à Qolzom.

Le Martyre

Après un long chemin parcouru sans arrêt, Malik fit halte à Qolzom pour reprendre haleine. Le traître l’attendait déjà avec impatience. Dès qu’il le vit, il accourut pour l’inviter à passer la nuit chez lui, jurant qu’il était un fidèle inconditionnel prêt à mourir pour l’Imam Ali et son gouverneur.

Malik accepta l’invitation, et le traître s’empressa de lui servir le dîner contenant le miel empoisonné. Dès que Malik mangea quelques cuillerées de ce miel, il commença à se douter du complot, mais ce fut trop tard! Le poison était d’une telle toxicité que la victime succomba sur place. À peine, Malik eut-il le temps de prononcer quelques prières : « Au nom de Dieu. Nous appartenons bien à Dieu et nous revenons vers lui ».

Il rendit l’âme pour rejoindre son vieil ami Ammar au paradis.

Moâwiya et Âmre ne manquèrent pas de fêter cet événement qu’il considérait décisif sur le sort de leur rébellion. Aussi, Moâwiya dit-il: «Ali avait deux bras. J’en avais coupé le premier à Seffine et ce fut Ammar; et le deuxième maintenant, et c’est Malik! »

Le Commandeur des Croyants supporta ce coup dur, avec son endurance et sa patience habituelle, mais est-il que la catastrophe fut très grande pour tout le camp loyaliste, et il n’était pas  possible de remplacer Malik à ce moment crucial. Aussi l’Imam Ali dit-il: «Que Dieu recouvre Malik de sa grâce. Il était pour moi comme je l’étais pour le Messager de Dieu. » II est difficile d’imaginer un remplaçant pour Ali  (psl) et tel était le cas de Malik! Paix sur son âme pure.

-Fin-

les apôtres – (8)

AMMAR IBN YASSER

 

Par:

 

Chakib BENBEDIRA

 

Thèmes sélectionnés par:

 

  1. ESSAYED

 

Fondation Ansariyan

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf)’ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

  • Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.

Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

La Fierté Yéménite À L’Epreuve

Yasser, Harith et Malik étaient trois hommes issus de l’une des tribus du Yémen. Ils partirent à la recherche de leur quatrième frère dont ils n’avaient plus aucune nouvelle depuis longtemps.

Ils parcoururent, en vain, toute l’Arabie. Finalement, ils décidèrent d’aller à la Mecque pour demander de ses nouvelles à toutes les tribus arabes qui s’y rendaient pour le pèlerinage.

Les recherches s’étant avérées inutiles, Harith et Malik quittèrent la Mecque pour rejoindre leur pays. Yasser, quant à lui, décida de demeurer à la ville sainte et de jouir du voisinage de la Sainte Kaâba.

Yasser, ne pouvant pas vivre à la Mecque sans couverture tribale, il trouva refuge auprès de la sous tribu de Bani Makhzoum, celle de Amre ibn Hisham qui allait être connu par la suite par le sobriquet d’Abou Jahl.

Yasser se maria ensuite avec Soumaya et il eut d’elle un enfant qu’il appela Ammar.

Il est difficile de connaître exactement la date de naissance de Ammar, selon certains récits, elle doit être proche de celle du Saint Prophète (pslf).

Dès sa jeunesse, Ammar fit connaissance avec Mohammad (pslf) et fut saisi par ses qualités morales exceptionnelles, à un tel point qu’il était toujours prêt à le croire dans tout ce qu’il disait. Les années passèrent et le Coran fut révélé 3 à Mohammad (pslf) qui fut choisi par Dieu pour son dernier message à l’humanité. Des nouvelles parcoururent de la Mecque faisant état de се grand événement auquel rares étaient -parmi les mecquois- ceux qui crurent. Ammar, apprenant qu’il s’agissait bien de Mohammad et non pas de quelqu’un d’autre, décida d’aller écouter lui-même ses paroles.

Arrivée devant la porte de la maison d’Arqam, Ammar fut surpris d’y trouver son ami Soheib le Byzantin. Apprenant qu’il venait lui aussi pour écouter Mohammad (pslf), il en fut réconforté et ils entrèrent tous les deux chez le Messager de Dieu.

Ce ne furent que quelques instants au cours desquelles Ammar et Soheib purent écouter quelques versets du Saint Coran et des explications du Messager de Dieu. Après quoi, sans hésitation aucune, ils se convertirent tous les deux à l’Islam sans penser aux conséquences de leur décision ni à la fragilité de leur situation entre les mains des tyrans de la Mecque.

Toutefois, le Saint Prophète leur recommanda d’être discrets et d’attendre la nuit pour regagner leurs maisons.

Ammar revint enfin chez lui et ne put cacher son bonheur à ses parents. Ceux-ci insistèrent pour connaître les raisons de la transformation heureuse de leur fils. Ammar ne put éviter de leur dire toute la vérité. Devant la grande surprise du jeune, ses deux parents se convertirent aussitôt à l’Islam et ne virent aucune raison pour choisir la discrétion

Cette famille Yéménite était si fière et si enthousiaste de sa nouvelle religion qu’elle était prête à affronter les sévices et les tortures les plus atroces dont Abou Jahl menaçait tous les sans- défenses, qui osaient sympathiser avec la nouvelle religion.

Torture, Et Rendez-Vous Au Paradis

Dès que Abou Jahl fut informé par la conversion à l’Islam de Yasser et sa famille, il se fit accompagner par une horde de valets et se dirigèrent tous, flambeau à la main, vers la maison des nouveaux musulmans. Ils saccagèrent sauvagement la petite demeure de cette paisible famille et l’en firent sortir dehors un à un, sous les coups les plus durs. Aussitôt ils y mirent le feu.

Après quoi, Abou Jahl entama son plan de torture contre Yasser, sa femme et leur fils: Il ordonna à ses esclaves de les mettre dans les chaînes, de les fouetter à sang et de les exposer au soleil ardent à même le sol brûlant du désert.

La torture de cette petite famille prenait un caractère de plus en plus sauvage à mesure qu’Abou Jahl devenait plus furieux. En effet, il croyait qu’il allait obtenir facilement l’apostasie du vieux Yasser et de sa femme et avait même parier une grosse somme d’argent avec un copain idolâtre que le vieux couple ne pouvait aucunement résister au choc.

Enfin, lassé et fatigué de l’endurance des trois croyants, Abou Jahl décida d’aller se reposer chez lui. Avant de partir, il ordonna à ses esclaves de mettre un gros rocher sur la poitrine de chacun d’entre eux et de les laisser ainsi sous l’enfer du soleil de midi.

Le Saint Prophète, passant par les lieux, et sans pouvoir s’approcher des trois victimes, il leur lança de loin ce présage réconfortant: << Patience, ô famille de Yasser, certes, le rendez-vous est au Paradis. >>

Ces paroles firent oublier à ces croyants les douleurs atroces de la torture; et Soumaya cria de toutes ses forces pour que le Saint Prophète l’entendît: « Je témoigne que tu es bien le Messager de Dieu et que ta promesse n’est autre que la vérité. >>

Ce témoignage de foi dans de telles circonstances démontra d’une façon spectaculaire que l’Islam avait pu conquérir des grands cœurs, plutôt des forteresses imprenables, où la fierté s’était conjuguée avec la bonté. Ce n’était là que l’un des mérites de cette fière famille Yéménite.

Les Premiers Martyrs De L’Islam

  Après sa sieste, Abou Jahl revint au lieu du supplice croyant trouver Yasser et sa famille totalement épuisés et complètement prêts à revenir à la religion de Qoraich. A son arrivée, tous les trois étaient évanouis.

Après avoir pris connaissance de ce qui s’était passé au cours de son absence, il fut surpris par le haut moral dont jouissaient encore ces victimes jusqu’à leur évanouissement. Il ordonna de verset de l’eau sur eux pour qu’ils reprissent conscience. Ensuite, il s’avança vers la femme, croyant qu’elle était la plus faible du groupe et lui cria à la face en pointant vers elle sa lance: <<< Dis donc du bien de nos dieux! Et désavoue Mohammad!».

La réponse de Soumaya fut foudroyante: Elle lui cracha sur le visage et dit d’une voix affaiblie: <<< Misère à toi et à tes dieux ! ».

Abou Jahl oublia-du coup- aussi bien son pari avec son copain que toutes les valeurs arabes qui considèrent comme une bassesse de punir une femme pour ses paroles ! Aveuglé par la colère, il offensa sa lance au cœur de Soumaya qui devint dès lors la sainte Soumaya, la première femme martyr de l’Islam

Perdu pour perdu, le pari d’Abou Jahl ne pouvait plus jouer un rôle inhibiteur sur sa colère! Il se dirigea, enragé de fureur, vers Yasser et le somma de déclarer son apostasie tout en le rouant de coup. Yasser endura mais ne se rendit point et il rendit l’âme sans rien dire de quoi apaiser la fureur du tyran.

Sacrifier Les Apparences: La Taqiyya

Ammar voyait de ses propres yeux le sort de ses parents, mais il ne pouvait rien pour eux. Voyant Abou Jahl se retournant vers lui, après avoir massacré ses deux parents, il jugea plus sage de conserver sa vie pour des moments où il pourrait rendre service à sa foi, et venger les deux premiers martyrs de l’Islam.

Sous les coups d’Abou Jahl, Ammar fut le premier à appliquer une très importante règle Islamique appelée < Taqiyya» qui signifie sacrifier les apparences pour conserver l’âme. II se plia donc aux exigences d’Abou Jahl en prononçant le nom de <<< Hobal >> la plus grande idole de Qoraich.

Relâché, Ammar se rendit totalement accablé de remords et commença à se douter de lui-même ; et il alla raconter la scène au Saint Prophète.

Le maître des créatures présenta d’abord à Ammar à la fois- ses condoléances et ses félicitations pour le martyre de ses parents et le haut rang qu’ils purent acquérir auprès de Dieu. Ammar, fondu en larmes, lui dit alors qu’il avait été obligé de citer le nom des faux dieux de Qoraich pour sauver sa vie. Le Saint Prophète le consola en lui demandant: «  Ô Ammar! Comment trouve-tu ta foi intime ? » Ammar répondit rapidement : «  Croyant, en toute quiétude ! » Le Saint Prophète dit alors: «  Ne t’en fais donc pas, Ammar! Est-il que Dieu a fait descendre un verset de Coran spécialement pour ta cause: « Quiconque mécroit Dieu après avoir cru -à part celui qui est contraint tandis que son cœur demeure tranquille en la foi- plutôt ceux qui ont ouvert la poitrine à la mécréance, sur eux alors colère de Dieu et pour eux, grand châtiment. » 3 (Sourate 16, Nahle : V. 106). »

Ce verset libéra définitivement Ammar et libéra bien d’autres croyants avec lui. Ainsi, les croyants purent conserver leur vie pour des jours meilleurs où ils pussent rendre de grands services à l’Islam.

La Double Récompense

Nous avons déjà vu dans des numéros précédents qu’après treize ans d’activité et de résistance héroïque à la Mecque, les musulmans 3 reçurent l’ordre divin d’émigrer à la Médine. Nous avons aussi vu que la première œuvre que le Saint Prophète ordonna d’effectuer après la Hijjra, était la construction d’une mosquée.

Tous les «  Mouhajirines » et la plupart des «  Ansares » se mirent à la tâche et le Saint Prophète participa lui-même aux travaux. Ce fut un grand chantier dans lequel tous les clivages sociaux s’estompèrent Riches et pauvres, issus de la noblesse traditionnelle et hommes du petit peuple, libres et esclaves, tous ensemble se dépensèrent harmonieusement au travail manuel de la construction de l’édifice: la première construction de l’Etat islamique.

Certains compagnons du Saint Prophète y connurent leur première expérience de travail manuel et eurent, pour la première fois, l’occasion de faire connaissance avec la terre, la poussière et la sueur. Othmân ibn Affane, le riche commerçant de Bani Omeyya, était l’un de ces rares compagnons aux habitudes encore aristocratiques, toutefois, il participa au travail côte à côte avec les plus pauvres des musulmans.

Au cours de ce chantier, plusieurs compagnons se distinguèrent par quelques gestes que l’histoire nous a enregistrés. Peut-être le plus remarquable de ces gestes est-il la ferveur avec laquelle travaillait Ammar, cette qualité s’étant vite transformée en une excitation générale qui augmenta considérablement le rendement des travailleurs du chantier.

En fait, ce que rendit général cet enthousiasme, se furent deux spécificités qui caractérisaient le comportement de Ammar le long du chantier:

– La première : le faite qu’ils transportaient les torchis deux à deux alors que tous les autres travailleurs les portaient une à une. Ammar n’étant pas réputé comme un homme d’une force extra ordinaire, ce geste exprimait son dévouement et sa ferveur plutôt qu’autre chose.

Ce comportement attira l’attention du Saint Prophète qui en félicita Ammar en disant: « À chacun d’entre eux une récompense de Dieu, et à toi, deux ! »

– La deuxième : le faite qu’il chantait tout le temps des vers de poésie faisant l’éloge de ceux qui participaient activement au chantier, tout en dénonçant satiriquement ceux qui faisaient semblants de faire partie des laborieux sans même pouvoir supporter les poussières du chantier. Othmân était l’un de ceux-ci ou du moins- il crut être concerné par la satire de Ammar.

Ici, cette deuxième spécificité se révéla lourde de conséquence; et offrit l’occasion d’une première analyse de l’ensemble des Mouhajirines et permit de voir de signe très fort de son hétérogénéité.

Un Clivage Menaçant

Le sort de Ammar, comme nous allons le voir assez souvent, était d’être le porte-parole de la franchise et de la vérité qui refuse la complaisance.

La première manifestation de cette réalité eut lieu à la scène même qu’on vient de citer.

En effet, pour quelques instants, Othmân oublia les longues années d’éducation Islamique et s’avança vers Ammar en pointant son bâton et lui dit en menaçant : « je te casserai le nez avec ce bâton ! »

Ammar ne lui répondit même pas. Il savait bien qu’il était très difficile pour un riche commerçant tel que Othmân d’abandonner définitivement ses anciennes habitudes aristocratiques.

Le Saint Prophète fut informé de la scène. Très ému et profondément vexé, il s’empressa d’aller voir Ammar pour le consoler et essuyer les effets de l’insolence de Othmân. Lorsqu’il le rencontra, il le trouva tout couvert de poussière et ses traits à peine reconnaissables.

Le Saint Prophète vit en Ammar la concrétisation même du dévouement. Il lui essuya le visage de sa propre main et dit à tous les présents: « Ammar est, pour moi, la sous paupière. »

Avec ces paroles douces et réconfortantes, le Saint Prophète non seulement essuya un affront commis par Othmân contre Ammar, mais plutôt, et surtout, condamna tout affront -même en puissance- dont pourraient être sujet, plusieurs déshérités musulmans. Faut-il, ici, rappeler que l’Islam avait égalisés les déshérités avec ceux qui se croyaient plus nobles par l’ascendance ou par la fortune.

La présence du Saint Prophète était suffisante pour assurer le dépassement -au moins momentanée- de toute une mentalité non Islamique, fondée sur des considérations tribales et sociale, qui ranimait continuellement les clivages sociaux et culturelle. Depuis cette scène où Othmân affronta Ammar, deux lignes de pensée prirent naissance au sein même de la société musulmane:

Celle du Saint Prophète, Ammar et ses semblables, égalitaires et humaniste.

Celle symbolisée par le comportement de Othmân, qui essayait de conserver ce qui pouvait l’être des anciennes considérations de classe et de race ou du moins quelques aspects d’un comportement aristocratique préislamique.

Nous allons retrouver, à maintes reprises, d’autres scènes où ces deux lignes s’affrontent. Les derniers instants de Ammar allaient être sur le front de la manifestation la plus meurtrière de cette confrontation.

Mission Secrète

Les nouvelles d’une grande mobilisation à la Mecque arrivèrent au Prophète (pslf) alors qu’il était en route vers la grande caravane commerciale de Qoraich, accompagné seulement de trois cents treize combattants peu équipés. Il consulta ses compagnons quant à la décision à prendre. Nous avons vu déjà dans des numéros précédents que l’intervention de certains inconditionnels comme Miqdad fit basculer la balance au profit de la guerre.

En réalité, le Saint Prophète n’était pas un homme à engager ses fidèles dans une bataille sans issue et sans aucune chance de victoire. Aussi, décida-t-il d’envoyer une mission de reconnaissance pour recueillir toutes les informations utiles sur la préparation et l’état moral de l’ennemi. Le Saint Prophète désigna Ammar et Abdullah ibn Massoud pour cette mission très délicate et tout aussi dangereuse.

Ammar se risqua jusqu’aux abords proches du camp de l’ennemi et fit une enquête complète sur l’armée de Qoraich, sur les deux plans: Matériel et moral. Puis il regagna avec son compagnon leur camp et présenta son rapport au Saint Prophète en disant :

« Ces gens-là sont vraiment terrifiés ! Leur peur est à un tel point qu’ils essayent d’étouffer tout bruit: Si même un cheval commence à hennir, on le frappe sur la figure pour le faire taire! De surcroît, une averse torrentielle vient de les faire tremper… »

Ces informations étaient très précieuses pour les musulmans qui furent réconfortés par le moral très bas de leur ennemi et les conditions climatique qui défavorisaient l’armée la plus équipée et la plus lourde… Avec la mission de Ammar, tous les musulmans crurent réellement à la victoire, alors que cette foi n’était auparavant partagée que par les plus fidèles et les inconditionnels tels que Miqdad, Ammar, et leurs semblables.

Dans l’autre camp, le lendemain de la mission nocturne de Ammar, les mécréants découvrirent les traces des deux visiteurs de la veille. On fit alors appel au service d’un connaisseur de traces appelé Monbeh ibn al Hajjaj. Dès qu’il vit les empreintes sur la terre mouillée, il les reconnut et s’écria: « Par tous les dieux de Qoraich! C’est bien là les empreintes du fils de Soumaya (Ammar) et du fils d’Om Abd (Ibn Massoud) ! »

Cette découverte fut un coup dur pour le moral -déjà si bas de l’armée de Qoraich et ils commencèrent à croire à leur vulnérabilité et à perdre leur confiance leur supériorité en matérielle.

Le Dix-sept Ramadan de l’an II de l’Hégire, la bataille de Badr eut lieu et les musulmans y reçurent leur première récompense pour leur longue et pénible lutte: La plupart des torturiers de la Mecque tels que Abou Jahl, Omeyya ibn Khalaf y trouvèrent leur juste châtiment; et Ammar fit la prière de remerciement pour Dieu lorsqu’il vit le cadavre du tueur de ses parents jonchant à même le sol !

Ammar, L’Indicateur De La Vérité

Malgré ses soixante ans, Ammar eut la gloire d’être l’un des compagnons les plus actifs du Saint Prophète. Il l’accompagnait dans toutes les expéditions et il se distinguait toujours par sa simplicité et sa déférence. Sa vision clairvoyante de la justice et son courage, l’élevèrent à un rang exceptionnel où il mérita d’être cité par le Saint Prophète comme un indicateur de la vérité. Aussi, le Prophète (pslf) dit-il: « Ammar est toujours du côté du vrai et le vrai est toujours de son côté- là où il va. » Ou encore: « Certes, Ammar est rempli de foi, des cheveux jusqu’aux pieds. »

Non seulement Ammar était un indicateur de la vérité du vivant du Prophète, mais sa foi était d’une classe si exceptionnelle qu’il mérita de l’être également à un moment où la plupart des musulmans semblaient perdre la raison et où une guerre civile opposait les défenseurs de la vérité et de la justice aux victimes de la falsification et de l’opportunisme.

Ainsi, le Saint Prophète ne négligea pas d’enregistrer aussi bien pour l’avenir des musulmans que pour l’Histoire, et devant tous ses compagnons, à maintes reprises, des présages signifiant que Ammar se trouvera une guerre civile, mais qu’il y sera, comme toujours, du côté de la vérité.

Devant plusieurs compagnons qui ne pouvaient alors saisir la portée de ce présage, le Saint Prophète dit: « Bonheur à Ammar! C’est le groupe des rebelles agresseurs qui va le tuer. » Ou, dans d’autres termes: « O Ammar ! C’est le groupe des rebelles agresseurs qui va te tuer; et ton dernier repas dans cette vie sera du lait coupé. »

Après le décès du Maître des Créatures, Ammar était l’un des rares compagnons du Prophète à soutenir fermement l’Imam Ali et refuser la nomination d’Abou Bakre comme Calife.

Ce ne fut qu’après le décès de la Sainte Fatima (paix sur elle) et la recrudescence du phénomène d’apostasie générale de plusieurs tribus arabes, que l’Imam Ali décida de légitimer la souveraineté politique d’Abou Bakre. Ammar reçut alors l’autorisation de son Imam d’aller prêter serment de fidélité au Calife.

Dans Le Camp De La Vérité

On ne peut jamais comprendre la grandeur de l’Imam Ali (psl) avant d’avoir mis en relief le grand sacrifice qu’il fit après le décès du Saint Prophète. En effet, avec la généralisation des insurrections des tribus arabes contre le pouvoir politique d’Abou Bakre, parallèlement à la recrudescence de l’apostasie de quelques tribus, il pouvait facilement démentir les allégations des chefs de Qoraich considérant toutes ces rébellions comme étant des cas d’apostasie qu’il fallait combattre et tuer dans l’œuf.

Force était de constater que si quelques unes de ces révoltes étaient vraiment des cas d’apostasie tels que celle de Bani Hanifa à la Yamama (actuelle Emirats), il était aussi vrai et visible pour tous ceux qui voulaient comprendre la vérité, que plusieurs autres cas des révoltes étaient loin de l’être. En effet, certaines révoltes ne cachaient aucune apostasie, mais elles concrétisaient plutôt un refus catégorique de se soumettre au pouvoir de la tribu de Qoraich représenté alors par Abou Bakre.

La logique du droit ne pouvait donc pas justifier une répression générale ne faisant aucune différence entre les différentes rébellions. Ainsi, si l’Imam Ali voulait saisir cette occasion pour mettre en cause le compromis de la « Saquifa » et l’abandon du testament de Khom, il n’y avait aucun obstacle. Au contraire, il pouvait même compter sur le soutien de quelques tribus rebelles.

C’est bien là un aspect de la grandeur de l’Imam Ali: Accepter de garder l’union de la jeune communauté musulmane quitte à priver les musulmans de ses précieux services en tant que chef d’Etat. De cette façon, ce fut la première séparation entre le pouvoir politique et l’autorité spirituelle et religieuse dans l’Islam. En effet, il s’en fallait de beaucoup pour que le Calife Abou Bakre ou encore ses successeurs pussent réunir les deux compétences: scientifique religieuse, et politique.

L’Imam Ali savait que, de toute façon, les charges de la responsabilité spirituelle et religieuse allaient lui incomber et que personne ne pouvait les lui contester, et par conséquent, il pouvait conserver l’essentiel de l’Islam sans nul besoin du pouvoir politique. Il accepta alors de mettre fin à sa protestation contre le pouvoir d’Abou Bakre et ordonna à tous ses fidèles, dont Ammar, de faire de même.

Un sérieux problème était déjà devant Ammar et ses semblables: Du moment qu’ils avaient prêté serment de fidélité à Abou Bakre pouvaient-il ne pas répondre à l’appel de mobilisation contre les rebelles?

Ammar trouva une solution qui réunissait sa fidélité à la vérité au loyalisme qui l’animait:

Combattre les vrais apostats et éviter de confronter les cas de rébellions incertaines ou douteuses!

Ainsi, Ammar fit de son mieux dans les combats de Yamama et il contribua pleinement à la victoire de l’armée musulmane contre les troupes de Mosseyléma le Menteur, le chef de Bani Hanifa qui avait même osé prétendre la prophétie.

En outre, le long du règne du deuxième Calife Omar, Ammar sut maintenir cette double fidélité et fut présent et actif sur plusieurs fronts du Djihad. Ainsi, à un certain moment, il fut nommé gouverneur de la Koufa.

À La Marge Du Congrès Des Six

Après l’attentat contre Omar, plusieurs notables de Qoraich lui demandèrent de nommer lui-même son successeur avant de mourir, mais le Calife, mourant, ne voulut pas supporter à lui seul cette grande responsabilité et préféra la partager avec six autres grandes personnalités qui jouissaient du double statut: L’ancienneté dans l’Islam et l’appartenance à la tribu de Qoraich. C’étaient: Othmân ibn Affane, Abdurrahmane ibn Aouf, Saâd ibn Abi Waqqas, Zoubeyr ibn Awam, Talha ibn Obeydollah et l’Imam Ali.

Omar fixa un délai de trois jours après son décès pour que le congrès des six désigne son successeur, qui devait être l’un d’entre eux.

Ainsi, les six apôtres se réunirent et dès la première séance, il fut clair qu’il s’agissait bel et bien un congrès politique où un conflit d’intérêts n’allait pas tarder à faire surface, et non pas d’une réunion de bienfaiteurs en quête de la meilleure solution aux problèmes de la communauté musulmane.

Force était de constater que les membres de ce congrès, à l’exception de l’Imam Ali, étaient pour la poursuite et la continuation de l’ancienne politique que Omar avait appliqué durant sa vie et qui consistait à récompenser, aussi bien les services rendus à l’Islam que certains rapports de parenté, раг des dotations annuelles proportionnelles à leurs rangs. Nous avons déjà développé certains aspects de cette politique économique du deuxième Calife dans des numéros précédents. Après trois jours de conversation stérile où aucun des six n’accepta de se retirer au profit des autres. Abdurrahmane crut bon de mettre fin à cette situation en proposant son désistement en contre partie d’un privilège déterminant: Nommer à lui seul le nouveau Calife.

Malgré le refus de l’Imam Ali qui craignait sérieusement aussi bien les tendances aristocratiques du richissime Abdurrahmane que ses liens intimes avec le non moins aristocrate Othmân, la proposition d’Ibn Aouf fut acceptée et devint arbitre absolu de la succession !

Ammar, accompagné de Miqdad et plusieurs autres fidèles loyalistes, virent alors que l’Imam Ali allait vraisemblablement être écarté encore une fois de son poste naturel et légal par une coalition d’intérêts. Ils s’approchèrent de la maison du congrès pour exhorter Abdurrahmane de ne pas succomber aux tentations qu’ils craignaient. Ammar cria suffisamment haut pour que tous les six entendissent: « Ô Ibn Aouf! Si tu tiens vraiment à l’unité des musulmans, prête serment de fidélité à Ali ! »

Miqdad, cria aussi « Ammar dit la vérité. Si vous prêtez serment à Ali, nous obéirons. »

En réalité, il s’en fallait de beaucoup pour que ces derniers souhaits de ces quelques inconditionnels de testament de Khom pussent influer sur le cours des événements. Est-il que la transformation de la société Islamique du Saint Prophète en une société de classes et de privilèges avait été déjà entamée, irréversiblement et irréparablement depuis belle lurette. Par conséquent, d’anciens compagnons du Prophète comme Abdurrahmane et Othmân représentaient une nouvelle classe de privilégiés plutôt qu’un courant politique ou culturel, alors que certains autres des six, tels que Talha et Zoubeyr, étaient des conservateurs au sens moderne du terme, c’est-à-dire de ceux qui voulaient à tout prix garder la stabilité sociale en s’accrochant d’une manière irréfléchie à l’application de l’ancienne politique sociale et économique de Omar, notamment en ce qui concerne la répartition des revenus.

Abdurrahmane savait bien tout cela et il proposa le pouvoir à l’Imam Ali sous une condition impossible: Cesser d’être l’Imam Ali !

En effet, la proposition consistait à prendre le pouvoir après avoir prêté serment de fidélité à la politique de Omar et d’Abou Bakre ! Ce qui voulait dire que le nouveau Calife ne devait rien changer de la situation sociale injuste! L’Imam fut obligé évidemment de refuser, alors que Othmân accepta.

Engagement Et Désengagement De Othmân

Quels étaient les véritables mobiles de Abdurrahmane? Est-ce uniquement un conservatisme? Ou bien y avait-il encore d’autres arrières pensés derrière cet arbitrage, incontestablement, le plus polémique de l’histoire de l’Islam ?

Si l’on croit à une certaine version de l’histoire, juste après les cérémonies du serment d’investiture de Othmân, l’Imam Ali (psl) dit à Abdurrahmane: « Ce n’est pas la première fois que vous vous coalisez contre nous ! Alors belle patience et de Dieu on sollicite l’aide sur ce que vous décrivez! Par Dieu, tu n’as désigné Othmân que pour qu’il t’en fasse de même et te désigne comme son successeur ! »

En tout état de cause, plusieurs raisons pouvaient influencer la décision du congrès des six, et ce n’étaient pas les vœux pieux de quelques loyalistes -comme Ammar- qui pouvaient contre carrer la logique des intérêts, ou le calcule pragmatique, qui avait déjà eu le statut prédominant depuis le compromis de Saquifa. Mais Othmân allait-il pouvoir tenir à son engagement? Et combien l’aile conservatrice du congrès des six pouvait-elle tenir tête à l’opportunisme sans scrupules de la famille de Othmân?

En réalité, la politique hérité de Omar ne put finalement résister que quelques années et Othmân succomba aux passions et caprices indomptables de ses proches parents.

Rappelons que les proches du troisième Calife étaient, pour la plupart, des anciens bannis et maudits du vivant du Saint Prophète, et que Marwane en était le plus dangereux. Il put tenir les rênes du pouvoir entre les mains et exclure tout conseiller probe et loyal de l’entourage de Othmân qui devint totalement dépendant de lui.

Ce fut alors la grande déviation Les anciens gouverneurs des principales villes qui étaient généralement des grands apôtres-tel que Salman- furent démis de leurs fonctions pour être remplacés par des parents de Marwane et de Othmân

Walid, frère de lait de Othmân, bien qu’ivrogne et sans aucune qualification, remplaça Saad ibn Abi Waqqas, l’ancien chef des armées de l’Irak au gouvernement de Koufa

Salman fut aussi écarté du gouvernement de Madaën pour laisser la place à un autre proche de Marwane. Amre ibn Aas, le concurrent de l’Egypte et son tout puissant gouverneur dut laisser la place à Ibn Abi Sarhe, le cousin de Othmân, ancien apostat de l’époque du Prophète.

Moawiya, le maître absolu de la Syrie, étant lui- même cousin de Marwane, fut, bien entendu, maintenu dans ses fonctions.

Outre ces nominations douteuses, Marwane se permettait mêmes les plus grands détournements de fonds de l’époque et en fit de ses parents les hommes les plus riches et les plus puissants du Califat. Il allait de soi qu’une telle politique fit de l’époque de Omar une époque de justice et d’égalité, aux yeux des populations nouvellement converties à l’islam, comme celles de l’Egypte et de l’Irak, qui n’avaient pas eu l’occasion de voir un modèle meilleur de société. Pour eux, il s’agissait d’une déviation grave, voire même d’une trahison, de la part du troisième Calife qui n’avait rien tenu de ses engagements solennellement prononcés lors de son investiture.

En effet, les engagements pris par Othmân consistaient à suivre scrupuleusement la politique de Omar sur deux plans essentiels:

La politique de répartition des revenus devrait demeurer en faveur des anciens combattants et compagnons du Prophète.

La nomination des gouverneurs doit être exemple de toute considération de parenté. Othmân s’était même engagé de ne jamais nommer ses proches dans des fonctions de l’Etat !

Avec la recrudescence des injustices des gouverneurs, le mécontentement populaire augmentait au fil des jours et la grogne des anciens compagnons du Prophète se faisait entendre de plus en plus. Othmân ne prêta l’oreille ni à l’une ni à l’autre, et chaque fois qu’on venait chez lui plaindre l’un de ses gouverneurs, il déléguait l’affaire à son ministre Marwane qui s’empressait toujours de démentir les accusations et de ridiculiser, voire même blâmer les émissaires des populations lésées.

Adieu, Abou Zhar!

Entre temps, le mouvement de protestation amorcé par Abou Zhar, avait si bien agacé Marwane à la Médine, et Moâwiya en Syrie, qu’ils conseillèrent, tous les deux, au Calife de le tuer ou de l’exiler dans le désert. Nous avons déjà vu (dans le numéro 5 de cette série) que Ammar fut l’un des rares personnes qui défièrent les ordres du Calife de ne pas accompagner Abou Zhar à sa sortie de la Médine.

L’adieu fait par Ammar à Abou Zhar le projeta soudainement au premier rang des contestataires politiques de la Médine. Du coup, ce vieil apôtre de quatre vingt dix ans dut supporter la lourde mission de traduire la volonté de l’ensemble des musulmans et de sa transmission au Calife, jalousement encerclé par Marwane et sa Bande.

Cette fois, le loyalisme de Ammar allait prendre un aspect révolutionnaire, puisqu’il n’y avait plus de possibilité de marier la paix sociale et les intérêts majeurs de l’Islam.

La première manifestation de la nouvelle attitude de Ammar, eut lieu lors d’une confrontation silencieuse avec Marwane, juste après l’adieu d’Abou Zhar.

Ici, rappelons que Marwane et ses acolytes de Bani Omeyya n’avaient, en réalité, jamais supporté l’égalitarisme de l’Islam qui fit de certains enfants d’esclaves de grands apôtres respectueux et de certains enfants de l’ancienne noblesse de Qoraich, des simples citoyens. La prise du pouvoir par Marwane fut une occasion pour qu’il rétablit les anciennes valeurs préislamiques dégradées de l’aristocratie mecquoise, sous lesquelles un homme tel que Ammar ibn Yasser ne doit jamais oser dire non à un prétendu noble de Bani Omeyya!

Du retour des adieux d’Abou Zhar, Ammar rencontra Marwane qui guettait la route, et il feignit de le voir. Quand le ministre du Calife essaya de l’interpeller, il dénia de lui répondre et continua son chemin derrière Ali, Hassan et Houssein (paix sur eux)! Avec son comportement, Ammar voulut rappeler à Marwane qu’avec l’exil d’Abou Zhar toutes les lignes rouges avaient été transgressées, voire entièrement démolies, par le Calife.

Il lui fit aussi comprendre qu’il n’y avait plus de raison pour que les compagnons du Prophète et les anciens combattants de l’Islam continuassent à éviter la confrontation avec la bande Omeyyade au pouvoir.

Enfin, il rappela qu’il était encore temps de rétablir le système de valeurs Islamiques – toujours égalitaires et moralistes- au sein duquel un apôtre du Prophète comme Ammar n’a pas de compte à rendre à un pervers tel que Marwane qui fut autrefois maudit par le Prophète et exclu avec son père de la Médine!

Rancune D’Aristocrate Et Eminence Tabassée

Après la scène de l’adieu d’Abou Zhar, Marwane revint au palais de Othmân, le cœur enflammé par une rancune bien vivace. Devant le Calife, il étala tout le dossier de Ammar et n’oublia point de lui rappeler la scène de la poussière lors de la construction de la mosquée de la Médine. Les vieilles rancunes d’un ancien aristocrate s’accumulèrent, pour s’ajouter aux nouvelles illusions de lèse-majesté, et rapprocher encore plus le vieux Calife de son ministre, malin et retors de la pire espèce, ministre aussi fertile en fourberie que stérile en politique.

A un certain moment, la bande Omeyyade au pouvoir crut qu’elle avait les mains vraiment libres de faire ce que bon lui semblait. On réussit même à convaincre Othmân qu’il pouvait distribuer les bijouteries et joyaux de la trésorerie publique (Beytolmal) sur ses filles et ses femmes !

Cette nouvelle parcourut rapidement la Médine, et tous les musulmans en furent indignés. La grogne populaire menaça sérieusement de prendre des dimensions incontrôlables et un aspect plus 8 actif et plus offensif.

Marwane convainquit Othmân qu’il fallait rapidement intervenir et mater le mécontentement par un discours autoritaire et menaçant; et s’il le fallait, par une répression dissuasive.

Othmân alla à la mosquée et prit la parole pour exécuter le plan de ses conseillers. Entre autres, il dit: Est-il que nous prenons de ces revenus ce dont nous avons besoin, de gré ou de force et en dépit de la volonté de certains ».

L’Imam Ali était présent mais il ne pouvait intervenir puisque depuis le congrès de six, il était accusé par les mauvaises langues Omeyyade d’être le principal instigateur du mécontentement populaire. Ammar, lui aussi était présent, et il vit qu’il était de son devoir d’intervenir et de mettre fin au silence des grandes personnalités musulmanes, quitte à subir à lui seul la foudre de la bande Omeyyade.

Aussi, se leva-t-il devant toute l’assemblée et rétorqua à Othmân, à haute voix: « Je prends Dieu pour témoin que je suis le premier de ceux- là et que je me sens si humilié par ton acte ! ».

Othmân ne put alors supporter l’éminence de ce vieil apôtre et oublia -du coup- toutes les valeurs sublimes de l’Islam qu’un Calife était sensé représenter. La colère le dégrada et la rancune le ramena au rang d’un vieil aristocrate Omeyyade incapable de supporter une critique ni encore moins de faire face à sa propre réalité mise à nu par son comportement.

Perdant le contrôle de soi-même, Othmân oublia même les valeurs arabes préislamiques interdisant d’humilier les plus vieux et s’écria << Ose-tu t’opposer à moi, fils de Yasser! ». Puis il ordonna à ses gardes d’arrêter le vieil apôtre.

Les gardes du Calife, qui étaient tous -en réalité- valets de Marwane et de Moâwiya, n’avaient rien de semblables avec des combattants de l’Islam; et ils étaient plutôt de rudes policiers sans aucune éducation Islamique. Il emportèrent le vieux Ammar au palais de Othmân et lui ligotèrent les mains et les pieds dans l’attente de l’arrivée du Calife, sans aucune considération pour son âge ou son ancienneté et sa compagnie du Prophète !

Quand Othmân vit Ammar, il était comme enragé de fureur et commença à le tabasser lui- même, puis il ordonna à ses valets de continuer à frapper le vieil apôtre jusqu’à ce que celui-ci perdît connaissance.

Selon quelques versions de l’histoire, Ammar, tombé en coma, fut ensuite jeté hors du palais de Othmân. Des musulmans l’amenèrent alors à la maison de Omm Salma, la veuve la plus prestigieuse du Prophète.

Ce fut la première fois dans la vie de Ammar qu’il ratait un temps de prière. En effet, il demeura dans le coma du matin au soir; et les musulmans purent remarquer son absence dans trois prières consécutives.

La nouvelle du tabassage de Ammar circula alors dans toute la ville sans que celui-ci pût contrôler quoi que ce soit de la situation.

Quand Ammar reprit connaissance, toute la ville était déjà en ébullition; et sans jamais le vouloir, il devint le symbole d’une révolution qui s’annonçait inéluctable.

Les Prémices De La Révolution

Dans ces circonstances, la nouvelle de la mort d’Abou Zhar, Exilé en plein désert et complètement démuni de tout moyen de subsistance, assomma le monde Islamique. De surcroît, l’histoire de la bande Omeyyade qui se permettait tout le luxe d’une vie impériale, avait déjà attisé le mécontentement populaire aussi bien dans la Médine que dans les nouveaux territoires de l’islam, et particulièrement l’Irak et l’Egypte.

Avec l’agression sauvage de Ammar, même les notables les mieux nantis de la Médine commencèrent à craindre la perte de leur ancien privilège et la généralisation de l’oppression Omeyyade.

Plusieurs anciens compagnons du Prophète se réunirent et décidèrent d’annoncer l’alerte générale parmi les populations des pays neufs, (notamment l’Egypte et l’Irak). Ils adressèrent une lettre aux combattants musulmans sur les premières lignes du front de Djihad, les avertissant que l’Islam est en danger à la Médine même, et que, s’ils voulaient combattre pour l’Islam, il leur faudrait le faire contre la bande Omeyyade et à la capitale même du Califat !

Plusieurs centaines de combattants et de grands dignitaires musulmans de l’Egypte, de Koufa et de Bassora, affluèrent vers la Médine et présentèrent leur plainte au Calife en lui demandant de limoger tous ses gouverneurs et les remplacer par des anciens compagnons du Prophète ou du moins par des hommes probes et justes.

   Marwane fit signe au Calife de ne rien croire aux allégations des émissaires et lui présenta toute la situation comme étant un complot contre Bani Omeyya.

Othmân s’entêta encore une fois et renvoya les plaignants sans leur promettre quoi que ce soit de réconfortant.

      Les plaignants, ne pouvant revenir bredouilles auprès de leurs concitoyens, cherchèrent une ultime solution auprès de l’Imam Ali qui s’était bien gardé, jusque là, d’intervenir, puisqu’il savait que Marwane allait prendre toute intervention de sa part pour une preuve appuyant sa version du prétendu complot contre Bani Omeyya.

Conseil, Complot, Et Fin Tragique

L’Imam Ali répondit favorablement à l’appel des plaignants, devenus déjà des insurgés, et alla rencontrer Othmân pour l’avertir de la gravité de la situation et lui dit : « Ne soit pas un instrument dans la main de Marwane. Là où il te guide tu te dirige! Et n’oublie pas ton rang et ta compagnie auprès du Prophète (pslf). »

Othmân revint un instant à lui-même et ne cacha pas son profond regret à l’Imam Ali. Il se dirigea tout droit à la mosquée où il présenta ses excuses devant tout le monde, et promit aux insurgés de suivre dorénavant une conduite acceptable par Dieu et par les musulmans.

Un soulagement populaire et général conquit alors la ville et les insurgés commencérent à préparer un retour victorieux vers leur pays, rêvant de porter avec eux des lettres de destitution de tous les gouverneurs pervers, comme Othmân venait de le promettre.

Ce fut alors, que Marwane décida de passer à l’action à l’insu du Calife. Il falsifia les lettres de nomination des nouveaux gouverneurs en désignant les anciens gouverneurs dans leurs postes tout en leur ordonnant de tuer les chefs des insurgés!

Marwane savait bien que de tels ordres étaient non seulement inapplicables, mais fatales pour le Calife. Cependant il avait tout un plan de complot dans lequel la renommée de Othmân et même sa vie ne pesaient lourd !

Bref, les insurgés découvrirent les lettres falsifiées et décidèrent de revenir à la Médine Furieux, ils assiégèrent le palais de Othmân et lui demandèrent des explications suffisantes. Othmân jura qu’il n’était pas au courant du contenu des lettres falsifiées. Les insurgés lui demandèrent alors de leurs livrer Marwane pour le juger, mais il refusa. Ils lui demandèrent alors d’abdiquer, mais il refusa encore.

L’étau du siège se resserrait de plus en plus autour de Othmân et on le priva même de l’eau, mais il résista.

Quelques insurgés voulurent prendre d’assaut le palais de Othmân, mais, voyant Hassan et Hussein, les deux petits fils du Prophète (pslf) en armes et prêt à défendre le Calife, ils rebroussèrent chemin et n’osèrent pas les combattre.

Voyant que l’existence des deux illustres fils de l’Imam Ali allait déjouer tout son plan diabolique, Marwane les renvoya chez eux au nom de Othmân, prétendant que les Banou Omeyya pouvaient bien se défendre tous seuls ! Mais leur départ fut fatal pour Othmân qui mourut sous les coups de quelques insurgés, chauffés à blanc par l’insolence de Marwane !

L’assassinat de Othmân n’était pas programmé par la majorité des insurgés, et plusieurs indices témoignent que Marwane voulait bien arriver à cette fin tragique pour pouvoir transformer le Califat en une dictature Omeyyade à la tête de laquelle, il pourrait régner un jour. En réalité, Marwane allait arriver à ses fins mais beaucoup plus tard qu’il ne l’escomptait puisque Moâwiya était dans des conditions meilleures pour prendre la tête du grand mouvement de protestation contre l’assassinat de Othmân, mouvement dont l’étendard fut la chemise entachée du sang du Calife assassiné !

L’Imam Ali: Calife Malgré Lui

Dès la mort de Othmân, les insurgés, ainsi que la population de la Médine, se ruèrent vers la maison de l’Imam Ali le suppliant de prendre le pouvoir en main et de barrer le chemin devant tous les opportunistes et les fauteurs de troubles.

L’Imam refusa fermement en leur rappelant qu’ils n’allaient certainement pas supporter sa justice et qu’il leur fallait mieux chercher quelqu’un d’autre plus sensible à leurs exigences et passions!

Bien qu’une grande partie des privilégiés de la Médine savaient parfaitement que l’Imam Ali disait la pure vérité, ils n’osaient pas manifester leur nostalgie pour l’époque de Omar et ils se turent, laissant aux insurgés et à quelques loyalistes et fidèles apôtres, tel que Ammar, la mission de convaincre l’Imam Ali d’accepter le poste de nouveau Calife. L’Imam résista fermement à la demande de la grande foule qui s’était rassemblée devant sa demeure l’appelant à accepter le pouvoir et jurant de ne jamais partir sans obtenir son consentement à leur demande.

L’Imam Ali leur posa alors quelques conditions dont la plus importante fut qu’ils devaient lui obéir dans toutes les circonstances et qu’ils devaient définitivement oublier l’ancienne politique des privilèges de Omar ! Ensuite, il leur demanda que l’investiture fût à la grande mosquée et en présence de tout le monde.

Finalement, l’Imam Ali devint le quatrième Calife, et tous les musulmans présents à la Médine eurent l’occasion de participer à son investiture.

Les compagnons du Prophète (pslf) lui prêtèrent eux aussi- serment de fidélité quand bien même plusieurs d’entre eux craignaient sa justice, et attendaient l’occasion opportune pour déstabiliser son pouvoir et, pourquoi pas, le démettre de ses fonctions !

Rébellion Contre La Justice

La première décision prise par l’Imam Ali fut de limoger tous les gouverneurs nommés par Othmân. Mais, Moâwiya qui avait déjà bien assis son pouvoir absolu sur toute la Syrie, refusa de reconnaître la légitimité du pouvoir de Ali, l’accusant d’abriter les tueurs de Othmân. L’Imam Ali savait bien que punir les assassins de son prédécesseur n’était en aucun cas un droit pour Moâwiya, qui devrait en principe- venir à la Médine en tant que proche parent de Othmân, et demander un jugement juste des accusés, devant un juge désigné par le nouveau Calife.

En réalité, Moâwiya suivait le développement des événements à la Médine depuis longtemps et attendaient l’assassinat de Othmân pour annoncer sa rébellion au nom de la vengeance du Calife et sous la bannière de sa chemise !

Ainsi, l’Imam Ali dut affronter, dès les premiers jours de son règne, la plus grande rébellion de l’histoire de l’islam. Il annonça l’alerte générale pour une expédition militaire contre Moâwiya.

Entre temps, Marwane et quelques notables soucieux de conserver leurs anciens privilèges, allèrent chercher le soutien et la légitimation auprès de la Mère des Croyants Aïcha, la fille d’Abou Bakre et la plus jeune veuve du Saint Prophète (pslf). Ils réussirent à la convaincre de sortir de la Mecque, en direction de Bassora où ils complotaient d’organiser une autre rébellion, aussi sous prétexte de venger la mort de Othmân.

Ce fut alors le début de la tragédie connu dans les livres de l’Histoire sous le nom de la Guerre du Dromadaire (Jamal). En effet la caravane de la veuve du Prophète, dont la litière portée par un énorme dromadaire était devenu une véritable bannière sous laquelle se rassemblèrent plusieurs milliers d’ignorants, partit vers Bassora en attirant plusieurs tribus arabes bédouines au cours de sa route. Le long de la route, Marwane et ses espions surent convaincre la caravane et les tribus bédouines qu’elle avait drainées qu’il s’agissait d’une guerre sainte contre Ali, décrit comme un usurpateur du pouvoir et protecteur des assassins de Othmân!

En réalité, la présence de la Mère des Croyants dans le camp de Marwane, était à elle seule- un argument suffisant pour les dizaines de milliers de bédouins qui représentaient l’essentiel du camp.

Arrivée à Bassora, Marwane monta un plan diabolique pour piller la trésorerie de la ville et en chasser le gouverneur, après l’avoir torturé et tué ses gardiens. Devant cette agression, l’Imam Ali Ordonna à ses fidèles, qui étaient sur le point de marcher sur Damas, de passer par Bassora, pour mater la nouvelle rébellion, et sauver la Mère des Croyants des mains des hypocrites.

Ce fut alors La bataille du Jamal dans laquelle, le dromadaire de la mère des croyants joua le rôle d’étendard de guerre pour des milliers de bédouins tous prêts à mourir pour elle!

Ce fut une bataille sanglante et meurtrière qui constitua un bon précédent pour le retors de Damas qui se félicitait joyeusement des précieux services de son cousin Marwane.

Parmi les grandes personnalités tuées dans cette bataille, les plus célèbres étaient Talha et Zoubeyr. Le plus remarquable dans cette bataille fut l’attitude des bédouins naïfs rassemblés autour du dromadaire, et succombant l’un après l’autre sans fléchir un instant, croyant mourir en martyrs, et qu’ils allaient directement au Paradis !!!

Par conséquent, ce fut l’Imam Ali lui-même, le vainqueur de la bataille, qui annonça le deuil général, aussi bien pour les martyrs de son camp que les morts du camp adverse.

Dans l’apogée d’une gloire militaire, il était clair que le commandeur des croyants était l’homme le plus triste du monde; mais que pouvait il faire d’autre ?

Ammar, quant à lui, essayait toujours d’alléger le fardeau de son Imam. Il était pour lui à la foi l’ami intime et le conseiller avisé et son origine yéménite jouait un grand rôle dans l’unification des rangs des tribus yéménites, traditionnellement sympathisantes de l’Imam Ali.

Ammar Contre La Cinquième Colonne Parmi les tribus yéménites constituant la majorité de l’armée du Commandeur des Croyants (psl), la tribu de Kèndah avait la particularité d’obéir à son chef traditionnel al Ashath ibn Qays, les derniers de leurs rois avant l’Islam. Al Ashâth ne s’était jamais bien convertis à l’Islam; mais il était toujours obligé de se laisser aller avec le courant pour ne pas perdre sa notoriété dans sa tribu. Ainsi il constituait un grand point faible dans le camp de l’Imam Ali, et Moâwiya en était parfaitement au courant.

Après des tractations secrètes, al Ashath fut chargé par Moâwiya de développer une véritable cinquième colonne dont le rôle était de démoraliser les forces loyalistes et de semer le doute et l’indécision parmi les sympathisants du commandeur des croyants.

Ce fut ici que l’existence d’un vieil apôtre du Prophète, comme Ammar, d’origine yéménite incontestable, dans le camp du commandeur des croyants en tant que ministre et principal conseiller, prit une importance très grande et, pour certains, déterminante. Par ailleurs, les célèbre Hadiths du Saint Prophète qui avait fait de Ammar un indicateur de la légitimité, et de sa mort une preuve désignant et condamnant les rebelles agresseurs, étaient un réconfort générale pour l’ensemble du camp de l’Imam Ali. L’action de la propagande de Moâwiya dans son camp et de celle de sa cinquième colonne dans le camp adverse, se concentra alors sur l’interprétation de ses Hadiths, et parfois la propagation des fausses espérances tel qu’un prétendu ralliement de Ammar au camp de Moâwiya !

Ainsi, tous les plans d’al Ashath furent déjoués par Ammar et le commandant en chef des armées, Malik al Ashtar, yéménite lui aussi. Ainsi, le poids du vieil apôtre de plus de quatre vingt dix ans, pesait de plus en plus lourd dans la balance.

C’était dans de telles conditions que le commandeur des croyants entama sa marche vers la Syrie. Moâwiya avait déjà rassemblé une très grande armée de mercenaires, qu’il prit soin de maquiller par l’existence du fils de Omar le deuxième Calife et de Âmre ibn Âas, le célèbre retors d’Arabie, réputé pour être lui aussi un compagnon du Saint Prophète. En réalité, Amre avait offert son soutien à Moâwiya en contre gouverneur de l’Egypte !

partie du poste du De surcroît, tous les rescapés de la bataille du dromadaire, les brigands et assassins de tout acabit, trouvèrent dans la participation à la marche de Moâwiya sous la bannière de la chemise de Othmân une sorte de blanchiment de leur passé infâme et un investissement dans un futur pouvoir de Moâwiya, visiblement peu soucieux de restituer les droits à leurs propriétaires ou de châtier des criminels du droit commun!

Les deux armées se rencontrèrent à Seffine sur la rive du fleuve Euphrate. Ammar manifestait un grand enthousiasme peu attendu d’un homme de son âge, et il promettait à chaque occasion- de participer personnellement au combat bien qu’il fût le ministre du Calife et personne ne s’attendît à le voir sur les premières lignes du front.

Entre autres, Ammar dit devant des milliers de soldats encore hésitants: << Ô mon Dieu, si je savais que cela te satisfaisait, je me jetterais dans ce fleuve ! » Il ajouta: << Ô mon Dieu, je ne sais rien qui puisse te plaire plus que de combattre ces pervers ! >>>

Et voulant décrire la solidité et la légitimité de la position du commandeur des croyants et de son camp, il leur lança: «Par Dieu, s’ils (Les mercenaires de Moâwiya) nous obligeait à battre en retraite jusqu’aux palmiers lointains de Hajar, je dirais toujours que la légitimité est de notre côté et que ce sont eux les rebelles agresseurs. >>>

Avec de telles paroles, le vieil apôtre réussit à garder l’unité et la confiance dans le camp du Calife légale; et avec sa vive et active présence, les compagnons du Prophète encore en vie, n’avaient plus aucun doute quant à la légitimité de leur cause et se sentirent de plus en plus tranquilles sous les ordres du commandeur des croyants. Plusieurs d’entre eux se rappelèrent alors des serments de fidélité qui avaient été jurés malgré lui après le serment de Khom, et les remords de ne pas l’avoir soutenu plutôt, commençaient à ronger bien des cœurs !

Le Martyre Eclairant

Dès le début des combats, Ammar décida de rallier les premières lignes du front et s’écria: « Qui veut s’assurer la satisfaction de son Seigneur ? >>>

Un grand nombre de fidèles et en particulier tous les compagnons du Prophète présents sur les lieux accoururent à son appel.

Comme pour ne rien rater des éléments de la grandeur, Ammar était à jeun, et malgré ses quatre vingt dix ans, il combattait héroïquement les ennemis en franchissant leurs lignes avec une témérité inouïe. Pour tous les combattants, il était clair qu’il voulait le martyre!

Cependant, le martyre de Ammar ne fut pas immédiat! Il eut même l’occasion de rencontrer Âmre ibn Âas en pleine bataille et de l’exhorter à ne pas rater sa dernière chance pour se repentir et abandonner le camp de Bani Omeyya et les rêves du gouvernement de l’Egypte.

Amre essaya en vain de se défendre et dit qu’il ne voulait en réalité que venger Othmân et punir ses tueurs!

Ammar, désespéré de Amre, lui dit : « Je témoigne que tu n’a jamais cherché, par quelque acte qu’il soit, la satisfaction de Dieu ! >>>

Puis il lui adressa un dernier conseil: « Si tu n’es pas tué aujourd’hui, demain, de toute façon, tu mourras. Certes, ce sont les fins et les mobiles qui comptent pour Dieu. Alors, fait attention à ce que tu prépares pour le jour où chacun est sanctionné selon ses intentions. >>>

Les jours passèrent et la bataille risquait de s’enliser inextricablement bien que l’avantage füt toujours du côté de l’Imam Ali et les morts du camp adverse se comptassent par milliers chaque jour.

Après l’une de ses longues journées de jeun et de combat héroïque, Ammar revint de la ligne de front et s’assit dans l’attente du crépuscule.

Ammar guettait le coucher du soleil lorsqu’il vit un soldat s’approcher et lui offrir ses services, il lui demanda alors de lui apporter de quoi rompre son jeun. Le soldat lui présenta un bol de lait coupé.

Ammar eut un instant de stupeur puis son visage s’illumina soudain et s’écria: «Phût à Dieu que j’obtienne le martyre cette muit même ! »

Quelques soldats étaient présents à la scène et ne comprirent rien de ce qui se passait. Pour eux, il n’y avait aucune explication pour ce vœu la journée allait se terminer et les soldats commençaient déjà à penser au repos de la nuit.

Voyant les interrogations l’entourer sans oser

l’interpeller, Ammar rappela à ses compagnons ce présage du Prophète qui n’a jamais quitté son esprit: <<… Ton dernier repas sera du lait coupé. >>> Comme par hasard, ce jour là, la bataille se poursuit après le coucher du soleil. Ammar reprit les armes, revint rapidement à la première ligne du front et continua à se battre farouchement comme un lion. Soudain, une flèche l’atteignit mortellement, et se fut le coup libérateur qu’il attendait depuis si longtemps.

Avec le martyre de Ammar, Âmre et Moâwiya ne pouvaient plus dissimuler la vérité. Et sous le couvert de la nuit, plusieurs milliers de musulmans trompés par ses deux retors rallièrent le camp de l’Imam Ali après avoir enfin su avec certitude qui était bien le rebelle agresseur.

Pourtant, Amre ne désempara nullement, il lança aux visages de plusieurs dignitaires de son armée venus lui demander des explications en lui faisant état de leur crainte de faire partie du groupe des rebelles agresseurs : « Ne voyez-vous donc pas que ce sont eux qui ont tué Ammar? Ne sont-ils pas eux-mêmes qui l’ont poussé au combat à cet âge? >>>

Cependant, le lendemain du martyre du vieil apôtre s’annonçait périlleux pour l’armée de Moâwiya; et Amre commençait déjà à réfléchir à un nouveau stratagème qui sauverait leur situation.

Au camp des loyalistes, la perte d’un homme du poids de Ammar fut tellement lourde qu’on ne pensât même pas à ses effets psychologiques sur le camp adverse. Toutefois, avec les premiers rayons du soleil, une nouvelle journée se prononça déjà différente et les premiers mouvements des deux belligérants s’avérèrent différents de ceux des jours passés. En effet, la grande tristesse de l’Imam Ali et du chef de ses armées, Malik al Ashtar, fut vraisemblablement compensée par une flambée de détermination dans tout leur camp.

La bataille se poursuivit et la victoire de Malik allait être écrasante si ce ne fut encore une nouvelle ruse du retors d’Arabie Amre.

Dès que la défaite s’annonça certaine, Moâwiya commença à préparer sa fuite avant que cela ne devînt trop tard. Quand à Amre, il ne voyait pas les choses de cet œil, et il savait bien que la fuite n’arrangeait rien pour lui et qu’il valait mieux tenter une dernière chance.

Alors que Moâwiya était sur le point d’enfourcher sa monture, Âmre le rappela et le somma de l’écouter pour une fois et de faire exactement ce qu’il lui demandait: Ordonner à son armée de cesser le combat et de lever immédiatement les livres du Coran sur le fer des lances. Ensuite, le reste du stratagème sera joué par leurs complices dissimulés dans le camp même de l’adversaire !

Ainsi, des exemplaires du Saint livre furent accrochés aux bouts des lances, et l’appel à la trêve, lancé. Du côté des loyalistes cet acte inopiné fut ignoré par Malik qui connaissait trop ses adversaires pour croire à leur foi. Mais, entre temps, la cinquième colonne d’al Ashâth, libérée par l’absence de Ammar, entourait déjà l’Imam Ali et le sommait d’arrêter le combat et d’accepter l’arbitrage du Coran.

Ammar était parti paisiblement pour rejoindre les siens, là où on l’attendait si impatiemment. Et ce fut Malik al Ashtar qui devait poursuivre sa mission aux services de la vérité et de l’authenticité de l’Islam.

Prière sur l’âme pure de Ammar !

Fin

les apôtres – (7)

SALMAN DE L’ISLAM

Par:

Chèkib BEBENDIRA

Thèmes sélectionnés par:

 

  1. ESSAYED

 

Fondation Ansariyan

PRÉFACE

PRÉFACE

 

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf)¹ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

 

  • Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

 

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir. Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

 

Fondation Ansariyan

 

 

Salman De L’Islam

 

Dans les numéros précédents, nous avons pu constater que chacune des personnalités étudiées se distingue avec un ou plusieurs traits spécifiques qui ont fait d’elle une illustration et une concrétisation sublime de l’une des nobles qualités morales que l’Islam voulait propager dans toute l’humanité, sans distinction entre les races et les peuples.

 

Par exemple, Abou Zhar était le porte-parole de la justice sociale Islamique; et Miqdad était une concrétisation parfaite du loyalisme inconditionnel, alors que Hamza le Maître des Martyrs symbolisait bien la force dissuasive etc…

 

Dans ce numéro, il s’agit de mettre en évidence deux aspects de l’Islam original: D’une part, son internationalisme; et d’autre part, sa capacité de récupération de toutes les religions, doctrines et philosophies qui avaient appelé à la perfection de l’humanité et à la plénitude de sa morale.

 

Vu l’importance de ce double dimension de l’Islam, le personnage qui la concrétise de la manière la plus spectaculaire, doit -en principe- requérir des qualités exceptionnelles et avoir une biographie hors du commun.

Un tel personnage est naturellement rare dans une société arabe telle que celle de la Mecque ou de la Médine. Et c’est bien Salman Le Persan qui nous offre l’exemple que nous cherchons, et il le fait avec un grand mérite, soit par son comportement avant sa rencontre avec le Sceau des Prophètes, soit par sa vie postérieur à sa conversion à l’Islam.

 

Rappelons que Salman est l’un des quatre illustres apôtres cités expressément par le Tout Puissant et le Tout Haut dans le célèbre ordre d’amour que nous avons déjà vu précédemment (Numéro 5 et 6).

 

La première manifestation de cette dimension internationaliste dans la personnalité de Salman fut une véritable leçon de morale qu’il professa dans la mosquée de la Médine devant quelques musulmans arabes encore attachés aux valeurs préislamiques, telle que l’ascendance tribale ou la parenté familiale.

 

En effet, quelques musulmans arabes, curieux de connaître l’ascendance de Salman mais n’osant pas le vexer, décidèrent d’agir indirectement et de le pousser à parler de son ascendance sans l’embarrasser outre mesure. Ils s’assirent comme d’habitude à la mosquée en attendant l’arrivée de Salman. Enfin, Salman entra, salua le cercle des musulmans et s’assit parmi eux. L’un d’entre eux se précipita

d’entamer l’exécution du plan et se présenta: Je m’appelle tel et j’appartiens à telle tribu. Un deuxième enchaîna aussitôt son rôle et se présenta non sans fierté, on dirait « Le bon vieux temps du tribalisme préislamique !

 

Voyant son tour arrivé, Salman décida de sauter sur l’occasion pour rappeler à ces musulmans, encore peu familiers avec l’esprit anti-tribaliste et internationaliste de l’Islam, que l’ascendance familiale et tribale n’est plus un titre de noblesse que l’on hérite sans mérite et que le plus noble, en Islam auprès de Dieu, est bien le plus pieux !

 

Il dit alors:

 

<<< Je suis le fils de l’Islam.

 

J’étais égaré mais Dieu, à l’aide de Son Prophète Mohammad, m’a orienté vers la bonne voie.

 

J’étais pauvre, et Dieu m’a enrichi de Mohammad.

 

J’étais esclave et Dieu m’a libéré par Mohammad.

 

Voila donc mon ascendance et mes titres de noblesse. >>>

 

Evidemment, Salman aurait pu parler de sa noblesse persane préislamique, mais jamais il ne le fit. Il voulait être vraiment le fils de l’Islam, l’homme anobli par l’Islam et enrichi par sa connaissance de l’Islam.

Pour mieux comprendre la valeur de ce grand apôtre, il nous faut absolument jeter un regard sur son passé avant l’Islam, un passé qui regorge de leçons et de morales à retenir par tout homme qui se veut chercheur de la vérité.

 

Une Jeunesse Extraordinaire

 

Il n’est pas facile de retracer l’enfance d’un homme qui ne parle que rarement de son passé. Même l’ancien nom de Salman n’est pas sujet d’unanimité: Selon certaines sources, il s’appelait << Mabeh >>, et selon d’autres <<< Rouzbeh >>. De toute façon les deux noms peuvent être traduit par << Heureux >>.

 

Heureux naquit dans un village aux environs d’Isfahan (En Perse). Sa date de naissance est loin d’être connu, et peu importe aussi l’âge de ce grand apôtre ! Même s’il s’agit d’un mythe, on peut se contenter d’en retenir que ce fut un homme extraordinairement important, puisque seuls les grands hommes de l’histoire sont généralement sujets à de grandes exagérations.

 

Le père d’Heureux fut -parait-il- un féodal de l’époque et il était un fidèle du zoroastrisme et croyait fermement à la sainteté du << Feu sacré ». Dès qu’il dépassa l’âge de l’enfance, Heureux fut

 

chargé par son père d’être au service du << Feu sacré ». Ce jeune ne tarda pas de se rendre compte qu’il était en train de bouder sa raison: Un feu peut-il vraiment être sacré alors qu’il a besoin d’être ravivé à tout instant? Rouzbeh devint vraiment l’Heureux! Découvrant cette grande vérité, il ne pouvait plus supporter son 3 entourage et la religion des siens. Il décida d’aller chercher ailleurs, la seconde partie de la vérité.

 

Ainsi, toute la jeunesse de Salman fut un long périple, au cours duquel, il put atteindre des états d’âme et d’esprit extraordinaires.

 

Périple D’un Jeune Sage

 

Un jour, le jeune sage persan découvrit une église. Il y entra pour se renseigner sur le christianisme. On lui indiqua alors la Syrie comme grand centre de cette religion qui était ☑ pourtant celle des ennemis de son pays, souvent en guerre avec les Byzantins. Il fit quand même le voyage, sachant que la vérité dédaigne les divisions politiques et surpasse les différences ethniques. Depuis sa jeunesse, ce jeune sage était internationaliste au vrais sens du terme.

 

Arrivant en Syrie, Rouzbeh alla tout droit vers la plus grande cathédrale du lieu et y passa une longue période à apprendre les préceptes du christianisme. Le long de son séjour à l’église, il

fut bien au centre d’intérêt de l’archevêque qui investit en lui tout son savoir.

Après de longues années, l’archevêque fut décédé et le jeune sage persan partit vers la ville de Mossoul (En Irak) où il demeura quelques temps. Puis il se dirigea vers Nacibîn où il entendit parler d’un érudit à la ville de Ammouriah. Il s’y dirigea et y demeura le reste de la vie de son archevêque, l’homme tant recherché par Rouzbeh.

 

Avant sa mort, l’archevêque fit son testament au sage persan qui hérita tout son savoir. Le plus intéressant de ce testament, aux yeux de Rouzbeh, fut la mise en relief du présage annoncé par Jésus 3 (paix sur lui) et qui stipule que le dernier prophète de Dieu allait être envoyé à l’humanité comme messager et réformateur de la vie humaine; et que ce prophète est un homme arabe qui immigre à la Ville des Dattiers. Rouzbeh ne manqua pas de demander à son

 

 

professeur les signes caractéristiques du prophète. L’archevêque répondit: «… Π accepte l’offrande, mais jamais la charité; et entre ses épaules se trouve le Sceau de la prophétie… >>>

Esclavage Sur La Voie De Dieu

 

Après le décès de l’archevêque, Rouzbeh décida de passer le reste de sa vie dans la recherche du salut de son âme, et attendre l’apparition du Sceau des prophètes. Ainsi, il ne ratait aucune occasion pour avancer vers son but. Un jour, le sage persan saisit l’occasion de l’arrivée d’une caravane du Hijjaz (L’Ouest d’Arabie), pour proposer aux caravaniers tous les biens et argent dont il disposait, en contrepartie de consentir à 3 l’amener avec eux jusqu’à Yathrib, la ville des dattiers.

 

Les caravaniers étant des marchands d’esclaves de la pire espèce, ils sautèrent sur l’occasion pour emprisonner Rouzbeh et le vendre ensuite comme esclave!

 

Rouzbeh, rebaptisé Salman, fut acheté par un agriculteur juif d’Arabie. Après une période de vaine désolation, Salman se résigna finalement à son sort tout en essayant de tirer le meilleur profit possible de sa nouvelle situation comme esclave d’un juif qui avait des liens de parenté avec une tribu juive de la Médine s’appelant Bani Qoraidha.

La providence ne tarda pas à offrir une bonne occasion à Salman lorsque un cousin de son maître arriva de la Médine. Il fut attiré par la bonne activité et la serviabilité de Salman; et il proposa à son maître de le lui vendre. Salman fut envahi de joie d’entendre l’accord de son maître et crut alors à son prochain salut.

 

En effet, sa nouvelle appartenance à un juif de la Médine lui offrirait l’occasion de s’ouvrir sur un troisième monde de connaissance: Après le Zoroastrisme et le Christianisme, voila maintenant- la possibilité de voir de très près ce qui restait de l’héritage des enfants d’Israël. 3

 

Bien initié aux enseignements de Jésus (psl), Salman ne vit aucune raison de se convertir à un Judaïsme défiguré au fil des siècles. Mais, toutefois, il put savoir que le même présage qu’il reçut de son professeur archevêque existe bel est bien dans les textes sacrés des juifs de la Médine. Aussi, plusieurs rabbins juifs ne cachaient-ils même pas leur impatience de voir enfin 3 l’apparition-parmi eux- du Sceau des prophètes qui allait renforcer leur position parmi les arabes polythéistes de la Médine. Paradoxalement, il s’en fallait de beaucoup pour que ces rabbins se doutassent que Dieu allait choisir Son dernier messager non pas parmi eux, mais parmi la plus noble famille arabe de la Mecque, celle des descendants du prophète Ismaïl, l’oncle d’Israël !

Salman passait les jours à attendre la grande nouvelle, celle de l’apparition du libérateur de l’humanité qui allait corriger toutes ses erreurs passées depuis Jésus (psl) et lui tracer le chemin de son salut.

 

Enfin, ce fut le grand jour tant attendu ! Il entendit son maître parler avec un visiteur. Il s’agissait d’une grande nouvelle à Yathrib Un homme, appelé Mohammad et prétendant être prophète, avait déjà campé à deux miles du centre de Yathrib, dans un lieu appelé Qoba; et plusieurs habitants de la ville s’étaient accourus à sa rencontre.

 

Salman n’en crut pas à ses oreilles de joie. Il décida de vérifier l’existence des signes de prophétie dont avait parlé son professeur l’archevêque chez ce nouveau arrivant à Qoba.

 

Les Signes De La Prophétie

 

Salman se rappela des quatre signes prédits par son professeur. « Voilà le premier signe déjà confirmé! Ce nouveau venu est bien un réfugié que les habitants de la ville des dattiers hébergent et soutiennent chaleureusement ! >>>

 

Salman attendit la fin de la journée. Dès qu’il fut nuit, il se faufila vers Qoba en prenant soin de prendre avec lui un peu de dattes. Il arriva rapidement chez le Saint Prophète, le salua et lui proposa les dattes comme aumône.

distribua entre ses compagnons sans en manger une ! Salman se dit alors: « Voilà le deuxième signe ! >>>

 

La nuit suivante, Salman revint chez le Prophète (pslf) et lui proposa encore des dattes, mais cette fois- comme cadeau!

 

Le Prophète (pslf) accepta le présent de Salman, le distribua entre ses compagnons et en mangea avec eux.

 

Salman se dit alors : « Voilà le troisième signe ! Entre Salman et la plénitude du bonheur il ne restait pas plus qu’un cheveu: Le quatrième signe qui est le Sceau de la Prophétie !

 

Bien que cet érudit en fût à la certitude, son esprit méticuleux et sa raison toujours en quête du savoir ne lui permirent pas de se contenter de ces trois signes. Il décida de guetter une occasion pour voir de ses yeux le sceau sacré !

 

Toutefois, Salman ne perdit pas son temps à attendre vainement puisqu’il n’était pas un homme à oser demander au Prophète de lui faire découvrir ses épaules. Il saisit toute occasion pour fréquenter les musulmans et s’approcher de leur prophète et profiter de son savoir, sublime et dépassant celui de tous les érudits, anachorètes et archevêques qu’il avait eu l’occasion de rencontrer.

 

La patience de Salman ne tarda pas à lui porter ses fruits. Lors des funérailles de l’un des

musulmans, le Saint Prophète portait un vêtement à deux pagnes dont l’un couvrait son tronc et le deuxième pendait autour de sa ceinture alors qu’il était parmi ceux qui portaient le cercueil du défunt.

 

Salman s’approcha du Saint Prophète, cria tout haut: «Salut à l’ami des opprimés et des déshérités. » Ceci dit, il fit une enjambée rapide pour se placer tout juste derrière le Saint Prophète Mohammad (pslf) qui connaissait déjà bien Salman et savait parfaitement ce qu’il cherchait, comprit aussitôt le but de son geste, son mouvement et son intention. Puis il décida de mettre fin à la curiosité de Salman, en lui exauçant son vœu intime sans que personne ne se rendît compte !

 

Le Prophète (pslf) fit un geste rapide par lequel son pagne supérieur fut renversé tout juste l’instant suffisant pour que Salman vit le sceau de la prophétie entre ses deux épaules.

 

En réalité Salman en fut plus soulagé qu’informé. Son âme gagna enfin sa quiétude, et sa raison la plénitude de la certitude. Il soupira, alors, comme tout bon musulman: Louange à Dieu, Seigneur des mondes !

La Liberté

Dès son adhésion à l’Islam, Salman tint à informer le Prophète (pslf) et ses fidèles de l’histoire de son esclavage.

 

Ce fut lors d’une réunion à la mosquée de la Médine, le Saint Prophète (pslf) y saisit l’occasion pour mettre en relief un aspect important de l’Islam, en l’occurrence son incitation à racheter la liberté à tous ceux qui en ont été privés. La libération de Salman fut un test pour tous les compagnons du Prophète.

 

Le maître de Salman, avare et sans scrupule, voyant que les musulmans sont décidés à libérer à tout prix son esclave, leur imposa un prix exorbitant: Planter pour lui trois cents dattiers en plus d’une quantité d’argent au poids d’une livre; sachant que le prix habituel d’un esclave ne dépassait généralement pas cette somme d’argent.

 

Cet opportunisme du vieux juif ne fit pas reculer Mohammad (pslf) et ses fidèles. Ils exécutèrent les ordres du maître de leur frère de foi Salman pour obtenir sa liberté.

 

En effet, le dur du travail -c’est-à-dire la plantation- fut accompli sous les ordres et les directives du Saint Prophète qui ordonna à Salman de creuser lui-même

 

les trois cents petites fosses alors que les compagnons devaient apporter les pousses de palmiers.

 

Une fois les creux prêts et les plantes apportés, le Saint Prophète les planta lui-même et à chaque fois il récitait une invocation pour qu’elle donnât ses fruits. Le Juif fût alors obligé de l’affranchir. Miraculeusement, toutes les trois cents plantes grandirent et satisfirent l’ancien maître de Salman.

 

Depuis le jour de sa liberté, Salman ne quitta jamais le Prophète (pslf). Il devint vite l’un de ses plus proches conseillers. Le Prophète (pslf) estimait-en faite- beaucoup sa grande expérience et ses connaissances d’érudits, qualités très rares parmi les musulmans de l’époque.

 

Avec la libération de Salman le persan après celle de Bilal l’Abyssin et Soheib le Byzantin, l’internationalisme de l’Islam connut sa première concrétisation. Cet internationalisme caractérisa même l’Etat Islamique en tant qu’institution, puisque certaines fonctions furent quasiment monopolisées par certains apôtres non arabes.

 

En effet, Bilal était le muezzin du Prophète (L’annonciateur de la prière) et Salman son principal conseiller dans la guerre et dans la paix.

 

Au Conseil De Défense

 

À mesure que l’Islam se propageait, l’Etat Islamique démontrait sa solidité; et le modèle de la société musulmane, attirait de plus en plus d’admirateurs. Les juifs de la Médine en étaient de plus en plus inquiets et voyaient tout cela d’un très mauvais œil.

 

Banou Qoraidha, l’une des tribus juives de la Médine, qui avait signé un pacte de défense et de coopération avec l’Etat musulman, entreprit la tâche à la fois- la plus maladroite et la plus sale de son histoire: En toute lâcheté, elle envoya ses émissaires à la Mecque pour inciter Abou Sofiane, son chef, à envahir la Médine !

 

Pour le convaincre, les émissaires juifs jurèrent devant le chef des mécréants qu’il suffisait à Qoraich et ses alliés de rassembler un grand nombre de combattants et de marcher sur la Médine pour en finir définitivement avec l’Islam et les musulmans. Pour encourager encore plus les mecquois, ils leur donnèrent toutes les garanties que Bani Qoraidha était prête à frapper les musulmans dans le dos le moment où ils s’y attendront le moins !

 

Bien que les tractations entre Bani Qoraidha et Qoraich fussent absolument secrètes, et les

                               

préparatifs de guerre, fussent sans bruits, le Saint Prophète apprit la nouvelle de la prochaine invasion de Qoraich. Il réunit ses compagnons pour un conseil de guerre. Les nouvelles provenant de la Mecque ayant fait état d’une grande armée de plus de dix mille guerriers alors que la meilleure mobilisation parmi les musulmans de la Médine pouvait réunir à peine un millier de combattants, la situation semblait à la fois critique et nouvelle.

 

Le Saint Prophète demanda conseil à ses compagnons; mais il était clair que la situation était très problématique à leurs yeux. En fait, les meilleurs d’entre eux se préparaient déjà au martyre ou à un miracle plus éclatant que celui de Badr. Parallèlement, les plus faibles avaient commencé déjà à réfléchir où pouvaient-ils encore trouver refuge !

 

Par ailleurs, la Médine regorgeait d’hypocrites qui n’avaient déclaré leur conversion à l’Islam que pour préserver, au sein du nouvel Etat, leurs anciennes positions sociales. Ils avaient réussi à dissimuler leur ancienne foi païenne à laquelle ils tenaient toujours. La plupart de ces hypocrites étaient en très bon terme avec les juifs de la Médine et attendaient impatiemment le jour de l’effondrement de l’Etat Islamique. Ainsi, l’existence des juifs de la Médine côte à côte aux

 

hypocrites constituait un inhibiteur très actif devant tout effort de mobilisation de grandes envergures. pour cela que le Saint Prophète ne pouvait point compter sur plus d’un millier de combattants bien que, numériquement parlant, la Médine pût facilement fournir trois à quatre mille défenseurs s’il le fallait !

 

La situation était belle et bien critique et le choix défensif s’imposa rapidement parmi l’assistance. Le conseil de guerre se transforma en conseil de défense militaire et civil. Et il y était question seulement de débattre à propos des moyens adéquats pour défendre la ville, et résister au siège !

 

Ce fut alors que Salman prit la parole et proposa au Saint Prophète d’appliquer une astuce défensive que les Perses avaient l’habitude de pratiquer: Il s’agissait de creuser un large et profond fossé tout autour de la Médine!

 

L’idée fut singulièrement étonnante et bizarre pour la plupart des compagnons du Prophète qui ne pouvaient même pas imaginer la faisabilité d’un tel projet.

 

Le Saint Prophète mit fin à la stupeur et à la perplexité de ses compagnons et approuva aussitôt le projet de Salman tout en prenant soin de rappeler à ses fidèles qu’il n’y avait plus de temps à perdre et qu’il fallait à tout prix- éviter les sabotages.

Pour réussir à terme ce projet audacieux, il fallait aux musulmans compter uniquement sur les services des fidèles volontaires et éviter toute mobilisation forcée et obligatoire qui risquait de laisser pénétrer plusieurs saboteurs hypocrites.

 

Finalement, seulement un millier de musulmans prirent en charge l’exécution de ce projet qui consistait à creuser un fossé long de cinq mille mètres autour de la Médine avec une largeur maximum de neuf mètres et une profondeur de sept mètres environ.

 

Le Fossé

Pour parfaire l’organisation des travaux, le Saint Prophète chargea chaque dizaine de fidèles de creuser quarante mètres du fossé. Le travail se vit transformé en une véritable épopée dans laquelle s’opposait la bienveillance de la sueur écoulée pour l’amour de Dieu, à la malveillance du temps qui pressait impitoyablement ! En effet, la sueur abondante de ces travailleurs volontaires et on ne peut plus motivés devait tenir tête au temps qui s’écoule froidement et implacablement au rythme de l’avancée des armées polythéistes.

 

Ce fut bien le mois de Ramadan et les musulmans étaient en jeûne, mais leur enthousiasme et leur endurance dans cette tâche si

pénible et si épuisante n’en étaient nullement altérés, et le travail avançait à merveille. Alors que Salman et son équipe de travail creusaient leur part du fossé, ils furent arrêtés par un grand rocher qui s’avéra incassable. Salman partit à la rencontre du Prophète pour lui demander la permission de contourner le rocher et changer le trajet du fossé. Mais le Saint Prophète préféra résoudre lui-même ce problème, et il y avait bien de raisons pour cela.

 

En effet, voyant le rocher, le Maître des Créatures ordonna de lui apporter de l’eau et il la versa sur le bloc blanc et intraitable. Ensuite il leva tout haut sa pioche en disant: << Au nom de Dieu », et l’abattit d’un coup sec sur le rocher qui en vit s’effriter son tiers en miettes. Le Saint Prophète s’écria: <<< Dieu est le plus Grand, voilà les clés de la Syrie qui me sont données. Par Dieu, j’en aperçois déjà les palais. >>>

 

Ensuite, il frappa le rocher une seconde fois. Le second tiers s’effrita -lui aussi 2en miettes, et le Saint Prophète s’écria: << Dieu est le plus Grand, voilà les clés de la Perse qui me sont données. Par Dieu j’aperçois déjà le palais de Madaën (capitale de la Perse). >>>

 

Finalement, le dernier tiers du rocher ne put lui aussi résister au coup miraculeux du Maître des Créatures qui s’écria alors: << Dieu est le plus

Grand, voilà les clés du Yémen qui me sont données. Par Dieu, j’aperçois déjà les portes de Sanda ».                                                                                                                              

 

Ici, la Médine connut le lancement d’un second projet non moins important que celui du fossé. Ce nouveau projet était lui aussi un fossé mais invisible à l’œil nu, bien qu’appréhensible par la raison et l’esprit. Ce fut le fossé entre les croyants et les hypocrites, entre la foi certaine et inébranlable, d’un côté, et l’incertitude de l’incroyance, qui frôle l’incrédulité, d’un autre côté !

 

Avec les trois présages du Maître des Créatures, les croyants se virent récompensés et comblés d’espoir, quand bien même leur jouissance personnelle de cette récompense était incertaine, alors que les hypocrites se virent à la fois choqués et désappointés. Ils tentèrent vainement de semer le doute parmi les âmes pures des hommes du fossé en disant: «Comment pouvez-vous croire à la conquête des territoires Perses, Byzantins et Yéménites alors que vous êtes en train de creuser un fossé de défense autour de Yathrib?>>>

 

De telles paroles, bien que démoralisantes et défaitistes, ne pouvaient visiblement rien contre la quiétude confiante et certaine, qui animait les fidèles compagnons du Prophète, le moral au zénith, surtout après le triple présage.

Quand à Salman, il ne s’agissait sans doute- pas d’un regain de confiance ou d’une montée de moral. Sur ce plan, il était un modèle pour ses coéquipiers et peut être pour la plupart des hommes du fossé. Mais le triple présage lui apporta, quand même, un je ne sais quoi de sublime, à travers lequel, il put embrasser les perspectives ambitieuses plus les l’internationalisme Islamique. de

 

Depuis ce jour, Salman comprit que son peuple allait avoir enfin droit à l’affranchissement et que les siècles d’oppression impériale et féodale allaient bientôt arriver à terme en Perse. C’était avec ce grand espoir que Salman vécut jusqu’au jour où il fut chargé lui-même de concrétiser cet affranchissement historique.

 

En un mois, le fossé fut creusé, et la Médine prête à se défendre. Entre temps, quelques équipes de fidèles avaient apporté toutes les récoltes des champs et des plantations situées hors de la ville, à l’intérieur; constituant ainsi des provisions considérables pouvant aider les habitants à tenir bon le long du siège.

 

Enfin, les envahisseurs arrivèrent, mais trop tard pour surprendre les musulmans. Ils furent, du coup, désarmés par la vue du fossé. Toutes les tentatives de traverser cet obstacle se révélèrent vaines et même le champion des arabes                          

Amre ibn Abdou Ouedd qui put en faire l’exploit, trouva vite la mort dans le célèbre duel qui l’opposa à l’Imam Ali (psl). Finalement, après un moi de siège rigide et pénible pour les musulmans mais totalement stérile pour leurs ennemis, une grande tempête inopinée, réussit à convaincre Abou Sofiane de retirer ses troupes et revenir à la Mecque bredouille, abandonnant, ainsi, Bani Qoraidha à leur sort après leur trahison lâche et impardonnable.

 

Le Sacre De Salman

Après la levée du siège et le départ honteux des armées polythéistes, les musulmans se retournèrent vers les traîtres de Bani Qoraidha, et leur infligèrent le châtiment que le juge, désigné par eux même, en l’occurrence Saâd ibn Moàdh, ordonna courageusement.

 

La crise de l’invasion et de la trahison de Bani Qoraidha étant surmontée, les musulmans se rassemblèrent autour du Saint Prophète dans la mosquée, non pas pour chanter et danser comme il est toujours le cas ailleurs qu’en terre d’Islam, mais pour tirer les leçons morale et politique de cette grande victoire.

 

En effet, ce fut une victoire où les musulmans n’eurent pas à se battre, mais tout simplement- à exécuter méticuleusement les ordres de leur

Prophète, et compter totalement sur l’aide de fut décise de spectaculaire disperser les armées assaillantes après leur avoir lancé la terreur et le désordre dans le cœur et entre les rangs!

 

Ce fut encore une victoire où l’apport d’une autre civilisation, celui du grand empire de Perse, vint au secours des musulmans arabes très peu connaisseurs en matière de grands travaux Salman joua le rôle d’un pont aérien par lequel un transfert de technologie de guerre de la Perse vers la Médine fut réalisé.

 

Bien que ce fût la terreur engendrée par des tempêtes inopinées qui joua le rôle décisif dans la dispersion de l’ennemi, la plupart des musulmans réunis dans la mosquée eurent plutôt tendance à mettre cette victoire au compte du fossé ! Et plus précisément, ils regardèrent Salman d’un œil admirateur le considérant comme héros principal de la bataille! Les Ansares crièrent avec orgueil : Salman est des nôtres, nous les Ansares ! », Faisant allusion à l’époque où Salman fut esclave du vieux juif de Médine !

 

Les Mouhajirines répondirent: « Salman est plutôt des nôtres », Rappelant que Salman n’était pas originaire de la Médine et qu’il était en quelques sortes un Mouhajir!

 

En fait, les Mouhajirines et les Ansares se disputaient un honneur qui n’appartenait en réalité ni aux uns ni aux autres ! Le Saint Prophète trancha la polémique d’un seul mot qui eleva Salman à un grade auquel- seuls les proches parents de la progéniture prophétique peuvent accéder: « Salman est des nôtres, nous, Ahlul Bayt (Les gens de la maison du Prophète)! Puis il ajouta: «Ne dites jamais Salman Le Persan, mais appelez-le plutôt Salman Le Mohammadien (Al Mohammadi).»

 

Un Paradisiaque Sur Terre

 

Le siège de la Médine était suffisant pour mettre en relief la personnalité de Salman et de la faire sortir de l’ombre. Depuis lors, il devint l’un des illustres conseillers du Prophète (pslf) Jamais, il ne ratait les campagnes et expéditions dans lesquelles, son maître bien-aimé participait en personne. Ainsi, Salman fut présent dans toutes les batailles contre les tribus juives ennemies soit à la Médine, soit à Khaybar. Il était en plus l’un des premiers qui furent le serment sous l’arbre appelé serment du « Radhwan >>>; c’est-à-dire serment de ce qui méritaient la satisfaction de Dieu. Salman participa aussi à la conquête de la Mecque, puis à la grande bataille de << Hounaine >>> et enfin, à la grande marche vers << Tabouk >>.

Dans toute cette compagnie avec le Maître des Créatures, Salman était toujours le modèle du fidèle inconditionnel et du conseiller avisé et part et d’autre. Était sans doute, l’éloge le plus remarquable fut celui du Saint Prophète lorsqu’il dit : « Le Paradis S’impatiente d’accueillir trois personnes : << Ali, Ammar et Salman ! ». Ou encore, le célèbre ordre d’amour dans lequel Salman est cité avec Ali, Abou Zhar et Miqdad, et que nous avons vu dans les numéros précédents.

 

De toute façon, le haut rang de Salman fut, à maintes reprises, confirmé par plusieurs paroles prophétiques. Sur ce point il n’y a aucun litige entre les historiens.

 

Salman était donc l’un de ces hommes paradisiaques qui vivaient sur terre et constituaient le deuxième aspect de l’argumentation de Dieu devant Ses créatures. En effet, le premier aspect concrétisé par les prophètes et les infaillible élus par Dieu lui-même, ne peut, à ce titre, constituer une argumentation complète pour des humains ordinaires, l’argumentation divine doit sa plénitude à cette catégorie d’hommes paradisiaques qui s’étaient perfectionnés eux-mêmes, et y avaient réussi à merveille!

 

Bien entendu, le secret de réussite de cette deuxième catégorie d’illustres réside dans leur

loyauté et fidélité inconditionnelles à la ligne des purs infaillibles de la première catégorie.

 

Contre Le Tribalisme Des Hypocrites L’État Islamique étant fondé par le Saint

 

Prophète sur des bases foncièrement internationalistes et anti-tribaliste, les hypocrites de tout acabit, avaient toujours visé cette dimension comme cible préférée de leurs attaques, à peine déguisées. À plusieurs reprises, les hypocrites de la Médine avaient tenté de raviver les vieilles rancunes à peine oubliées- entre les deux grands tribus de la ville: les Khazrajs et les Aouss.

 

Avec la conquête de la Mecque, la société Islamique connut une recrudescence quantitativement considérable du phénomène des hypocrites, surtout avec l’adhésion forcée à l’Islam des « Tolaqa»: Ceux qui avaient été graciées le jour de la conquête de la Mecque et qui comprenaient les plus grandes têtes pensantes de Qoraich dont les plus célèbre étaient sans doute- Abou Sofiane, son fils Mouʿâwiya et son cousin Marwane.

 

Ces nouveaux hypocrites ne purent en réalité pas supporter la plupart des nobles valeurs de l’Islam. Ainsi, s’ils étaient obligés de se taire quant aux valeurs unanimement admises comme

 

étant fondamentales, ils concentrèrent leurs actions destructives sur des dimensions de l’Islam moins mises en évidence telles que l’interdiction des tendances tribales et chauvinistes.

 

En effet, s’il est vrai que le Saint Prophète avait à maintes reprises insisté sur cette noble valeur, comme en disant: « Il n’y a nulle priorité ou supériorité d’un arabe sur un non arabe sauf par la piété ! » Il est tout aussi vrai qu’il était impossible de mater les sentiments préislamiques tribalistes chez la plupart des arabes musulmans, en un laps de temps si court. L’arrivée des gens comme Abou Sofiane à la Médine rendit cet état d’esprit encore plus vif; et des illustres musulmans non arabes se trouvèrent de plus en plus visés par les << Coups bas >> des hypocrites.

 

Un jour, Salman était en train de discuter avec ses deux frères de foi Bilal l’Abyssin et Soheib le Byzantin quand Abou Sofiane apparut au bout du chemin. Ce vieux retors de la Mecque fut visiblement provoqué de les voir tous les trois dans une ambiance si cordiale. Il leur jeta un regard hautain et dédaigna même de leur adresser le salut fortement recommandé en Islam. Un tel geste étant toujours pris pour une insulte, les trois apôtres décidèrent de donner une petite leçon à l’Hypocrite de Qoraich. Ils dirent alors: « Qu’avaient pris, les épées, de l’ennemi de

 

Dieu? Abou Sofiane alla raconter la scène à Abou Bakre qui fut facilement provoqué par ses propos fallacieux, et crut un moment que c’était la dignité de toute la tribu de Qoraich qui était en cause! Et il alla protester contre leur geste en leur disant: «Dites-vous donc ceci au grand de Qoraich et son chef? >>>

 

Abou Bakre ne se contenta pas de ces paroles et alla même se plaindre au Saint Prophète et lui relata toute l’histoire !

 

Le Saint Prophète fut choqué non pas par les paroles des trois fidèles mais par la réaction de son vieux compagnon Abou Bakre qui venait de démontrer qu’il avait encore beaucoup de choses à apprendre en Islam. Il se retourna vers lui et l’apostropha d’un ton sévère : « Ô Abou Bakre ! Les as-tu mis en colère? Si tu l’as fait, tu as mérité la colère de Dieu ! »

 

Abou Bakre fut alors très désolé de sa réaction fort maladroite et très précipitée; et il alla rapidement demander pardon aux trois apôtres.

 

Ce ne fut pas la dernière fois que des compagnons, pourtant vieux, du Prophète, démontraient que certains aspects de l’Islam étaient encore incompris ou mal compris ou même inacceptable à leurs yeux !

Salman Et La Succession

 

Depuis le pèlerinage d’adieu, la déclaration du testament du Prophète (pslf) à L’étang de Khom, les musulmans furent divisés en trois lignes de pensée:

 

Les loyalistes inconditionnels fidèles au texte de L’étang de Khom et prêts à l’appliquer à n’importe quelle prix. Salman fut, bien entendu, l’un des plus remarquables chefs de cette ligne qui comprenait un quinzaine de grands apôtres, dont notamment Abou Zhar, Miqdad, Ammar ibn Yasser, Obey ibn Kaâb, Zoubeyr ibn Awam, Ossama ibn Zeyd, Abou Ayoub al Ansari, Abdullah ibn Massoud etc..

 

-Une ligne de pensée arriviste et opportuniste, celle de ceux qui refusaient la succession de l’Imam Ali, soit p²-(Pour la simple raison qu’elle leur

barrait définitivement la route au pouvoir, soit parce qu’elle assurait la continuité de la politique sociale et économique basée sur la justice et 3 l’égalité, politique      amorcée par le Saint Prophète. On trouve dans cette ligne politique, aussi bien des notables de la Médine que des chefs de Qoraich; mais les plus redoutables étaient les nouveaux convertis (Tolaqa) de Bani Omeyya qui voyaient d’un très mauvais œil la prise du pouvoir par leurs rivaux et cousins: Bani Hashim.

 

L’opposition de ce groupe était d’autant plus influente, qu’il jouissait d’une puissance financière capable de mobiliser tous les hypocrites, les faibles de foi et les mercenaires, dont regorgeait la société musulmane.

 

-La ligne majoritaire des compagnons du Prophète qui, voulant être pragmatiques ou réalistes, allaient mettre à l’écart à la fois l’une et réalistes, des deux premières tendance sous prétexte d’éviter une apostasie générale de Qoraich.

 

Dès le décès du Prophète, les arrivistes se rallièrent à la ligne majoritaire pour former un consensus autour de la nomination d’Abou Bakre comme Calife. En réalité, ce choix fut imposé pour la première fois par une minorité de compagnons au Hangar (Saquifa) de Bani Saaïda, puis confirmé par la grande majorité des musulmans.

 

Au cours de tout ce processus, le grand absent fut Ali (psl) et l’ensemble de Bani Hashim, totalement occupés par les funérailles du Saint Prophète.

 

Nous avons déjà vu dans les numéros précédents que la protestation de l’Imam Ali (psl) et de ses fidèles loyalistes se poursuivit jusqu’au décès de la Sainte Fatima (paix sur elle) et la recrudescence du fléau d’apostasie collective et de rébellions de plusieurs tribus arabes.

 

Nous avons vu aussi que, finalement, il accepta de prêter serment de fidélité au nouveau calife. Jusqu’alors Salman refusait aussi de légitimer l’investiture d’Abou Bakre, mais dès qu’il reçut l’ordre de l’Imam Ali de prêter serment au calife, il s’exécuta sans hésitation.

 

Un Loyaliste Savant

La loyauté de Salman, et son attachement au Saint Prophète (pslf) et à son successeur testamentaire Ali (psl), n’étaient pas simplement des reflets d’une fidélité d’un sujet envers un bon maître. En effet, la science dont Salman était doté, dépassait de loin le niveau de connaissance de ses frères de foi.

 

Ici, il est peut être nécessaire de rappeler que la connaissance de l’Islam est une science graduelle comprenant des étapes de plus en plus compliquées et de moins en moins ouverte grand public. Force est de constater qu’à un certain stade de la connaissance de l’Islam, la vision du monde et de l’existence peut connaître une transformation radicale d’une telle importance qu’elle devient incompréhensible pour certains. Cette complexité peut se traduire par le fait que les musulmans, au stade inférieur de la connaissance, peuvent très mal interpréter le comportement de ceux du stade supérieur.

Pour illustrer cette réalité qui est, d’ailleurs, commune à la plupart des religions célestes, citons un célèbre hadith (Parole du Prophète): Si jamais Abou Zhar découvrait ce qu’il y a au fond du cœur de Salman, il le méconnaîtrait. >>>

 

Remarquons ici qu’il s’agit bien du grand Abou Zhar et non pas d’un compagnon ordinaire du Prophète ! Une deuxième illustration s’impose. Cette fois

 

elle vient de la bouche même de Salman. Bien avant le décès de la Sainte Fatima, et seulement quelques semaines après l’événement de la Saquifa, et lorsque l’Imam Ali fut guidé par force vers la mosquée pour légitimer la nomination d’Abou Bakre comme calife, il était suivi de près d’un petit groupe de fidèles prêts à le secourir s’il en était besoin. Ce groupe contenait entre autre Salman, Miqdad et Ammar.

 

Alors que Miqdad avait sa main sur son épée tout le long du trajet et regardait l’Imam Ali dans l’attente du moindre signe pour passer à l’attaque, Ammar était visiblement choqué par le spectacle de son maître Ali tiraillé avec insolence par son porte-épée et commençait à se poser des questions auxquelles seul Salman pouvait répondre.

 

Ammar demanda alors à Salman: << Regarde donc, avec ça, peut-on encore dire qu’il est l’argument de Dieu ! ».

La violence de la scène et le poids de la surprise avait fait visiblement oublier, ne serait-ce qu’un instant, à ce grand apôtre, qui n’était pas pourtant des moindres, que la force, toute la force, résidait dans cette patience de l’Imam Ali et son silence devant la plus grande provocation de sa vie. Salman n’ayant pas oublié un instant cette vérité, rétorqua vivement à Ammar en montrant du doigt le ciel puis la terre: << Bien sûr que oui ! Par Dieu, s’il l’avait voulu, il pouvait renverser

 

cela sur ceci ! >>> C’était cela donc le loyalisme de Salman: Une connaissance profonde de l’Islam et du rang de

 

l’argument de Dieu sur terre. Durant le règne des deux premiers Califes, la société musulmane était pratiquement bicéphale : Un pouvoir politique duquel <<< Ahlul Bayt >>>>

 

furent exclu et un pouvoir religieux et scientifique quasiment monopolisé par Ahlul Bayt et leurs fidèles dont Salman, Ibn Massoud, Obey ibn

 

Kaâb, étaient les plus remarquables. L’Imam Ali ne manquait aucune occasion pour rappeler à ses disciples et fidèles le rang scientifique de Salman. À maintes reprises, il disait:

Salman est des nôtres, nous Ahlul Bayt.

Salman est comparable à Luqman le sage.

Salman a le privilège d’avoir lu, la plupart des livres saints.

 

L’Affranchisseur D’Une Nation

 

La conquête de la Perse est considérée par la plupart des historiens comme le plus grand exploit de deuxième Calife Omar et du chef des armées musulmans de la Mésopotamie, Saâd ibn Abi Waqqas. Rares sont ceux qui se rendent compte que derrière cet exploit militaire, il y avait une réalité d’un poids décisif qui fit la différence entre la conquête de la Perse et celle de la Syrie. Cette réalité peut être résumée dans la collaboration des peuples de l’empire Sassanide avec les armées musulmanes qui étaient accueillies comme des forces de libération et non pas d’occupation. Cette collaboration n’aurait jamais pu être possible sans l’existence de Salman qui était le conseiller et l’interprète du commandant en chef des armées. Salman joua un rôle décisif dans la soumission des différentes villes persanes sans résistance. Il réussissait miraculeusement et à chaque fois, à convaincre les chefs locaux que les musulmans n’étaient pas des conquérants mais plutôt des libérateurs qui allaient affranchir les masses populaires de la

 

double oppression de la dynastie Sassanide et du corps sacerdotal zoroastriste. Après l’effondrement total de l’empire Sassanide, le deuxième Calife Omar désigna Salman comme gouverneur de Madaen, dernière capitale Sassanide. Salman comprit que sa fonction était fort

 

délicate et qu’il lui fallait concrétiser la morale magnanime de l’Islam pour attirer les populations vers la religion de Dieu. Ainsi, il était le symbole de la justice Islamique. Très rapidement, les nouvelles de ce gouverneur ascète parcoururent les rues de la ville.

 

Il touchait cinq mille dirhams comme rémunération mensuelle mais les dépensait en entier sur les pauvres de la ville! Sa vie était -on ne peut plus- simple.

 

De surcroît, chaque jour il achetait des palmes avec un dirham, en fabriquait des couffins et les vendait à trois dirhams dont il dépensait un dirham sur sa famille, un autre sur la voie de Dieu et avec le troisième, il achetait des palmes pour continuer son travail! Ses vêtements étaient si simples et ordinaires qu’il était impossible de le reconnaître lorsqu’il se mêlait à la foule.

Un jour, un marchand, croyant que le gouverneur Salman était un manœuvre, lui demanda de transporter pour lui quelques

 

marchandises. Salman obéit sans rien dire et marcha derrière le commerçant. Au passage, plusieurs habitants de la ville reconnurent leur gouverneur et le saluèrent d’un ton respectueux. Le marchand en fut étonné et demanda à un passant qui serait ce pauvre manœuvre ?

 

Il lui répondit que c’était bien Salman le grand apôtre du Prophète et le gouverneur de la ville. Le marchand, tout confus, pria Salman de déposer les charges qu’il portait et de lui pardonner son ignorance. Mais l’apôtre du Prophète insista à aider le marchand et transporter les charges à leur destination. Le marchand comprit alors qu’il avait affaire à un Saint (Walioullah).

 

La Fondation De Koufa

 

Les musulmans, venus à la conquête de l’Irak, comprirent qu’il leur valait mieux éviter d’habiter les villes persanes nouvellement converties à l’Islam. Salman et Hozheyfa fils de Yamane firent une enquête sur le lieu le plus convenable pour fonder une nouvelle ville pour les arabes musulmans. Finalement, ils choisirent la terre de Koufa et recommandèrent au commandant en chef Saâd d’y construire la nouvelle capitale de l’Irak.

D’après ces quelques bribes d’information, on peut déjà comprendre pourquoi l’ensemble des

iraniens se convertirent rapidement à l’Islam alors que la plupart des chrétiens de la Syrie conservèrent leur religion chrétienne. En effet, il y a une grande différence entre la politique sage de Saâd et de Salman qui, évitèrent de provoquer les habitants autochtones et construisent un lieu de résidence pour toutes les armées du Djihad alors que Mouʿâwiya, le gouverneur de la Syrie, occupa les anciennes résidences royales et son entourage Omeyyade se transforma petit à petit en une véritable cour royale.

 

Bref, les habitants de la Syrie n’avaient pas pu voir la grandeur de l’Islam; et si ce n’était pas l’exil d’Abou Zhar au sud du Liban et la prédication salutaire qu’il avait fait, lui et Miqdad ibn Amre, il n’y aurait aucune raison pour des conversions massives à l’Islam !

 

Sous Le Règne De Othmane

 

Tout comme la plupart des bons gouverneurs, Salman fut limogé par Othmane. Ce fut un soulagement pour cet ascète qui désirait passer sa vie entre les lieux saints et les premières lignes du front.

Ainsi, Salman regagna la Médine pour visiter son maître bien aimé puis repartit vers les lignes

du front du Djihad qui était alors à Boulenjord en Caucase.

 

L’Art Du Défie

 

Après de longues années de Djihad et de prédication discrète, Salman regagna finalement Madaën pour y passer ses derniers jours.

 

Il était alors très vieux, mais personne ne connaissait au juste son âge. D’ailleurs, à quoi pouvait-il être utile de connaître l’âge d’un homme dont la vie était un long défit du temps? Ce qui était certain, c’est que Salman avait pu

 

bien supporter et exploiter sa longue vie! Et dans

 

l’histoire on trouve très peu de gens qui ont réussi le double exploit de vivre longtemps et ne jamais fléchir.

 

Salman a su défier le temps en restant loyaliste et internationaliste dans toutes les circonstances:

 

Chaque fois qu’il s’agit d’exécuter une fonction administrative, il n’oublie point qu’il devait rallier le camp des déshérités et, du coup, il se transforme en un Abou Zhar comme il se doit!

 

Lorsqu’il s’agissait de bouder un pouvoir Omeyyade injuste, à peine déguisé sous l’habit sacré du Califat, il s’empressait d’enlever les haillons d’Abou Zhar et joindre les premières lignes du front du Djihad, en quête du martyre !

Enfin, lorsque l’âge ne lui permettait plus de porter les armes, il regagna Madaën plutôt que la Médine bien qu’il aurait bien voulu terminer ses jours aux côtés de son maître bien-aimé, de peur que sa présence constituât une quelconque provocation à la suite de Othmane !

 

Décidément, c’est la loyauté de l’érudit qui s’était combinée au loyalisme de l’apôtre pour donner à l’histoire de l’humanité une si grande personnalité qui maîtrise admirablement l’art de défier les épreuves du temps !

 

Les Derniers Instants

Les derniers jours de Salman ne furent pas nombreux. Quelques visiteurs purent venir lui faire les derniers adieux et contempler pour une dernière fois le visage d’un proche de Dieu prêt à l’ascension ultime.

 

Un jour Salman, voyant arriver l’échéance de sa vie, décida de s’apprêter à la rencontre des Anges. Il demanda alors à sa femme de lui apporter une bourse qu’il lui avait demandée autrefois de cacher. Elle lui apporta ce qu’il avait demandé et il s’expliqua:

 

<< Mon bien-aimé, le Messager de Dieu, m’avait dit: Lorsque tu trouves la mort, tu auras la visite de quelques-uns qui apprécient le parfum et ne mangent pas de nourriture ! ».

 

Cela dit, le vieil érudit ouvrit la bourse et l’arrosa avec un peu d’eau. Une odeur exquise et agréable remplit alors toute la chambre. C’est alors que Salman demanda à sa femme d’ouvrir la porte. Des instants lumineux, dont seuls Salman et ses visiteurs célestes connaissent le secret, s’écoulèrent et le vieil apôtre ferma les yeux pour partir paisiblement de ce bas monde.

 

Le Mausolée

 

Dans une région très visitée par les touristes à cause d’un monument historique en l’occurrence le dernier grand palais Sassanide (Taq Kisra), le visiteur peut encore trouver le mausolée de Salman. Cet édifice est communément appelé <<< Salman e Pak >> (Salman le pur). Ce sont les habitants de Madaën qui l’avaient

 

appelé ainsi. En effet, pour cette population assoiffée de justice et de morale magnanime après des siècles d’oppression impériale et d’injustice féodale, Salman était le modèle de l’homme parfait et pur qui représentait la plénitude de la perfection morale.

 

Madaën demeura fidèle à Salman et à ses idéaux. Ce fut de cette ville que le soutien et la sympathie active pour Ahlul Bayt (La progéniture du Prophète) allaient toujours prendre source.

 

En effet, ses habitants savaient, depuis l’époque de Salman, que l’appartenance à la famille du Saint Prophète n’est pas une question de lien de Sang, mais plutôt une adhésion par conviction et un engagement total sur la voie de Dieu, sous les ordres d’un pur infaillible qui concrétise pour tout musulman la faisabilité de sa tâche.

 

Bref, Salman était une preuve, pour tous ceux qui voulaient le comprendre, que le chemin ascendant vers la perfection n’est pas hors de la portée des humains ordinaires; et qu’il suffisait de se désintéresser des attractions de ce bas monde pour garantir le sort sublime dont Salman put jouir.

 

Fin

les apôtres – (6)

MIQDAD IBN AMRE

 

 

Par:

 

Chèkib BEBENDIRA

 

Thèmes sélectionnés par:

 

  1. ESSAYED

 

Fondation Ansariyan

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pbsl)¹ et étaient de véritables 3 concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

  • Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir. Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

Miqdad: Le Croyant Discret

Miqdad fils de Âmre était un jeune de la tribu de Kinda qui résidait très loin de la Mecque et hors de la zone d’influence des événements qui s’y passaient.

La providence qui préserva à Abou Zhar le prestige d’être le premier penseur du désert, et l’honneur d’être le premier à connaître les vertus de l’Islam avant même la rencontre de son Prophète, réserva aussi à Miqdad une destinée parallèlement glorieuse et également honorable.

En effet, Miqdad quitta -tout jeune- sa tribu pour se réfugier à la Mecque où une famille de Qoraich l’accueillit et l’adopta comme l’un de ses enfants. Le chef de cette famille Al Asswad Ibn Yaghouth alla jusqu’à même l’appeler de son propre nom.

Ainsi, Miqdad fut longtemps connu par le nom de: <<Miqdad ibn Al Asswad >> jusqu’à la déclaration de la prohibition de la parenté adoptive par le Saint Coran. Toutefois, la plupart des musulmans persistèrent quand même à l’appeler fils d’Al Asswad. Et c’est pour cela qu’on le retrouve dans la plupart des manuels d’histoire Islamique sous ce nom.

La grande valeur de Miqdad ibn Al Asswad tarda relativement beaucoup à se faire connaître auprès des musulmans. Ainsi, entre la conversion de Miqdad à l’Islam et son ralliement spectaculaire aux musulmans, plusieurs années s’écoulèrent, au cours desquelles il fut inconnu 3 sauf par quelques fidèles du Prophète.

Seul le Messager de Dieu et quelques rares proches de ses fidèles connaissaient donc l’histoire secrète de ce soldat inconnu. Bien que Miqdad n’eût que vingt-quatre ans lors de la révélation, il ne tarda pas à nouer les contacts et liens les plus solides et les plus discrets avec le Messager de Dieu.

Le Saint Prophète (pslf) lui demanda lui- même de garder sa foi dans le secret absolu et de continuer à mener son rythme de vie habituel parmi Banou Zohra, la sous tribu de son tuteur al Al Asswad.

A ce titre, on peut dire que la biographie de Miqdad fait partie de l’histoire secrète de l’Islam plutôt que de son histoire connue et rédigée. C’est certainement ici que plusieurs pieds ont glissé: En effet, certaines sectes se proclamant de l’Islam sont allées même jusqu’à faire de Miqdad une divinité mythologique! Mais nous allons nous contenter ici des faits sûrs et certains s’appuyant sur des récits probants consultables dans plusieurs manuels d’histoire Islamique.

Un Apôtre Discret

Miqdad fut donc l’un des premiers à se convertir à l’Islam. Au cours de longues années de sa discrétion, il dut subir la double épreuve de la patience et de l’activité secrète.

Pour un vaillant combattant comme le jeune Miqdad, cette épreuve n’était pas du tout facile, et il eût beaucoup plus voulu faire valoir ses qualités guerrières au service de la défense des musulmans persécutés. De surcroît, si la pointe de son épée s’avérait mal placée, ses qualités d’orateur éloquent auraient pu bien se révéler encor plus efficaces ! De toute façon, le silence était pour Miqdad une épreuve dure dans laquelle il devait absolument réussir.

Miqdad se plia aux ordres du Messager de Dieu qui décida de garder dans le secret absolu la conversion à l’Islam de certaines personnes jouissant de qualités exceptionnelles ou de positions sociales spécifique ou influente, leur permettant de servir précieusement la cause de l’Islam. Nous avons déjà vu qu’Abou Taleb, l’oncle protecteur du Prophète, était le chef de file de ce groupe; et qu’un autre oncle du prophète, Abbas, le secondait dans cette discrétion utile, et la continuait après lui. En réalité, l’histoire secrète de l’Islam est beaucoup plus riche que cela; et nous voila maintenant devant un autre cas de musulman discret qui sut profiter pleinement, aussi bien de l’étape de sa discrétion que de celle qui suivit sa déclaration spectaculaire de sa conversion à l’Islam.

La Hijra

L’ordre de Dieu à Lui pureté descendit à son Prophète de s’exiler à la Médine et d’y constituer un noyau d’un premier Etat Islamique. Dans les numéros précédents de cette série, nous avons eu l’occasion de prendre état des rôles joués par quelques grandes figures de l’Islam dans la préparation et la réussite de cette grande émigration appelée <<< Hijra >>.

Miqdad attendit le départ de tous les musulmans vers la Médine et fut témoin de la Hijra du Messager de Dieu (pslf).

Après ce grand événement, il patienta encore dans l’attente du moment opportun pour mettre ses qualités guerrières au service de la foi.

Lorsque l’Etat Islamique fut constitué et établi à la Médine, les besoins défensifs se firent sensiblement sentir. En effet, avec la spoliation systématique et générale des biens des musulmans à la Mecque, organisée par les mécréants de Qoraich, le Saint Prophète reçu l’ordre divin de procéder à des représailles visant les caravanes commerciales contenant les biens des idolâtres mecquois. Ainsi, les musulmans pourraient récupérer au moins une part de leurs fortunes perdues à la Mecque,

C’était à ce moment-là que Miqdad vit sa mission secrète venir à terme, et une nouvelle page de sa vie s’ouvrit avec un nouveau rôle et d’autres perspectives.

Un Ralliement Spectaculaire

Le Saint Prophète (pslf) ordonna donc à ses fidèles de lancer des expéditions de représailles contre les caravanes commerciales des idolâtres agresseurs.

Nous avons déjà vu dans le 3ème numéro de cette série que Hamza, le maître des martyrs, fut le commandant de la première expédition de représailles ordonné contre une caravane de Qoraich.

Les nouvelles de l’une de ces expéditions parvinrent à la Mecque. Abou Soufiyan annonça l’alerte générale pour préparer un corps de cavaliers pour aller combattre l’expédition musulmane.

Miqdad comprit qu’il n’y avait plus aucun sens à son ancien rôle de discrétion parmi Qoraich. Il décida alors d’entamer une nouvelle étape de vie.

En réalité, Miqdad n’était pas seul dans sa discrétion: Outba fils de Ghazwane s’était converti, lui aussi discrètement, à l’Islam et avait su gardé sa foi dans le secret.

Miqdad et Outba se mirent d’accord pour faire une déclaration de foi choquante et sans précédent. Ils partirent avec la campagne d’Abou Soufiyan à la rencontre de l’expédition musulmane.

Abou Soufiyan était à la tête de deux cent cavaliers armés jusqu’aux dents, lorsqu’il atteignit la vallée de « Rabegh >> où il rencontra l’expédition musulmane qui ne comptait que soixante combattants très peu équipés.

Alors que les deux belligérants étaient encore à la phase du tir aux flèches, Miqdad et son ami se détachèrent de leur camp et s’enfuirent au vu et au su d’Abou Soufiyan et les siens, pour rallier le camp adverse!

Cet acte, sans précédent, assomma Abou Soufiyan qui sentit la terre trembler sous ses pieds. II commença à se douter de l’existence d’autres musulmans dissimulés dans son camp. N’étant pas un homme de risque, il préféra retourner à la Mecque sans combattre les musulmans, pourtant trois fois moins nombreux.

Il est bien évident que c’était le geste spectaculaire de Miqdad et de son compagnon qui empêchât le déroulement des hostilités dans cette bataille, dans laquelle, les rapports de forces étaient largement favorables aux ennemis de l’Islam.

Dans Le Tableau D’Honneur Divin

L’arrivée de Miqdad à la Médine fut pour lui une véritable libération après de longues années de pression psychologique et d’endurance devant la grande tentation de déclarer sa foi et de mettre fin à une discrétion qu’il sentait de plus en plus lourde. Il put enfin vivre comme il le désirait et pratiquer les rites de l’Islam en toute liberté.

Cette nouvelle vie ne fut pourtant pas facile; et Miqdad n’était pas un homme à chercher la facilité. Les événements allaient démontrer qu’il était beaucoup trop attaché à la perfection de son âme et de sa purification pour qu’il se contentât d’une vie banale et sans soucis.

Dès les premiers jours de résidence de Miqdad à la Médine, des liens de fidélité sacré le nouèrent avec son maître bien-aimé le Saint Prophète (pslf) qui n’épargnait aucun effort pour rendre le séjour des << Mouhajirines >> et leur cohabitation exemplaire avec les « Ansares », un véritable modèle de fraternité Islamique.

Cette fraternité ne pouvait, en réalité, avoir lieu sans la paternité sublime du maître des créatures. En effet, le Saint Prophète fut à la fois un chef d’État et un éducateur pour les citoyens qu’il

présidait. La morale magnanime du Prophète était un modèle vivant du comportement idéal; et tous ces compagnons pouvaient jouir de cette merveilleuse école. Cependant, tous les compagnons ne jouissaient pas de capacités forcément égales. C’est bien pour cela que l’histoire réserva une place de choix aux meilleures d’entre eux Ceux qui surent profiter de la compagnie du maître des créatures pour réussir un processus de perfectionnement et de sublimation de leurs âmes et esprits. Ce processus nécessitait en entraînement ininterrompu sur l’obédience et la soumission absolue à Dieu et à Son Messager. Sur ce plan, Miqdad dépassa bien d’autres grandes figures de l’Islam; et il se fit une place de choix parmi l’élite des apôtres sublimes. C’est Dieu à Lui pureté- qui a organisé cette course au perfectionnement et c’est Lui Seul qui peut donner sa récompense.

La première manifestation de la récompense divine fut le célèbre ordre d’amour dont nous avons déjà fait mention dans le numéro précédent. Aussi, le Saint Prophète (pslf) dit-il: <<< Dieu m’a ordonné d’aimer quatre: Ali (psl), Abou Zhar, Miqdad et Salman. >>

Nommer quatre grands apôtres dans ce tableau d’honneur divin pourrait peut-être choquer certains lecteurs déjà attachés par de forts liens de sympathie et d’amour sacré à d’autres grandes personnalités de l’Islam, tels que Jaâfar Taïar et Mossâb Du Bien ou Hamza le Maître des Martyrs.

En réalité, il n’y a pas lieu de s’étonner puisque il n’y a pas une seule voie vers la plénitude de la perfection de l’âme. Et alors que l’amour inconditionnel du maître des créatures en est une voie sûre, le martyre sur la voie de Dieu demeure la voie la plus courte et la plus spectaculaire qui mène à cette fin sublime.

Les quatre noms cités dans l’ordre divin sont de 8 ceux qui durent mener une longue épreuve d’amour et de fidélité.

Nous en avons vu le cas d’Abou Zhar qui mourut à quatre vingt cinq ans sans dévier d’un cran de cette voie de sublimation. Nous voila ici en présence d’un deuxième cas tout aussi pathétique mais pas aussi célèbre.

Miqdad, L’Inconditionnel Loyalist

Depuis son arrivée à la Médine, pas un jour Miqdad ne s’éloigna de son maître bien-aimé. Dans toutes les expéditions militaires, il lui tenait toujours compagnie, continuellement attentif à sa sécurité et prêt à sacrifier sa vie pour lui.

L’amour et la fidélité de Miqdad pour le Saint Prophète eurent la grande occasion de se faire connaître, voire et entendre par tous les musulmans. Ce fut lors de la bataille de Badr.

Ce grand événement se passa au mois de Ramadan de l’an 2 de l’Hégire.

La petite armée du Prophète (pslf), partant à la rencontre d’une grande caravane d’Abou Soufiyan, fut surprise aux alentours des puits de Badr par des nouvelles alarmantes faisant état de l’arrivée inéluctable d’une puissante armée de Qoraich trois fois plus nombreuse et, de loin, mieux équipée.

Les musulmans avaient le choix de combattre ou de se retirer avant l’arrivée de l’armée de Qoraich dont le chef Abou Jahl voulait à tout prix- en finir avec l’Islam et les musulmans.

Ce fut ici que le Prophète (pslf) voulut tester la fidélité et l’état d’esprit de ses compagnons. Il savait bien qu’il n’y avait en principe aucun déshonneur dans une retraite avant l’arrivée de l’ennemi puisque leur cible initiale était une caravane d’Abou Soufiyan et non pas l’armée d’Abou Jahl. Ses compagnons pouvaient donc s’exprimer librement.

Omar ibn Khattâb, réputé pour être le chef de file de la ligne qui se croyait réaliste et fidèle aux calculs pragmatiques, prit la parole et dit:

<< C’est bien Qoraich et son art de la trahison! Par Dieu, jamais elle n’a été battue ou avilie depuis sa montée en puissance et jamais elle n’a eu de foi depuis qu’elle est devenue incrédule!».

Ses paroles n’étaient évidement pas de nature à encourager les trois cent treize combattants musulmans-très mal équipés- à combattre le bloc de fer et de chevaux, constitué par les neufs cent cinquante guerriers cuirassés de Qoraich.

Ce furent quelques instants d’angoisse pour les fidèles inconditionnels dont certains -tel que Ali (psl)- ne pouvaient pas parler à cause de certaines considérations d’ordre tribal. En effet, les vaillants combattants de Bani Hashim ne voulaient aucunement que cette bataille eût l’air d’un règlement de compte entre Bani Hashim et les autres sous tribus de Qoraich.

Ce fut ici que l’inconditionnel fidèle du Prophète, celui qui fut longtemps adopté par al Aswad, le Qoraichite non Hashémite de Bani Zohra rompit le lourd silence qui s’était abattu sur les musulmans après les paroles paralysantes de Omar Il s’adressa au Prophète, tout en criant à faire entendre tout le monde:

O Messager de Dieu Allez-y sous l’ordre de Dieu, et nous sommes avec vous! Par Dieu, jamais nous ne dirons comme avaient dit les enfants d’Israël à leur Prophète Moussa: (Allez combattre, toi et ton Seigneur, nous restons ici bien au repos). Mais nous disons plutôt : Allez combattre, toi et ton Seigneur, et nous combattrons bien à vos côtés ».

Bien que le Saint Prophète fût visiblement satisfait de l’intervention de son fidèle compagnon Mouhajir, Miqdad, il jeta un regard du côté des << Ansares>> comme pour les inciter à manifester leur opinion, et il dit:

O vous les gens! Donnez-moi votre avis ! >>>

Ici, Saadâ ibn Moâdh, le plus notable des << Ansares », comprit que le Messager de Dieu voulait bien un consentement explicite et un engagement ferme de la part des Ansares avant de donner l’ordre de la guerre. Il dit avec son éloquence habituelle:

«O Messager de Dieu ! Nous avons cru en toi et avons accepté et approuvé tous ce que tu nous a dit. Ainsi, nous avons témoigné et attesté que tout ce que tu nous as apporté est vrai. Et nous avons juré devant toi le serment de fidélité et d’obéissance; aussi, t’en avons-nous donné acte de foi. Alors, allez-y vers ton objectif; par Celui qui t’a envoyé par la vérité, si tu nous ordonnais de nous enfoncer au large de cette mer (la mer rouge), nous le ferions avec toi tant qu’il reste un seul homme d’entre nous. >>>

Les musulmans en furent suffisamment mobilisés pour s’engager dans la bataille de Badr dans des conditions morales extraordinaires.

L’héroïsme et la bravoure de certains compagnons du Prophète au cours de la bataille favorisèrent l’exaucement des vœux et des invocations du Saint Prophète qui sollicita le secours du Seigneur pour ses fidèles très défavorisés par les rapports des forces matérielles.

Finalement, les musulmans obtinrent une grande victoire, et les mécréants y perdirent leurs plus grands chefs de guerre dont Abou Jahl lui- même !

Plusieurs autres notables de Qoraich furent emprisonnés et emportés à la Médine. Certains de ces prisonniers de guerre étaient très connus pour être des torturiers et des criminels de guerre.

Le Saint Prophète ordonna d’exécuter tout prisonnier coupable de crime contre l’humanité alors que les autres pouvaient se faire racheter moyennant un prix dont l’histoire n’avait jamais connu de précédent: Il suffisait à tout prisonnier mécréant d’enseigner la lecture et l’écriture à dix musulmans analphabètes pour qu’il obtint sa liberté !

L’un des prisonniers de guerre, Nadhre fils de Harêth fut emprisonné par Miqdad; et à ce titre il pouvait solliciter personnellement sa rançon. Mais Nadhre faisait partie des torturiers de Qoraich et son relâchement risquait de l’encourager encore plus à infliger toutes sortes de supplice aux musulmans encore à la Mecque ! Miqdad consentit à livrer son prisonnier au jugement du Saint Prophète.

Le Messager de Dieu qui connaissait bien des conditions matérielles difficiles de Miqdad récompensa ce geste de grande loyauté par une invocation qui fit de Miqdad un homme très riche à la fin de sa vie.

DEUX GRANDES LEÇONS DE LOYALISME

Miqdad était à la tête de la cavalerie musulmane lors de la bataille d’Ohod où les musulmans durent subir leur première défaite à cause de la désobéissance des archers aux ordres du Prophète (pslf), comme nous l’avons déjà vu dans des numéros précédents de cette série (3 et 4). Miqdad fut l’un des rares combattants qui résistèrent à la contre-attaque de Qoraich, et empêchèrent l’assassinat du Messager de Dieu en le protégeant jusqu’à la fin de la bataille.

Le lendemain de cette défaite, le Prophète (pslf) décida de rétablir l’image de marque des combattants musulmans en appelant à la mobilisation générale pour une nouvelle expédition contre la grande armée de Qoraich, encore non loin de la Médine. Force était de constater qu’Abou Soufiyan était encore tenté d’envahir la ville et d’en finir avec le Prophète et ses fidèles. Les hypocrites de la Médine saisirent l’occasion pour essayer de détruire la grande confiance des musulmans en leur Prophète en s’interrogeant sur le bien fondé d’une contre- offensive au moment où tous les combattants musulmans souffraient encore de leurs blessures et alors que leur ennemi était à l’apogée de son moral !

C’était l’existence d’une minorité de fidèles inconditionnels, tel que Miqdad qui permit de neutraliser encore une fois les effets paralysants d’une telle propagande défaitiste. Enfin la mobilisation put donner ses fruits dans un temps record.

En effet, le lendemain de la catastrophe d’Ohod, le Saint Prophète (pslf) put réunir un grand nombre de fidèles et partit à la rencontre de l’armée de Qoraich qui avait campé à « al Raoha », non loin de la Médine.

L’armée musulmane campa à Hamra al Assad. Le Saint Prophète décida de ne pas commencer les hostilités puisque son objectif n’était pas plus que de remonter le moral de ses fidèles et rétablir leur image de marque auprès de toutes les tribus arabes.

Abou Soufiyan essaya de provoquer les musulmans en leur envoyant des menaces visiblement impuissantes. Le Saint Prophète ordonna à ses fidèles de faire une démonstration de force en allumant des grands feux trois nuits consécutives.

Abou Soufiyan et les siens se rendirent alors compte qu’il n’était pas question -cette fois- de battre les musulmans, très motivés pour venger leur défaite d’Ohod. Défaite qui n’était en fait- due qu’à leur 3 désobéissance aux ordres de leur commandant suprême.

Abou Soufiyan se retira avec son armée vers la Mecque en se disant qu’il valait mieux fêter une petite victoire plutôt que de risquer une grande défaite !

Somme toute, la bataille d’Ohod et la mobilisation de Hamra al Assad constituèrent pour l’ensemble des musulmans une grande leçon qu’ils n’avaient jamais oubliée: Il faut toujours obéir aux ordres du Prophète (pslf) quand bien même cela semble contraire aux intérêts évidents.

En effet, si les archers positionnés du côté de la brèche, et chargés de garder les lignes arrières des musulmans à Ohod avaient été aussi scrupuleux et obéissants que Miqdad et ses semblables, ils n’auraient jamais été tentés de courir derrière le butin de guerre et abandonner leurs positions stratégiques.

Sans cette désobéissance qui semblait à leurs yeux justifiée par un intérêt évident, jamais la victoire d’Ohod ne se serait transformée en une catastrophe.

La deuxième leçon est-elle aussi- une leçon de loyalisme: Il ne faut jamais prêter l’oreille au défaitisme et il faut avoir confiance dans les directives et les ordres du Prophète infaillible qui ne prend jamais de décision sous la pression des sentiments ou des passions.

Le long de toute cette épreuve, Miqdad fut l’un des symboles du loyalisme concret et absolu. Il était toujours l’inconditionnel, n’hésitant devant aucune épreuve et toujours prêt à se sacrifier au service de sa foi.

Au Service De L’Unité Après le décès de Saint Prophète, le jeune Etat Islamique se trouva devant une menace très sérieuse à cause de la contestation par plusieurs dignitaires musulmans de Qoraich et de Médine de la nomination de l’Imâm Ali (psl) comme successeur du Prophète lors du grand rassemblement aux rives de l’étang de Khom

Dans les deux premiers numéros de la série précédente (Avec les infaillibles), nous avons eu l’occasion de développer quelques aspects de cette crise. Et là, nous avons vu que les musulmans s’étaient scindés en deux groupes:

Le premier très minoritaire, mais inconditionnellement loyaliste croyant que le testament de Khom est une obligation qu’il faut prendre à la lettre et appliquer sans interprétation.

Le deuxième très majoritaire mais fortement divisé sur plusieurs détails. Toutefois il était uni quant à l’interprétation du testament de Khom comme étant une indication et non pas une obligation. C’est-à-dire qu’on pouvait le négliger si’il s’avère contraire aux intérêts communs Cette ligne, qui se veut pragmatique et réaliste, put imposer l’élection d’Abou Bakr comme premier Calife et mettre fin aux ambitions de quelques autres dignitaires de la Médine.

Les loyalistes fidèles au testament de Khom se retournèrent vers leurs nouveau maître et chef spirituel, l’Imâm Ali (psl), pour connaître les charges qui les attendaient.

Après une période de protestation et de mise en garde organisée essentiellement par la Sainte Fatima (pse), fille du Sceau des Prophètes et épouse de l’Imâm Ali (psl), ce successeur testamentaire du Prophète choisit le silence et se retrancha dans sa maison laissant les musulmans face à leur choix.

A mesure que les jours s’écoulaient, les loyalistes se faisaient de moins en moins nombreux. Au début, ils étaient une quinzaine de grandes figures de l’Islam, mais au cours de quelques mois, il n’en resta que quatre qui attendaient toujours les ordres de leur maître Ali Miqdad était l’un de ces derniers fidèles au testament du Prophète. Et ce ne fut qu’après la sortie de l’Imâm Ali (psl) de son isolement pour renforcer l’unité de la communauté, qu’il normalisa ses relations avec le pouvoir mis en place par la majorité des musulmans.

En effet, dès le décès de la Sainte Fatima (pse), l’Imâm Ali accepta de légitimer l’autorité politique du Calife Abou Bakr; et il se consacra à l’enseignement des préceptes de l’Islam à la mosquée de Médine.

En réalité, l’enjeu était si important que l’Imâm Ali se voyait dans l’obligation de légitimer le fait accompli. Force était de constater que l’existence même de la communauté musulmane était sérieusement menacée de toute part par les rebellions des tribus arabes et leur refus de payer l’impôt légal (La zakat) au Calife Abou Bakr.

Ce fut dans ces conditions que Miqdad passa d’un silence opposant à un silence collaborateur Il suivait, pas à pas, la stratégie de son maître Ali; c’est-à-dire, essayer autant que possible de ne pas légitimer le pragmatisme -et encore moins l’opportunisme- sans toutefois déstabiliser l’Etat Islamique.

Ce fut ainsi que Miqdad et les rares fidèles loyalistes inconditionnels allèrent prêter serment de fidélité à Abou Bakr pour, ensuite, se disperser sur les fronts du Djihad pour combattre les mécréants et propager la foi de l’Islam.

Miqdad Le Prédicateur

Miqdad choisit la Syrie pour ses activités futures. C’était un terrain très fertile à la prédication de la foi authentique. En effet, l’occasion de réunir à la foi l’activité militaire (Le Djihad) à celle culturelle (La prédication de la foi), était une motivation suffisante pour un grand apôtre comme Miqdad qui y commença une

nouvelle période de sa vie, riche et active Miqdad se fit rapidement connaître comme étant un grand enseignant du Saint Coran. Sa lecture du livre saint se propagea largement en Syrie

Le long du règne de deuxième Calife Omar, Miqdad continua son silence politique et ses activités culturelles sans, toutefois, reculer d’un seul pas sur son loyalisme et son attachement au testament de Khom.

Miqdad savait bien que les musulmans avaient besoin d’expérimenter un autre mode de gouvernement que celui basé sur l’égalitarisme absolu qui serait appliqué par l’Imâm Ali. Les notables et les dignitaires musulmans préféraient, plutôt, un autre égalitarisme qui leur préservait des privilèges qu’ils croyaient de leur droit. C’était Omar, le deuxième Calife qui concrétisait les aspirations de la caste des << Mouhajirines >> et des <<< Ansares>>: A chacun une subvention annuelle proportionnelle à son ancienneté dans l’Islam et à ses services!

Ces dotations annuelles allaient d’un plafond de douze mille dirhams (Pour Abbas l’oncle du Prophète Get Aïcha sa veuve) jusqu’à cent dirhams pour un gamin ordinaire. Et alors que le revenu d’aisance ne dépassait pas deux mille dirhams, la plupart des Muhajirines et Ansares touchait des dotations annuelles de cinq ou quatre mille dirhams.

Par opposition à ce système de répartition qu’on peut appeler << égalitarisme en castes», l’Imâm Ali n’acceptait qu’un égalitarisme absolu dans lequel il n’y a point de différence entre un nouveau musulman et un ancien << Mouhajir >> ou << Ansar », puisque tout service rendu à l’Islam doit avoir sa récompense dans l’au-delà et non pas par le biais de la trésorerie publique.

Les jours et les événements qui s’y succédèrent n’allaient pas tarder à démontrer les dangers des privilèges accordés par le deuxième Calife.

En effet, les nouvelles de l’enrichissement extraordinaire de plusieurs compagnons du Prophète (pslf) et de leur train de vie comparable à celui des rois et des féodaux de l’époque, parvinrent à Omar et il promit de changer radicalement sa politique de répartition. Mais ce fut trop tard et la mort prit le deuxième Calife de vitesse avant qu’il n’exécutât sa réforme.

La société musulmane était déjà une société de classes lorsque le Calife Omar vivait ses derniers jours. La caste des grands privilégiés ne pouvait permettre un système qui menacerait leurs privilèges; et le successeur de Omar allait se trouvait devant une épreuve difficile.

 

La Dernière Mise En Garde

Lorsque Omar fut assassiné, Miqdad était présent à Médine. Avec la lecture du testament de deuxième Calife, ce grand prédicateur, jusqu’alors politiquement silencieux, se trouva devant l’obligation de lancer une dernière mise en garde à l’élite qui allait élire le troisième Calife.

En effet, le testament de Omar stipulait que les six grandes personnalités dignes de la responsabilité du Califat doivent se réunir pour élire l’un d’entre eux comme troisième Calife. Ces personnalités étaient L’Imâm Ali (psl), Othmane ibn Affane, Abdorrahmane ibn Aouf, Talha ibn Obeydollah, Zoubeyr ibn Awâm et Saâd ibn Abi Waqâs.

Il était visible pour Miqdad et ses amis que seul l’Imâm Ali pourrait sauver la société musulmane d’une grande catastrophe et que, malheureusement, toutes les cinq autres personnalités qui étaient avec lui dans la réunion, s’opposaient à toute réforme sociale. Miqdad décida de rompre son long silence et s’approcha de la chambre de la réunion en criant de toute sa voix: « Si vous prêtez serment à Ali, nous obéirons.  Sous-entendu que si quelqu’un d’autre que Ali serait choisi comme Calife, il y aurait de grand risque de désobéissance et de rébellion.

Ammar ibn Yasser s’approcha à son tour et lança un avertissement analogue, mais l’assemblée des six avait déjà pris une direction irréversible. Celui qui allait être Calife ne devrait en aucun cas opérer un quelconque changement dans la politique de ses deux prédécesseurs et particulièrement la politique des privilèges! L’Imâm Ali refusa cette condition alors que Othmane l’accepta. Le nouveau Calife fut donc Othmane; et les derniers espoirs de rétablir l’égalitarisme de l’Islam du Prophète s’estompèrent définitivement.

Les Dernières Douleurs

Miqdad termina ses derniers jours sans espoirs de vivre la justice de l’Imâm Ali. Les années du pouvoir de Othmane furent un long supplice pour son âme pure: Il fut torturé continuellement par les nouvelles des scandales des gouverneurs de Othmane et les déboires de la majorité des musulmans.

Il fut assommé par la nouvelle de l’agression du grand apôtre Ammar ibn Yasser devant Othmane et sur ses ordres.

Il fut aussi scandalisé par le sort réservé à Ibn Massõud, le grand apôtre, par les proches de Othmane, cet ancien trésorier de Koufa fut insulté et malmené par Othmane pour la simple raison qu’il avait refusé de faciliter un détournement de fond par le gouverneur de Koufa.

La situation sociale devenait de plus en plus insupportable pour Miqdad qui choisit le silence tant que son maître Ali voulait.

À l’âge de soixante-dix ans, Miqdad quitta ce monde pour rejoindre son maître bien-aimé et les siens.

Il était toujours le loyal inconditionnel de l’Islam, de son Prophète et de son successeur contesté pour son égalitarisme. Paix sur l’âme paisible de Miqdad.

Fin

Avec les apôtres – (5)

ABOU ZHAR

(La voix de la justice)

 

 

Par :

Chakib BENBEDIRA

 

Thèmes sélectionnés par :

  1. ESSAYED

 

 

 

                                                              Fondation Ansariyan

 

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie.

L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf)’ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.

Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

 

  1. Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

La Leçon Du Renard

Jondob fils de Jonada, surnommé Abou Zhar, serait un homme de la tribu de Ghiffar. Cette tribu vivait non loin de la ville de Yathrib (Médine) et était célèbre pour la témérité de ses hommes dont la plupart des membres n’avaient comme occupation que le pillage des caravanes commerciales, et ils en étaient visiblement très fier !

Les moins belliqueux des Ghiffariens s’occupaient-comme la plupart des arabes de l’époque de l’élevage. Jondob ne s’était jamais senti dans sa peau parmi cette tribu de brigands polythéistes et peu soucieux de la logique et de la justice, deux sujets qui dominaient toujours son esprit.

Un jour, sous la pression de sa mère, le jeune Jondob alla porter une offrande au dieu de la tribu appelée « Manate ». C’était un pot de lait qu’il déposa aux pieds de la statuette ; et il attendit, tout curieux, pour voir la réaction de ce prétendu dieu !

Jondob était allongé non loin de Manate lorsqu’il vit un renard s’approcher du pot de lait, le boire et comme pour ridiculiser tous les païens du monde- il escalada la statut d’une patte et urina dans son oreille !

Jondob se vit tout à coup soulagé du lourd fardeau d’une doctrine qu’il n’avait jamais vraiment acceptée. Il rigola du fond de sa gorge comme pour désavouer tout son passé hésitant. Et il se dit : « Comme il est ridicule de vénérer un dieu sur lequel pissent les renards ! »

Depuis ce jour, Jondob se transforma en un chercheur de la vérité ; et il trouva dans le Hanifisme, héritage de la religion d’Ibrahim(p), un refuge provisoire, mais il n’en fut jamais satisfait. Il demeura toujours en quête de la plénitude de la vérité : la religion qui satisfit aussi bien la logique humaine que les aspirations des pauvres et des opprimés.

À LA RECHERCHE D’UN PROPHETE

Dans sa solitude, la seule consolation de Jondob était un présage qui circulait parmi les tribus arabes et qui prévoyait l’apparition inéluctable d’un nouveau prophète qui assurerait à l’humanité son salut.

Jondob attendait donc ardemment l’apparition de ce prophète ; et combien fut grande sa joie lorsqu’il entendit un homme revenant de la Mecque calomnier un Qoraichien en l’accusant d’hérésie.

Il se précipita alors vers lui pour demander des explications sur ce prétendu hérétique : Il n’était autre que notre maître Mohammad(pslf) au début de la propagation de l’Islam. Jondob fut très intéressé par les qualités du Prophète de Qoraich; et il décida d’envoyer son frère Oneyss pour lui en rapporter plus de renseignements.

LE RAPPORT D’ONEYSS

Oneyss partit vers la Mecque sans perdre du temps : non seulement, il était, lui aussi préoccupé par la cause de son frère, mais il était également animé par sa loyauté envers cet homme généreux auquel il ne pouvait jamais refuser un service

Au bout de quelques jours, Oneyss était de retour chez son frère. Il portait avec lui le grand soulagement pour ce grand penseur de désert.

Jondob demanda impatiemment à son frère de lui relater le récit de son voyage, et il le hâta de commencer par l’aboutissement : Qui était donc ce prétendu prophète ? Oneyss alla droit au but et répondit :

« J’ai vu un homme qui ordonne tout ce qui est bien et prohibe tout ce qui est vicieux et mauvais Je l’avais vu en train de prier au pieds de la Kaaba, à ses côtés, un tout jeune: Son cousin Ali, et derrière lui une femme : Son épouse Khadija. C’est tout ce que j’ai vu! Et je n’osai pas me rapprocher de lui de peur de la réaction des chefs de Qoraich ».

Jondob ne put se contenter du rapport succinct de son frère et décida de faire lui-même le voyage et découvrir tous les détails que la peur avait empêché son frère de connaître. Jondob dit alors à son frère :

« Je ne suis aucunement satisfait de ton rapport ! Je dois y aller moi-même pour voir l’homme et l’écouter ».

Jondob fit effectivement le voyage. Arrivé à la Mecque, il entra dans l’enceinte de la Kaaba et se mit à la recherche du dit prophète. Mais, il n’y en trouva pas de traces visibles et il n’en entendit point parler. Cependant, il y demeura jusqu’au coucher du soleil. À ce moment-là, Ali, le cousin du Prophète(pslf), passa par les lieux. Le voyant assis et sans aucun signe de compagnie, il lui demanda :

-« Tu es bien un visiteur. N’est-ce pas ? »

-« Qui ! » Répondit Jondob.

-« Accompagne donc moi. » proposa Ali(p).

Ali(p) l’amena chez lui. Ils marchèrent tous les deux sans échanger de paroles. Il ne lui demanda rien avant d’arriver à la maison. Arrivés, il lui prépara sa chambre.

La nuit passée, Jondob repartit vers l’enceinte de la Kaaba à la recherche du Prophète(pslf). Mais, il n’osa demander à personne où pourrait se trouver le prophète ; et, bien entendu, personne ne lui en parla. Il dut attendre, perplexe et anxieux, jusqu’à la fin de la journée sans obtenir ce qu’il cherchait.

Comme la nuit passée, Ali arriva à la Kaâba et passa près de lui. Dès qu’il le vit, il lui demanda -« N’est-il encore pas temps pour que notre visiteur retrouve sa destination? »

– « Non ! Pas encore ». Répondit Jondob.

– « Viens donc avec moi à la maison. »  Proposa encore une fois Ali(p).

Alors qu’ils se dirigeaient à la maison sans échanger de paroles, Ali(p) remarqua que son invité était particulièrement inquiet et pensif. Il brisa alors le silence en lui demandant s’il pouvait lui faire part de ce qui l’intriguait.

« Je peux t’en raconter la raison, si tu me promets de garder le secret.» Répondit Jondob. Le jeune Ali(p) lui promit ce qu’il voulait.

Jondob dit alors: « Je viens d’apprendre l’apparition d’un homme qui se dit être prophète. J’avais envoyé mon frère pour parler avec lui, mais il revint sans pouvoir me fournir des informations suffisantes. A présent, je voudrais bien aller le voir moi- même ». Ali dit : « Dieu t’a bien orienté ! Je vais te conduire chez lui. Tu n’as qu’à me suivre de loin. Dès que je remarque quelqu’un qui constituerait un danger pour toi, je m’arrêterais aussitôt et je m’inclinerais, faisant semblant de renouer mes souliers. Ne t’arrête alors pas et continue ton chemin ! ».

Le jeune Ali alla tout droit à la maison du Maître des Créatures, et Jondob le suivit.

La Première Rencontre

Laissons Jondob raconter lui-même la scène : « …Ali m’amena dans une maison où je vis un homme, ou plutôt une lumière concrétisée ! Dès que je l’aperçus, entouré comme il l’était d’un halo de lumière, je me sentis attiré irrésistiblement vers lui et je fus pris par un désir de me jeter à ses pieds… »

Le Prophète(pslf) demanda à son visiteur de quelle tribu était-il, et quel était son but?

Entendant la réponse de Jondob, le Prophète(pslf) alla droit au but et sans aucune précaution il lui dit que pour devenir musulman il suffit de :

Prononcer le témoignage de foi : Il n’y a point de dieu que Dieu et que Mohammad est le Messager de Dieu.

– Cesser de commettre toute turpitude ou mal.

– Suivre la bonne morale.

– Abandonner l’adoration des idoles pour vénérer que Dieu, Unique et Sans associés.

– Ne point commettre d’abus ou d’injustice.

Jondob se sentit envahi par une ferme et irrésistible foi : La croyance en Dieu et en Son Messager. Il s’écria sans se soucier des éventuels espions toujours à l’écoute aux environs : « Je témoigne qu’il n’y a mil dieu que Dieu et que tu es le Messager de Dieu. Je suis comblé d’avoir Dieu comme Seigneur et toi comme prophète. »

Il se leva alors debout en disant : « Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, j’annoncerai ce témoignage, à tue-tête ! Le Prophète(pslf) lui dit alors : « Ô Abou Zhar! Cache donc ta foi et reviens chez toi. » Ici Abou Zhar comprit que le Prophète(pslf) ne voulait que prévenir la colère des Qoraichiens contre lui ; et il dit d’un ton ferme : « Par Celui qui t’a envoyé à juste titre- comme prophète, je le scanderai devant eux à haute voix; et que les Qoraichiens fassent ce qu’ils veulent ».

Le matin, il se dirigea vers la Kaaba. En y arrivant, il vit un grand rassemblement d’idolâtres Qoraichiens. Il s’écria à leur adresse : « Ô vous ceux de Qoraich! Je témoigne qu’il n’y a nul dieu que Dieu et que Mohammad est le Messager de Dieu ».

Cette voix effraya les Qoraichiens, car elle résonna entre les murs de l’enceinte sacrée et transperça toutes les oreilles incrédules qui la prirent comme une insulte à leurs dieux.

Les têtes de l’idolâtrie mecquoise en furent profondément perturbées, et ils eurent le sentiment que la dignité de leurs idoles était bafouée et leur image ternie. Aussi, ordonnèrent-ils à tous les Qoraichien de lyncher l’inconnu téméraire. Ils se mirent alors à le tabasser si fort qu’il s’abattit sur le sol, sanglant et évanoui. Ce fut l’apparition inopinée de Abbas fils d’Abdoul   qui sauva Abou Zhar d’une mort certaine.

En effet, lorsque ce dignitaire de Bani Hashim qui était l’oncle du Prophète et qui cachait sa conversion à l’Islam vit qu’un nouveau fidèle de Mohammad était sur le point de mourir, et ne pouvant pas le délivrer lui-même, il s’écria : « O gens ! Que vous arrive-t-il ? Vous êtes en train de lyncher une grande personnalité de la tribu de Bani Ghiffar! Avez-vous oublié que vos caravanes commerciales passent juste à côté de leur territoire ? »

En entendant ces paroles, les gens se dispersèrent. Abou Zhar, emmitouflé de sang, quitta les lieux en traînant les pas vers le puits de Zamzam.

Assoiffé et affaibli par l’agression, il se jeta sur l’eau. Il étancha d’abord sa soif, ensuite il nettoya ses blessures ; puis, il alla voir le Saint Prophète en gémissant.

Lorsque le Prophète(pslf) le vit dans cet état lamentable, il en fut affligé et pria pour lui. Après quoi, il lui donna à manger.

Bien qu’il eût beaucoup souffert à cause de son précédent discours, la ferveur religieuse d’Abou Zhar ne lui permit pas de baisser les bras et de retourner calmement dans son pays comme le lui avait recommandé le Prophète(pslf).

En effet, sa foi inébranlable l’appelait à convaincre les Qoraichien que la raison et l’entendement humains dédaignent la superstition et l’idolâtrie et que le sens humanitaire qui parcourt toutes les âmes pures déteste l’injustice qu’elle qu’en soit la forme, et la prohibe sans appel.

Abou Zhar ignorait jusque-là que ce n’était pas l’intelligence qui manquait aux idolâtres mecquois, mais c’était l’individualisme dans sa forme la plus sauvage qui les amenait à se détacher de la foi monothéiste et justicialiste et d’embrasser le polythéisme pervers, qui thésaurise l’injustice.

Abou Zhar se rendit donc de nouveau à l’enceinte de la Kaâba. Là, debout sur un lieu élevé, il se mit à prêcher comme le jour précédent.

En l’entendant, ces pervers polythéistes qui avaient été déjà très choqués par le précédent discours d’Abou Zhar, sentirent s’ébranler les fondements de leurs croyances. Ils l’entourèrent de tous les côtés en rugissant sauvagement :

« Tuez ce Ghiffarien sans tarder, ne voyez-vous donc pas qu’il se permet d’insulter encore nos dieux ? »

Et ils se mirent à le battre si fort qu’il perdit connaissance.

Cette fois aussi, Abbas le sauva du lynchage. Les Qoraichien furent tous aussi sensibles à ses arguments économiques qu’auparavant !

Une fois chez le Saint Prophète(pslf), Abou Zhar s’abattit sur terre, vidé de toutes ses forces. Lorsque le Messager de Dieu le vit dans cet état pitoyable, il pria pour lui et lui dit : « À présent, tu dois retourner chez-toi tout de suite. Et lorsque tu arriveras là-bas, ton oncle sera déjà mort : et puisqu’il n’a d’autre héritier que toi, tu seras son unique successeur et le propriétaire de sa fortune. Dépense celle-ci pour la propagation de l’Islam. Bientôt, j’émigrerai de la Mecque pour Yathrib, la ville des dattiers. Tu dois continuer ta mission de prédication jusqu’à ce que j’eusse émigré ».

Il dit: « Oui, Messager de Dieu, je vais partir immédiatement pour m’occuper propagation de l’Islam. »

LE PREDICATEUR DU DESERT

 

Parmi toutes les personnalités qui entouraient le Prophète de l’Islam, Abou Zhar était unique en son genre : Pour comprendre l’Islam, il n’avait pas besoin de plus d’un seul court entretient avec le Prophète(pslf). Parait-il, l’âme pure et magnanime de ce penseur du désert était capable de capter intégralement le message de l’Islam sans nul besoin d’argumentation.

Pour Abou Zhar, l’Islam était la religion qui réunit la logique et la morale justicialiste : C’était la doctrine qu’il cherchait ardemment depuis des années ; et Mohammad(pslf) était l’homme qu’il rêvait de rencontrer depuis très longtemps.

Il n’y a donc pas lieu de s’étonner de voir le Prophète(pslf) charger cet homme de Ghiffar de propager librement l’Islam chez lui sans lui demander de lui rendre compte de ses actes, ni de multiplier les consultations.

Bref, Abou Zhar était un homme déjà préparé pour cette grande mission et c’était là un honneur spécifique pour lui.

Les jours et les événements se succédèrent pour justifier cette mission qui étonna bien des gens, autour du Prophète(pslf).

En effet, non seulement Oneyss et toute la famille Zhar d’Abou se convertirent immédiatement à l’Islam, mais plus de la moitié de la tribu de Ghiffar embrassa l’Islam, alors que l’autre moitié préféra attendre la rencontre promise avec le Prophète sans toutefois- manifester une quelconque inimité envers les musulmans.

SUR LA ROUTE DE LA HIJJRA

Malgré ses grandes occupations, Abou Zhar suivait de loin mais très attentivement les nouvelles de l’Islam ; et il attendait impatiemment le grand moment qui allait changer le cours de l’histoire : La Hijjra.

Dès que les nouvelles du départ du Saint Prophète vers Yathrib arrivèrent, Abou Zhar mobilisa toute sa tribu-musulmans et polythéistes compris- pour la rencontre historique sur la route de la Hijjra.

Les musulmans de Ghiffar n’en crurent leurs oreilles de joie ; alors que ceux qui avaient déféré leur conversion à l’Islam commencèrent à s’impatienter devant l’approche de l’heure de la vérité : Le moment où ils devaient prendre la décision la plus déterminante de leur vie.

En effet, ils devaient choisir entre : Accepter l’Islam et assurer par-là l’unité de leur tribu, ou bien refuser et entamer une scission tribale éternelle pour gagner la sympathie de Qoraich et de l’ensemble des tribus arabes polythéistes.

La personnalité d’Abou Zhar et son art oratoire indéniable jouèrent-en ce moment-un rôle décisif dans la mobilisation de l’ensemble de la tribu et surtout dans la préparation psychologique des non musulmans parmi eux, afin de rencontrer le maître des créatures sans aucun préjugé destructif.

Force était de constater que lorsque la petite caravane du Messager de Dieu(pslf) passa par le rassemblement Ghiffarien, on pouvait difficilement faire la différence entre les musulmans et les autres Ils étaient tous prêts à écouter les paroles du Prophète de Dieu d’une même oreille, toute attentive et pleinement branchée sur une raison dont la logique avait été bien attisée et le sens égalitaire et justicialiste suffisamment affûté.

L’ensemble de la tribu ne tarda pas à fêter un grand événement double : La conversion massive à l’Islam de tous ceux qui avaient préféré ajourner leur décision jusqu’à l’arrivée du Messager de Dieu(pslf) lui-même, et la nomination d’Abou Zhar comme représentant officiel du Prophète chargé de propager la foi de l’Islam et d’enseigner ses préceptes.

Cette mission accordée à Abou Zhar dépassait, dans son envergure et ses détails, la première mission dont il avait été chargé lors de sa première rencontre avec le Saint Prophète. Il ne s’agissait plus, simplement, de plaider le monothéisme et de démasquer les vices du paganisme; mais en plus de cela, il lui fallait enseigner les préceptes et les règles pratiques de l’Islam, et prêcher la mobilisation permanente dans l’attente d’un éventuel appel du Prophète(pslf) pour renforcer la force de dissuasion des musulmans.

Bref, Abou Zhar était appelé à faire de sa tribu une petite société musulmane et militante dépendante de l’Etat islamique de la Médine et prête, à tout instant, à venir à son secours.

En réalité, la rencontre sur la route de la Hijjra fut une double conquête pour les musulmans puisqu’une tribu voisine et cousine de Ghiffar appelée « Aslam >> accourut pour déclarer son adhésion collective et volontaire à l’Islam et son soutien inconditionnel à son Prophète.

Ainsi, le Prophète(pslf) put continuer son voyage vers Yathrib tout en comptant sur le soutien de deux tribus entières avant même de constituer le premier état islamique de la Médine. Il n’allait donc pas entrer à Yathrib en faible réfugié, mais en un Prophète qui jouit déjà du soutien inconditionnel de deux tribus guerrières du désert, et qui peut à tout instant- changer de lieu de résidence de la Médine vers le territoire de Ghiffar et Aslam.

Cette vérité échappe malheureusement à tous les historiens de l’Islam. Ceux-ci s’accordent traditionnellement à louer le rôle des Ansares (Musulmans de la Médine) et oublient que le choix de leur ville comme capitale du nouvel Etat islamique- n’était pas l’unique alternative devant le Messager de Dieu, mais c’était un choix plutôt dicte par des considérations civilisationnelles.

En effet, l’Islam est une religion civile et citadine par excellence, et constitue un projet complet de civilisation.

Sur ce plan civilisationnel, les tribus de Ghiffar et Aslam -nomades qu’elles étaient ne pouvaient point constituer le meilleur choix possible pour la constitution d’un tel Etat.

Toutefois, sans le support constitué par l’adhésion collective de ces deux tribus à l’Islam et le renforcement moral de la position des musulmans de la Médine-alors minoritaire il serait difficile de penser que la création de l’Etat islamique dans cette ville multiconfessionnelle aurait pu être si facile

Après la dispersion du grand rassemblement, Abou Zhar accompagna le Saint Prophète le long d’un grand bout de chemin vers Yathrib. Il put ainsi suffisamment jouir de son savoir divin pour qu’il pût exécuter à merveille sa grande mission.

Il n’y a nul besoin de se demander si ces quelques heures de marche étaient vraiment suffisantes. Nous avons déjà vu qu’Abou Zhar était presque musulman avant même qu’il ne rencontrât le Saint Prophète, et même les préceptes et les règles pratiques de la morale ne lui étaient aucunement étrangers. Aussi, le Prophète(pslf) n’avait-il pas dit qu’il ne fut envoyé par Dieu que pour compléter les grandes vertus de la morale ; ce qui sous- entendait que cette morale existait déjà avant lui, toutefois, elle fut délaissée et méconnue par la plupart des arabes de l’époque.

Il n’y a aucune raison donc d’imaginer quelques relations secrètes entre Abou Zhar et le Sceau des Prophètes comme le pensent certains écrivains. Une telle hypothèse ne relèverait point du rang de ce grand penseur du désert ; mais tout au contraire, elle fait estomper sa qualité la plus frappante : C’est qu’il était un homme de logique et de grande morale. Et si l’on voulait résumer l’Islam en deux propositions, on ne pourrait trouver mieux que ces deux dernières.

LES SEPT COMMANDEMENTS

Dès qu’Abou Zhar fut de retour dans sa tribu, les gens l’entourèrent et lui demandèrent s’il avait pu recevoir quelques commandements nouveaux lors de sa marche avec le Saint Prophète.

Abou Zhar leur résuma alors les objectifs et points culminants de la morale islamique, vers lesquels, chaque musulman doit progresser sans cesse. Il exprima, dans les même termes du Prophète, cette morale magnanime sous la forme de sept commandements que tout musulman doit apprendre. Il dit alors: Le Messager de Dieu(pslf) m’a chargé de sept commandements:

L’amour et la générosité envers les plus démunis, ainsi que de leur tenir compagnie.

Regarder seulement ceux qui sont plus démunis que soi, et jamais ceux qui sont plus favorisés

Fortifier les liens de parenté et les bien entretenir quand bien même se sentent les proches qui auraient entamé la rupture.

Ne jamais demander quelque chose à quelqu’un (Tant que cela est possible).

– Dire la vérité même si elle est amère.

Ne jamais craindre d’être blâmé quand on agit pour l’amour de Dieu.

Répéter toujours : « La haola wa là qouwwata illa bellah el aliyel azhim » (Il n’y a nulle force ni puissance sauf à l’aide de Dieu le Tout Haut et le Tout Grand).

Ces mots sont bien un trésor au-dessous du Trône Divin.»

Abou Zhar demeura ainsi parmi les siens et fut pour eux le bon éducateur et enseignant.

Le Symbole De La Fidélité

Si l’art oratoire d’Abou Zhar fit de lui le penseur du désert qui réunit la logique impeccable des philosophes à la morale magnanime et égalitaire des grands réformateurs de l’histoire, c’était son comportement sublime qui l’éleva au rang des plus proches du maître des créatures.

Dans ce qui suit, nous allons découvrir ce deuxième côté de cette personnalité unique dans l’histoire de l’Islam.

Nous allons -ainsi- comprendre pourquoi il fut l’un des quatre apôtres que Dieu à Lui pureté- désigna au Sceau des Prophètes comme étant Ses propres bien- aimés qui méritent qu’il en fasse les siens. Ces quatre bien-aimés n’étaient autres que : Ali ibn Abi Taleb(p), Abou Zhar al Ghiffari, Miqdad ibn Âmre et Salman le Persan.

     Nous allons aussi comprendre pourquoi le Saint Prophète déclara solennellement qu’Abou Zhar à lui seul- est une communauté en soi.

Le Prophète(pslf) lança une alerte générale à laquelle aucune dérogation n’était permise… Mais Abou Zhar était loin, trop loin pour arriver à temps auprès de son maître bien-aimé.

Ici, c’était la sublimité du geste qui occulta l’éloquence de la parole, et ce fut la légende de la marche d’Abou Zhar vers le Prophète, une légende singulièrement réelle et inouïe.

C’était lors de la campagne de Tabouk, la plus grande campagne militaire de la vie du Prophète(pslf).

LA MOBILISATION GENERALE

Nous avons déjà vu dans « Jaafar Taïar » comment la petite expédition punitive des musulmans contre le gouverneur de Bossra se transforma en une grande bataille héroïque contre la grande armée de l’empire byzantin. Et nous avons pu y prendre état de quelques aspects héroïques de cette éternelle épopée.

Après le retour de la petite armée musulmane à la Médine, le Prophète décida aussitôt d’organiser une campagne punitive contre l’empereur byzantin lui- même. Cette décision fut considérée par plusieurs compagnons du Messager de Dieu(pslf) comme une témérité qu’il vaut mieux éviter. Mais les inconditionnels fidèles du Maître des Créatures lui apportèrent-comme d’habitude- tout leur soutien et lui exprimèrent leur attachement permanent et leur sujétion immanquable et infaillible.

Dès que les conditions de la campagne de représailles contre les byzantins, furent réunies, l’alerte générale fut annoncée par le Prophète(pslf)… Et les préparatifs commencèrent par l’appel à la mobilisation générale à laquelle nulle personne musulmane apte au combat n’avait le droit de s’absenter sans autorisation spéciale du Prophète lui-même.

Les hypocrites de la Médine saisirent l’occasion pour essayer de démoraliser au maximum les combattants musulmans en faisant valoir des arguments défaitistes, tels que la grande puissance de l’armée byzantine, le manque d’équipements et la carence en effectif dans le camp musulman.

Quelques faibles musulmans se montrèrent sensibles à ces arguments défaitistes. Ils préférèrent rester à la Médine et renforcer le rang des hypocrites, sans se rendre compte que ceux-ci mijotaient un complot contre le Prophète(pslf). En effet, les hypocrites planifiaient l’exploitation des conditions du grand rassemblement des milliers des musulmans dont la plupart ne se connaissait pas auparavant, pour tenter d’assassiner le Sceau des Prophètes.

Le Prophète(pslf) fut informé par l’ange Gabriel de ce plan diabolique. Il décida, alors, de se priver des précieux services de son chef de guerre le plus illustre, son fidèle assistant et cousin Ali(p), au cours de cette campagne militaire afin d’exploiter ses autres facultés administratives et politiques, et ce en le nommant comme gouverneur de la Médine et assistant personnel, au même titre que Haroun (Aaron) l’était pour le prophète Moussa (Moise)(pslf), le long de son absence.

Enervés par cette nomination qui allait déjouer tous les complots des traîtres, les hypocrites ne surent comment réagir. Acculés au mur de l’impuissance, les hypocrites ne désemparèrent pourtant pas.

Et dans l’attente de jours meilleurs, ils s’adonnèrent à la calomnie et à la médisance, et firent circuler dans toute la Médine plusieurs rumeurs parfois même contradictoires mais qui convergent toutes vers un seul but : dénigrer les deux saints cousins (le prophète et son assistant) et faire ternir leur image de marque.

Ainsi, les hypocrites disaient que Ali était en disgrâce et fut abandonné par le Prophète parmi les femmes, les enfants, les vieillards et les invalides.

Ils disaient aussi sans se soucier aucunement de la contradiction flagrante que le Prophète(pslf) voulait garder son bien-aimé cousin hors d’une aventure dont il ignorait l’issu !

De toutes les manières, ces rumeurs avaient trouvé bien de mauvaises langues à les faire circuler ; et le bruit parvint à Ali(p) qui se vit obligé de mettre fin à toutes ces mauvaises langues et de clarifier aussi bien sa position que celle de son maître, devant tout le monde.

Il accourut, alors, vers le rassemblement des musulmans à « al Jorf », aux environs de la Médine, et ce fut un grand sacre pour le commandeur des croyants, comparé, alors, par le Saint Prophète, à Haroun(p).

Les mauvaises langues en furent muettes mais les cœurs malades en noircirent irrémédiablement.

Ali(p) repartit vers la Médine avec une grande gloire pour laquelle il n’avait jamais payé de rançon ! Cependant, les mauvaises langues ne mirent pas beaucoup de temps pour trouver un autre sujet dérangeant pour le Maître des Créatures.

En effet, les incrédules -devenus hypocrites par leur fausse conversion à l’Islam- ne pouvant pas s’attaquer au Prophète en personne, cherchaient toujours à dénigrer ses fidèles les plus proches. Ainsi, ayant perdu l’espoir de toucher l’image de marque de Ali(p), ils se retournèrent vers la personne de Abou Zhar dont l’absence fut signalée après le parcours de plusieurs lieux de marche.

Un grand bruit circula alors parmi les milliers de mobilisées :

« Où est donc Abou Zhar? Comment se permet- il de déserter les rangs musulmans et d’abandonner le Prophète dans de telles circonstances ? Ou alors, est-il un deuxième bien- aimé épargné ? »

Le Prophète(pslf), sûr et confiant en son fidèle compagnon, leur rassura de sa proche apparition.

UNE FIDELITE QUI SE PASSE DE LA MONTURE

          En réalité, le dromadaire d’Abou Zhar était si maigre et si faible qu’il ne put supporter le rythme de la marche de l’armée du Prophète (pslf). Petit à petit, et à mesure que la masse évoluait dans le désert, Abou Zhar se détachait d’elle.

Il décida enfin de rattraper son maître bien-aimé à pied. Et ce fut la pénible marche derrière une grande masse qui s’éloignait de plus en plus devant lui dans le désert.

Abou Zhar ne désespéra même pas lorsqu’il perdit totalement de vue l’armée des musulmans ; mais il fut plutôt intrigué lorsqu’il découvrit qu’il n’y avait plus aucune goutte d’eau dans son outre. Il commença à chercher de l’eau partout et dans toutes les directions.

SOIT ABOU ZHAR!

La masse des musulmans avait déjà parcouru une très longue distance depuis le moment où l’on remarqua l’absence d’Abou Zhar. Entre temps, plusieurs faibles de foi avaient déserté. Après un campement nocturne, et avec les premiers rayons solaires de l’aube, les musulmans s’apprêtèrent à continuer leur marche lorsqu’on fit signaler au Prophète(pslf) que l’on avait remarqué un point noir lointain qui ressemblait bien à une silhouette d’homme qui voulait les rattraper.

Le Prophète(pslf) ordonna à ses compagnons de faire halte et d’attendre cet inconnu. Ensuite, il se dirigea vers la silhouette lointaine et dit : « Soit Abou Zhar!».

L’inconnu n’était autre qu’Abou Zhar. Assoiffé et totalement à bout des forces, il s’écroula devant les premiers musulmans qui vinrent l’accueillir.        Le Prophète(pslf) comprit de loin qu’Abou Zhar était épuisé et meurtri par la soif. Il ordonna à ses compagnons de le secourir.

Quand Abou Zhar reprit connaissance, il prit Boisson outre de sa main et l’avança vers le Prophète(pslf) en lui faisant signe d’en boire.

Il faut voir quel fut l’étonnement des compagnons du geste d’Abou Zhar! Le Saint Prophète s’exclama généreusement :

« Ô Abou Zhar, transporte tu donc l’eau alors que tu es assoiffé?». Abou Zhar relata à son maître bien-aimé sa petite histoire : « J’avais soif et je cherchais de l’eau. J’aperçus une petite flaque d’eau de pluie, pure et limpide, prise dans un rocher clair. J’en gouttai un peu, je la trouvai si pure et si douce que nulle autre personne que toi ne mérite d’en boire le premier ; et la voici ! ».

Le Saint Prophète en fut profondément ému. Il saisit l’occasion pour montrer à tous ses compagnons le rang spécial d’Abou Zhar en lui disant : « Ô Abou Zhar! Que Dieu te recouvre par Sa miséricorde ! Tu vivras en solitaire ! Tu mourras en solitaire ! Et tu entreras aussi au Paradis en solitaire ! Quelques gens de la Mésopotamie auront le bonheur de te faire les ablutions funéraires et de prier sur toi lors de ton enterrement. »

La petite histoire d’Abou Zhar et l’eau du rocher a la simplicité et la grandeur d’une histoire d’amour sublime et de fidélité héroïque. C’est pour cela qu’elle demeura plus éloquente que tous les prêches verbaux qui érigèrent Abou Zhar au sommet de la prédication égalitaire et humaniste.

LE SAINT HERITAGE DU PROPHETE

Abou Zhar demeura jusqu’au décès du Saint Prophète tout fidèle à lui et attentif à tout ce qu’il disait. A mesure que l’heure du départ du maître des créatures auprès du Seigneur s’approchait, son héritage semblait de plus en plus lourd, voir même accablant pour certains de ses compagnons.

Seuls les fidèles inconditionnels, ceux qui prenaient tous les commandements du Prophète et ses recommandations pour des ordres exécutables à la lettre, semblaient bien accueillir et défendre le saint héritage constitué par l’ensemble de la sunna (Paroles et traditions du Messager de Dieu(pslf)).

Le côté de la sunna qui semblait être le plus dérangeant pour les élites économiques nouvellement converties à l’Islam, tels qu’Abou Sofiane, son fils Moâwiya, et leurs proches de Bani Omeyya, ainsi que leurs alliés de Qoraich; était sans doute- l’aspect justicialiste et égalitariste de l’Islam.

       Par ailleurs, seule l’application scrupuleuse des versets coraniques, à l’aide des explications et des indications orales du Prophète pouvait mettre en évidence cet aspect.

Dès le décès du Saint Prophète(pslf), le problème de sa succession résuma et concrétisa à lui seul- toutes les autres préoccupations qui hantaient bien des esprits. En effet, pour les richards de la Mecque nouvellement convertis à l’Islam- peu importait quelle personnalité allait succéder au Prophète dans le poste de chef politique ! L’essentiel pour cette classe de nouveaux musulmans était de savoir comment, et avec quel programme, ce successeur allait lui succéder ! Et allait-il poursuivre la voie égalitariste du Prophète? Voie qui les priverait progressivement, mais inéluctablement, de leurs grands privilèges hérités de l’époque (Préislamique) !

Pour les fidèles inconditionnels du Saint Prophète(pslf), tel que Abou Zhar, le problème de la succession était déjà résolu depuis longtemps, et à leurs yeux, l’Imâm Ali(p) était déjà nommé comme successeur légal du Prophète au cours du dernier grand rassemblement des musulmans autour de l’étang de Khom (Ghadir Khom), juste après le pèlerinage de l’adieu.

Pour d’autres compagnons du Prophète qui se croyaient plus réalistes, l’application du testament de l’étang de Khom risquerait de provoquer un grand mécontentement, voire une rébellion générale, des grandes élites de Qoraich.

En réalité, il s’en fallait de beaucoup pour que la majorité des musulmans se rappelât du testament de L’étang de Khom et pensât à l’appliquer.

Du coup, dès le décès du prophète, Abou Zhar se trouva parmi la minorité loyaliste qui entoura 8 l’Imâm Ali(p) et sa glorieuse femme la sainte Fatima (paix sur elle). Cette minorité continuait à croire à la nécessité, en tant qu’obligation légale, de la succession de l’Imâm Ali(p) et regarder sous un angle de condamnation, l’élection d’Abou Bakr comme premier Calife par la majorité des chefs tribaux musulmans réunis à la Saquifa.

Au fur et à mesure que les jours et les mois passaient, le fait accompli se consolidait, et à côté d’Abou Zhar, on ne voyait plus que quelques rares fidèles soutenant succession de l’Imâm Ali(p), tels que Salman le Persan, Miqdad ibn Amre, Ammar ibn Yasser etc…

Après cinq mois de protestations de l’Imâm Ali et de la sainte Fatima, des événements graves avaient déjà commencé à secouer sérieusement le corps de l’Etat islamique ; et les rébellions des différentes tribus arabes commençaient à menacer sérieusement l’existence même de cet Etat.

C’était là que l’Imâm Ali accepta de prêter serment à Abou Bakre et de le reconnaître comme chef politique des musulmans, tout en gardant son rang spécifique de guide religieux et de garant de l’authenticité des sciences de l’Islam.

Abou Zhar se vit alors libéré d’un état d’attente peu compatible avec sa personnalité combative et active ; et il se lança vers les lignes de front où il avait beaucoup de travail à faire. Il choisit la Syrie où son gouverneur Moâwiya fils d’Abou Sofiane régnait en maître absolu ; et s’y installa pour en faire foyer de ses activités. Il y fut rapidement connu pour être le représentant incontestable de l’Islam égalitariste.

Enfin, le saint héritage du Prophète trouva en Abou Zhar le meilleur défenseur possible.

FACE À LA DEVIATION

Après la mort du deuxième calife Omar et la nomination de Othmâne comme troisième calife, les notables de Bani Omeyya La tribu de Othmân saisirent l’occasion pour revivre leur « Bon vieux temps » de l’époque ignorance préislamique.

Les musulmans se trouvèrent, alors, devant une situation toute nouvelle : Ce n’était pas Othmâne, le vieux compagnon du Prophète, qui les gouvernait, mais c’était plutôt son ministre Marwane ibn Hakam qui transforma le califat en une royauté absolue et le trésor public en une propriété familiale de Bani Omeyya.

Les injustices et les abus de pouvoir se multiplièrent. Les gouverneurs des plus vastes et riches territoires du Califat étaient tous des Omeyyades ou de leurs valets. La politique injuste et despotique n’était pas le seul vice dont les gouverneurs de Othmâne furent accusés, puisque -parait-il- ceux-ci se sentirent libres de commettre toutes sortes d’ignominie à l’égard du patrimoine sacré du Saint Prophète.

Selon plusieurs récits historiques dignes de foi, l’un de ces gouverneurs, en l’occurrence Walid ibn Öqba, gouverneur de Koufa, osa même établir ta prière collective en état d’ivresse ! Ivre mort, il fit quatre génuflexions (Rakaats) au lieu de deux dans la prière de l’aube !

En fait, avant d’en arriver là, Banou Omeyya durent éliminer tous les obstacles devant la consolidation des assises de leur pouvoir absolu. va sans dire que l’un des obstacles qu’il leur avait fallu éliminer à tout prix était Abou Zhar!

En réalité, les dernières années de la vie combative d’Abou Zhar nous rappellent bien ses premiers jours au sein de l’Islam : Toujours fidèle la logique implacable et à son humanisme égalitariste intraitable, il se lança, avec sa hardiesse habituelle, contre la grande vague de falsification de l’Islam et d’interprétation abusive du Saint Coran au profit d’une minorité d’opportunistes avides de pouvoir et de la fortunes faciles.

Dès les premières prémices de la grande déviation de la classe politique, Abou Zhar alla prévenir Othmâne du danger que l’Islam courait avec sa politique nonchalante envers la perversité et la dépravation de ses gouverneurs.

Un jour, saisissant l’occasion de l’arrivée d’une grande délégation de la ville de Koufa portant les nouvelles du mécontentement populaire général contre son gouverneur, Abou Zhar dit à Othmâne sans aucune complaisance : « Si tu veux éviter les critiques, suis la tradition de tes prédécesseurs ! »

Mais Othmâne avait été vraisemblablement déjà immunisé contre de tels conseils par la vilaine calomnie orchestrée par son ministre Marwane et ses valets contre tous les compagnons du Prophète et dont Abou Zhar fut le sujet préféré.

Les paroles d’Abou Zhar sonnèrent donc très mal aux oreilles de Othmâne, ce vieux Calife, affaibli à la fois par l’âge et le sabotage de son entourage, y sentit même l’odeur d’un complot anti-omeyyade. Il s’adressa à sa cour (car il s’agissait bien d’une cour royale !) lui demandant conseil tout en adressant un message menaçant à Abou Zhar et dit : « Conseillez-moi donc à propos de ce vieux menteur ! Vaut-il mieux le tabasser ou l’emprisonner, ou bien le tuer, ou bien encore le bannir hors de la terre de l’Islam »

Il n’y avait guère de plus dur pour Abou Zhar que de se voir traité de menteur par le vieux calife qui était tout de même- un ancien compagnon du Prophète(pslf). Cette accusation infâme était d’autant plus insupportable pour Abou Zhar qu’elle contredisait ouvertement un très célèbre témoignage du Prophète(pslf) dans lequel il fit l’éloge de la sincérité et de la probité du penseur du désert. En effet, plusieurs compagnons du Prophète se rappelaient alors toujours de la scène où le maître des créatures avait dit :

« Jamais, le ciel n’a couvert ni la terre n’a porté un homme plus sincère qu’Abou Zhar. »

Abou Zhar sortit de la cour de Othmâne avec une tête en effervescence et des idées qui risquaient de dégénérer au pire : Pouvait-il supporter un tel affront et ne pas y répondre comme il se doit ?

Les vents de la révolte soufflèrent stridents et irrésistibles dans les oreilles d’Abou Zhar et faillirent emporter tous les débris du grand édifice de sa patience, rescapés des tempêtes des longues années d’injustice Omeyyade. Mais il se rappela soudain d’une recommandation-oh combien salutaire- de son maître bien-aimé le Saint Prophète(pslf) : « … Que feras-tu lorsque tu seras expulsé de cette mosquée ?» Lui dit le Saint Prophète, un jour.

« Je partirais donc en Syrie, terre du Djihad (Guerre Sainte)» Répondit Abou Zhar en toute sérénité.

-«  Et si tu en es chassé ? »

– « Je reviendrais alors à cette mosquée. »

-«  Et si encore tu en es renvoyé ? »

-« Je prendrai alors une épée et je combattrai ! » Le Prophète lui dit alors :

-« Veux-tu que je t’indique ce qui est beaucoup mieux que cela? »

-« Oh oui ! Messager de Dieu. »

-« Ecoute et obéis. »

Abou Zhar n’oublia jamais cette scène et elle lui fit salutaire là où il en avait le plus besoin. En effet, aucune révolution contre un Etat islamique qui jouit encore de la légitimité populaire n’était permise en Islam ; et il fallait attendre que la grogne des masses vint à bout des restes de la légitimité du pouvoir de Othmâne pour qu’une révolte fut considérée légitime.

Abou Zhar décida donc de patienter et de subir sobrement le châtiment que l’entourage du vieux Calife allait lui infliger.

LE PROSCRIT BIEN-AIME

Abou Zhar fut banni vers les montagnes de Amel (au sud du Liban actuel), mais il y fut rapidement bien accueilli par les populations assoiffées de justice. Et il devint le héros de la justice sociale aux yeux des masses déshéritées acculées à la misère par Moâwiya, le tout puissant gouverneur de Syrie !

Abou Zhar se consacra à l’enseignement de l’Islam authentique partout où il pouvait aller. Ses discours étaient toujours en termes coraniques ; et, paroles prophétiques à l’appui, il s’adonnait volontiers à l’exégèse des versets coraniques qui réprimandent l’opulence facile et illicite et invitent les riches à se débarrasser de leur surplus de fortunes pour éliminer la pauvreté dans la société musulmane.

Abou Zhar aimait surtout, et à chaque occasion, réciter ce verset du Saint Coran:

«…Aussi, à ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas sur la voie de Dieu, eh bien, annonce leur un châtiment douloureux,

Le jour où ces trésors seront surchauffés au feu de la Géhenne, et que ces gens en auront front, flancs et dos cautérisés : C’est là ce que vous avez thésaurisé ! Gouttez donc de ce que vous thesaurisiez ! » (Sourate 9, Tawba: 34-35).

Moâwiya ibn Abi Sofiane, retors et malin qu’il était, savait bien que heurter de front un tel homme ne ferait que déstabiliser encore plus le pouvoir Omeyyade déjà en pleine crise de légitimité. C’est pour cela qu’il essaya de discréditer Abou Zhar et de le faire chuter aux yeux des grandes masses de sympathisants en lui envoyant plusieurs cadeaux de grande valeur.

Mais Abou Zhar, toujours ascète et désintéressé des biens de la vie, distribuait à chaque fois les présents qu’il recevait aux moins nantis des populations qui l’entouraient.

Et comme pour rendre son message encore plus concret et franc, il passait ensuite devant le palais de Moâwiya en criant à tue-tête : « Mon Dieu ! Maudis ceux qui ordonnent le bien tout en le boudant. Mon Dieu ! Maudis ceux qui prohibent le mal tout en le commettant. »

Un jour, Moâwiya en eut visiblement assez ; et perdant quelque peu de son célèbre sang-froid, il ordonna l’arrestation du vieux compagnon du Prophète. Abou Zhar fut immédiatement arrêté et amené chez Moâwiya qui l’interpella sans dissimuler aucunement sa haine : « O, ennemi de Dieu ! Tu oses venir crier chaque jour devant notre palais. Je vais demander au commandeur des croyants Othmâne l’autorisation de te tuer ! » Puis il se retourna vers les gardes et les somma d’amener Abou Zhar et de le jeter en prison.

L’émissaire de Moâwiya ne tarda pas de revenir de la Médine avec la réponse du calife : Il n’était pas question d’écouler le sang d’un compagnon du Prophète, mais toutefois, toutes les exactions à son encontre furent permises. Othmâne demanda même l’extradition d’Abou Zhar vers la Médine dans les conditions les plus dures !

Moâwiya exécuta les ordres du Calife en faisant preuve d’une férocité inouïe. Aussi, le vieux compagnon du Prophète fut-il expédié vers la Médine sur sa chamelle ; et il fut si malmené par ses geôliers au cours du chemin qu’il arriva à la Médine dans un état lamentable.

La nouvelle du retour du proscrit bien-aimé se propagea rapidement dans la Médine et les Omeyyades commencèrent à s’inquiéter sérieusement. Ils demandèrent à Othmâne de liquider rapidement l’affaire avant qu’elle ne dégénérât en une émeute populaire.

Othmâne convoqua rapidement Abou Zhar et l’accusa de fomenter des troubles contre son gouverneur de Syrie. Abou Zhar réfuta toutes ces accusations qui n’étaient en réalité que des allégations dénuées de tout fondement, et orchestrées par les deux cousins: Moâwiya et Marwane. Othmâne manifesta ne rien croire à la plaidoirie d’Abou Zhar.

Voyant que le calife est entièrement sous la domination de la bande Omeyyade, Abou Zhar s’attaqua au comportement inhumain dont il était victime et dit à Othmâne:

« Gare à toi Othmâne! N’as-tu pas donc vu le Messager de Dieu ? N’as-tu donc pas vu Abou Bakre et Omar ? Ton comportement est-il comparable au leur ? Tu m’as assailli si impétueusement par une prévarication d’un tyran ».

« Vas-t-en hors de notre ville ! » Ordonna Othmâne comme pour mettre fin à une discussion qui risque d’aboutir à un scandale.

-« Où irai-je ? » S’interrogea Abou Zhar.

– « Là où tu veux. » Se précipita Othmâne de dire.

-« Vers la Syrie, terre du Djihad? »

-« Il n’en est pas question, jamais je ne te permettrai d’y revenir ! »

Les propositions d’Abou Zhar se succédèrent :

L’Irak, l’Egypte et même la prairie de Najde. Mais Othmâne refusait toujours. Enfin, il lui désigna le désert de Rabazha, sur la route de l’Irak, comme lieu d’exil. Ici Abou Zhar s’exclama de joie : « Dieu est le plus Grand ! Le Messager de Dieu n’a dit que la vérité et il m’a prédit cet exil à Rabazha! ».

Othmâne demanda à Abou Zhar de lui relater cette scène. Abou Zhar, sans aucune rancune raconta intégralement le récit :

« Il m’a informé que je serai privé de la Médine et de la Mecque et exilé à Rabazha où je serai enterré par des voyageurs irakiens se dirigeant vers la Médine. »

Le sort d’Abou Zhar était donc déjà clair : Ce proscrit bien-aimé allait retrouver son dernier lieu d’exil. Quant aux Omeyyades, ils n’étaient pas du tout mécontents de le savoir et ils montrèrent bien du zèle lors de l’expulsion de ce vieil apôtre du Prophète.

EXILE A RABAZHA

C’était un lieu à l’Est de la Médine sur la route de l’Irak. Avant l’Islam, ce fut un site connu pour ses idoles vénérées par plusieurs tribus arabes.

Cet antécédent historique était suffisant pour Abou Zhar pour détester ce lieu ! Mais il ne pouvait rien contre son destin et se résigna à oublier rapidement sa volonté de rejoindre la terre du Djihad, la Syrie, la Médine, lieu d’enterrement de son maître bien-aimé, ou encore la Mecque avec sa sainte Kaâba.

Marwane, le ministre de Othmâne, interdit à tous les musulmans de la Médine de rendre hommage au vieux compagnon du Prophète ou de le consoler par quelque geste que ce soit, ne serait-ce que lui dire adieu !

Somme toute, la dernière page de la vie d’Abou Zhar était aussi glorieuse que la première.

LES ADIEUX DES SAINTS

Il fallait être infaillible ou du moins un saint pour oser désobéir aux ordres du Calife et aller dire adieu à Abou Zhar. Et nous voilà en compagnie avec un petit groupe de saints hommes raccompagnant Abou Zhar hors de la Médine et sur la route de Rabazha. C’était Ali(p), son frère Aqil, ainsi que Hassan(p) et Houssein(p), les deux petits-fils du Messager de Dieu et le fidèle compagnon de la descendance prophétique Ammar ibn Yasser.

L’Imâm Ali(p) s’avança le premier vers Abou Zhar et lui dit :

« Ô Abou Zhar! Tu n’as été mécontent que pour l’amour de Dieu. Est-il que ces gens-là te craignent pour leur vie d’ici-bas alors que tu les as craints pour ta religion. Laisse donc entre leurs mains ce qui les intéresse tant et enfuis-toi avec ce qui t’a amené à les craindre.

Comme ils ont besoin de ce que tu leurs refuse ! Et comme tu es désintéressé de ce qu’ils t’ont refusé.

Tu sauras bientôt qui est le gagnant. O Abou Zhar! Que rien ne te réjouisse sauf la vérité et que rien ne t’attriste sauf le faux. »

Ensuite Aqil s’avança à son tour et lui dit : « Tu sais bien que nous t’aimons, et nous savons que tu nous aimes. Alors tiens bon dans la crainte de Dieu. Certes, le salut est dans la piété. Et patiente avec endurance ; certes, l’endurance est une générosité ! » Ce fut alors le tour de deux petits-fils du Prophète(pslf).

Hassan(p) dit : « Patiente, ô mon oncle jusqu’à ce que tu rencontres ton Prophète bien satisfait de toi. »

Hussein (p) dit : « Ô mon oncle ! Demande à Dieu de la patience et la victoire. »

Ammar ibn Yasser s’avança à son tour. Fondu en larmes, il dit : « Que Dieu ne réjouisse jamais celui qui t’a banni et proscrit, et qu’il ne sécurise jamais celui qui t’a terrorisé ! Certes, par Dieu, si tu avais aimé leur train de vie, ils t’auraient sécurisé et si tu avais accepté leurs comportements, ils t’auraient aimé bien volontiers. »

           Abou Zhar dit alors en pleurant : « Que Dieu vous recouvre de sa miséricorde ó gens de la maison de la grâce. Quand je vous vois, je me rappelle du Messager de Dieu(pslf). »

Enfin, Abou Zhar partit vers le désert de Rabazha, son exile, accompagné de sa femme et de sa fille tout en se rappelant de ces paroles de son maître bien-aimé :

<<Ô Abou Zhar! Que Dieu te recouvre par Sa miséricorde ! Tu vivras en solitaire ! Tu mourras en solitaire ! Et tu entreras aussi au Paradis en solitaire ! ».

 

 

LE DERNIER HOMMAGE

L’épreuve d’Abou Zhar n’avait pas tardé à se compliquer avec la mort de son fils Zhar et ensuite de sa fidèle femme. En effet, les conditions de vie à Rabazha étaient insupportables et les déportés étaient obligés parfois de se nourrir des plantes sauvages. Sa femme mourut même à la suite de la consommation d’une plante venimeuse !

Abou Zhar se retrouva seul avec sa fille. Le poids de l’âge et de la faim le meurtrit: Il avait quatre-vingt-cinq ans et sentait sa mort très proche.

Dans ses derniers instants, il demanda à sa fille de ne pas s’inquiéter pour son inhumation et qu’elle devra, dès son dernier soupir, aller attendre sur la route de l’Irak car son maître bien- aimé Mohammad(pslf) lui avait promis que ce seront de bons croyants de l’Irak qui se chargeront de ses funérailles.

En effet le présage du maître des créatures se révéla miraculeusement exacte : Non seulement s’étaient de bons croyants de l’Irak qui allaient accourir en larmes à l’aide de sa fille ; mais s’étaient les plus dignes personnalités de l’Irak très connues par leur fidélité à l’Imâm Ali et leur grande estime pour Abou Zhar tel que Malik al Ashtar.

Malik al Ashtar fit lors de l’enterrement d’Abou Zhar un prêche éloquent dans laquelle il résuma toute sa tragédie. Entre autre, il dit :

….Il n’a jamais changé ni déformé aucun de Tes commandements, Seigneur ! Ayant constaté les transgressions à l’encontre du Coran et de la tradition prophétique, il avait levé la voix pour avertir les dirigeants de la communauté (musulmane) et les exhorter à corriger leur pratique.

Il en a résulté qu’ils l’ont torturé, conduit d’un exil à l’autre, humilié, expulsé de la ville de Ton cher Prophète et soumis à la plus dure épreuve.

Enfin, voilà qu’il a rendu l’âme dans cette solitude et dans ce désert vide… >>>

Paix et prière sur l’âme pure de ce grand apôtre qui avait concrétisé le combat de l’Islam pour la justice sociale et pour la dignité humaine.

-Fin-

Avec les apôtres – (4)

MOSSÂB DU BIEN

 

Par:

Chèkib BEBENDIRA

 

Thèmes sélectionnés par:

  1. ESSAYED

Fondation Ansariyan

PREFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl-ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète(pslf) et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu »

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.

Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

 

 

 

 

  1. Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

A LA RECHERCHE D’UN IDEAL

Mossâb se dirigeait vers la maison d’al Arqam qui avait déjà eu la réputation de foyer de prédication de l’islam; alors qu’un sentiment de curiosité et une passion inexplicable éliminaient de son esprit toute crainte ou peur d’une réaction démesurée de sa mère, autoritaire et intraitable.

Le long de la route, Mossâb se demandait si cette visite qu’il allait rendre à Mohammad(pslf) allait bien influencer le cours de sa vie et bouleverser totalement le système de valeur auquel il a été toujours attaché.

En effet, ces changements étaient le minimum de résultat constaté chez tous ceux qui ont déjà osé franchir le seuil de la terreur mecquoise et frapper à la porte d’al Arqam pour solliciter une entrevue avec le nouveau prophète.

Mossâb précipitait sa marche comme pour réduire cette distance qui le séparait du grand inconnu. L’arôme exquis de son parfum se répandait et son odeur se faisait sentir encore plus que d’habitude. Les regards des femmes admiratrices de ce galant jeune de la Mecque ne semblaient aucunement soupçonner sa destinée.

En effet, elles ne pouvaient deviner ni sa destination, ni les raisons de sa hâte, ni – encore moins- que ce serait la dernière fois qu’elles pouvaient admirer son élégance et souhaiter qu’il demande la main de l’une de leurs filles.

Lorsque Mossâb fut reçu par le Messager de Dieu(pslf), il fut pris aussitôt par un sentiment inexplicable, que seulement la majesté, la magnanimité et la grandeur d’âme qu’inspirait la vue de l’infaillible élu de Dieu pouvaient justifier.

Mossâb avait une âme si pure et un esprit si limpide que le message, aussitôt lancé, lui transperça le cœur. La parole de Dieu trouva dans ce jeune noble nouvel adepte inconditionnel.

Ainsi, dès que Mossâb entendit les quelques versets coraniques résumant le message de l’islam, il prononça le témoignage de foi et attesta solennellement devant tous les présents que :

« Il n’y a nul dieu que Dieu et Mohammad est bien le Messager de Dieu. »

Dès cet instant, le galant Mossâb, toujours gai et sans souci, s’estompa; et un nouveau Mossâb déterminé, clairvoyant et soucieux du sort des faibles et des démunis, apparut. Ce fut ce deuxième Mossâb qui repartit de la maison d’al Arqam, et rejoignit la demeure familiale où son âme alla se trouver en exil:

Depuis lors, elle devient méconnue par son entourage, lequel est désavoué et méconnu par elle.

Ce cercle vicieux de méconnaissance mutuelle avait duré aussi longtemps que Mossâb tenait à garder sa nouvelle foi au secret. Mais avec sa décision de déclarer sa conversion à l’islam, son épreuve connut des développements lourds de conséquences et uniques en leur genre. Une épreuve sentimentale et morale que tout jeune doit découvrir et méditer. Mais, d’abord qui était Mossâb?

MOSSAB EN QUELQUES LIGNES

Il est Mossâb fils de Ômeyr, de la sous tribu de Abdeddar qui était parmi les plus prestigieuses des traditionnellement, elle tenait la garde de l’étendard de la tribu lors des batailles.

Il était parmi les premiers à embrasser la religion de l’islam, alors que personne à la Mecque ne s’y attendait.

Sa haute culture et sa noblesse d’origine lui permirent de devenir rapidement l’un des plus savants des musulmans.

Après avoir été emprisonné et torturé par sa famille, il partit vers l’exil en Abyssinie. Mais il retourna de son exile juste après les premières prémices de la propagation de l’Islam parmi quelques gens de la ville de Yathrib (La Médine).

C’est alors qu’il fut nommé par le Prophète(pslf) comme ambassadeur à la Médine et reçut le titre du premier des « Mouhajirine» (Les exilés pour l’amour de Dieu).

Pour comprendre les raisons de ce grand honneur, revenant à l’histoire passionnante de l’Islam de Mossâb.

EPREUVE EN FAMILLE

Le nouveau Mossâb, le musulman discret, ne tarda pas à attirer l’attention de sa mère. Elle remarqua rapidement que son fils ne tenait plus à son élégance : plus rien de ce long regard au miroir avant de sortir, plus rien de cette fine attention à son habillement, et surtout, plus rien de ce parfum si attirant qu’il n’oubliait jamais de mettre !

Par ailleurs, l’intrigue que cette nouvelle négligence suscitait, se vit contrecarré par une satisfaction imposée par un comportement exemplaire et tout à fait nouveau de ce jeune homme envers sa mère : un respect inhabituel et une fine courtoisie qui semblait remplacer la galanterie d’antan !

La mère de Mossâb finit -tout de même- par savoir que son fils se rendait depuis quelque temps à la maison d’al Arqam, et que de lourds soupçons pesaient sur lui.

Elle décida d’agir rapidement et avec fermeté pour l’empêcher de rallier définitivement les rangs des musulmans.

Un jour, elle passa à l’acte : dès qu’il arriva à la maison, elle l’accueillit à la porte dans un état de colère et de fureur manifeste. Il la saluât gentiment; mais elle le gifla férocement et lui cria dans la figure : « As-tu donc abandonné la religion de tes parents ? T’es-tu donc convertis à l’Islam ? »

Bien que Mossâb ne s’attendit pas un pareil accueil, il répondit doucement et sans perdre son self contrôle : « Ô mère ! L’Islam est la meilleure des religions ! »

Même une deuxième gifle de la mère furieuse n’ébranla aucunement la sérénité de Mossâb, qui s’assit doucement dans l’attente d’un retour au calme de sa mère. Voyant la douceur de son fils, la mère décida de changer de tactique et joua la carte de la tendresse et de l’affection, et dit:

« Quel mal vas-tu subir et quel risque vas-tu courir? Ne vois-tu donc pas comment ces musulmans sont persécutés et parfois torturés à mort? Cette nouvelle religion n’est pas la tienne, toi le noble de Qoraich! C’est plutôt une religion pour les esclaves et les démunis tels que: Bilâl l’abyssin, Souayb le byzantin et Ammâr fils de Yâcer l’étranger! »

Mossâb eut du mal à entendre de telles paroles de la bouche de sa mère, et il fut pris de crainte sur son sort. Essayant de rectifier -autant que possible- la vision de sa mère de la religion de Dieu et de la vie, il dit tendrement : « Oh non !

Chère mère, l’Islam est la religion de tous, et il n’y a nulle différence entre un Coraichien et un non Coraichien, ni entre un blanc et un noir, sauf par la piété et la crainte de Dieu ! Je t’en prie ma mère, entre donc dans la religion de Dieu et abandonne l’adoration des idoles qui, certes, ne peuvent rien de mal ou de bon ! »

Mais la mère ne semblait guère écouter son fils et elle pensait tout à fait à autre chose ! Le lendemain Mossab voulut sortir de la maison; mais il découvrit qu’il y fut enfermé par sa mère !

Il attendit patiemment son retour tout en réfléchissant sur l’avenir de cette épreuve avec sa famille.

UNE PRISON FAMILIALE

La mère de Mossâb ne tarda pas à rentrer à la maison. Mossâb fut surpris de la voir accompagnée d’un homme inconnu au visage voilé. Mais quand il aperçut l’épée et les chaînes dans ses mains, il comprit vite que ce n’était autre que son geôlier.

La nouvelle de l’emprisonnement de Mossâb retentit dans toute la Mecque et suscita l’étonnement chez certains, l’admiration chez d’autres et la sympathie avec le prisonnier chez plusieurs jeunes de la ville.

Le Messager de Dieu(pslf) en fut profondément touché; et lorsqu’il apprit l’état dans lequel Mossâb avait sombré, il pria Dieu pour le délivrer le plus tôt possible.

Cependant, la prison fût, vraisemblablement, pour Mossâb une occasion pour comprendre certaines valeurs que son état de noblesse tribale ne permettait pas de les appréhender convenablement, auparavant. Aussi, peut-il saisir la juste valeur de la liberté et le mal infligé à toute esclave quand bien même on lui fournit toutes les facilités matérielles de la vie. Bref, ce fut ainsi qu’il put saisir la portée libératrice de l’islam; et qu’il put transmettre cette leçon à tous ses compagnons et coreligionnaires, par la suite.

Le présage de la liberté finit enfin par résonner aux oreilles de Mossâb : Un jour, un musulman s’infiltra chez lui et lui fit part du prochain exil d’un groupe de musulmans opprimés par leurs familles vers la terre d’Abyssinie dont le roi était réputé pour être juste et équitable.

Finalement, Mossâb se trouva dans une caravane nocturne se dirigeant vers la mer rouge.

EN ABYSSINIE

La caravane comptait une quinzaine d’émigrants dont : Abdorrahmane ibn Aouf, Zoubeyr ibn

Âwam, Othmane ibn Madhôun, Abdoullah ibn Massôud, Othmane ibn Affâne et sa femme Roqueya la fille du Messager de Dieu, Omm Aymane, Abou Salama et sa femme

Les mécréants de Qoraich avaient fait leur mieux pour empêcher la fuite des exilés. Mais ils arrivèrent trop tard à la localité de Djedda, port par lequel, les musulmans furent embarqués.

Un nouvel épisode de l’épreuve de Mossâb fuyant la noblesse et ses facilités, vers une terre lointaine, dans un exil pour l’amour de Dieu, commença par l’embarquement des exilés sur le navire allant vers l’Abyssinie, et son appareillage dans une atmosphère où s’entredéchiraient deux sentiments opposés de soulagement et d’angoisse.

Au début, la terre d’Abyssinie se montra généreuse et hospitalière. Ainsi, pour la première fois de leur histoire, les musulmans purent pratiquer librement leurs rites religieux.

Malheureusement, l’existence de ces exilés se transforma rapidement en un prétexte pour certains opposants à l’empereur Négus pour déclencher des émeutes et essayer de provoquer une insurrection générale.

Dans ces conditions, des nouvelles un peu rassurantes commencèrent à arriver de la Mecque : Après la conversion de Hamza à l’Islam, se fut le tour de Omar b. al-Khattâb, l’ex-ennemi juré des musulmans, qui renforça leurs rangs…

Une accalmie s’annonça dans l’horizon, et seulement après trois mois d’exil, les réfugiés d’Abyssinie furent tentés de regagner la Mecque et débarrasser le bon roi Négus de leur existence très mal exploitée par ses ennemis opportunistes.

UN RETOUR PREMATURE

Les nouvelles parvenues de la Mecque étaient en réalité trop optimistes. Les exilés d’Abyssinie ne s’en rendirent compte qu’au cours du voyage de retour.

En effet, il ne s’agissait point d’une paix entre les musulmans et les mécréants de Qoraich, mais-plutôt- d’une accalmie relative, due surtout à l’adhésion à l’Islam de certains hommes forts de Qoraich, et à la résistance héroïque de Bani Hashim, et au soutien inconditionnel de leurs chef Abou Taleb au Prophète et à ses fidèles.

Au cours de route, les anciens exilés apprirent donc que les exactions de toutes sortes contre les plus faibles des musulmans étaient toujours de rigueur à la Mecque. Et ils tombèrent en désaccord sur la démarche à entreprendre.

Certains d’entre eux préférèrent décidèrent de courir le risque de regagner la Mecque et de subir ce que les musulmans y subissent.

De retour à la Mecque, Mossâb entama une ultime tentative pour sauver sa mère de l’idolâtrie.

Il lui rendit visite et essaya de la convaincre de la véracité du message de l’Islam et de la fausseté du polythéisme. Mais, le trois mois d’exil de Mossâb n’eussent vraisemblablement rien changé de la rigidité de sa mère qui se réfugia derrière l’ultime argument de tout ignorant ayant peur de la vérité; et rétorqua : « Je ne veux pas que l’on dise de moi que j’ai abandonné la religion de mes aïeux pour suivre celle de mon fils. »

Voyant que sa mère voulait l’emprisonner une seconde fois, Mossâb s’en alla de la maison avec un cœur fondu et des yeux en larmes pour avoir échouer à guider sa mère vers la voie du salut.

Toutefois, la grande valeur de cet homme de foi ne tarda pas à se manifester ; et les musulmans allaient rapidement découvrir en lui un prédicateur exemplaire et un orateur sans équivalent.

L’ISLAM A YATHRIB

 

La prédication de l’Islam à l’intérieur de la Mecque et parmi les Qoraich devenait de plus en plus difficile et le nombre des musulmans commença à stagner suite à la recrudescence de la répression contre tout mecquois qui se hasardait chez la maison d’Arqam.

Par ailleurs, le Prophète(pslf) avait adopté une tactique de prédication saisonnière au cours du pèlerinage, qui permit à la religion de Dieu et à son message de parvenir à l’ensemble des pèlerins arabes.

L’un de ces contacts avec des pèlerins arabes se révéla fructueux. En effet, le Prophète(pslf) eut l’occasion de discuter avec six pèlerins de la ville de Yathrib; et cette discussion ne tarda pas à donner ses fruits.

La ville de Yathrib était une ville où vivaient plusieurs tribus juives côte à côte avec deux grandes tribus arabes : les Aouss et les Khazrajs. Un très ancien litige entre ces deux tribus avait fait d’elles deux ennemis jurés qui saisissaient n’importe quel prétexte pour déclencher la guerre. Les seuls profiteurs de ces guerres fratricides étaient les juifs de Yathrib qui n’épargnaient aucun effort pour ranimer les velléités de vengeance chez les deux tribus arabes, gardant ainsi, toujours vivace, le feu de la vengeance.

Le Messager de Dieu(pslf) s’adressa aux pèlerins de Yathrib par des termes minutieusement choisis :

« – De quelle tribu de Yathrib êtes-vous?

– De la tribu des Khazrajs).

– Êtes-vous donc les alliés des juifs?

– Oui! »

Le Prophète(pslf) s’assit avec eux, leur recita un peu de Coran, les invita à embrasser l’Islam et à se libérer des dogmes païens.

Ces pèlerins de Yathrib avaient déjà entendu de la bouche de certains savants juifs qu’un prophète allait prochainement apparaître dans la Péninsule arabe. Et lorsqu’ils entendirent les propos de Mohammad(pslf), ils comprirent tout de suite que c’était bien lui, le prophète attendu! Et ils se convertirent à l’Islam, sur le champ.

Après le témoignage de foi, le Prophète(pslf) leur expliqua les principales règles de l’islam dont la fraternité humaine. Cette notion sembla à leurs yeux salutaires ; et ils dirent : « Nous allons repartir chez nous et essayer de convaincre les nôtres d’embrasser la religion de Dieu. Peut-être pourrions-nous ainsi mettre fin à ces guerres fratricides entre nous et les Aouss ! »

Les six nouveaux musulmans repartirent chez eux après avoir fixé un rendez-vous avec le Prophète pour l’année prochaine.

Une année de prédication porta quelques fruits limités, mais c’était un très bon départ, et le Prophète(pslf) saisit cette occasion pour déplacer le centre de sa prédication de la Mecque vers Yathrib.

LE SERMENT DE AQABA

L’année suivante, une douzaine de notables de Yathrib vint à la rencontre du Prophète(pslf) pour lui demander de les rejoindre chez eux en lui promettant de le défendre, lui et ses fidèles. Le Messager de Dieu voulut achever les préparatifs de son départ en s’assurant à la fois de la fidélité de ces musulmans de Yathrib et de leur capacité d’assimilation du message de l’Islam.

Dans la vallée appelée Aqaba, le Prophète demanda à ses interlocuteurs de lui prêter serment. Ce serment de fidélité fut en quelque sorte une esquisse de constitution pour une future société musulmane.

Ainsi, ils prêtèrent serment de :

– Ne jamais associer à Dieu d’autres dieux.

– Ne jamais permettre le vol et le pillage.

– Interdire la turpitude.

– Ne plus enterrer leurs fillettes.

– Ne plus mentir.

Ils demandèrent alors au Prophète(pslf) d’envoyer avec eux l’un de ses compagnons pour leur enseigner les préceptes de l’Islam.

Le Messager de Dieu ne trouva pas un choix meilleur que Mossâb; et il l’ordonna d’accompagner la délégation de Yathrib.

Ainsi, Mossâb fut le premier « Mouhajir » à Yathrib. Il fut reçu et hébergé par Saâd ibn Zorara. Les jours et les mois passèrent et Mossâb devint l’axe autour duquel tournait toute la vie culturelle de Yathrib. Son succès fut éclatant et son comportement fut exemplaire. Au cours de quelques mois, cette ville connut une transformation radicale ; et les deux tribus rivales commencèrent à enterrer leur passé sanglant et à garder leur avenir commun avec un grand espoir. Le serment de Aqaba fut vraiment une grande conquête ; et le choix de Mossâb pour la prédication à Yathrib fut la deuxième grande conquête qui ouvrit de nouveaux horizons pour le message de l’Islam.

UN HOMME QUI EN VAUT MILLE

Saâd ibn Zorara était un homme intelligent et un grand connaisseur de sa société ; et la présence de Mossâb facilita considérablement sa mission de prédication.

Chaque sous tribu des Aouss ou des Khazraj vivait dans un rassemblement qui ressemblait à une localité distincte. Les chefs et les notables de chacune de ces sous tribus constituaient des portes d’entrée normales et obligatoires pour tout prédicateur étranger.

Saâd désigna à Mossâb les portes par lesquelles il devait pénétrer; et Mossâb n’avait pas besoin de plus de ceci pour réussir sa mission.

Un jour, ils partirent pour la cité de Achehal pour une campagne de prédication. Les deux dignitaires de cette sous tribu : Saâd ibn Moâdh et Ouceyde ibn Houdheyre étaient encore des idolâtres. Dès qu’ils s’approchèrent des résidences, Ouceyde partit à leur rencontre : La lance à la main et la colère sur le visage. Et il dit, tout menaçant : « Si vous tenez à la vie, allez-vous-en d’ici ! »

Saâd chuchota à Mossâb que c’était l’un des dignitaires de Achehal et qu’il fallait le ménager autant que possible. Mossâb répondit alors à l’arrogance de Ouceyde par des propos conciliants et avec un ton très poli :

« – Viens donc t’asseoir, et écoute-nous. Si notre cause te convient, alors, accepte, sinon, nous partirons! »

« C’est vraiment juste et équitable ! » dit Ouceyde en enfonçant sa lance dans le sol ; et il s’assit près des deux prédicateurs.

Mossâb fit de son mieux pour expliquer les préceptes fondamentaux de l’Islam en se référant essentiellement à des versets coraniques qu’il prit soin de psalmodier vénérablement.

Epris de majesté, Ouceyde en fut visiblement transformé, et la colère place à un rabattement de déférence. Comme confus de son comportement passé, il se contenta d’écouter puis osa, enfin, ouvrir la bouche et balbutia avec pudeur: « Oh ! Comme c’est beau ! »

Voyant qu’il n’y avait plus grand-chose à faire pour s’acquérir la sympathie de ce dignitaire, Mossâb clôtura son discours par quelques mots qui ne manquassent certainement pas de se graver dans la mémoire de Ouceyde: « C’est la meilleure des religions. Quant au Messager de Dieu, sachez que c’est un homme noble, connu par sa sincérité et sa probité, et il était célèbre par sa morale magnanime, bien même avant se prophétie ! »

Ouceyde demanda à Mossâb ce qu’il devait faire pour se convertir à l’Islam. La réponse fut singulière et simple: « D’abord il faut faire un bain rituel (Ghosl), ensuite prononcer le témoignage de foi et faire une prière. »

Ouceyde, qui était un homme pratique, ne perdit aucune seconde et accourut chez lui pour faire tout ce que la conversion à l’islam nécessitait. Revenant chez Mossâb, Ouceyde pensait a son ami Saâd ibn Moâdh, et il décida de l’attirer vers l’Islam. Saâd était assis avec sa tribu lorsque Ouceyde apparut au bout du chemin. Il s’exclama : « Par Dieu ! Ouceyde est revenu avec un autre visage! » Et il s’empressa de demander à Ouceyde s’il avait bien renvoyé les deux étrangers. Ouceyde ne voulut pas lui raconter toute la scène et lui dit tout simplement que les deux visiteurs sont encore assis là où il les avait déjà vus.

Saâd fut prit de fureur. Il prit vivement la lance de Ouceyde et courut vers les deux étrangers. Mossâb n’eut pas du mal à convaincre le furieux chef des Achehal d’écouter ses propos et de laisser le temps à sa raison pour juger convenablement les choses.

Bref, Saâd ibn Moâdh n’était heureusement pas moins raisonnable que Ouceyde ; et il embrassa rapidement la religion de Dieu. Saâd décida d’entreprendre une action spectaculaire avec sa tribu. En fait, il était un homme qui n’avait pas peur du risque et il ne reculait jamais devant les grandes décisions. Il amena Mossâb chez les Achehals, rassembla toute la tribu et lui annonça la grande nouvelle sans aucune circonspection!

Ensuite, il les mit tous entre un choix difficile mais vital : Ou bien accepter l’Islam, ou bien ils n’auraient plus droit à lui parler !

En réalité, les Achehals étaient trop confiants en leur chef et trop attachés à sa personne pour qu’ils se permissent même de réfléchir avant de faire leur choix ! Ce fut alors la conversion collective à l’Islam de toute la tribu !

Il va s’en dire ici que la personnalité de Mossâb fut le principal atout de l’Islam dans cette grande conquête. Il est vrai que le Saint Coran parle de lui-même, mais sans le comportement magnanime et attirant de Mossâb, ces paysans idolâtres de Yathrib, jusqu’alors bornés sur leur agriculture et toujours occupés pas leur guerre fratricide, auraient-ils pu découvrir ces grandes qualités du livre saint de l’Islam ?

Les nouvelles des conquêtes de Mossâb parvinrent au Prophète (pslf). Certains de ses compagnons ne cachèrent pas leur étonnement du faite qu’un seul homme pût faire tout ce travail en si peu de temps. Le Messager de Dieu répondit, alors, par une phrase devenue, depuis lors, un dicton : « Un homme comme un millier et un millier comme rien du tout. »

LE DEUXIEME SERMENT DE AQABA

La saison du pèlerinage arriva rapidement. Mossâb partit vers la Mecque, accompagné de tous les musulmans capables d’effectuer le voyage. Arrivés aux lieux saints, Mossâb programma une rencontre secrète avec le Messager de Dieu : Ce fut la nuit et dans la vallée de Aqaba.

Le Messager de Dieu(pslf) partit à la rencontre des musulmans de Yathrib accompagné par son oncle Abbas qui cachait alors son Islam. Les présents étaient soixante-treize dont deux femmes ; ils prêtèrent serment au Messager de Dieu de sacrifier leurs fortunes et leurs vies pour sa mission et de n’épargner aucun effort pour sa réussite

Le Messager de Dieu(pslf) leur promit alors que la récompense de ce dévouement n’était pas moins que le Paradis !

Cette deuxième réunion de Aqaba fut la première étape concrète dans la constitution de l’état islamique. Et il était déjà clair que les conditions de la fondation de l’entité politique de l’Islam étaient déjà réunies. Ce fut alors que Dieu permit à son Prophète de partir vers Yathrib et d’en faire « La Médine » c’est-à-dire la cité civilisée.

À LA BATAILLE DE BADR

Dans la série précédente (avec les Infaillibles) et les numéros précédents de cette série, notre cher lecteur a pu avoir une idée sur la « Hijjra » du Saint Prophète(pslf) et les circonstances de la constitution du premier état islamique de l’histoire; ainsi que sur les raisons des guerres déclenchées entre les musulmans et les mécréants de Qoraich; et il y a été établit que les expéditions des musulmans avaient toujours un caractère défensif ou punitif.

S’il est certain que Mossâb était connu par sa science et ses qualités d’orateur, et qu’il avait aussi eu l’occasion de s’attirer l’admiration de tous les musulmans, « Ansares et Mouhajirines », par sa morale sublime et sa grandeur d’âme, il est aussi sûr que personne ne soupçonnait les qualités militaires de ce fidèle serviteur de l’Islam. En fait, ce n’était qu’avec la bataille de Badr que le Prophète (pslf) les fit découvrir à ses compagnons.

En effet, au cours de cette bataille, et pour des fins tactiques, le Prophète(pslf) dressa trois étendards : L’un autour duquel les « Ansares » se rassemblèrent et le confia à Saâd fils de Moâdh ; le second pour les « Mouhajirines », et il le confia à Mossâb ; le troisième, son propre étendard, et il le confia à Ali(p).

Le fait de confier l’étendard des « Mouhajirines » à Mossâb, démontrait aux mécréants de Qoraich, et précisément à Bani Abdeddar que l’islam n’entendait pas priver les sous tribus de Qoraich de leur rôle traditionnel.

Bref, le Prophète(pslf) voulut montrer aussi bien à ses fidèles qu’à ses ennemis que l’on peut toujours conserver certaines positions sociales tout en embrassant l’islam à condition que cela soit au service de la religion de Dieu.

Après la bataille, les prisonniers Qoraichiens furent départagés en deux groupes :

Le premier étant celui des combattants ordinaires.

Le second étant celui de ceux qui avaient de très mauvais antécédents hors du champ de la bataille, et qui avaient déjà mérité la peine capitale avant même la bataille de Badr. De nos jours, on appellerait ce groupe : Celui des criminels de guerre ou encore de ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité.

Parmi les prisonniers de ce second groupe, se trouvait Nadhre ibn Hareth. La célèbre torture des musulmans sans défense à la Mecque.

Ce criminel comptait sur des liens de parenté avec Mossâb pour passer dans le premier groupe et jouir de la tolérance du Prophète de l’Islam qui avait recouvert tous les prisonniers ordinaires.

Mossâb répondit qu’il avait tellement torturé les compagnons du Prophète que toute médiation en sa faveur relèverait de la faiblesse de foi.

Ici, Nadhre voulut susciter les sentiments de bravoure et la grandeur d’âme de Mossâb et dit :

« Si c’était toi qui été emprisonné par Qoraich, je t’aurais certainement protégé. »

Mossâb saisit alors l’occasion pour rappeler à Nadre que l’Islam avait refondu les alliances et les liens sur de nouvelles bases : Celle de l’appartenance à la même foi; et lui dit : « Je ne suis pas comme toi, l’Islam nous a libéré de tous les attachements et les alliances sauf celles qui méritent la satisfaction de Dieu. »

Ainsi, Mossâb sortit de la bataille de Badr avec deux grands honneurs : Le succès militaire et la confirmation de sa fidélité et son attachement à l’islam au détriment de tout autre sentiment. Les compagnons du Prophète(pslf) avaient déjà eu l’habitude de surnommer Mossâb Du Bien. Faut-il remarquer que jusqu’à la bataille d’Ohod, le nom de Mossâb était toujours relié à la réussite !

LE MARTYRE

Qoraich marcha sur la Médine pour venger la défaite de Badr. Des circonstances de la mobilisation et de la marche de l’armée de Qoraich sont déjà développées dans le numéro précédent.

Dans cette bataille, l’étendard des musulmans était défendu par Mossâb. La première phase de la bataille, où les musulmans étaient vainqueurs, étant terminée, la grande épreuve de Mossâb commença. Il avait à protéger l’étendard de l’Islam dans les circonstances les plus cruciales lorsque toutes les attaques des mécréants le visaient en personne.

Mossâb savait bien que l’étendard de l’armée n’est pas seulement le symbole de sa résistance ou de sa puissance mais aussi, et surtout, le visaient en personne.

Mossâb savait bien que l’étendard de l’armée n’est pas seulement le symbole de sa résistance ou de sa puissance mais aussi, et surtout, le baromètre de son moral. Et à ce titre, il lui fallait, coûte que coûte, le tenir tout haut et visible par tous les combattants musulmans et ennemis.

Mais combien Mossâb pouvait-il tenir le coup?

Ses blessures se multiplièrent et chaque fois qu’il repoussait une attaque, il en recevait une autre encore plus meurtrière. Finalement, il finit par succomber sous les multiples coups qui le transpercèrent de tous les côtés.

Le Prophète(pslf) ordonna à Ali de reprendre rapidement l’étendard et de recouvrir la retraite des quelques fidèles combattants qui résistaient encore…

Sur le champ de la bataille, le corps déchiqueté de Mossâb ne rappelait plus rien de l’élégance du temps passé, sinon par la majesté du rang du martyre !

Voulant enterrer Mossâb, les musulmans regardèrent son humble habillement qui avait été déchiré en miettes par les coups meurtriers.

Certains d’entre eux se rappelèrent certainement du jeune homme impeccablement vêtu et aux parfums célèbres ! Et ils enterrèrent Mossâb dans ses haillons, mais sans nul autre parfum que l’odeur paradisiaque de son sang pur !

Du retour à la Médine, le Messager de Dieu(pslf) eut la difficile tâche d’annoncer une triple mauvaise nouvelle à Hamnah ibn Jahsh, la femme de Mossâb qui avait perdu son oncle, son frère et son mari dans cette même bataille.

On peut difficilement imaginer le poids d’une telle catastrophe sur l’âme sensible de cette fidèle femme musulmane, qui se voit -du coup- toute seule après avoir perdu ses trois soutiens familiaux

La nouvelle du martyre de Mossâb fut d’autant plus insupportable pour Hamnah que son fort attachement à son marie était connu. Ainsi, le Prophète(pslf) lui donna toutes les raisons pour un grand deuil.

Enfin, si Mossâb Du bien avait rapidement disparut, son souvenir reste éternel et son dévouement reste une référence permanente pour tous les jeunes musulmans.

Prières et miséricordes de Dieu sur Mossâb et sur tous les martyrs de l’Islam.

-Fin-

les apôtres – (3)

HAMZA

(Le Maître des Martyrs)

Par :

Chèkib BEBENDIRA

Thèmes sélectionnés par :

  1. ESSAYED

Fondation Ansariyan

 

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl-ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète(pf)¹ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir. Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

 

 

 

 

 

Fondation Ansariyan

 

  1. Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

UN CHEVALIER PAS COMME LES AUTRES

Parmi toutes les tribus arabes, Qoraich se distinguait surtout par son positionnement stratégique autour de la demeure de Dieu, et par la richesse de ses commerçants.

La chevalerie et la témérité n’étaient certainement pas les points les plus forts de cette grande et respectable tribu, toujours fière de son héritage religieux et de ses saints ancêtres, dont le plus lointain n’est autre que le prophète Ismaïl(p) fils du prophète Ibrahim (Abraham)(p); alors que le plus proche était le grand Abdoul Mouttaleb(p) dont notre cher lecteur avait déjà fait la connaissance dans le premier numéro de cette série.

La renommée d’un Qoraichien en tant qu’un chevalier exceptionnellement courageux et capable de chasser, à lui seul, les lions redoutables du désert, étaient considérés comme un grand événement, aussi bien dans les milieux commerçants de la Mecque que parmi ses guerriers. Ce qui faisait de cet événement une chose encore plus retentissante, c’est que ce grand chevalier ne provenait pas de l’une des sous tribus réputées pour être les plus belliqueuses de Qoraich, mais plutôt de la sous tribu de Banou Hashim dont le chef Abou Taleb(p) représentait le pouvoir spirituel et dirigeait la gestion du pèlerinage. Ce grand chasseur de lions n’était autre que Hamza(p) le frère d’Abou Taleb(p). Et depuis son acquisition de cette réputation, la sous tribu de Banou Hashim passa au rang des groupes guerriers les plus redoutables sur lesquels la grande tribu de Qoraich pouvait compter pour sa défense.

CONTRE LE CHEF DE GUERRE

Abou Jahl était un sobriquet que les musulmans avaient attribué à leur ennemi le plus féroce et le plus rancunier de l’Islam. Ce surnom signifie littéralement « Le père de l’ignorance » et l’histoire de l’aube de l’Islam nous démontre bien que ce chef de guerre de Qoraich méritait bien ce surnom. Celui qui osa s’opposer à ce redoutable personnage et le défier ouvertement méritait bien le surnom de lion de Dieu. Ce vaillant chevalier était, n’était autre que Hamza le chasseur des lions!

Cette face à face historique était, sur tous les plans, pour tous les Qoraichiens, une grande surprise; puisqu’avant ce grand événement aucun musulman n’osait défier ouvertement Abou Jahl. En outre, personne ne s’attendait à la conversion de Hamza à l’Islam; et même ses proches de Banou Hashim l’accusaient d’être un homme oisif et sans souci !

Selon certaines versions de l’histoire, deux fillettes de Qoraich, indignées de voir l’arrogant Abou Jahl insulter le Prophète(pslf)et lui jeter du sable sur la tête, décidèrent d’aller raconter cette scène au chevalier de Banou Hashim qui était alors de retour de la chasse.

Hamza(p) se sentit gravement offensé de l’arrogance et de l’insolence d’Abou Jahl, et décida sur le champ de lui rendre la monnaie de sa pièce.

La face à face entre Hamza(p) et Abou Jahl s’annonçait turbulent et lourd de conséquences, avant même son commencement. Lorsque Hamza apparut au centre de la ville, les Mecquois ne virent point cette fois l’aimable et souriant Hamza(p) de toujours, celui qui prenait soin, à chaque rentrée de la chasse, de les saluer chaleureusement un à un mais plutôt un autre Hamza un lion à cheval, qui se précipitait vers le cercle des dignitaires de la ville pointant du doigt Abou Jahl et lui faisant signe de se lever et de se préparer au pire !

Interrogé sur les raisons de son ignoble comportement envers Mohammad(pslf), Abou Jahl tenta de jouer la carte de l’union religieuse et dit:

« Il a osé insulter nos dieux, nos dieux à tous. Et il a prétendu que nous manquons de raisons ! »

Hamza répondit alors que ceci n’était pas un motif suffisant pour mériter un tel affront et que cet outrage ne pouvait vraiment provenir que d’un « Père de l’ignorance » puisque les présumés dieux n’étaient que des statuts de pierre que nulle personne raisonnable ne se permet de vénérer ! Abou Jahl ne sut quoi répondre et s’écria :

« Es-tu donc de son avis ? »

Cette fois, la réponse de Hamza ne fut pas seulement verbale: Fouettant Abou Jahl avec son arc qu’il tenait toujours dans sa main, il lui cria dans la figure

« Eh bien oui ! Réponds-y donc si tu le peux ! » Et il s’écria de toutes ses forces :

« Je témoigne qu’il n’y a point de dieu que Dieu et que Mohammad est bien le Messager de Dieu. »

Les musulmans, qui regardaient la scène de loin, en furent galvanisés: Non seulement Abou Jahl venait d’essuyer le premier revers de sa vie, mais aussi, et surtout, Hamza(p) venait d’annoncer sa conversion à l’Islam, et par là, d’ouvrir une nouvelle page de son histoire où la force et dissuasion allaient rejoindre le courage et la patience au service de la foi.

Depuis ce jour, le Prophète surnomma son oncle Hamza de Lion de Dieu et de Son Messager.

Mais qui était Hamza ?

HAMZA: L’ONCLE, LE FRERE ET LE PROTECTEUR

Hamza fils de Abdoul Moutallib naquit en 570 de l’ère chrétienne, c’est-à-dire la même année où naquit notre maître Mohammad(pslf). Il était non seulement l’oncle du Prophète(pslf), mais aussi son frère de lait puisque tous les deux furent allaités pour une petite période par une même femme s’appelant Thoweyba.

          L’Islam de Hamza était un grand renfort pour les musulmans qui n’osaient généralement pas manifester leur foi avant cet événement. Bien que les infidèles étaient tenus de garder le secret de leur foi pour éviter des confrontations prématurées, certains d’entre eux annoncèrent ouvertement leur conversion à la religion de Dieu dès qu’ils se virent renforcés par la présence de Hamza.

         La présence de Hamza fut pour le Prophète(pslf) le principal soutien de dissuasion contre les mécréants de la Mecque jusqu’à la neuvième année de la révélation, année au cours de laquelle les rangs des musulmans furent renforcés par la conversion à l’Islam de l’un des ennemis les plus féroces: Omar ibn Khattâb.

           À ce titre, Hamza supporta à lui seul le lourd fardeau de la défense et de la dissuasion plusieurs années avant l’adhésion à l’Islam de certaines autres figures célèbres. Il mérite bien donc son surnom dont nul autre apôtre du Prophète ne put jouir.

VERS LA MEDINE

La treizième année de la révélation représente un point d’inflexion dans le mouvement Islamique: C’est l’année de la Hijra, exil collectif de tous les musulmans vers la ville de Yathrib, située à quelques cinq cents kilomètres au nord de la Mecque et qui avait manifesté un grand enthousiasme pour accueillir le Prophète(pslf) et ses fidèles, et constituer le premier état Islamique de l’histoire.

       Hamza fut l’un des principaux organisateurs des caravanes de la Hijra. Il contribua fortement à la réussite de leur intégration parmi les musulmans de Yathrib: Les Ansars, préparant ainsi l’accueil historique du Prophète(pslf).

       Si Hamza fut, en quelque sorte, l’organisateur du comité d’accueil et le garant de sa réussite, son neveu Ali joua un rôle encore plus remarquable, et marqua-pour la première fois- son saint nom dans le registre des fidèles inconditionnels et prêts au martyre.

       Notre cher lecteur se rappelle sans doute de cette scène sublime où Ali(p) se présenta au sacrifice en se couchant au lit du Prophète(pslf)et en s’exposant à la mort pour faciliter le départ nocturne de son maître et tuteur vers la Médine. En effet, ce fut cette nuit même que le complot de l’assassinat du Saint Prophète, devrait être exécuté.

LE PREMIER COMMANDANT DE L’ISLAM

Après le départ des musulmans, les mécréants de la Mecque saisirent l’occasion pour organiser une grande campagne d’usurpation et de spoliation de leurs biens laissés à la Mecque. Ainsi, du jour au lendemain, les Mouhajirunes (Les musulmans exilés) se virent dépossédés de tous leurs biens déposés auprès de leurs voisins ou parents à la Mecque !

       C’était alors que Dieu à Lui pureté autorisa à son Prophète d’organiser des opérations des représailles capables de restituer les droits à leurs propriétaires et de compenser les pertes infligées aux musulmans par les mécréants de la Mecque.

       Les caravanes commerciales des idolâtres mecquois constituaient alors une cible de choix pour les musulmans. Le Prophète(pslf) envoya quelques hommes sur les routes des caravanes pour détecter la première cible qui devait strictement appartenir à l’un des responsables du grand pillage des biens des musulmans à la Mecque.

       Le sort voulut que la première caravane détectée par les musulmans fût celle commandée par Abou Jahl. Cet élément d’information élimina toute hésitation quant à la décision que le Prophète(pslf) devait prendre Il appela Hamza et lui livra le premier étendard de guerre de l’Islam.

       Hamza réunit une trentaine de combattants musulmans, tous touchés, voire démunis, par la vague de spoliation. La petite troupe se dépêcha à la rencontre de la caravane d’Abou Jahl

       Bien que la garde de la caravane comptait plus de trois cent combattants aguerris, ceux-ci furent pris de panique dès qu’ils virent les silhouettes des premiers combattants de l’Islam derrière Hamza.

       Le nombre dix fois plus grand de l’ennemi n’eut aucun effet dissuasif sur Hamza et ses hommes qui allèrent aussitôt se lancer à l’attaque si ce n’était la médiation d’un notable arabe appelé Majdi ibn Âmre el Johani qui entretenait de bonnes relations à la fois avec Qoraich et avec les musulmans.

       Les musulmans ne furent toutefois pas très déçus pour avoir raté la grande caravane d’Abou Jahl puisque le message dissuasif de leur campagne parvint-quand même à leurs ennemis. Quand à Hamza, il en sortit avec le très honorable titre de premier commandant de l’Islam.

       Les historiens nous ont rapporté plusieurs vers de poésie que Hamza avait improvisés pour l’occasion et qui démontrent à la fois la fermeté de sa volonté de combattre chez lui et ses hommes, et la lâcheté et l’indécision chez le camp adverse.

       Après cette campagne, les expéditions contre les différentes caravanes mecquoises se multiplièrent, et la plupart d’entre elles furent commandées par Hamza.

       La confiance du sceau des Prophètes en son premier chef des armes était tellement grande, que même lorsqu’il était lui-même présent parmi les combattants -telle que dans l’expédition de la « Achira » – il confiait toujours l’étendard à Hamza.

 

 

 

LA GRANDE BATAILLE DE BADR

       Au début du mois de Ramadhân de la 2nd année de l’Hégire, les nouvelles d’une grande caravane mecquoise revenant de la Syrie vers la Mecque et commandé par Abou Sofiane, l’un des grands chefs de l’idolâtrie mecquoise, parvinrent à la Médine. Le Prophète(pslf) ordonna, alors, à ses fidèles de se préparer à la bataille.

       L’armée rassemblée par le Prophète(pslf) n’était qu’une colonne de 313 combattants dont la plupart ne disposait même pas de l’équipement nécessaire au combat.

       Abou Sofiane fut informé, à temps, de l’attaque. Il envoya aussitôt un émissaire à la Mecque pour annoncer l’alerte générale.

       Abou Jahl saisit alors l’occasion pour appeler à la mobilisation générale et rassembler le plus grand nombre possible de combattants sous prétexte de sauver la caravane mecquoise.

       En réalité, les véritables intentions d’Abou Jahl allaient bien au-delà du secours d’Abou Sofiane; et il comptait liquider définitivement l’affaire de l’Islam en portant un coup fatal à sa force de frappe et, pourquoi pas, tuer le Prophète, Hamza et leurs fidèles, et en finir, une fois pour toutes, avec cette religion qui ne faisait que se propager au fil des jours.

       Abou Jahl réussit à réunir 950 des combattants les plus aguerris de la Mecque d’assura parfaitement de la supériorité de leur équipement et partit en direction du lieu résumé de la rencontre de la caravane avec la colonne des musulmans

       Le 12 Ramadan, la petite expédition musulmane partit à la rencontre de la caravane d’Abou Sofiane. Celui-ci, malin et rusé qu’il était, eut la précaution de faire un détour et de s’éloigner de la route habituelle des caravanes.

       Le Prophète(pslf) et ses fidèles apprirent alors la double nouvelle: La fuite d’Abou Sofiane et l’arrivée inéluctable de la grande armée de Qoraich, trois fois plus nombreuse et, de loin, mieux équipée que la petite colonne des musulmans.

       Ce fut la première grande épreuve de foi pour certains musulmans originaires de la Médine: les Ansars. Mais l’ensemble des combattants de l’Islam fut à la hauteur de cette épreuve. Aussi, décidèrent-ils de camper là où la bataille devrait avoir lieu Les puits de Badr, et d’attendre l’arrivée de l’ennemi.

        Abou Jahl et son armée ne se firent pas beaucoup attendre et ils arrivèrent au champ de Badr en déployant toute la pompe guerrière dont ils disposaient.

       Le spectacle fut inouï d’un côté, les tambours de guerre et les chants quasiment hystériques des idolâtres, et du côté adverse, les chants de louange et de pureté de Dieu! Ce fut à ce moment-là que l’Ange Jibril fit parvenir au Prophète(pslf) ce verset coranique :

« …Et s’ils s’inclinent vers la paix, alors incline- toi vers elle… »

 

       Le Prophète ne manqua pas de proposer la paix aux mécréants mais Abou Jahl refusa catégoriquement. Sans doute, pensait-il que sa supériorité matérielle était suffisante pour anéantir ce petit groupe de musulmans. Et ce fut le déclenchement des hostilités.

       Il était de coutume que les batailles commençaient par duels individuels entre des volontaires de deux camps adverses. Selon cette habitude, trois des plus célèbres guerriers de Qoraich s’avancèrent au champ de bataille et sollicitèrent chacun un adversaire pour le duel. Ces trois guerriers étaient Otba, Cheyba et Walid, respectivement père, oncle et frère de Hind la femme d’Abou Sofiane.

       Trois volontaires des Ansars s’avancèrent pour le duel, mais les trois mecquois dédaignèrent de les combattre et sollicitèrent trois autres adversaires qui auraient leur rang tribal. Le Prophète(pslf) permit à Hamza, à Ali(p) et à Obeyda fils d’El Hareth de sortir au combat et d’éteindre l’arrogance des trois idolâtres mecquois.

       La victoire des trois musulmans fut éclatante et les trois insolents de Qoraich furent tués sur place. Hinde, fille de Otba et femme d’Abou Sofiane, perdit sur le champ ses trois plus chers parents. Elle en fut complètement cinglée, et jamais elle ne s’était rétablie de ce choc!

      La victoire des musulmans sur l’armée de Qoraich, fut si rapide et si écrasante que même les plus aguerris et les plus redoutables des guerriers mecquois n’eurent pas le temps d’organiser une retraite honorable. Les plus célèbres des chefs de Qoraich tel que Abou Jahl et Omeyya fils de Khalaf furent tués sur place, et les musulmans ne crurent pas à leurs yeux lorsqu’ils virent les troupes adverses en pleine débandade, laissant derrière elle plus de 70 cadavres, un butin considérable et plusieurs prisonniers.

       Dans toute la bataille, Hamza fut le plus remarquable des combattants, et pour plusieurs mécréants de Qoraich, il symbolisait bien l’ennemi qui les a déshonorés.

LES CRIS DE VENGEANCE

La défaite de l’armée de Qoraich était un scandale sans précédent pour l’ensemble de l’Arabie. Ce qui doublait le poids de cette catastrophe sur les cœurs des Mecquois, c’est qu’ils y avaient perdu la majorité de leurs têtes pensantes, de telle sorte qu’après cette bataille, seul Abou Sofiane demeura le chef sur scène.

De retour à la Mecque, Abou Sofiane établit un état d’alerte où même le deuil fut interdit, sous prétexte de priver les musulmans de s’en réjouir!

L’interdiction de deuil était une tactique malicieuse de la part de ce nouveau chef de Qoraich pour motiver les mecquois à chercher leur vengeance. Ce stratagème s’avérera très efficace et les préparatifs de la guerre commencèrent aussitôt.

D’autre part, Hinde, la femme d’Abou Sofiane avait déjà planifié sa propre vengeance avec la collaboration d’un esclave d’origine abyssine appelé Wahchi, réputé pour être le meilleur lancier de la région.

Hinde proposa Wahchi de lui racheter sa liberté en plus d’une quantité considérable de bijoux. En contrepartie, Wahchi devrait assassiner l’un des trois figures les plus illustres de l’Islam: Le Prophète(pslf) lui-même ou bien l’un de ses deux fidèles adjoints, Hamza(p) et Ali. (p)

Wahchi rappela à Hinde que le Prophète(pslf) était toujours inaccessible alors que Ali était trop prudent pour être surpris ou pris dans une embuscade, et si espoir y était, ce ne fût que dans l’assassinat de Hamza dont le courage et la hardiesse dépassaient de loin la prudence !

Hinde accepta ce marché: L’assassinat de Hamza en contre partie de tous ses précieux bijoux dans lesquels Wahchi voyait la voie de la liberté et de la richesse. Entre temps, Abou Sofiane réussit à rassembler une armée de plus de trois mille guerriers dont quelques centaines de cavaliers. Les préparatifs de l’expédition de vengeance étaient parfaitement au point; et toute la puissance de Qoraich fut mise au service de la vengeance. Personne des grandes figures guerrières de Qoraich ne se permit de s’absenter à cette campagne; entre autres, Khaled ibn Walid prit le commandement de la cavalerie en promettant de faire valoir son génie militaire. Bref, tout le poids militaire de Qoraich fut mis à l’épreuve.

Les nouvelles de la marche des mécréants vers la Médine ne tardèrent pas à parvenir au Prophète(pslf) qui annonça aussitôt la mobilisation générale.

Après quelques préparatifs hâtifs, le Messager de Dieu(pslf) partit à la rencontre de l’ennemi, avec une armée de moins d’un millier d’hommes. Mais cet effectif -relativement faible- ne tarda pas de se réduire encore plus : Les hypocrites de la Médine qui constituaient plus du tiers de l’armée, ne tardèrent pas à déserter le champ de la bataille laissant le Prophète et ses fidèles dans les conditions les plus critiques.

L’armée de Qoraich passa sur son chemin par la région des Abwâ où Amina, la mère du Prophète(pslf) était enterrée depuis cinquante ans. Hinde qui accompagnait l’armée des mécréants voulut déterrer la tombe de la mère de son ennemi juré; mais Abou Sofiane n’accepta pas de porter un tel scandale toute sa vie et l’empêcha de le faire sous prétexte que cela risquerait de se transformer en une mauvaise coutume parmi les Arabes. Toutefois, il promit à sa rancunière femme un grand régal et un assouvissement complet lors de la prochaine bataille!

 

 

LE MAITRE DES MARTYRS

Les deux armées adverses convergèrent vers la montagne d’Ohod. Le Prophète(pslf) ordonna á ses compagnons de se positionner au pied de la montagne de telle sorte que leur arrière fût complètement protégé. Toutes fois la couverture de la montagne n’était pas parfaite puisque son relief présentait une sorte de brèche par laquelle pouvait provenir un danger à tout instant.

Le Prophète(pslf) pallia à cette carence naturelle par une tactique préventive inouïe, se basant sur un rôle défensif spécifique des archers. En effet, le danger éventuel consistait au fait que l’ennemi pouvait pénétrer à travers la brèche, surprendre l’armée musulmane et l’attaquer dans le dos. Ainsi, le Prophète(pslf) ordonna à une cinquantaine d’archers de boucler cette brèche et de ne jamais quitter leur position stratégique sous quelque motif que ce soit! La bataille commença par une démonstration individuelle de l’héroïsme de quelques champions du sabre et du verbe. Parmi tous, ce fût Hamza qui se distingua par une témérité qui éclipsa toutes ses rivales: II prit l’étendard de l’ennemi pour cible et attaqua sa garde. Il abattit l’un après l’autre, tous les commandants qui se succédèrent sous la bannière de Qoraich.

Enfin, l’étendard de l’idolâtrie finit par fléchir et tomber sous les pieds des combattants de l’Islam.

Ce fut alors la grande panique dans les rangs des mécréants qui prirent la chute de leur étendard pour une défaite certaine et se précipitèrent à déserter le champ de la bataille.

Les musulmans crurent quant à eux à la victoire et commencèrent la chasse aux fuyards et la collecte du butin qu’ils avaient abandonné derrière eux.

Entre temps, les archers, du haut de leurs positions, n’avaient pas du tout chômé puisqu’ils avaient repoussé une tentative d’attaque-éclair entreprise par la cavalerie légère de Khaled. Les cavaliers repoussés ne désarmèrent pas pour autant, et ils se dissimulèrent non loin des lieux dans l’attente d’un moment d’inattention des archers.

Toutefois, la collecte du butin se révéla fatale pour les musulmans puisque même les archers furent tentés de descendre au champ de la bataille pour y chercher leur part. Quelques-uns des archers tentèrent en vain de rappeler à leurs collègues que la bataille n’était pas encore terminée et qu’ils étaient sommés par leur Prophète de ne jamais quitter leurs positions même si la victoire semble acquise

La plupart des archers désobéirent à leur chef et descendirent au champ de la bataille laissant ainsi l’arrière des musulmans totalement découvert Khaled n’attendait que cette occasion et ordonna vite à sa cavalerie d’attaquer par la brèche et d’écraser les quelques fidèles archers qui n’avaient pas quitté leur position, pour déferler ensuite sur le champ de la bataille par l’arrière.

Le revirement de la situation encouragea les mécréants déserteurs à regagner leurs positions pour entamer une grande contre-attaque à laquelle les musulmans ne s’attendaient nullement.

Les combattants de l’Islam furent alors pris entre le marteau de la cavalerie et l’enclume de la contre- attaque. L’héroïsme et le courage d’une petite minorité d’entre eux ne pouvait suffire à contre carrer les attaques ennemies lancées de toutes parts.

Sans se soucier de ce qui s’était passé, Hamza(p) continuait à combattre farouchement, et alors qu’il semait de repousser l’attaque de l’ennemi et déployait toutes ses forces pour protéger le fief du Prophète(pslf), Wahchi qui le guettait depuis le début de la bataille, à l’affût d’une occasion pour l’assassiner, lui porta un coup fatal de sa lance.

Transpercé du bout au bout par la lance de Wachi, Hamza(p) s’écroula sur le champ d’honneur, et avec lui s’effondra le moral de l’armée musulmane. C’était là que les mécréants firent circuler la rumeur de la mort du Prophète Mohammad(pslf), plusieurs musulmans y crurent et fuirent le champ de la bataille.

Ce fut alors la défaite que seule la réussite de quelques fidèles -tel que l’Imam Ali(p)– à protéger la vie de Prophète, avait quelque peu atténuée.

Les combattants résistants se retirèrent difficilement du champ de la bataille pour se refugier dans la montagne laissant les corps de leurs martyrs sur le lieu sans avoir eu le temps de les enterrer.

 

 

LE SACRILEGE

Les mécréants trouvèrent alors l’occasion pour manifester toute la bassesse et la rancune qui les animaient. Cette extériorisation permit -toutefois- de mettre en évidence une sauvagerie à peine dissimilée par le comportement hypocrite caractérisant habituellement les notables mecquois.

Ainsi, ni Abou Sofiane ni sa femme ne purent se retenir devant la tentation de la vengeance sauvage et inhumaine.

Une fois sur le champ de la bataille, Hinde fit signe à Wahchi de lui montrer le corps de Hamza(p) dès qu’elle y arriva, elle ordonna à l’esclave de déchiqueter le corps et d’en enlever le foie. Aveuglée par un désir sauvage de vengeance insensée, elle essaya de dévorer le foie de Hamza. Elle le mâcha avec avidité sans toutefois pouvoir l’avaler.

Finalement, elle se contenta de se faire un collier des oreilles et du nez du corps, et offrit tous les bijoux qu’elle portait à l’assassin qui ne pensait qu’à sa liberté prochaine.

Quant à Abou Sofiane, il passa par les corps des martyrs un à un; et chaque fois qu’il en reconnaissait une personne, il lui proférait toutes les injures qui lui passaient par l’esprit. Arrivant au corps de Hamza(p), il prit sa lance et l’enfonça dans ses entrailles déchiquetées en criant: Prend donc, ingrat !

L’un des guerriers de Qoraich, apparemment indigné par le comportement de son chef, lui fit rappeler que ce genre de geste pourrait causer un scandale pour toute la tribu. Abou Sofiane le pria de tenir sa bassesse au secret. Mais, vraisemblablement, le grand rang de Hamza auprès de Dieu (à Lui pureté), ne permettait pas une telle discrétion, et le récit du sacrilège n’a jamais cessé de circuler au bout des langues et des plumes au fil des siècles.

 

 

LE GRAND SACRE

Une fois l’ennemi retiré, le Prophète(pslf) et ses fidèles descendirent pour inhumer les martyrs Il chercha alors le corps de son oncle Hamza, et il demanda à Hareth, un connaisseur de tous les compagnons, de le trouver. Hareth finit trouver et reconnaître le corps défiguré et démembré du « Lion de Dieu ». Mais, jugeant que le spectacle serait affligeant pour le Prophète, il n’osa pas le lui désigner.

Hareth fit semblant d’échouer dans sa mission. Mais le Prophète(pslf) comprit -tout de même- qu’on voulait lui cacher quelque chose, et il ordonna à Ali(p) d’aller vite trouver et reconnaître le corps de son oncle. Quand Ali(p) trouva le corps méconnaissable de son oncle, il ne put revenir chez le Prophète et lui reporter l’effroyable scène. C’était alors que le Maître des Créatures entama lui-même sa recherche et finit par découvrir la réalité qu’on s’efforçait à lui cacher.

La colère du Prophète(pslf) et de ses fidèles entourant le lieu du sacrilège fut très grande. Certains d’entre eux jurèrent qu’ils en feraient autant avec soixante-dix mécréants de Qoraich ! C’est à ce moment là que Dieu (à Lui pureté) fit descendre Son Ange Jibril avec ce verset:

« …Et si vous êtes appelés à infliger un châtiment, qu’il soit du même genre que l’agression dont vous êtes victimes. Cependant, si vous supportez avec patience ce serait bien meilleur pour les forts d’âme… »

Depuis lors, le Prophète(pslf) interdit à jamais la défiguration des morts même à titre de représailles.

La tristesse qui pesa sur le Prophète(pslf) échappa à toute description. En effet, la défiguration du corps de Hamza(p) avait dépassé toutes les normes de la sauvagerie coutumière et se rapprochait plutôt d’un cannibalisme dont la péninsule arabe n’avait connu aucun précédent. Aussi, le maître des créatures s’indigna-t-il en disant:

« Ô oncle! Que Dieu te recouvre par Sa miséricorde! Je n’avais connu en toi qu’un bienfaiteur assidu et un gardien farouche et jaloux des liens de sang! »

Par ces mots, notre maître Mohammad(pslf) rappelait à ses fidèles que les assassins auteurs du sacrilège n’étaient autres que des parents ingrats de leurs victimes, lesquels n’avaient pourtant jamais manqué de respect envers les liens de parenté! Après quoi, le Prophète(pslf) ôta son pardessus pour en recouvrir le corps, et il lui adressa ces paroles:

Ô oncle du Messager de Dieu!

Ô Lion de Dieu et lion de son Prophète!

Ô faiseur de bonnes œuvres!

Ô soulageant qui dissipe les angoisses!

Ô défenseur du Messager de Dieu!

Safia, la sœur de Hamza et Fatima (paix sur elle), la fille du Messager de Dieu, n’ayant pu supporter l’attente des nouvelles de la bataille à la Médine, avaient accouru vers Ohod pour connaître le sort du Prophète et ses fidèles. Ali(p) tenta de les convaincre de revenir à la Médine en leur disant que le Prophète se portait relativement bien.

Safia insista à voir le corps de son frère Hamza; c’est alors que le Prophète(pslf) arriva sur les lieux et essaya de les consoler en leur disant:

« Tenez donc cette nouvelle! Hamza est enregistré parmi les gens des cieux sous le nom de Lion de Dieu et de Son Messager. »

Hamza avait porté longtemps le très honorable titre de maître des martyrs, et ce ne fut qu’avec la tragédie de Karbala qu’il transmit cet honneur à l’imam Houssein, l’illustre petit fils du Messager de Dieu. Pour certains musulmans qui persistent à ignorer l’épopée de Achoura, Hamza(p) reste toujours le maître des martyrs ! Prière et salut sur les âmes pures de Hamza, de Houssein(p) et de tous les martyrs sur la voie de Dieu!

-Fin-