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Avec les apôtres – (4)

MOSSÂB DU BIEN

 

Par:

Chèkib BEBENDIRA

 

Thèmes sélectionnés par:

  1. ESSAYED

Fondation Ansariyan

PREFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl-ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète(pslf) et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu »

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.

Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

 

 

 

 

  1. Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

A LA RECHERCHE D’UN IDEAL

Mossâb se dirigeait vers la maison d’al Arqam qui avait déjà eu la réputation de foyer de prédication de l’islam; alors qu’un sentiment de curiosité et une passion inexplicable éliminaient de son esprit toute crainte ou peur d’une réaction démesurée de sa mère, autoritaire et intraitable.

Le long de la route, Mossâb se demandait si cette visite qu’il allait rendre à Mohammad(pslf) allait bien influencer le cours de sa vie et bouleverser totalement le système de valeur auquel il a été toujours attaché.

En effet, ces changements étaient le minimum de résultat constaté chez tous ceux qui ont déjà osé franchir le seuil de la terreur mecquoise et frapper à la porte d’al Arqam pour solliciter une entrevue avec le nouveau prophète.

Mossâb précipitait sa marche comme pour réduire cette distance qui le séparait du grand inconnu. L’arôme exquis de son parfum se répandait et son odeur se faisait sentir encore plus que d’habitude. Les regards des femmes admiratrices de ce galant jeune de la Mecque ne semblaient aucunement soupçonner sa destinée.

En effet, elles ne pouvaient deviner ni sa destination, ni les raisons de sa hâte, ni – encore moins- que ce serait la dernière fois qu’elles pouvaient admirer son élégance et souhaiter qu’il demande la main de l’une de leurs filles.

Lorsque Mossâb fut reçu par le Messager de Dieu(pslf), il fut pris aussitôt par un sentiment inexplicable, que seulement la majesté, la magnanimité et la grandeur d’âme qu’inspirait la vue de l’infaillible élu de Dieu pouvaient justifier.

Mossâb avait une âme si pure et un esprit si limpide que le message, aussitôt lancé, lui transperça le cœur. La parole de Dieu trouva dans ce jeune noble nouvel adepte inconditionnel.

Ainsi, dès que Mossâb entendit les quelques versets coraniques résumant le message de l’islam, il prononça le témoignage de foi et attesta solennellement devant tous les présents que :

« Il n’y a nul dieu que Dieu et Mohammad est bien le Messager de Dieu. »

Dès cet instant, le galant Mossâb, toujours gai et sans souci, s’estompa; et un nouveau Mossâb déterminé, clairvoyant et soucieux du sort des faibles et des démunis, apparut. Ce fut ce deuxième Mossâb qui repartit de la maison d’al Arqam, et rejoignit la demeure familiale où son âme alla se trouver en exil:

Depuis lors, elle devient méconnue par son entourage, lequel est désavoué et méconnu par elle.

Ce cercle vicieux de méconnaissance mutuelle avait duré aussi longtemps que Mossâb tenait à garder sa nouvelle foi au secret. Mais avec sa décision de déclarer sa conversion à l’islam, son épreuve connut des développements lourds de conséquences et uniques en leur genre. Une épreuve sentimentale et morale que tout jeune doit découvrir et méditer. Mais, d’abord qui était Mossâb?

MOSSAB EN QUELQUES LIGNES

Il est Mossâb fils de Ômeyr, de la sous tribu de Abdeddar qui était parmi les plus prestigieuses des traditionnellement, elle tenait la garde de l’étendard de la tribu lors des batailles.

Il était parmi les premiers à embrasser la religion de l’islam, alors que personne à la Mecque ne s’y attendait.

Sa haute culture et sa noblesse d’origine lui permirent de devenir rapidement l’un des plus savants des musulmans.

Après avoir été emprisonné et torturé par sa famille, il partit vers l’exil en Abyssinie. Mais il retourna de son exile juste après les premières prémices de la propagation de l’Islam parmi quelques gens de la ville de Yathrib (La Médine).

C’est alors qu’il fut nommé par le Prophète(pslf) comme ambassadeur à la Médine et reçut le titre du premier des « Mouhajirine» (Les exilés pour l’amour de Dieu).

Pour comprendre les raisons de ce grand honneur, revenant à l’histoire passionnante de l’Islam de Mossâb.

EPREUVE EN FAMILLE

Le nouveau Mossâb, le musulman discret, ne tarda pas à attirer l’attention de sa mère. Elle remarqua rapidement que son fils ne tenait plus à son élégance : plus rien de ce long regard au miroir avant de sortir, plus rien de cette fine attention à son habillement, et surtout, plus rien de ce parfum si attirant qu’il n’oubliait jamais de mettre !

Par ailleurs, l’intrigue que cette nouvelle négligence suscitait, se vit contrecarré par une satisfaction imposée par un comportement exemplaire et tout à fait nouveau de ce jeune homme envers sa mère : un respect inhabituel et une fine courtoisie qui semblait remplacer la galanterie d’antan !

La mère de Mossâb finit -tout de même- par savoir que son fils se rendait depuis quelque temps à la maison d’al Arqam, et que de lourds soupçons pesaient sur lui.

Elle décida d’agir rapidement et avec fermeté pour l’empêcher de rallier définitivement les rangs des musulmans.

Un jour, elle passa à l’acte : dès qu’il arriva à la maison, elle l’accueillit à la porte dans un état de colère et de fureur manifeste. Il la saluât gentiment; mais elle le gifla férocement et lui cria dans la figure : « As-tu donc abandonné la religion de tes parents ? T’es-tu donc convertis à l’Islam ? »

Bien que Mossâb ne s’attendit pas un pareil accueil, il répondit doucement et sans perdre son self contrôle : « Ô mère ! L’Islam est la meilleure des religions ! »

Même une deuxième gifle de la mère furieuse n’ébranla aucunement la sérénité de Mossâb, qui s’assit doucement dans l’attente d’un retour au calme de sa mère. Voyant la douceur de son fils, la mère décida de changer de tactique et joua la carte de la tendresse et de l’affection, et dit:

« Quel mal vas-tu subir et quel risque vas-tu courir? Ne vois-tu donc pas comment ces musulmans sont persécutés et parfois torturés à mort? Cette nouvelle religion n’est pas la tienne, toi le noble de Qoraich! C’est plutôt une religion pour les esclaves et les démunis tels que: Bilâl l’abyssin, Souayb le byzantin et Ammâr fils de Yâcer l’étranger! »

Mossâb eut du mal à entendre de telles paroles de la bouche de sa mère, et il fut pris de crainte sur son sort. Essayant de rectifier -autant que possible- la vision de sa mère de la religion de Dieu et de la vie, il dit tendrement : « Oh non !

Chère mère, l’Islam est la religion de tous, et il n’y a nulle différence entre un Coraichien et un non Coraichien, ni entre un blanc et un noir, sauf par la piété et la crainte de Dieu ! Je t’en prie ma mère, entre donc dans la religion de Dieu et abandonne l’adoration des idoles qui, certes, ne peuvent rien de mal ou de bon ! »

Mais la mère ne semblait guère écouter son fils et elle pensait tout à fait à autre chose ! Le lendemain Mossab voulut sortir de la maison; mais il découvrit qu’il y fut enfermé par sa mère !

Il attendit patiemment son retour tout en réfléchissant sur l’avenir de cette épreuve avec sa famille.

UNE PRISON FAMILIALE

La mère de Mossâb ne tarda pas à rentrer à la maison. Mossâb fut surpris de la voir accompagnée d’un homme inconnu au visage voilé. Mais quand il aperçut l’épée et les chaînes dans ses mains, il comprit vite que ce n’était autre que son geôlier.

La nouvelle de l’emprisonnement de Mossâb retentit dans toute la Mecque et suscita l’étonnement chez certains, l’admiration chez d’autres et la sympathie avec le prisonnier chez plusieurs jeunes de la ville.

Le Messager de Dieu(pslf) en fut profondément touché; et lorsqu’il apprit l’état dans lequel Mossâb avait sombré, il pria Dieu pour le délivrer le plus tôt possible.

Cependant, la prison fût, vraisemblablement, pour Mossâb une occasion pour comprendre certaines valeurs que son état de noblesse tribale ne permettait pas de les appréhender convenablement, auparavant. Aussi, peut-il saisir la juste valeur de la liberté et le mal infligé à toute esclave quand bien même on lui fournit toutes les facilités matérielles de la vie. Bref, ce fut ainsi qu’il put saisir la portée libératrice de l’islam; et qu’il put transmettre cette leçon à tous ses compagnons et coreligionnaires, par la suite.

Le présage de la liberté finit enfin par résonner aux oreilles de Mossâb : Un jour, un musulman s’infiltra chez lui et lui fit part du prochain exil d’un groupe de musulmans opprimés par leurs familles vers la terre d’Abyssinie dont le roi était réputé pour être juste et équitable.

Finalement, Mossâb se trouva dans une caravane nocturne se dirigeant vers la mer rouge.

EN ABYSSINIE

La caravane comptait une quinzaine d’émigrants dont : Abdorrahmane ibn Aouf, Zoubeyr ibn

Âwam, Othmane ibn Madhôun, Abdoullah ibn Massôud, Othmane ibn Affâne et sa femme Roqueya la fille du Messager de Dieu, Omm Aymane, Abou Salama et sa femme

Les mécréants de Qoraich avaient fait leur mieux pour empêcher la fuite des exilés. Mais ils arrivèrent trop tard à la localité de Djedda, port par lequel, les musulmans furent embarqués.

Un nouvel épisode de l’épreuve de Mossâb fuyant la noblesse et ses facilités, vers une terre lointaine, dans un exil pour l’amour de Dieu, commença par l’embarquement des exilés sur le navire allant vers l’Abyssinie, et son appareillage dans une atmosphère où s’entredéchiraient deux sentiments opposés de soulagement et d’angoisse.

Au début, la terre d’Abyssinie se montra généreuse et hospitalière. Ainsi, pour la première fois de leur histoire, les musulmans purent pratiquer librement leurs rites religieux.

Malheureusement, l’existence de ces exilés se transforma rapidement en un prétexte pour certains opposants à l’empereur Négus pour déclencher des émeutes et essayer de provoquer une insurrection générale.

Dans ces conditions, des nouvelles un peu rassurantes commencèrent à arriver de la Mecque : Après la conversion de Hamza à l’Islam, se fut le tour de Omar b. al-Khattâb, l’ex-ennemi juré des musulmans, qui renforça leurs rangs…

Une accalmie s’annonça dans l’horizon, et seulement après trois mois d’exil, les réfugiés d’Abyssinie furent tentés de regagner la Mecque et débarrasser le bon roi Négus de leur existence très mal exploitée par ses ennemis opportunistes.

UN RETOUR PREMATURE

Les nouvelles parvenues de la Mecque étaient en réalité trop optimistes. Les exilés d’Abyssinie ne s’en rendirent compte qu’au cours du voyage de retour.

En effet, il ne s’agissait point d’une paix entre les musulmans et les mécréants de Qoraich, mais-plutôt- d’une accalmie relative, due surtout à l’adhésion à l’Islam de certains hommes forts de Qoraich, et à la résistance héroïque de Bani Hashim, et au soutien inconditionnel de leurs chef Abou Taleb au Prophète et à ses fidèles.

Au cours de route, les anciens exilés apprirent donc que les exactions de toutes sortes contre les plus faibles des musulmans étaient toujours de rigueur à la Mecque. Et ils tombèrent en désaccord sur la démarche à entreprendre.

Certains d’entre eux préférèrent décidèrent de courir le risque de regagner la Mecque et de subir ce que les musulmans y subissent.

De retour à la Mecque, Mossâb entama une ultime tentative pour sauver sa mère de l’idolâtrie.

Il lui rendit visite et essaya de la convaincre de la véracité du message de l’Islam et de la fausseté du polythéisme. Mais, le trois mois d’exil de Mossâb n’eussent vraisemblablement rien changé de la rigidité de sa mère qui se réfugia derrière l’ultime argument de tout ignorant ayant peur de la vérité; et rétorqua : « Je ne veux pas que l’on dise de moi que j’ai abandonné la religion de mes aïeux pour suivre celle de mon fils. »

Voyant que sa mère voulait l’emprisonner une seconde fois, Mossâb s’en alla de la maison avec un cœur fondu et des yeux en larmes pour avoir échouer à guider sa mère vers la voie du salut.

Toutefois, la grande valeur de cet homme de foi ne tarda pas à se manifester ; et les musulmans allaient rapidement découvrir en lui un prédicateur exemplaire et un orateur sans équivalent.

L’ISLAM A YATHRIB

 

La prédication de l’Islam à l’intérieur de la Mecque et parmi les Qoraich devenait de plus en plus difficile et le nombre des musulmans commença à stagner suite à la recrudescence de la répression contre tout mecquois qui se hasardait chez la maison d’Arqam.

Par ailleurs, le Prophète(pslf) avait adopté une tactique de prédication saisonnière au cours du pèlerinage, qui permit à la religion de Dieu et à son message de parvenir à l’ensemble des pèlerins arabes.

L’un de ces contacts avec des pèlerins arabes se révéla fructueux. En effet, le Prophète(pslf) eut l’occasion de discuter avec six pèlerins de la ville de Yathrib; et cette discussion ne tarda pas à donner ses fruits.

La ville de Yathrib était une ville où vivaient plusieurs tribus juives côte à côte avec deux grandes tribus arabes : les Aouss et les Khazrajs. Un très ancien litige entre ces deux tribus avait fait d’elles deux ennemis jurés qui saisissaient n’importe quel prétexte pour déclencher la guerre. Les seuls profiteurs de ces guerres fratricides étaient les juifs de Yathrib qui n’épargnaient aucun effort pour ranimer les velléités de vengeance chez les deux tribus arabes, gardant ainsi, toujours vivace, le feu de la vengeance.

Le Messager de Dieu(pslf) s’adressa aux pèlerins de Yathrib par des termes minutieusement choisis :

« – De quelle tribu de Yathrib êtes-vous?

– De la tribu des Khazrajs).

– Êtes-vous donc les alliés des juifs?

– Oui! »

Le Prophète(pslf) s’assit avec eux, leur recita un peu de Coran, les invita à embrasser l’Islam et à se libérer des dogmes païens.

Ces pèlerins de Yathrib avaient déjà entendu de la bouche de certains savants juifs qu’un prophète allait prochainement apparaître dans la Péninsule arabe. Et lorsqu’ils entendirent les propos de Mohammad(pslf), ils comprirent tout de suite que c’était bien lui, le prophète attendu! Et ils se convertirent à l’Islam, sur le champ.

Après le témoignage de foi, le Prophète(pslf) leur expliqua les principales règles de l’islam dont la fraternité humaine. Cette notion sembla à leurs yeux salutaires ; et ils dirent : « Nous allons repartir chez nous et essayer de convaincre les nôtres d’embrasser la religion de Dieu. Peut-être pourrions-nous ainsi mettre fin à ces guerres fratricides entre nous et les Aouss ! »

Les six nouveaux musulmans repartirent chez eux après avoir fixé un rendez-vous avec le Prophète pour l’année prochaine.

Une année de prédication porta quelques fruits limités, mais c’était un très bon départ, et le Prophète(pslf) saisit cette occasion pour déplacer le centre de sa prédication de la Mecque vers Yathrib.

LE SERMENT DE AQABA

L’année suivante, une douzaine de notables de Yathrib vint à la rencontre du Prophète(pslf) pour lui demander de les rejoindre chez eux en lui promettant de le défendre, lui et ses fidèles. Le Messager de Dieu voulut achever les préparatifs de son départ en s’assurant à la fois de la fidélité de ces musulmans de Yathrib et de leur capacité d’assimilation du message de l’Islam.

Dans la vallée appelée Aqaba, le Prophète demanda à ses interlocuteurs de lui prêter serment. Ce serment de fidélité fut en quelque sorte une esquisse de constitution pour une future société musulmane.

Ainsi, ils prêtèrent serment de :

– Ne jamais associer à Dieu d’autres dieux.

– Ne jamais permettre le vol et le pillage.

– Interdire la turpitude.

– Ne plus enterrer leurs fillettes.

– Ne plus mentir.

Ils demandèrent alors au Prophète(pslf) d’envoyer avec eux l’un de ses compagnons pour leur enseigner les préceptes de l’Islam.

Le Messager de Dieu ne trouva pas un choix meilleur que Mossâb; et il l’ordonna d’accompagner la délégation de Yathrib.

Ainsi, Mossâb fut le premier « Mouhajir » à Yathrib. Il fut reçu et hébergé par Saâd ibn Zorara. Les jours et les mois passèrent et Mossâb devint l’axe autour duquel tournait toute la vie culturelle de Yathrib. Son succès fut éclatant et son comportement fut exemplaire. Au cours de quelques mois, cette ville connut une transformation radicale ; et les deux tribus rivales commencèrent à enterrer leur passé sanglant et à garder leur avenir commun avec un grand espoir. Le serment de Aqaba fut vraiment une grande conquête ; et le choix de Mossâb pour la prédication à Yathrib fut la deuxième grande conquête qui ouvrit de nouveaux horizons pour le message de l’Islam.

UN HOMME QUI EN VAUT MILLE

Saâd ibn Zorara était un homme intelligent et un grand connaisseur de sa société ; et la présence de Mossâb facilita considérablement sa mission de prédication.

Chaque sous tribu des Aouss ou des Khazraj vivait dans un rassemblement qui ressemblait à une localité distincte. Les chefs et les notables de chacune de ces sous tribus constituaient des portes d’entrée normales et obligatoires pour tout prédicateur étranger.

Saâd désigna à Mossâb les portes par lesquelles il devait pénétrer; et Mossâb n’avait pas besoin de plus de ceci pour réussir sa mission.

Un jour, ils partirent pour la cité de Achehal pour une campagne de prédication. Les deux dignitaires de cette sous tribu : Saâd ibn Moâdh et Ouceyde ibn Houdheyre étaient encore des idolâtres. Dès qu’ils s’approchèrent des résidences, Ouceyde partit à leur rencontre : La lance à la main et la colère sur le visage. Et il dit, tout menaçant : « Si vous tenez à la vie, allez-vous-en d’ici ! »

Saâd chuchota à Mossâb que c’était l’un des dignitaires de Achehal et qu’il fallait le ménager autant que possible. Mossâb répondit alors à l’arrogance de Ouceyde par des propos conciliants et avec un ton très poli :

« – Viens donc t’asseoir, et écoute-nous. Si notre cause te convient, alors, accepte, sinon, nous partirons! »

« C’est vraiment juste et équitable ! » dit Ouceyde en enfonçant sa lance dans le sol ; et il s’assit près des deux prédicateurs.

Mossâb fit de son mieux pour expliquer les préceptes fondamentaux de l’Islam en se référant essentiellement à des versets coraniques qu’il prit soin de psalmodier vénérablement.

Epris de majesté, Ouceyde en fut visiblement transformé, et la colère place à un rabattement de déférence. Comme confus de son comportement passé, il se contenta d’écouter puis osa, enfin, ouvrir la bouche et balbutia avec pudeur: « Oh ! Comme c’est beau ! »

Voyant qu’il n’y avait plus grand-chose à faire pour s’acquérir la sympathie de ce dignitaire, Mossâb clôtura son discours par quelques mots qui ne manquassent certainement pas de se graver dans la mémoire de Ouceyde: « C’est la meilleure des religions. Quant au Messager de Dieu, sachez que c’est un homme noble, connu par sa sincérité et sa probité, et il était célèbre par sa morale magnanime, bien même avant se prophétie ! »

Ouceyde demanda à Mossâb ce qu’il devait faire pour se convertir à l’Islam. La réponse fut singulière et simple: « D’abord il faut faire un bain rituel (Ghosl), ensuite prononcer le témoignage de foi et faire une prière. »

Ouceyde, qui était un homme pratique, ne perdit aucune seconde et accourut chez lui pour faire tout ce que la conversion à l’islam nécessitait. Revenant chez Mossâb, Ouceyde pensait a son ami Saâd ibn Moâdh, et il décida de l’attirer vers l’Islam. Saâd était assis avec sa tribu lorsque Ouceyde apparut au bout du chemin. Il s’exclama : « Par Dieu ! Ouceyde est revenu avec un autre visage! » Et il s’empressa de demander à Ouceyde s’il avait bien renvoyé les deux étrangers. Ouceyde ne voulut pas lui raconter toute la scène et lui dit tout simplement que les deux visiteurs sont encore assis là où il les avait déjà vus.

Saâd fut prit de fureur. Il prit vivement la lance de Ouceyde et courut vers les deux étrangers. Mossâb n’eut pas du mal à convaincre le furieux chef des Achehal d’écouter ses propos et de laisser le temps à sa raison pour juger convenablement les choses.

Bref, Saâd ibn Moâdh n’était heureusement pas moins raisonnable que Ouceyde ; et il embrassa rapidement la religion de Dieu. Saâd décida d’entreprendre une action spectaculaire avec sa tribu. En fait, il était un homme qui n’avait pas peur du risque et il ne reculait jamais devant les grandes décisions. Il amena Mossâb chez les Achehals, rassembla toute la tribu et lui annonça la grande nouvelle sans aucune circonspection!

Ensuite, il les mit tous entre un choix difficile mais vital : Ou bien accepter l’Islam, ou bien ils n’auraient plus droit à lui parler !

En réalité, les Achehals étaient trop confiants en leur chef et trop attachés à sa personne pour qu’ils se permissent même de réfléchir avant de faire leur choix ! Ce fut alors la conversion collective à l’Islam de toute la tribu !

Il va s’en dire ici que la personnalité de Mossâb fut le principal atout de l’Islam dans cette grande conquête. Il est vrai que le Saint Coran parle de lui-même, mais sans le comportement magnanime et attirant de Mossâb, ces paysans idolâtres de Yathrib, jusqu’alors bornés sur leur agriculture et toujours occupés pas leur guerre fratricide, auraient-ils pu découvrir ces grandes qualités du livre saint de l’Islam ?

Les nouvelles des conquêtes de Mossâb parvinrent au Prophète (pslf). Certains de ses compagnons ne cachèrent pas leur étonnement du faite qu’un seul homme pût faire tout ce travail en si peu de temps. Le Messager de Dieu répondit, alors, par une phrase devenue, depuis lors, un dicton : « Un homme comme un millier et un millier comme rien du tout. »

LE DEUXIEME SERMENT DE AQABA

La saison du pèlerinage arriva rapidement. Mossâb partit vers la Mecque, accompagné de tous les musulmans capables d’effectuer le voyage. Arrivés aux lieux saints, Mossâb programma une rencontre secrète avec le Messager de Dieu : Ce fut la nuit et dans la vallée de Aqaba.

Le Messager de Dieu(pslf) partit à la rencontre des musulmans de Yathrib accompagné par son oncle Abbas qui cachait alors son Islam. Les présents étaient soixante-treize dont deux femmes ; ils prêtèrent serment au Messager de Dieu de sacrifier leurs fortunes et leurs vies pour sa mission et de n’épargner aucun effort pour sa réussite

Le Messager de Dieu(pslf) leur promit alors que la récompense de ce dévouement n’était pas moins que le Paradis !

Cette deuxième réunion de Aqaba fut la première étape concrète dans la constitution de l’état islamique. Et il était déjà clair que les conditions de la fondation de l’entité politique de l’Islam étaient déjà réunies. Ce fut alors que Dieu permit à son Prophète de partir vers Yathrib et d’en faire « La Médine » c’est-à-dire la cité civilisée.

À LA BATAILLE DE BADR

Dans la série précédente (avec les Infaillibles) et les numéros précédents de cette série, notre cher lecteur a pu avoir une idée sur la « Hijjra » du Saint Prophète(pslf) et les circonstances de la constitution du premier état islamique de l’histoire; ainsi que sur les raisons des guerres déclenchées entre les musulmans et les mécréants de Qoraich; et il y a été établit que les expéditions des musulmans avaient toujours un caractère défensif ou punitif.

S’il est certain que Mossâb était connu par sa science et ses qualités d’orateur, et qu’il avait aussi eu l’occasion de s’attirer l’admiration de tous les musulmans, « Ansares et Mouhajirines », par sa morale sublime et sa grandeur d’âme, il est aussi sûr que personne ne soupçonnait les qualités militaires de ce fidèle serviteur de l’Islam. En fait, ce n’était qu’avec la bataille de Badr que le Prophète (pslf) les fit découvrir à ses compagnons.

En effet, au cours de cette bataille, et pour des fins tactiques, le Prophète(pslf) dressa trois étendards : L’un autour duquel les « Ansares » se rassemblèrent et le confia à Saâd fils de Moâdh ; le second pour les « Mouhajirines », et il le confia à Mossâb ; le troisième, son propre étendard, et il le confia à Ali(p).

Le fait de confier l’étendard des « Mouhajirines » à Mossâb, démontrait aux mécréants de Qoraich, et précisément à Bani Abdeddar que l’islam n’entendait pas priver les sous tribus de Qoraich de leur rôle traditionnel.

Bref, le Prophète(pslf) voulut montrer aussi bien à ses fidèles qu’à ses ennemis que l’on peut toujours conserver certaines positions sociales tout en embrassant l’islam à condition que cela soit au service de la religion de Dieu.

Après la bataille, les prisonniers Qoraichiens furent départagés en deux groupes :

Le premier étant celui des combattants ordinaires.

Le second étant celui de ceux qui avaient de très mauvais antécédents hors du champ de la bataille, et qui avaient déjà mérité la peine capitale avant même la bataille de Badr. De nos jours, on appellerait ce groupe : Celui des criminels de guerre ou encore de ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité.

Parmi les prisonniers de ce second groupe, se trouvait Nadhre ibn Hareth. La célèbre torture des musulmans sans défense à la Mecque.

Ce criminel comptait sur des liens de parenté avec Mossâb pour passer dans le premier groupe et jouir de la tolérance du Prophète de l’Islam qui avait recouvert tous les prisonniers ordinaires.

Mossâb répondit qu’il avait tellement torturé les compagnons du Prophète que toute médiation en sa faveur relèverait de la faiblesse de foi.

Ici, Nadhre voulut susciter les sentiments de bravoure et la grandeur d’âme de Mossâb et dit :

« Si c’était toi qui été emprisonné par Qoraich, je t’aurais certainement protégé. »

Mossâb saisit alors l’occasion pour rappeler à Nadre que l’Islam avait refondu les alliances et les liens sur de nouvelles bases : Celle de l’appartenance à la même foi; et lui dit : « Je ne suis pas comme toi, l’Islam nous a libéré de tous les attachements et les alliances sauf celles qui méritent la satisfaction de Dieu. »

Ainsi, Mossâb sortit de la bataille de Badr avec deux grands honneurs : Le succès militaire et la confirmation de sa fidélité et son attachement à l’islam au détriment de tout autre sentiment. Les compagnons du Prophète(pslf) avaient déjà eu l’habitude de surnommer Mossâb Du Bien. Faut-il remarquer que jusqu’à la bataille d’Ohod, le nom de Mossâb était toujours relié à la réussite !

LE MARTYRE

Qoraich marcha sur la Médine pour venger la défaite de Badr. Des circonstances de la mobilisation et de la marche de l’armée de Qoraich sont déjà développées dans le numéro précédent.

Dans cette bataille, l’étendard des musulmans était défendu par Mossâb. La première phase de la bataille, où les musulmans étaient vainqueurs, étant terminée, la grande épreuve de Mossâb commença. Il avait à protéger l’étendard de l’Islam dans les circonstances les plus cruciales lorsque toutes les attaques des mécréants le visaient en personne.

Mossâb savait bien que l’étendard de l’armée n’est pas seulement le symbole de sa résistance ou de sa puissance mais aussi, et surtout, le visaient en personne.

Mossâb savait bien que l’étendard de l’armée n’est pas seulement le symbole de sa résistance ou de sa puissance mais aussi, et surtout, le baromètre de son moral. Et à ce titre, il lui fallait, coûte que coûte, le tenir tout haut et visible par tous les combattants musulmans et ennemis.

Mais combien Mossâb pouvait-il tenir le coup?

Ses blessures se multiplièrent et chaque fois qu’il repoussait une attaque, il en recevait une autre encore plus meurtrière. Finalement, il finit par succomber sous les multiples coups qui le transpercèrent de tous les côtés.

Le Prophète(pslf) ordonna à Ali de reprendre rapidement l’étendard et de recouvrir la retraite des quelques fidèles combattants qui résistaient encore…

Sur le champ de la bataille, le corps déchiqueté de Mossâb ne rappelait plus rien de l’élégance du temps passé, sinon par la majesté du rang du martyre !

Voulant enterrer Mossâb, les musulmans regardèrent son humble habillement qui avait été déchiré en miettes par les coups meurtriers.

Certains d’entre eux se rappelèrent certainement du jeune homme impeccablement vêtu et aux parfums célèbres ! Et ils enterrèrent Mossâb dans ses haillons, mais sans nul autre parfum que l’odeur paradisiaque de son sang pur !

Du retour à la Médine, le Messager de Dieu(pslf) eut la difficile tâche d’annoncer une triple mauvaise nouvelle à Hamnah ibn Jahsh, la femme de Mossâb qui avait perdu son oncle, son frère et son mari dans cette même bataille.

On peut difficilement imaginer le poids d’une telle catastrophe sur l’âme sensible de cette fidèle femme musulmane, qui se voit -du coup- toute seule après avoir perdu ses trois soutiens familiaux

La nouvelle du martyre de Mossâb fut d’autant plus insupportable pour Hamnah que son fort attachement à son marie était connu. Ainsi, le Prophète(pslf) lui donna toutes les raisons pour un grand deuil.

Enfin, si Mossâb Du bien avait rapidement disparut, son souvenir reste éternel et son dévouement reste une référence permanente pour tous les jeunes musulmans.

Prières et miséricordes de Dieu sur Mossâb et sur tous les martyrs de l’Islam.

-Fin-