les apôtres – (14)
SAÏD IBN DJOUBEYR
Adaptation française par:
Kadhem Mahdaoui & Housseyn Qommi
Thèmes sélectionnés par:
- ESSAYED
Fondation Ansariyan
PRÉFACE
La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahlul-Bayt (paix sur eux), que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragements qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf) (1) et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».
1 – Paix et prière sur lui et sur sa progéniture purifiée.
En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.
Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir.
Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.
Fondation Ansariyan
Dans La Forteresse Du Tyran
Les prisonniers dormaient dans leurs cellules, les soldats surveillaient à l’extérieur. Et les autres étaient positionnés devant le palais de Hajjaj le gouverneur. Deux soldats se dirent:
« -J’ai appris que le gouverneur est devenu fou.
-Cela est indéniable, car ses actes le dénoncent clairement.
-C’est vrai, depuis le meurtre de cet homme pieux « Saïd Ibn Djoubeyr» il ne trouve plus sommeil. Il se réveil brusquement et crie souvent: « Qu’y a-t-il entre moi et Saïd ibn Djoubeyr ».
-Je l’ai entendu dire au médecin qu’il rêve Said en train de le tirer par la main. Et qu’il lui demandait également : « Pourquoi m’avais-tu tuẻ, 6 ennemi de Dieu?».
-Le gouverneur a déjà tué plus de cent mille personnes, et actuellement il a fait emprisonner cinquante mille hommes et trente mille femmes. »
Alors qu’ils continuaient à se demander sur l’état de santé de leur chef, les gardes entendirent un puissant cri: « Qu’y a-t-il entre moi et Said ibn Djoubeyr ». L’un des gardiens dit : « Je crois que le revenant de Saïd ibn Djoubeyr lui est apparu une fois de plus. »
Un autre demanda: « Qui est cet homme ? »
Said Ibn Djoubeyr, Le Disciple De l’Imam Sajjad
Originaire de l’Abyssinie (Éthiopie actuelle), Said fut -autrefois- esclave des Bani Assad, célèbre tribu arabe. Son prénom était Abou Abdullah, il avait habité la ville de Koufa, ville dans laquelle il était connu pour sa piété, sa dévotion et, surtout, pour être le disciple de l’imam Ali Ibn Hussein Zaynul Abedine (la gloire des adorateurs) (psl).
Le Vœu, Interdit!
Said ibn Djoubeyr aimait beaucoup la prière, il vivait humblement avec sa mère, et il lui était particulièrement dévoué, car il savait que la satisfaction des parents amène celle de Dieu.
Il se réveillait toujours au premier chant de coq pour accomplir la prière de l’aurore. Après la prière, il récitait le saint Coran jusqu’au lever du soleil.
Un jour Said se réveilla après le lever du soleil, le coq n’ayant pas eu chanté cette aube là. Il fut énervé contre la volaille qui n’avait pas chanté comme d’habitude. Saïd s’adressa au coq en disant: « Qu’as-tu ? Puisses Dieu te couper la voix ». Depuis ce moment là, ce coq n’a plus chanté. La mère de Saïd comprit que Dieu avait exaucé le vœu de son fils, elle lui dit : « Ô Saïd mon fils, il ne faut jamais invoquer Dieu contre quelqu’un ». Saïd obéit à sa mère et ne lança plus jamais de vœux contre quelqu’un.
Allons, ensemble, lire l’histoire de ce grand homme qui avait passé sa vie à combattre dans la voie de Dieu.
Abdul Malik Ibn Marwane
Lorsque Abdul Malik Ibn Marwane apprit qu’il était devenu calife des musulmans, il referma un Coran qu’il tenait entre les mains en balbutiant: << Maintenant, c’est fini entre moi et toi ».
Dès lors, il commença à opprimer les opposants pour la consolidation de son pouvoir. Il nomma des gouverneurs despotes et injustes dans plusieurs territoires tels que : Khaled Ibn Abdullah Al Qasri gouverneur de Médine, et Hajjaj Ibn Youssef Al Thaqafi gouverneur de l’Arabie ensuite de tout l’Iraq et des contrées orientales. Il leur recommanda de massacrer tous ceux qui osent s’opposer à ses ordres.
Hajjaj Ibn Youssef
Après sa nomination comme gouverneur de Koufa, devant les habitants de la ville, Hajjaj prononça un discours menaçant qui resta gravé dans les mémoires, il leur dit:
« – gens de l’Iraq! O gens de la dissidence et de l’hypocrisie ! Je vois bien des têtes bien mûries et il est temps de les récolter et c’est bien moi qui le ferais… est-il que Abdul Malik m’a donné un fouet ainsi qu’une épée (Le fouet pour vous fouetter et l’épée pour vous décapiter). »
C’est ainsi que Hajjaj commença à torturer et tuer les gens. Le long de tout son règne, il massacra au moins cent vingt mille personnes et Semprisonna cinquante mille hommes, trente mille femmes et mêmes des mineurs.
Un Aspect Diabolique Du Tyran
L’oppression de Hajjaj s’était généralisée à un tel point que même les bédouins du désert et les villageois étaient pris de peur et de terreur chaque fois que le nom du Hajjaj était cité.
Un jour Hajjaj se rendant au désert, rencontra un bédouin sur son passage. Il lui demanda:
« – Hajjaj: Que penses-tu à propos de Hajjaj?
– Le bédouin: Il est un oppresseur injuste, que Dieu le maudisse.
– Hajjaj: Et que penses-tu du commandeur des croyants (Abdul Malik ibn Marwane)?
– Le bédouin: Il est encore pire que Hajjaj.
– Hajjaj Me connais-tu?
– Le bédouin: Non. Qui es-tu?
– Hajjaj: C’est moi Hajjaj.
Saisi de peur et pour sauver sa vie, le bédouin dit: Est-ce que tu me connais, ó émir?
– Hajjaj: Non. Qui es-tu ?
– Le bédouin Je suis l’esclave de Bani Thour.
je deviens fou deux fois par an. Tout à l’heure j’étais fou. »
Hajjaj sourit malicieusement et le laissa partir.
Il est clair que ce geste de fausse magnanimité révèle un autre aspect diabolique de la personnalité de Hajjaj puisqu’il savait bien maîtriser sa colère et jouer avec les sentiments des gens qui ne représentaient aucun danger pour son pouvoir, comme ce bédouin.
La Révolution
L’un des aspects les plus frappants de la politique de Hajjaj, était d’envoyer les musulmans à la conquête des territoires voisins, à la fois, afin d’avoir les butins de guerre et se débarrasser de certains croyants qui s’opposaient à son autorité.
C’est pourquoi il envoyait toujours un émissaire pour exhorter les musulmans (partis en guerre) de poursuivre les attaques, même si les ennemis étaient beaucoup plus puissants qu’eux. Il était donc interdit aux musulmans de se retirer – même tactiquement- lors des combats.
Dans l’une de ces campagnes, Hajjaj désigna Abdurahmane ibn al Ashaath pour commander les opérations d’attaques contre les Turcs de l’Asie centrale qui étaient gouverné alors par leur roi «Rotbil>>. Lors de la bataille, les musulmans avaient rencontré une forte résistance de l’armée turque, Abdurahmane envoya alors un émissaire pour aller demander au gouverneur la permission d’un repos qui devait permettre aux musulmans de s’organiser encore d’avantage. La réaction de Hajjaj fut violente. Il répondit par des injures contre Abdurahmane et donna l’ordre aux soldats de combattre à mort jusqu’à la victoire finale.
C’est alors qu’Abdurahmane et ses hommes comprirent les mauvaises intentions de Hajjaj. Les musulmans détestaient déjà Hajjaj et Abdul Malik ibn Marwane.
Lorsque Abdurahmane annonça ouvertement sa révolution contre le pouvoir en place, l’ensemble des combattants répondirent favorablement à son appel. Sous la conduite de Abdurahmane, tous les combattants décidèrent de retourner en Irak pour chasser Hajjaj du pouvoir. En marchant sur Koufa, ils furent rejoints par d’autres musulmans qui ne pouvaient plus supporter l’oppression Omeyyade.
Le Groupe Des Lecteurs
Les lecteurs du Coran étaient, à cette époque, une référence pour tous les musulmans. Grace à leur grande science de l’exégèse et leur savoir coranique générale, ils étaient glorifiés et respectés par la plupart des gens. Au cours de leur participation à la guerre contre les Turcs, ils formèrent un groupe appelé « Groupe des lecteurs ». Ce dernier fut dirigé par Koumeyl ibn Ziyad.
Les révolutionnaires parvinrent à libérer les habitants de plusieurs villes de la domination • Omeyyade, des villes telles que: Sadjistan (Afghanistan), Kermân (Iran), Bassora et Koufa (Irak).
La Bataille De Deyr Al Djamadjem
Le calife Abdul Malik eut sérieusement peur de cette nouvelle insurrection armée et l’avancée spectaculaire des hommes de Abdurahmane; il promit alors aux révolutionnaires de remplacer Hajjaj par un autre gouverneur, s’ils acceptent de déposer les armes.
Les révolutionnaires savaient très bien, que c’est Abdul Malik qui avait nommé Hajjaj comme gouverneurs, et par là, il est responsable de toute l’injustice et de tous les crimes de son subalterne. Ils refusèrent toutes les propositions du Calife. Ils lui demandèrent plutôt d’abdiquer lui aussi. Abdul Malik envoya alors une grande armée au secours de Hajjaj. Les armées se rencontrèrent dans un territoire appelé << Deyr al Djamadjem >>. Sur-le-champ de bataille, il y eut des terribles affrontements entre les deux camps, mais les hommes de Hajjaj en sortirent vainqueurs, après avoir écrasé les révolutionnaires.
Abdurahmane ibn Ashaath prit fuite vers les territoires turcs, et certains de ses partisans furent arrêtés et exécutés.
Koumeyl ibn Ziyad trouva refuge au prés de sa tribut dans un endroit secret, mais lorsqu’il constata l’encerclement et le siège infligés à sa tribut à cause de son soutien pour lui, il choisît de se rendre aux soldats de Hajjaj.
À La Mecque
Saïd ibn Djoubeyr s’était enfuit vers la Mecque, il trouva un refuge dans un coin du désert aux alentours de la ville. Là il espérait ne pas être repéré par les espions qui le cherchaient partout.
Abdul Malik, qui le détestait plus que tout le monde, envoya une lettre aux habitants de la Mecque pour les mettre en garde de cacher Saïd dans leur ville.
Lorsque Khalid ibn Abdullah al Qasri, l’émissaire de Abdul Malik arriva à la Mecque (Ville qui était gouverné par Mohammad ibn Maslama), il prononça un discours menaçant et récita le message de Abdul Malik:
« De Abdul Malik ibn Marwane aux habitants de la Mecque. Est-il que j’ai désigné Khalid ibn Abdullah al Qasri comme gouverneur de votre ville. Ecoutez-le donc et obéissez à ses ordres. Quiconque lui désobéirait, aura la mort comme châtiment.
Et que la Paix soit à vous. »
Cette lettre signifiait qu’aucun habitant de la Mecque n’avait le droit de soutenir ou d’apporter une quelconque aide à Saïd Ibn Djoubeyr.
Après avoir récité la lettre du calife, Khalid ibn Abdullah al Qasri lança un avertissement général « Si je le trouvais réfugié chez quelqu’un, je détruirais ça maison et je le tuerais et j’en ferais de même des maisons voisine ».
Il fixa un délai de trois jours pour chercher et arrêter Saïd ibn Djoubeyr.
Fugitif Dans Le Désert
Saïd savait que celui qui oserait lui donner refuge risquait la peine de mort. C’est pourquoi il refusa toutes les offres généreuses des quelques sympathisant de sa cause; et préféra plutôt prendre sa petite famille avec lui et aller se cacher dans le désert, non loin de la Mecque.
Un jour, la cache de Saïd fut découverte par un espion qui ne tarda pas d’aller informer le gouverneur, Khalid ibn Abdullah al Qasri. Ce dernier envoya rapidement des cavaliers armés jusqu’aux dents pour arrêter Saïd. Lorsque les cavaliers arrivèrent, ils encerclèrent l’endroit où se cachait Saïd, une cachette de fortune située parmi les rochers.
En ce moment, Saïd terminait sa prière, et son fils, qui avait vu les soldats s’approcher de leur refuge, commença à pleurer à haute voix. car il avait comprit qu’ils étaient venus pour arrêter son père.
Avant de tomber entre les mains des soldats, Saïd s’empressa de consoler son fils et de lui donner les derniers conseils de sa vie :
« Pourquoi pleures-tu, ô mon fils? J’ai vécu cinquante-sept ans, c’est une longue vie ».
Il l’exhorta d’avoir la patience et la persévérance dans la vie. Ensuite il s’approche pour se livrer aux mains des cavaliers.
Le chef des cavaliers qui avait trouvé Saïd en pleine prière et l’avait entendu exhorter son fils, fut très étonné de la personnalité de son prisonnier. Il dit à Saïd:
« -J’ai les ordres formels du gouverneur de t’arrêter, je m’en remets à Dieu, et j’en sollicite soutien et aides contre cela. Tu peux fuir partout où tu veux, je serais avec toi.
Saïd: As-tu une famille?
Le chef des cavaliers: Oui
Saïd: N’as-tu pas peur pour eux, ils peuvent être exécuté par le gouverneur après ta fuite? Le chef des cavaliers: Je les laisse sous la protection de Dieu. »
Pourtant, Saïd refusa la proposition du chef des cavaliers, de peur que le gouverneur se venge et exécute les innocents. Il se rendit.
Sacrilège À La Kaaba
Le gouverneur de la Mecque, voyant s’approcher le convoi emmenant Saïd en geôles, ordonna à ses geôliers de lui serrer encore plus la corde autour du cou.
Un dignitaire de Syrie, voyant la scène, dit au gouverneur: « Ô émir, Épargne ce juste vertueux et pardonne lui! Puisse cela plaire à Dieu ». Le gouverneur dit : «Par Dieu, si je savais que Abdul Malik ne soit satisfait de moi que par la destruction de la Kaâba, je la détruirais jusqu’à la dernière pierre ! »
Cette arrogance inouïe reflétait bien l’état d’esprit, non seulement de ce gouverneur, mais de la plupart des gouverneurs du Calife Omeyyade. Tel était le comportement des gouverneurs d’Abdul Malik. Sans se soucier de satisfaire Dieu, Le Seigneur Des Mondes, il cherchait plutôt à plaire à leur chef. Aussi de telles paroles blasphématoires n’étaient-elle que pour consolider l’argumentation des révolutionnaires qui y trouvaient perpétuellement une mise à jour de la légitimation de leurs révoltes et insurrection. En réalité, c’est bien pour cela que Saïd ibn Djoubeyr et les sien s’étaient soulevés contre le pouvoir Omeyyade.
Le Vénérable Et Le Tyran
Hajjaj avait construit une nouvelle ville entre Koufa et Bassora, il l’appela «Wassêtte», ce qui signifie la médiane. Et il y construit une grande forteresse pour lui et pour ses dignitaires, et une grande prison où étaient torturés les prisonniers, faibles et sans défense; et l’on pouvait toujours y trouver des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, dans des conditions inhumaines et indescriptibles.
Quant à Hajjaj, il habitait avec sa famille, son médecin et ses gardes dans la forteresse. Ce charognard aimait bien regarder l’exécution des condamnés à mort et il se réjouissait avidement de l’écoulement du sang. Ainsi, lorsque Saïd ibn Djoubeyr fut amené, tout était déjà prêt pour son exécution. Et le bourreau n’attendait que l’ordre du gouverneur pour l’exécution.
Une fois dans sa cellule, Saïd fut frappé par l’odeur du sang. Pourtant il n’eut point peur; puisque sa foi ferme et solide en Dieu et en son Jugement dernier, ne lui permettait de frémir qu’en présence de Dieu lors de la prière.
– Hajjaj lui demanda son nom, il répondit:
– Said ibn Djoubeyr. (Ce qui signifie littéralement: Heureux fils de Petit-rétablit.)
Hajjaj: Plutôt, Malheureux fils de Petit- cassé!
– Saïd: Ma mère connaît mieux que quiconque mon nom et celui de mon père.
– Hajjaj: Tu es malheureux, ta mère aussi était malheureuse.
– Said Seul Dieu connaît l’occulte.
Hajjaj garda silence, ensuite il frappa des mains pour appeler les clowns de la cour. Arrivés devant Hajjaj, les clowns commencèrent à faire des gestes comiques et risibles. Hajjaj et ses hommes rigolaient, mais Saïd ne leur prêta aucune attention. Hajjaj lui demanda: « Pourquoi tu ne rit pas? »
– Saïd répondit avec chagrin: «Je ne vois pas ce qui peut faire rigoler. Comment une créature peut-elle se moquer de l’argile qui brûle au feu!
Hajjaj: «C’est comme ça que nous avons été créés par Dieu.». Il ordonna ensuite qu’on lui apporte le coffre du trésor public. Hajjaj présenta à Saïd les richesses que contenait le coffre et lui demanda: « Que penses-tu de ceci ? »
Saïd: « C’est une grâce de Dieu si tu en respectes les conditions. »
– Hajjaj: « Quelles sont ces conditions? »
– Said: « Si tu t’achètes, avec, le paradis. »
Hajjaj en fut stupéfait, il tourna son regard vers le bourreau et lui fit signe de décapiter Saïd. Ayant comprit que c’était la fin, Saïd tourna son regard vers la Kaâba et demanda à ses bourreaux juste un petit moment pour faire une prière de deux rakâat, avant d’être exécuté. Il récita dans sa prière: «Sincère, oui, je tourne mon visage vers Celui qui a créé les cieux et la terre; et je ne suis point de ceux qui donnent des Associés.» (Coran: s.6, v.79)
Entendant cela, Hajjaj cria: «Détournez-le de la Kaába.» Le bourreau le saisit avec force et le détourna de la Kaâba.
-Saïd récita encore: «…Où que vous vous tourniez, là c’est le visage de Dieu…» (Coran: s.2, v.115)
-Hajjaj: « Renversez-le sur la figure, par terre. »
-Saïd récita: « C’est d’elle que Nous vous avons créés, et en elle Nous vous retournerons, et d’elle Nous vous ferons sortir une fois encore». (Coran: s.20, v.55)
Hajjaj ordonna alors le bourreau : «Abat-le.» Saïd leva ses mains vers le ciel et implora son Seigneur: «Ô mon Dieu, ne le laisse pas ainsi. Fais que je sois le dernier de ceux qu’il a tués». Ces paroles furent le premier et le dernier vœu que Saïd avait lancé contre quelqu’un, depuis que sa mère lui avait interdit de maudire quelqu’un.
Le bourreau s’approcha et lui trancha le cou La tête de Saïd tomba par terre et miraculeusement récita la formule du témoignage de foi: << Il n’y a point de dieu, que Dieu». Toute l’assistance en fut stupéfaite.
Hajjaj qui regardait la scène, remarqua que le sang de Saïd continuait à couler sans interruption, il demanda à son médecin, un chrétien qui s’appelait Tayâzuq, le secret de cet écoulement. Le médecin répondit: Tous ceux que vous avez exécutés auparavant, avaient certainement peur de la mort. Leur sang se concentrait alors dans les veines. C’est pour cela que le sang ne coulait pas comme chez celui-ci.
Effectivement, Saïd ibn Djoubeyr n’avait peur de rien. Son cœur battait toujours d’un rythme normal. Remplit de foi, il n’avait -évidemment- pas peur de la mort. Il mourut en martyr pour l’amour de Dieu.
Il était réellement heureux, tout comme il avait été surnommé par ses parents.
La Victoire Du Sang Sur Le Sabre
Après l’exécution de Saïd ibn Djoubeyr, Hajjaj, déjà paranoïaque et mégalomane, devint sujet à des crises répétitives de folie. Il ne réussissait plus à dormir sans cauchemars terrifiants. Il rêvait toujours Saïd le tirer par la main. Et dans une crise de dénie diabolique et de mégalomanie,
il criait: << Qu’y a-t-il entre moi et Saïd ibn Djoubeyr ! »
Hajjaj ne survécu qu’une quinzaine de jours à l’exécution de Saïd. Dieu avait exaucé le vœu de Saïd: Il fut, tout comme il l’avait souhaité, effectivement le dernier à être tué par Hajjaj.
Avec la mort du tyran, les véritables dimensions de sa politique criminelle commencèrent à se dévoiler: Ainsi lorsqu’on ouvrit les portes des terribles prisons de Hajjaj, on y découvrit la présence de plus de cinquante mille hommes et trente mille femmes et enfants entassé inhumainement, aux corps meurtrit de torture et de faim, et gisant à même le sol.
En outre, le bourreau qui avait exécuté Saïd, n’échappa pas lui aussi au châtiment divin, et il ne survécu même pas une année à son crime ignoble.
Dès lors, l’histoire garde toujours avec fierté la mémoire glorieuse de Saïd ibn Djoubeyr. Mais personne ne cite le nom de Hajjaj sans le maudire ou le désavouer.
C’est encore là, un nouvel épisode, de l’éternelle histoire de la victoire du sang sur le sabre.
(Fin)