HAMZA
(Le Maître des Martyrs)
Par :
Chèkib BEBENDIRA
Thèmes sélectionnés par :
- ESSAYED
Fondation Ansariyan
PRÉFACE
La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl-ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète(pf)¹ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».
En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.
Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir. Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.
Fondation Ansariyan
- Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.
UN CHEVALIER PAS COMME LES AUTRES
Parmi toutes les tribus arabes, Qoraich se distinguait surtout par son positionnement stratégique autour de la demeure de Dieu, et par la richesse de ses commerçants.
La chevalerie et la témérité n’étaient certainement pas les points les plus forts de cette grande et respectable tribu, toujours fière de son héritage religieux et de ses saints ancêtres, dont le plus lointain n’est autre que le prophète Ismaïl(p) fils du prophète Ibrahim (Abraham)(p); alors que le plus proche était le grand Abdoul Mouttaleb(p) dont notre cher lecteur avait déjà fait la connaissance dans le premier numéro de cette série.
La renommée d’un Qoraichien en tant qu’un chevalier exceptionnellement courageux et capable de chasser, à lui seul, les lions redoutables du désert, étaient considérés comme un grand événement, aussi bien dans les milieux commerçants de la Mecque que parmi ses guerriers. Ce qui faisait de cet événement une chose encore plus retentissante, c’est que ce grand chevalier ne provenait pas de l’une des sous tribus réputées pour être les plus belliqueuses de Qoraich, mais plutôt de la sous tribu de Banou Hashim dont le chef Abou Taleb(p) représentait le pouvoir spirituel et dirigeait la gestion du pèlerinage. Ce grand chasseur de lions n’était autre que Hamza(p) le frère d’Abou Taleb(p). Et depuis son acquisition de cette réputation, la sous tribu de Banou Hashim passa au rang des groupes guerriers les plus redoutables sur lesquels la grande tribu de Qoraich pouvait compter pour sa défense.
CONTRE LE CHEF DE GUERRE
Abou Jahl était un sobriquet que les musulmans avaient attribué à leur ennemi le plus féroce et le plus rancunier de l’Islam. Ce surnom signifie littéralement « Le père de l’ignorance » et l’histoire de l’aube de l’Islam nous démontre bien que ce chef de guerre de Qoraich méritait bien ce surnom. Celui qui osa s’opposer à ce redoutable personnage et le défier ouvertement méritait bien le surnom de lion de Dieu. Ce vaillant chevalier était, n’était autre que Hamza le chasseur des lions!
Cette face à face historique était, sur tous les plans, pour tous les Qoraichiens, une grande surprise; puisqu’avant ce grand événement aucun musulman n’osait défier ouvertement Abou Jahl. En outre, personne ne s’attendait à la conversion de Hamza à l’Islam; et même ses proches de Banou Hashim l’accusaient d’être un homme oisif et sans souci !
Selon certaines versions de l’histoire, deux fillettes de Qoraich, indignées de voir l’arrogant Abou Jahl insulter le Prophète(pslf)et lui jeter du sable sur la tête, décidèrent d’aller raconter cette scène au chevalier de Banou Hashim qui était alors de retour de la chasse.
Hamza(p) se sentit gravement offensé de l’arrogance et de l’insolence d’Abou Jahl, et décida sur le champ de lui rendre la monnaie de sa pièce.
La face à face entre Hamza(p) et Abou Jahl s’annonçait turbulent et lourd de conséquences, avant même son commencement. Lorsque Hamza apparut au centre de la ville, les Mecquois ne virent point cette fois l’aimable et souriant Hamza(p) de toujours, celui qui prenait soin, à chaque rentrée de la chasse, de les saluer chaleureusement un à un mais plutôt un autre Hamza un lion à cheval, qui se précipitait vers le cercle des dignitaires de la ville pointant du doigt Abou Jahl et lui faisant signe de se lever et de se préparer au pire !
Interrogé sur les raisons de son ignoble comportement envers Mohammad(pslf), Abou Jahl tenta de jouer la carte de l’union religieuse et dit:
« Il a osé insulter nos dieux, nos dieux à tous. Et il a prétendu que nous manquons de raisons ! »
Hamza répondit alors que ceci n’était pas un motif suffisant pour mériter un tel affront et que cet outrage ne pouvait vraiment provenir que d’un « Père de l’ignorance » puisque les présumés dieux n’étaient que des statuts de pierre que nulle personne raisonnable ne se permet de vénérer ! Abou Jahl ne sut quoi répondre et s’écria :
« Es-tu donc de son avis ? »
Cette fois, la réponse de Hamza ne fut pas seulement verbale: Fouettant Abou Jahl avec son arc qu’il tenait toujours dans sa main, il lui cria dans la figure
« Eh bien oui ! Réponds-y donc si tu le peux ! » Et il s’écria de toutes ses forces :
« Je témoigne qu’il n’y a point de dieu que Dieu et que Mohammad est bien le Messager de Dieu. »
Les musulmans, qui regardaient la scène de loin, en furent galvanisés: Non seulement Abou Jahl venait d’essuyer le premier revers de sa vie, mais aussi, et surtout, Hamza(p) venait d’annoncer sa conversion à l’Islam, et par là, d’ouvrir une nouvelle page de son histoire où la force et dissuasion allaient rejoindre le courage et la patience au service de la foi.
Depuis ce jour, le Prophète surnomma son oncle Hamza de Lion de Dieu et de Son Messager.
Mais qui était Hamza ?
HAMZA: L’ONCLE, LE FRERE ET LE PROTECTEUR
Hamza fils de Abdoul Moutallib naquit en 570 de l’ère chrétienne, c’est-à-dire la même année où naquit notre maître Mohammad(pslf). Il était non seulement l’oncle du Prophète(pslf), mais aussi son frère de lait puisque tous les deux furent allaités pour une petite période par une même femme s’appelant Thoweyba.
L’Islam de Hamza était un grand renfort pour les musulmans qui n’osaient généralement pas manifester leur foi avant cet événement. Bien que les infidèles étaient tenus de garder le secret de leur foi pour éviter des confrontations prématurées, certains d’entre eux annoncèrent ouvertement leur conversion à la religion de Dieu dès qu’ils se virent renforcés par la présence de Hamza.
La présence de Hamza fut pour le Prophète(pslf) le principal soutien de dissuasion contre les mécréants de la Mecque jusqu’à la neuvième année de la révélation, année au cours de laquelle les rangs des musulmans furent renforcés par la conversion à l’Islam de l’un des ennemis les plus féroces: Omar ibn Khattâb.
À ce titre, Hamza supporta à lui seul le lourd fardeau de la défense et de la dissuasion plusieurs années avant l’adhésion à l’Islam de certaines autres figures célèbres. Il mérite bien donc son surnom dont nul autre apôtre du Prophète ne put jouir.
VERS LA MEDINE
La treizième année de la révélation représente un point d’inflexion dans le mouvement Islamique: C’est l’année de la Hijra, exil collectif de tous les musulmans vers la ville de Yathrib, située à quelques cinq cents kilomètres au nord de la Mecque et qui avait manifesté un grand enthousiasme pour accueillir le Prophète(pslf) et ses fidèles, et constituer le premier état Islamique de l’histoire.
Hamza fut l’un des principaux organisateurs des caravanes de la Hijra. Il contribua fortement à la réussite de leur intégration parmi les musulmans de Yathrib: Les Ansars, préparant ainsi l’accueil historique du Prophète(pslf).
Si Hamza fut, en quelque sorte, l’organisateur du comité d’accueil et le garant de sa réussite, son neveu Ali joua un rôle encore plus remarquable, et marqua-pour la première fois- son saint nom dans le registre des fidèles inconditionnels et prêts au martyre.
Notre cher lecteur se rappelle sans doute de cette scène sublime où Ali(p) se présenta au sacrifice en se couchant au lit du Prophète(pslf)et en s’exposant à la mort pour faciliter le départ nocturne de son maître et tuteur vers la Médine. En effet, ce fut cette nuit même que le complot de l’assassinat du Saint Prophète, devrait être exécuté.
LE PREMIER COMMANDANT DE L’ISLAM
Après le départ des musulmans, les mécréants de la Mecque saisirent l’occasion pour organiser une grande campagne d’usurpation et de spoliation de leurs biens laissés à la Mecque. Ainsi, du jour au lendemain, les Mouhajirunes (Les musulmans exilés) se virent dépossédés de tous leurs biens déposés auprès de leurs voisins ou parents à la Mecque !
C’était alors que Dieu à Lui pureté autorisa à son Prophète d’organiser des opérations des représailles capables de restituer les droits à leurs propriétaires et de compenser les pertes infligées aux musulmans par les mécréants de la Mecque.
Les caravanes commerciales des idolâtres mecquois constituaient alors une cible de choix pour les musulmans. Le Prophète(pslf) envoya quelques hommes sur les routes des caravanes pour détecter la première cible qui devait strictement appartenir à l’un des responsables du grand pillage des biens des musulmans à la Mecque.
Le sort voulut que la première caravane détectée par les musulmans fût celle commandée par Abou Jahl. Cet élément d’information élimina toute hésitation quant à la décision que le Prophète(pslf) devait prendre Il appela Hamza et lui livra le premier étendard de guerre de l’Islam.
Hamza réunit une trentaine de combattants musulmans, tous touchés, voire démunis, par la vague de spoliation. La petite troupe se dépêcha à la rencontre de la caravane d’Abou Jahl
Bien que la garde de la caravane comptait plus de trois cent combattants aguerris, ceux-ci furent pris de panique dès qu’ils virent les silhouettes des premiers combattants de l’Islam derrière Hamza.
Le nombre dix fois plus grand de l’ennemi n’eut aucun effet dissuasif sur Hamza et ses hommes qui allèrent aussitôt se lancer à l’attaque si ce n’était la médiation d’un notable arabe appelé Majdi ibn Âmre el Johani qui entretenait de bonnes relations à la fois avec Qoraich et avec les musulmans.
Les musulmans ne furent toutefois pas très déçus pour avoir raté la grande caravane d’Abou Jahl puisque le message dissuasif de leur campagne parvint-quand même à leurs ennemis. Quand à Hamza, il en sortit avec le très honorable titre de premier commandant de l’Islam.
Les historiens nous ont rapporté plusieurs vers de poésie que Hamza avait improvisés pour l’occasion et qui démontrent à la fois la fermeté de sa volonté de combattre chez lui et ses hommes, et la lâcheté et l’indécision chez le camp adverse.
Après cette campagne, les expéditions contre les différentes caravanes mecquoises se multiplièrent, et la plupart d’entre elles furent commandées par Hamza.
La confiance du sceau des Prophètes en son premier chef des armes était tellement grande, que même lorsqu’il était lui-même présent parmi les combattants -telle que dans l’expédition de la « Achira » – il confiait toujours l’étendard à Hamza.
LA GRANDE BATAILLE DE BADR
Au début du mois de Ramadhân de la 2nd année de l’Hégire, les nouvelles d’une grande caravane mecquoise revenant de la Syrie vers la Mecque et commandé par Abou Sofiane, l’un des grands chefs de l’idolâtrie mecquoise, parvinrent à la Médine. Le Prophète(pslf) ordonna, alors, à ses fidèles de se préparer à la bataille.
L’armée rassemblée par le Prophète(pslf) n’était qu’une colonne de 313 combattants dont la plupart ne disposait même pas de l’équipement nécessaire au combat.
Abou Sofiane fut informé, à temps, de l’attaque. Il envoya aussitôt un émissaire à la Mecque pour annoncer l’alerte générale.
Abou Jahl saisit alors l’occasion pour appeler à la mobilisation générale et rassembler le plus grand nombre possible de combattants sous prétexte de sauver la caravane mecquoise.
En réalité, les véritables intentions d’Abou Jahl allaient bien au-delà du secours d’Abou Sofiane; et il comptait liquider définitivement l’affaire de l’Islam en portant un coup fatal à sa force de frappe et, pourquoi pas, tuer le Prophète, Hamza et leurs fidèles, et en finir, une fois pour toutes, avec cette religion qui ne faisait que se propager au fil des jours.
Abou Jahl réussit à réunir 950 des combattants les plus aguerris de la Mecque d’assura parfaitement de la supériorité de leur équipement et partit en direction du lieu résumé de la rencontre de la caravane avec la colonne des musulmans
Le 12 Ramadan, la petite expédition musulmane partit à la rencontre de la caravane d’Abou Sofiane. Celui-ci, malin et rusé qu’il était, eut la précaution de faire un détour et de s’éloigner de la route habituelle des caravanes.
Le Prophète(pslf) et ses fidèles apprirent alors la double nouvelle: La fuite d’Abou Sofiane et l’arrivée inéluctable de la grande armée de Qoraich, trois fois plus nombreuse et, de loin, mieux équipée que la petite colonne des musulmans.
Ce fut la première grande épreuve de foi pour certains musulmans originaires de la Médine: les Ansars. Mais l’ensemble des combattants de l’Islam fut à la hauteur de cette épreuve. Aussi, décidèrent-ils de camper là où la bataille devrait avoir lieu Les puits de Badr, et d’attendre l’arrivée de l’ennemi.
Abou Jahl et son armée ne se firent pas beaucoup attendre et ils arrivèrent au champ de Badr en déployant toute la pompe guerrière dont ils disposaient.
Le spectacle fut inouï d’un côté, les tambours de guerre et les chants quasiment hystériques des idolâtres, et du côté adverse, les chants de louange et de pureté de Dieu! Ce fut à ce moment-là que l’Ange Jibril fit parvenir au Prophète(pslf) ce verset coranique :
« …Et s’ils s’inclinent vers la paix, alors incline- toi vers elle… »
Le Prophète ne manqua pas de proposer la paix aux mécréants mais Abou Jahl refusa catégoriquement. Sans doute, pensait-il que sa supériorité matérielle était suffisante pour anéantir ce petit groupe de musulmans. Et ce fut le déclenchement des hostilités.
Il était de coutume que les batailles commençaient par duels individuels entre des volontaires de deux camps adverses. Selon cette habitude, trois des plus célèbres guerriers de Qoraich s’avancèrent au champ de bataille et sollicitèrent chacun un adversaire pour le duel. Ces trois guerriers étaient Otba, Cheyba et Walid, respectivement père, oncle et frère de Hind la femme d’Abou Sofiane.
Trois volontaires des Ansars s’avancèrent pour le duel, mais les trois mecquois dédaignèrent de les combattre et sollicitèrent trois autres adversaires qui auraient leur rang tribal. Le Prophète(pslf) permit à Hamza, à Ali(p) et à Obeyda fils d’El Hareth de sortir au combat et d’éteindre l’arrogance des trois idolâtres mecquois.
La victoire des trois musulmans fut éclatante et les trois insolents de Qoraich furent tués sur place. Hinde, fille de Otba et femme d’Abou Sofiane, perdit sur le champ ses trois plus chers parents. Elle en fut complètement cinglée, et jamais elle ne s’était rétablie de ce choc!
La victoire des musulmans sur l’armée de Qoraich, fut si rapide et si écrasante que même les plus aguerris et les plus redoutables des guerriers mecquois n’eurent pas le temps d’organiser une retraite honorable. Les plus célèbres des chefs de Qoraich tel que Abou Jahl et Omeyya fils de Khalaf furent tués sur place, et les musulmans ne crurent pas à leurs yeux lorsqu’ils virent les troupes adverses en pleine débandade, laissant derrière elle plus de 70 cadavres, un butin considérable et plusieurs prisonniers.
Dans toute la bataille, Hamza fut le plus remarquable des combattants, et pour plusieurs mécréants de Qoraich, il symbolisait bien l’ennemi qui les a déshonorés.
LES CRIS DE VENGEANCE
La défaite de l’armée de Qoraich était un scandale sans précédent pour l’ensemble de l’Arabie. Ce qui doublait le poids de cette catastrophe sur les cœurs des Mecquois, c’est qu’ils y avaient perdu la majorité de leurs têtes pensantes, de telle sorte qu’après cette bataille, seul Abou Sofiane demeura le chef sur scène.
De retour à la Mecque, Abou Sofiane établit un état d’alerte où même le deuil fut interdit, sous prétexte de priver les musulmans de s’en réjouir!
L’interdiction de deuil était une tactique malicieuse de la part de ce nouveau chef de Qoraich pour motiver les mecquois à chercher leur vengeance. Ce stratagème s’avérera très efficace et les préparatifs de la guerre commencèrent aussitôt.
D’autre part, Hinde, la femme d’Abou Sofiane avait déjà planifié sa propre vengeance avec la collaboration d’un esclave d’origine abyssine appelé Wahchi, réputé pour être le meilleur lancier de la région.
Hinde proposa Wahchi de lui racheter sa liberté en plus d’une quantité considérable de bijoux. En contrepartie, Wahchi devrait assassiner l’un des trois figures les plus illustres de l’Islam: Le Prophète(pslf) lui-même ou bien l’un de ses deux fidèles adjoints, Hamza(p) et Ali. (p)
Wahchi rappela à Hinde que le Prophète(pslf) était toujours inaccessible alors que Ali était trop prudent pour être surpris ou pris dans une embuscade, et si espoir y était, ce ne fût que dans l’assassinat de Hamza dont le courage et la hardiesse dépassaient de loin la prudence !
Hinde accepta ce marché: L’assassinat de Hamza en contre partie de tous ses précieux bijoux dans lesquels Wahchi voyait la voie de la liberté et de la richesse. Entre temps, Abou Sofiane réussit à rassembler une armée de plus de trois mille guerriers dont quelques centaines de cavaliers. Les préparatifs de l’expédition de vengeance étaient parfaitement au point; et toute la puissance de Qoraich fut mise au service de la vengeance. Personne des grandes figures guerrières de Qoraich ne se permit de s’absenter à cette campagne; entre autres, Khaled ibn Walid prit le commandement de la cavalerie en promettant de faire valoir son génie militaire. Bref, tout le poids militaire de Qoraich fut mis à l’épreuve.
Les nouvelles de la marche des mécréants vers la Médine ne tardèrent pas à parvenir au Prophète(pslf) qui annonça aussitôt la mobilisation générale.
Après quelques préparatifs hâtifs, le Messager de Dieu(pslf) partit à la rencontre de l’ennemi, avec une armée de moins d’un millier d’hommes. Mais cet effectif -relativement faible- ne tarda pas de se réduire encore plus : Les hypocrites de la Médine qui constituaient plus du tiers de l’armée, ne tardèrent pas à déserter le champ de la bataille laissant le Prophète et ses fidèles dans les conditions les plus critiques.
L’armée de Qoraich passa sur son chemin par la région des Abwâ où Amina, la mère du Prophète(pslf) était enterrée depuis cinquante ans. Hinde qui accompagnait l’armée des mécréants voulut déterrer la tombe de la mère de son ennemi juré; mais Abou Sofiane n’accepta pas de porter un tel scandale toute sa vie et l’empêcha de le faire sous prétexte que cela risquerait de se transformer en une mauvaise coutume parmi les Arabes. Toutefois, il promit à sa rancunière femme un grand régal et un assouvissement complet lors de la prochaine bataille!
LE MAITRE DES MARTYRS
Les deux armées adverses convergèrent vers la montagne d’Ohod. Le Prophète(pslf) ordonna á ses compagnons de se positionner au pied de la montagne de telle sorte que leur arrière fût complètement protégé. Toutes fois la couverture de la montagne n’était pas parfaite puisque son relief présentait une sorte de brèche par laquelle pouvait provenir un danger à tout instant.
Le Prophète(pslf) pallia à cette carence naturelle par une tactique préventive inouïe, se basant sur un rôle défensif spécifique des archers. En effet, le danger éventuel consistait au fait que l’ennemi pouvait pénétrer à travers la brèche, surprendre l’armée musulmane et l’attaquer dans le dos. Ainsi, le Prophète(pslf) ordonna à une cinquantaine d’archers de boucler cette brèche et de ne jamais quitter leur position stratégique sous quelque motif que ce soit! La bataille commença par une démonstration individuelle de l’héroïsme de quelques champions du sabre et du verbe. Parmi tous, ce fût Hamza qui se distingua par une témérité qui éclipsa toutes ses rivales: II prit l’étendard de l’ennemi pour cible et attaqua sa garde. Il abattit l’un après l’autre, tous les commandants qui se succédèrent sous la bannière de Qoraich.
Enfin, l’étendard de l’idolâtrie finit par fléchir et tomber sous les pieds des combattants de l’Islam.
Ce fut alors la grande panique dans les rangs des mécréants qui prirent la chute de leur étendard pour une défaite certaine et se précipitèrent à déserter le champ de la bataille.
Les musulmans crurent quant à eux à la victoire et commencèrent la chasse aux fuyards et la collecte du butin qu’ils avaient abandonné derrière eux.
Entre temps, les archers, du haut de leurs positions, n’avaient pas du tout chômé puisqu’ils avaient repoussé une tentative d’attaque-éclair entreprise par la cavalerie légère de Khaled. Les cavaliers repoussés ne désarmèrent pas pour autant, et ils se dissimulèrent non loin des lieux dans l’attente d’un moment d’inattention des archers.
Toutefois, la collecte du butin se révéla fatale pour les musulmans puisque même les archers furent tentés de descendre au champ de la bataille pour y chercher leur part. Quelques-uns des archers tentèrent en vain de rappeler à leurs collègues que la bataille n’était pas encore terminée et qu’ils étaient sommés par leur Prophète de ne jamais quitter leurs positions même si la victoire semble acquise
La plupart des archers désobéirent à leur chef et descendirent au champ de la bataille laissant ainsi l’arrière des musulmans totalement découvert Khaled n’attendait que cette occasion et ordonna vite à sa cavalerie d’attaquer par la brèche et d’écraser les quelques fidèles archers qui n’avaient pas quitté leur position, pour déferler ensuite sur le champ de la bataille par l’arrière.
Le revirement de la situation encouragea les mécréants déserteurs à regagner leurs positions pour entamer une grande contre-attaque à laquelle les musulmans ne s’attendaient nullement.
Les combattants de l’Islam furent alors pris entre le marteau de la cavalerie et l’enclume de la contre- attaque. L’héroïsme et le courage d’une petite minorité d’entre eux ne pouvait suffire à contre carrer les attaques ennemies lancées de toutes parts.
Sans se soucier de ce qui s’était passé, Hamza(p) continuait à combattre farouchement, et alors qu’il semait de repousser l’attaque de l’ennemi et déployait toutes ses forces pour protéger le fief du Prophète(pslf), Wahchi qui le guettait depuis le début de la bataille, à l’affût d’une occasion pour l’assassiner, lui porta un coup fatal de sa lance.
Transpercé du bout au bout par la lance de Wachi, Hamza(p) s’écroula sur le champ d’honneur, et avec lui s’effondra le moral de l’armée musulmane. C’était là que les mécréants firent circuler la rumeur de la mort du Prophète Mohammad(pslf), plusieurs musulmans y crurent et fuirent le champ de la bataille.
Ce fut alors la défaite que seule la réussite de quelques fidèles -tel que l’Imam Ali(p)– à protéger la vie de Prophète, avait quelque peu atténuée.
Les combattants résistants se retirèrent difficilement du champ de la bataille pour se refugier dans la montagne laissant les corps de leurs martyrs sur le lieu sans avoir eu le temps de les enterrer.
LE SACRILEGE
Les mécréants trouvèrent alors l’occasion pour manifester toute la bassesse et la rancune qui les animaient. Cette extériorisation permit -toutefois- de mettre en évidence une sauvagerie à peine dissimilée par le comportement hypocrite caractérisant habituellement les notables mecquois.
Ainsi, ni Abou Sofiane ni sa femme ne purent se retenir devant la tentation de la vengeance sauvage et inhumaine.
Une fois sur le champ de la bataille, Hinde fit signe à Wahchi de lui montrer le corps de Hamza(p) dès qu’elle y arriva, elle ordonna à l’esclave de déchiqueter le corps et d’en enlever le foie. Aveuglée par un désir sauvage de vengeance insensée, elle essaya de dévorer le foie de Hamza. Elle le mâcha avec avidité sans toutefois pouvoir l’avaler.
Finalement, elle se contenta de se faire un collier des oreilles et du nez du corps, et offrit tous les bijoux qu’elle portait à l’assassin qui ne pensait qu’à sa liberté prochaine.
Quant à Abou Sofiane, il passa par les corps des martyrs un à un; et chaque fois qu’il en reconnaissait une personne, il lui proférait toutes les injures qui lui passaient par l’esprit. Arrivant au corps de Hamza(p), il prit sa lance et l’enfonça dans ses entrailles déchiquetées en criant: Prend donc, ingrat !
L’un des guerriers de Qoraich, apparemment indigné par le comportement de son chef, lui fit rappeler que ce genre de geste pourrait causer un scandale pour toute la tribu. Abou Sofiane le pria de tenir sa bassesse au secret. Mais, vraisemblablement, le grand rang de Hamza auprès de Dieu (à Lui pureté), ne permettait pas une telle discrétion, et le récit du sacrilège n’a jamais cessé de circuler au bout des langues et des plumes au fil des siècles.
LE GRAND SACRE
Une fois l’ennemi retiré, le Prophète(pslf) et ses fidèles descendirent pour inhumer les martyrs Il chercha alors le corps de son oncle Hamza, et il demanda à Hareth, un connaisseur de tous les compagnons, de le trouver. Hareth finit trouver et reconnaître le corps défiguré et démembré du « Lion de Dieu ». Mais, jugeant que le spectacle serait affligeant pour le Prophète, il n’osa pas le lui désigner.
Hareth fit semblant d’échouer dans sa mission. Mais le Prophète(pslf) comprit -tout de même- qu’on voulait lui cacher quelque chose, et il ordonna à Ali(p) d’aller vite trouver et reconnaître le corps de son oncle. Quand Ali(p) trouva le corps méconnaissable de son oncle, il ne put revenir chez le Prophète et lui reporter l’effroyable scène. C’était alors que le Maître des Créatures entama lui-même sa recherche et finit par découvrir la réalité qu’on s’efforçait à lui cacher.
La colère du Prophète(pslf) et de ses fidèles entourant le lieu du sacrilège fut très grande. Certains d’entre eux jurèrent qu’ils en feraient autant avec soixante-dix mécréants de Qoraich ! C’est à ce moment là que Dieu (à Lui pureté) fit descendre Son Ange Jibril avec ce verset:
« …Et si vous êtes appelés à infliger un châtiment, qu’il soit du même genre que l’agression dont vous êtes victimes. Cependant, si vous supportez avec patience ce serait bien meilleur pour les forts d’âme… »
Depuis lors, le Prophète(pslf) interdit à jamais la défiguration des morts même à titre de représailles.
La tristesse qui pesa sur le Prophète(pslf) échappa à toute description. En effet, la défiguration du corps de Hamza(p) avait dépassé toutes les normes de la sauvagerie coutumière et se rapprochait plutôt d’un cannibalisme dont la péninsule arabe n’avait connu aucun précédent. Aussi, le maître des créatures s’indigna-t-il en disant:
« Ô oncle! Que Dieu te recouvre par Sa miséricorde! Je n’avais connu en toi qu’un bienfaiteur assidu et un gardien farouche et jaloux des liens de sang! »
Par ces mots, notre maître Mohammad(pslf) rappelait à ses fidèles que les assassins auteurs du sacrilège n’étaient autres que des parents ingrats de leurs victimes, lesquels n’avaient pourtant jamais manqué de respect envers les liens de parenté! Après quoi, le Prophète(pslf) ôta son pardessus pour en recouvrir le corps, et il lui adressa ces paroles:
Ô oncle du Messager de Dieu!
Ô Lion de Dieu et lion de son Prophète!
Ô faiseur de bonnes œuvres!
Ô soulageant qui dissipe les angoisses!
Ô défenseur du Messager de Dieu!
Safia, la sœur de Hamza et Fatima (paix sur elle), la fille du Messager de Dieu, n’ayant pu supporter l’attente des nouvelles de la bataille à la Médine, avaient accouru vers Ohod pour connaître le sort du Prophète et ses fidèles. Ali(p) tenta de les convaincre de revenir à la Médine en leur disant que le Prophète se portait relativement bien.
Safia insista à voir le corps de son frère Hamza; c’est alors que le Prophète(pslf) arriva sur les lieux et essaya de les consoler en leur disant:
« Tenez donc cette nouvelle! Hamza est enregistré parmi les gens des cieux sous le nom de Lion de Dieu et de Son Messager. »
Hamza avait porté longtemps le très honorable titre de maître des martyrs, et ce ne fut qu’avec la tragédie de Karbala qu’il transmit cet honneur à l’imam Houssein, l’illustre petit fils du Messager de Dieu. Pour certains musulmans qui persistent à ignorer l’épopée de Achoura, Hamza(p) reste toujours le maître des martyrs ! Prière et salut sur les âmes pures de Hamza, de Houssein(p) et de tous les martyrs sur la voie de Dieu!
-Fin-