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les apôtres – (6)

MIQDAD IBN AMRE

 

 

Par:

 

Chèkib BEBENDIRA

 

Thèmes sélectionnés par:

 

  1. ESSAYED

 

Fondation Ansariyan

PRÉFACE

La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pbsl)¹ et étaient de véritables 3 concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».

  • Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.

En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.

Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir. Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Fondation Ansariyan

Miqdad: Le Croyant Discret

Miqdad fils de Âmre était un jeune de la tribu de Kinda qui résidait très loin de la Mecque et hors de la zone d’influence des événements qui s’y passaient.

La providence qui préserva à Abou Zhar le prestige d’être le premier penseur du désert, et l’honneur d’être le premier à connaître les vertus de l’Islam avant même la rencontre de son Prophète, réserva aussi à Miqdad une destinée parallèlement glorieuse et également honorable.

En effet, Miqdad quitta -tout jeune- sa tribu pour se réfugier à la Mecque où une famille de Qoraich l’accueillit et l’adopta comme l’un de ses enfants. Le chef de cette famille Al Asswad Ibn Yaghouth alla jusqu’à même l’appeler de son propre nom.

Ainsi, Miqdad fut longtemps connu par le nom de: <<Miqdad ibn Al Asswad >> jusqu’à la déclaration de la prohibition de la parenté adoptive par le Saint Coran. Toutefois, la plupart des musulmans persistèrent quand même à l’appeler fils d’Al Asswad. Et c’est pour cela qu’on le retrouve dans la plupart des manuels d’histoire Islamique sous ce nom.

La grande valeur de Miqdad ibn Al Asswad tarda relativement beaucoup à se faire connaître auprès des musulmans. Ainsi, entre la conversion de Miqdad à l’Islam et son ralliement spectaculaire aux musulmans, plusieurs années s’écoulèrent, au cours desquelles il fut inconnu 3 sauf par quelques fidèles du Prophète.

Seul le Messager de Dieu et quelques rares proches de ses fidèles connaissaient donc l’histoire secrète de ce soldat inconnu. Bien que Miqdad n’eût que vingt-quatre ans lors de la révélation, il ne tarda pas à nouer les contacts et liens les plus solides et les plus discrets avec le Messager de Dieu.

Le Saint Prophète (pslf) lui demanda lui- même de garder sa foi dans le secret absolu et de continuer à mener son rythme de vie habituel parmi Banou Zohra, la sous tribu de son tuteur al Al Asswad.

A ce titre, on peut dire que la biographie de Miqdad fait partie de l’histoire secrète de l’Islam plutôt que de son histoire connue et rédigée. C’est certainement ici que plusieurs pieds ont glissé: En effet, certaines sectes se proclamant de l’Islam sont allées même jusqu’à faire de Miqdad une divinité mythologique! Mais nous allons nous contenter ici des faits sûrs et certains s’appuyant sur des récits probants consultables dans plusieurs manuels d’histoire Islamique.

Un Apôtre Discret

Miqdad fut donc l’un des premiers à se convertir à l’Islam. Au cours de longues années de sa discrétion, il dut subir la double épreuve de la patience et de l’activité secrète.

Pour un vaillant combattant comme le jeune Miqdad, cette épreuve n’était pas du tout facile, et il eût beaucoup plus voulu faire valoir ses qualités guerrières au service de la défense des musulmans persécutés. De surcroît, si la pointe de son épée s’avérait mal placée, ses qualités d’orateur éloquent auraient pu bien se révéler encor plus efficaces ! De toute façon, le silence était pour Miqdad une épreuve dure dans laquelle il devait absolument réussir.

Miqdad se plia aux ordres du Messager de Dieu qui décida de garder dans le secret absolu la conversion à l’Islam de certaines personnes jouissant de qualités exceptionnelles ou de positions sociales spécifique ou influente, leur permettant de servir précieusement la cause de l’Islam. Nous avons déjà vu qu’Abou Taleb, l’oncle protecteur du Prophète, était le chef de file de ce groupe; et qu’un autre oncle du prophète, Abbas, le secondait dans cette discrétion utile, et la continuait après lui. En réalité, l’histoire secrète de l’Islam est beaucoup plus riche que cela; et nous voila maintenant devant un autre cas de musulman discret qui sut profiter pleinement, aussi bien de l’étape de sa discrétion que de celle qui suivit sa déclaration spectaculaire de sa conversion à l’Islam.

La Hijra

L’ordre de Dieu à Lui pureté descendit à son Prophète de s’exiler à la Médine et d’y constituer un noyau d’un premier Etat Islamique. Dans les numéros précédents de cette série, nous avons eu l’occasion de prendre état des rôles joués par quelques grandes figures de l’Islam dans la préparation et la réussite de cette grande émigration appelée <<< Hijra >>.

Miqdad attendit le départ de tous les musulmans vers la Médine et fut témoin de la Hijra du Messager de Dieu (pslf).

Après ce grand événement, il patienta encore dans l’attente du moment opportun pour mettre ses qualités guerrières au service de la foi.

Lorsque l’Etat Islamique fut constitué et établi à la Médine, les besoins défensifs se firent sensiblement sentir. En effet, avec la spoliation systématique et générale des biens des musulmans à la Mecque, organisée par les mécréants de Qoraich, le Saint Prophète reçu l’ordre divin de procéder à des représailles visant les caravanes commerciales contenant les biens des idolâtres mecquois. Ainsi, les musulmans pourraient récupérer au moins une part de leurs fortunes perdues à la Mecque,

C’était à ce moment-là que Miqdad vit sa mission secrète venir à terme, et une nouvelle page de sa vie s’ouvrit avec un nouveau rôle et d’autres perspectives.

Un Ralliement Spectaculaire

Le Saint Prophète (pslf) ordonna donc à ses fidèles de lancer des expéditions de représailles contre les caravanes commerciales des idolâtres agresseurs.

Nous avons déjà vu dans le 3ème numéro de cette série que Hamza, le maître des martyrs, fut le commandant de la première expédition de représailles ordonné contre une caravane de Qoraich.

Les nouvelles de l’une de ces expéditions parvinrent à la Mecque. Abou Soufiyan annonça l’alerte générale pour préparer un corps de cavaliers pour aller combattre l’expédition musulmane.

Miqdad comprit qu’il n’y avait plus aucun sens à son ancien rôle de discrétion parmi Qoraich. Il décida alors d’entamer une nouvelle étape de vie.

En réalité, Miqdad n’était pas seul dans sa discrétion: Outba fils de Ghazwane s’était converti, lui aussi discrètement, à l’Islam et avait su gardé sa foi dans le secret.

Miqdad et Outba se mirent d’accord pour faire une déclaration de foi choquante et sans précédent. Ils partirent avec la campagne d’Abou Soufiyan à la rencontre de l’expédition musulmane.

Abou Soufiyan était à la tête de deux cent cavaliers armés jusqu’aux dents, lorsqu’il atteignit la vallée de « Rabegh >> où il rencontra l’expédition musulmane qui ne comptait que soixante combattants très peu équipés.

Alors que les deux belligérants étaient encore à la phase du tir aux flèches, Miqdad et son ami se détachèrent de leur camp et s’enfuirent au vu et au su d’Abou Soufiyan et les siens, pour rallier le camp adverse!

Cet acte, sans précédent, assomma Abou Soufiyan qui sentit la terre trembler sous ses pieds. II commença à se douter de l’existence d’autres musulmans dissimulés dans son camp. N’étant pas un homme de risque, il préféra retourner à la Mecque sans combattre les musulmans, pourtant trois fois moins nombreux.

Il est bien évident que c’était le geste spectaculaire de Miqdad et de son compagnon qui empêchât le déroulement des hostilités dans cette bataille, dans laquelle, les rapports de forces étaient largement favorables aux ennemis de l’Islam.

Dans Le Tableau D’Honneur Divin

L’arrivée de Miqdad à la Médine fut pour lui une véritable libération après de longues années de pression psychologique et d’endurance devant la grande tentation de déclarer sa foi et de mettre fin à une discrétion qu’il sentait de plus en plus lourde. Il put enfin vivre comme il le désirait et pratiquer les rites de l’Islam en toute liberté.

Cette nouvelle vie ne fut pourtant pas facile; et Miqdad n’était pas un homme à chercher la facilité. Les événements allaient démontrer qu’il était beaucoup trop attaché à la perfection de son âme et de sa purification pour qu’il se contentât d’une vie banale et sans soucis.

Dès les premiers jours de résidence de Miqdad à la Médine, des liens de fidélité sacré le nouèrent avec son maître bien-aimé le Saint Prophète (pslf) qui n’épargnait aucun effort pour rendre le séjour des << Mouhajirines >> et leur cohabitation exemplaire avec les « Ansares », un véritable modèle de fraternité Islamique.

Cette fraternité ne pouvait, en réalité, avoir lieu sans la paternité sublime du maître des créatures. En effet, le Saint Prophète fut à la fois un chef d’État et un éducateur pour les citoyens qu’il

présidait. La morale magnanime du Prophète était un modèle vivant du comportement idéal; et tous ces compagnons pouvaient jouir de cette merveilleuse école. Cependant, tous les compagnons ne jouissaient pas de capacités forcément égales. C’est bien pour cela que l’histoire réserva une place de choix aux meilleures d’entre eux Ceux qui surent profiter de la compagnie du maître des créatures pour réussir un processus de perfectionnement et de sublimation de leurs âmes et esprits. Ce processus nécessitait en entraînement ininterrompu sur l’obédience et la soumission absolue à Dieu et à Son Messager. Sur ce plan, Miqdad dépassa bien d’autres grandes figures de l’Islam; et il se fit une place de choix parmi l’élite des apôtres sublimes. C’est Dieu à Lui pureté- qui a organisé cette course au perfectionnement et c’est Lui Seul qui peut donner sa récompense.

La première manifestation de la récompense divine fut le célèbre ordre d’amour dont nous avons déjà fait mention dans le numéro précédent. Aussi, le Saint Prophète (pslf) dit-il: <<< Dieu m’a ordonné d’aimer quatre: Ali (psl), Abou Zhar, Miqdad et Salman. >>

Nommer quatre grands apôtres dans ce tableau d’honneur divin pourrait peut-être choquer certains lecteurs déjà attachés par de forts liens de sympathie et d’amour sacré à d’autres grandes personnalités de l’Islam, tels que Jaâfar Taïar et Mossâb Du Bien ou Hamza le Maître des Martyrs.

En réalité, il n’y a pas lieu de s’étonner puisque il n’y a pas une seule voie vers la plénitude de la perfection de l’âme. Et alors que l’amour inconditionnel du maître des créatures en est une voie sûre, le martyre sur la voie de Dieu demeure la voie la plus courte et la plus spectaculaire qui mène à cette fin sublime.

Les quatre noms cités dans l’ordre divin sont de 8 ceux qui durent mener une longue épreuve d’amour et de fidélité.

Nous en avons vu le cas d’Abou Zhar qui mourut à quatre vingt cinq ans sans dévier d’un cran de cette voie de sublimation. Nous voila ici en présence d’un deuxième cas tout aussi pathétique mais pas aussi célèbre.

Miqdad, L’Inconditionnel Loyalist

Depuis son arrivée à la Médine, pas un jour Miqdad ne s’éloigna de son maître bien-aimé. Dans toutes les expéditions militaires, il lui tenait toujours compagnie, continuellement attentif à sa sécurité et prêt à sacrifier sa vie pour lui.

L’amour et la fidélité de Miqdad pour le Saint Prophète eurent la grande occasion de se faire connaître, voire et entendre par tous les musulmans. Ce fut lors de la bataille de Badr.

Ce grand événement se passa au mois de Ramadan de l’an 2 de l’Hégire.

La petite armée du Prophète (pslf), partant à la rencontre d’une grande caravane d’Abou Soufiyan, fut surprise aux alentours des puits de Badr par des nouvelles alarmantes faisant état de l’arrivée inéluctable d’une puissante armée de Qoraich trois fois plus nombreuse et, de loin, mieux équipée.

Les musulmans avaient le choix de combattre ou de se retirer avant l’arrivée de l’armée de Qoraich dont le chef Abou Jahl voulait à tout prix- en finir avec l’Islam et les musulmans.

Ce fut ici que le Prophète (pslf) voulut tester la fidélité et l’état d’esprit de ses compagnons. Il savait bien qu’il n’y avait en principe aucun déshonneur dans une retraite avant l’arrivée de l’ennemi puisque leur cible initiale était une caravane d’Abou Soufiyan et non pas l’armée d’Abou Jahl. Ses compagnons pouvaient donc s’exprimer librement.

Omar ibn Khattâb, réputé pour être le chef de file de la ligne qui se croyait réaliste et fidèle aux calculs pragmatiques, prit la parole et dit:

<< C’est bien Qoraich et son art de la trahison! Par Dieu, jamais elle n’a été battue ou avilie depuis sa montée en puissance et jamais elle n’a eu de foi depuis qu’elle est devenue incrédule!».

Ses paroles n’étaient évidement pas de nature à encourager les trois cent treize combattants musulmans-très mal équipés- à combattre le bloc de fer et de chevaux, constitué par les neufs cent cinquante guerriers cuirassés de Qoraich.

Ce furent quelques instants d’angoisse pour les fidèles inconditionnels dont certains -tel que Ali (psl)- ne pouvaient pas parler à cause de certaines considérations d’ordre tribal. En effet, les vaillants combattants de Bani Hashim ne voulaient aucunement que cette bataille eût l’air d’un règlement de compte entre Bani Hashim et les autres sous tribus de Qoraich.

Ce fut ici que l’inconditionnel fidèle du Prophète, celui qui fut longtemps adopté par al Aswad, le Qoraichite non Hashémite de Bani Zohra rompit le lourd silence qui s’était abattu sur les musulmans après les paroles paralysantes de Omar Il s’adressa au Prophète, tout en criant à faire entendre tout le monde:

O Messager de Dieu Allez-y sous l’ordre de Dieu, et nous sommes avec vous! Par Dieu, jamais nous ne dirons comme avaient dit les enfants d’Israël à leur Prophète Moussa: (Allez combattre, toi et ton Seigneur, nous restons ici bien au repos). Mais nous disons plutôt : Allez combattre, toi et ton Seigneur, et nous combattrons bien à vos côtés ».

Bien que le Saint Prophète fût visiblement satisfait de l’intervention de son fidèle compagnon Mouhajir, Miqdad, il jeta un regard du côté des << Ansares>> comme pour les inciter à manifester leur opinion, et il dit:

O vous les gens! Donnez-moi votre avis ! >>>

Ici, Saadâ ibn Moâdh, le plus notable des << Ansares », comprit que le Messager de Dieu voulait bien un consentement explicite et un engagement ferme de la part des Ansares avant de donner l’ordre de la guerre. Il dit avec son éloquence habituelle:

«O Messager de Dieu ! Nous avons cru en toi et avons accepté et approuvé tous ce que tu nous a dit. Ainsi, nous avons témoigné et attesté que tout ce que tu nous as apporté est vrai. Et nous avons juré devant toi le serment de fidélité et d’obéissance; aussi, t’en avons-nous donné acte de foi. Alors, allez-y vers ton objectif; par Celui qui t’a envoyé par la vérité, si tu nous ordonnais de nous enfoncer au large de cette mer (la mer rouge), nous le ferions avec toi tant qu’il reste un seul homme d’entre nous. >>>

Les musulmans en furent suffisamment mobilisés pour s’engager dans la bataille de Badr dans des conditions morales extraordinaires.

L’héroïsme et la bravoure de certains compagnons du Prophète au cours de la bataille favorisèrent l’exaucement des vœux et des invocations du Saint Prophète qui sollicita le secours du Seigneur pour ses fidèles très défavorisés par les rapports des forces matérielles.

Finalement, les musulmans obtinrent une grande victoire, et les mécréants y perdirent leurs plus grands chefs de guerre dont Abou Jahl lui- même !

Plusieurs autres notables de Qoraich furent emprisonnés et emportés à la Médine. Certains de ces prisonniers de guerre étaient très connus pour être des torturiers et des criminels de guerre.

Le Saint Prophète ordonna d’exécuter tout prisonnier coupable de crime contre l’humanité alors que les autres pouvaient se faire racheter moyennant un prix dont l’histoire n’avait jamais connu de précédent: Il suffisait à tout prisonnier mécréant d’enseigner la lecture et l’écriture à dix musulmans analphabètes pour qu’il obtint sa liberté !

L’un des prisonniers de guerre, Nadhre fils de Harêth fut emprisonné par Miqdad; et à ce titre il pouvait solliciter personnellement sa rançon. Mais Nadhre faisait partie des torturiers de Qoraich et son relâchement risquait de l’encourager encore plus à infliger toutes sortes de supplice aux musulmans encore à la Mecque ! Miqdad consentit à livrer son prisonnier au jugement du Saint Prophète.

Le Messager de Dieu qui connaissait bien des conditions matérielles difficiles de Miqdad récompensa ce geste de grande loyauté par une invocation qui fit de Miqdad un homme très riche à la fin de sa vie.

DEUX GRANDES LEÇONS DE LOYALISME

Miqdad était à la tête de la cavalerie musulmane lors de la bataille d’Ohod où les musulmans durent subir leur première défaite à cause de la désobéissance des archers aux ordres du Prophète (pslf), comme nous l’avons déjà vu dans des numéros précédents de cette série (3 et 4). Miqdad fut l’un des rares combattants qui résistèrent à la contre-attaque de Qoraich, et empêchèrent l’assassinat du Messager de Dieu en le protégeant jusqu’à la fin de la bataille.

Le lendemain de cette défaite, le Prophète (pslf) décida de rétablir l’image de marque des combattants musulmans en appelant à la mobilisation générale pour une nouvelle expédition contre la grande armée de Qoraich, encore non loin de la Médine. Force était de constater qu’Abou Soufiyan était encore tenté d’envahir la ville et d’en finir avec le Prophète et ses fidèles. Les hypocrites de la Médine saisirent l’occasion pour essayer de détruire la grande confiance des musulmans en leur Prophète en s’interrogeant sur le bien fondé d’une contre- offensive au moment où tous les combattants musulmans souffraient encore de leurs blessures et alors que leur ennemi était à l’apogée de son moral !

C’était l’existence d’une minorité de fidèles inconditionnels, tel que Miqdad qui permit de neutraliser encore une fois les effets paralysants d’une telle propagande défaitiste. Enfin la mobilisation put donner ses fruits dans un temps record.

En effet, le lendemain de la catastrophe d’Ohod, le Saint Prophète (pslf) put réunir un grand nombre de fidèles et partit à la rencontre de l’armée de Qoraich qui avait campé à « al Raoha », non loin de la Médine.

L’armée musulmane campa à Hamra al Assad. Le Saint Prophète décida de ne pas commencer les hostilités puisque son objectif n’était pas plus que de remonter le moral de ses fidèles et rétablir leur image de marque auprès de toutes les tribus arabes.

Abou Soufiyan essaya de provoquer les musulmans en leur envoyant des menaces visiblement impuissantes. Le Saint Prophète ordonna à ses fidèles de faire une démonstration de force en allumant des grands feux trois nuits consécutives.

Abou Soufiyan et les siens se rendirent alors compte qu’il n’était pas question -cette fois- de battre les musulmans, très motivés pour venger leur défaite d’Ohod. Défaite qui n’était en fait- due qu’à leur 3 désobéissance aux ordres de leur commandant suprême.

Abou Soufiyan se retira avec son armée vers la Mecque en se disant qu’il valait mieux fêter une petite victoire plutôt que de risquer une grande défaite !

Somme toute, la bataille d’Ohod et la mobilisation de Hamra al Assad constituèrent pour l’ensemble des musulmans une grande leçon qu’ils n’avaient jamais oubliée: Il faut toujours obéir aux ordres du Prophète (pslf) quand bien même cela semble contraire aux intérêts évidents.

En effet, si les archers positionnés du côté de la brèche, et chargés de garder les lignes arrières des musulmans à Ohod avaient été aussi scrupuleux et obéissants que Miqdad et ses semblables, ils n’auraient jamais été tentés de courir derrière le butin de guerre et abandonner leurs positions stratégiques.

Sans cette désobéissance qui semblait à leurs yeux justifiée par un intérêt évident, jamais la victoire d’Ohod ne se serait transformée en une catastrophe.

La deuxième leçon est-elle aussi- une leçon de loyalisme: Il ne faut jamais prêter l’oreille au défaitisme et il faut avoir confiance dans les directives et les ordres du Prophète infaillible qui ne prend jamais de décision sous la pression des sentiments ou des passions.

Le long de toute cette épreuve, Miqdad fut l’un des symboles du loyalisme concret et absolu. Il était toujours l’inconditionnel, n’hésitant devant aucune épreuve et toujours prêt à se sacrifier au service de sa foi.

Au Service De L’Unité Après le décès de Saint Prophète, le jeune Etat Islamique se trouva devant une menace très sérieuse à cause de la contestation par plusieurs dignitaires musulmans de Qoraich et de Médine de la nomination de l’Imâm Ali (psl) comme successeur du Prophète lors du grand rassemblement aux rives de l’étang de Khom

Dans les deux premiers numéros de la série précédente (Avec les infaillibles), nous avons eu l’occasion de développer quelques aspects de cette crise. Et là, nous avons vu que les musulmans s’étaient scindés en deux groupes:

Le premier très minoritaire, mais inconditionnellement loyaliste croyant que le testament de Khom est une obligation qu’il faut prendre à la lettre et appliquer sans interprétation.

Le deuxième très majoritaire mais fortement divisé sur plusieurs détails. Toutefois il était uni quant à l’interprétation du testament de Khom comme étant une indication et non pas une obligation. C’est-à-dire qu’on pouvait le négliger si’il s’avère contraire aux intérêts communs Cette ligne, qui se veut pragmatique et réaliste, put imposer l’élection d’Abou Bakr comme premier Calife et mettre fin aux ambitions de quelques autres dignitaires de la Médine.

Les loyalistes fidèles au testament de Khom se retournèrent vers leurs nouveau maître et chef spirituel, l’Imâm Ali (psl), pour connaître les charges qui les attendaient.

Après une période de protestation et de mise en garde organisée essentiellement par la Sainte Fatima (pse), fille du Sceau des Prophètes et épouse de l’Imâm Ali (psl), ce successeur testamentaire du Prophète choisit le silence et se retrancha dans sa maison laissant les musulmans face à leur choix.

A mesure que les jours s’écoulaient, les loyalistes se faisaient de moins en moins nombreux. Au début, ils étaient une quinzaine de grandes figures de l’Islam, mais au cours de quelques mois, il n’en resta que quatre qui attendaient toujours les ordres de leur maître Ali Miqdad était l’un de ces derniers fidèles au testament du Prophète. Et ce ne fut qu’après la sortie de l’Imâm Ali (psl) de son isolement pour renforcer l’unité de la communauté, qu’il normalisa ses relations avec le pouvoir mis en place par la majorité des musulmans.

En effet, dès le décès de la Sainte Fatima (pse), l’Imâm Ali accepta de légitimer l’autorité politique du Calife Abou Bakr; et il se consacra à l’enseignement des préceptes de l’Islam à la mosquée de Médine.

En réalité, l’enjeu était si important que l’Imâm Ali se voyait dans l’obligation de légitimer le fait accompli. Force était de constater que l’existence même de la communauté musulmane était sérieusement menacée de toute part par les rebellions des tribus arabes et leur refus de payer l’impôt légal (La zakat) au Calife Abou Bakr.

Ce fut dans ces conditions que Miqdad passa d’un silence opposant à un silence collaborateur Il suivait, pas à pas, la stratégie de son maître Ali; c’est-à-dire, essayer autant que possible de ne pas légitimer le pragmatisme -et encore moins l’opportunisme- sans toutefois déstabiliser l’Etat Islamique.

Ce fut ainsi que Miqdad et les rares fidèles loyalistes inconditionnels allèrent prêter serment de fidélité à Abou Bakr pour, ensuite, se disperser sur les fronts du Djihad pour combattre les mécréants et propager la foi de l’Islam.

Miqdad Le Prédicateur

Miqdad choisit la Syrie pour ses activités futures. C’était un terrain très fertile à la prédication de la foi authentique. En effet, l’occasion de réunir à la foi l’activité militaire (Le Djihad) à celle culturelle (La prédication de la foi), était une motivation suffisante pour un grand apôtre comme Miqdad qui y commença une

nouvelle période de sa vie, riche et active Miqdad se fit rapidement connaître comme étant un grand enseignant du Saint Coran. Sa lecture du livre saint se propagea largement en Syrie

Le long du règne de deuxième Calife Omar, Miqdad continua son silence politique et ses activités culturelles sans, toutefois, reculer d’un seul pas sur son loyalisme et son attachement au testament de Khom.

Miqdad savait bien que les musulmans avaient besoin d’expérimenter un autre mode de gouvernement que celui basé sur l’égalitarisme absolu qui serait appliqué par l’Imâm Ali. Les notables et les dignitaires musulmans préféraient, plutôt, un autre égalitarisme qui leur préservait des privilèges qu’ils croyaient de leur droit. C’était Omar, le deuxième Calife qui concrétisait les aspirations de la caste des << Mouhajirines >> et des <<< Ansares>>: A chacun une subvention annuelle proportionnelle à son ancienneté dans l’Islam et à ses services!

Ces dotations annuelles allaient d’un plafond de douze mille dirhams (Pour Abbas l’oncle du Prophète Get Aïcha sa veuve) jusqu’à cent dirhams pour un gamin ordinaire. Et alors que le revenu d’aisance ne dépassait pas deux mille dirhams, la plupart des Muhajirines et Ansares touchait des dotations annuelles de cinq ou quatre mille dirhams.

Par opposition à ce système de répartition qu’on peut appeler << égalitarisme en castes», l’Imâm Ali n’acceptait qu’un égalitarisme absolu dans lequel il n’y a point de différence entre un nouveau musulman et un ancien << Mouhajir >> ou << Ansar », puisque tout service rendu à l’Islam doit avoir sa récompense dans l’au-delà et non pas par le biais de la trésorerie publique.

Les jours et les événements qui s’y succédèrent n’allaient pas tarder à démontrer les dangers des privilèges accordés par le deuxième Calife.

En effet, les nouvelles de l’enrichissement extraordinaire de plusieurs compagnons du Prophète (pslf) et de leur train de vie comparable à celui des rois et des féodaux de l’époque, parvinrent à Omar et il promit de changer radicalement sa politique de répartition. Mais ce fut trop tard et la mort prit le deuxième Calife de vitesse avant qu’il n’exécutât sa réforme.

La société musulmane était déjà une société de classes lorsque le Calife Omar vivait ses derniers jours. La caste des grands privilégiés ne pouvait permettre un système qui menacerait leurs privilèges; et le successeur de Omar allait se trouvait devant une épreuve difficile.

 

La Dernière Mise En Garde

Lorsque Omar fut assassiné, Miqdad était présent à Médine. Avec la lecture du testament de deuxième Calife, ce grand prédicateur, jusqu’alors politiquement silencieux, se trouva devant l’obligation de lancer une dernière mise en garde à l’élite qui allait élire le troisième Calife.

En effet, le testament de Omar stipulait que les six grandes personnalités dignes de la responsabilité du Califat doivent se réunir pour élire l’un d’entre eux comme troisième Calife. Ces personnalités étaient L’Imâm Ali (psl), Othmane ibn Affane, Abdorrahmane ibn Aouf, Talha ibn Obeydollah, Zoubeyr ibn Awâm et Saâd ibn Abi Waqâs.

Il était visible pour Miqdad et ses amis que seul l’Imâm Ali pourrait sauver la société musulmane d’une grande catastrophe et que, malheureusement, toutes les cinq autres personnalités qui étaient avec lui dans la réunion, s’opposaient à toute réforme sociale. Miqdad décida de rompre son long silence et s’approcha de la chambre de la réunion en criant de toute sa voix: « Si vous prêtez serment à Ali, nous obéirons.  Sous-entendu que si quelqu’un d’autre que Ali serait choisi comme Calife, il y aurait de grand risque de désobéissance et de rébellion.

Ammar ibn Yasser s’approcha à son tour et lança un avertissement analogue, mais l’assemblée des six avait déjà pris une direction irréversible. Celui qui allait être Calife ne devrait en aucun cas opérer un quelconque changement dans la politique de ses deux prédécesseurs et particulièrement la politique des privilèges! L’Imâm Ali refusa cette condition alors que Othmane l’accepta. Le nouveau Calife fut donc Othmane; et les derniers espoirs de rétablir l’égalitarisme de l’Islam du Prophète s’estompèrent définitivement.

Les Dernières Douleurs

Miqdad termina ses derniers jours sans espoirs de vivre la justice de l’Imâm Ali. Les années du pouvoir de Othmane furent un long supplice pour son âme pure: Il fut torturé continuellement par les nouvelles des scandales des gouverneurs de Othmane et les déboires de la majorité des musulmans.

Il fut assommé par la nouvelle de l’agression du grand apôtre Ammar ibn Yasser devant Othmane et sur ses ordres.

Il fut aussi scandalisé par le sort réservé à Ibn Massõud, le grand apôtre, par les proches de Othmane, cet ancien trésorier de Koufa fut insulté et malmené par Othmane pour la simple raison qu’il avait refusé de faciliter un détournement de fond par le gouverneur de Koufa.

La situation sociale devenait de plus en plus insupportable pour Miqdad qui choisit le silence tant que son maître Ali voulait.

À l’âge de soixante-dix ans, Miqdad quitta ce monde pour rejoindre son maître bien-aimé et les siens.

Il était toujours le loyal inconditionnel de l’Islam, de son Prophète et de son successeur contesté pour son égalitarisme. Paix sur l’âme paisible de Miqdad.

Fin