SALMAN DE L’ISLAM
Par:
Chèkib BEBENDIRA
Thèmes sélectionnés par:
- ESSAYED
Fondation Ansariyan
PRÉFACE
PRÉFACE
La fondation Ansariyan a déjà eu l’honneur de présenter une série concernant l’histoire des Ahl- ul-Bayt (paix sur eux) que Dieu a purifiés et élevés au-dessus de toute infamie. L’accueil chaleureux et enthousiaste auquel cette série a eu droit et les encouragement qui nous ont comblés de toute part, et particulièrement de la part de la jeunesse musulmane francophone, nous ont amenés à présenter cette nouvelle série qui se veut complémentaire de la première et qui concerne les fidèles compagnons et apôtres de la noble progéniture prophétique, ceux qui avaient soutenu le Prophète (pslf)¹ et étaient de véritables concrétisations du modèle du croyant dressé par le Saint Coran lorsqu’il les qualifie de: « Ceux qui tiennent bon quant au serment qu’ils avaient prêté à Dieu ».
- Paix et bénédiction sur lui ainsi que sur sa famille purifiée.
En présentant cette série à la bibliothèque du jeune musulman, notre Fondation espère fournir le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce modèle pourra être trouvé dans le comportement exemplaire de ces hommes qui avaient participé à la construction de la gloire de l’islam sur terre, levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour bien de générations.
Puisse cette série contribuer à la noble mission de la construction morale exemplaire du jeune musulman partout où il est appelé à remplir son rôle sublime de sauvegarde et de propagation des bonnes mœurs dans un monde où la nécessité d’un tel rôle se fait de plus en plus sentir. Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.
Fondation Ansariyan
Salman De L’Islam
Dans les numéros précédents, nous avons pu constater que chacune des personnalités étudiées se distingue avec un ou plusieurs traits spécifiques qui ont fait d’elle une illustration et une concrétisation sublime de l’une des nobles qualités morales que l’Islam voulait propager dans toute l’humanité, sans distinction entre les races et les peuples.
Par exemple, Abou Zhar était le porte-parole de la justice sociale Islamique; et Miqdad était une concrétisation parfaite du loyalisme inconditionnel, alors que Hamza le Maître des Martyrs symbolisait bien la force dissuasive etc…
Dans ce numéro, il s’agit de mettre en évidence deux aspects de l’Islam original: D’une part, son internationalisme; et d’autre part, sa capacité de récupération de toutes les religions, doctrines et philosophies qui avaient appelé à la perfection de l’humanité et à la plénitude de sa morale.
Vu l’importance de ce double dimension de l’Islam, le personnage qui la concrétise de la manière la plus spectaculaire, doit -en principe- requérir des qualités exceptionnelles et avoir une biographie hors du commun.
Un tel personnage est naturellement rare dans une société arabe telle que celle de la Mecque ou de la Médine. Et c’est bien Salman Le Persan qui nous offre l’exemple que nous cherchons, et il le fait avec un grand mérite, soit par son comportement avant sa rencontre avec le Sceau des Prophètes, soit par sa vie postérieur à sa conversion à l’Islam.
Rappelons que Salman est l’un des quatre illustres apôtres cités expressément par le Tout Puissant et le Tout Haut dans le célèbre ordre d’amour que nous avons déjà vu précédemment (Numéro 5 et 6).
La première manifestation de cette dimension internationaliste dans la personnalité de Salman fut une véritable leçon de morale qu’il professa dans la mosquée de la Médine devant quelques musulmans arabes encore attachés aux valeurs préislamiques, telle que l’ascendance tribale ou la parenté familiale.
En effet, quelques musulmans arabes, curieux de connaître l’ascendance de Salman mais n’osant pas le vexer, décidèrent d’agir indirectement et de le pousser à parler de son ascendance sans l’embarrasser outre mesure. Ils s’assirent comme d’habitude à la mosquée en attendant l’arrivée de Salman. Enfin, Salman entra, salua le cercle des musulmans et s’assit parmi eux. L’un d’entre eux se précipita
d’entamer l’exécution du plan et se présenta: Je m’appelle tel et j’appartiens à telle tribu. Un deuxième enchaîna aussitôt son rôle et se présenta non sans fierté, on dirait « Le bon vieux temps du tribalisme préislamique !
Voyant son tour arrivé, Salman décida de sauter sur l’occasion pour rappeler à ces musulmans, encore peu familiers avec l’esprit anti-tribaliste et internationaliste de l’Islam, que l’ascendance familiale et tribale n’est plus un titre de noblesse que l’on hérite sans mérite et que le plus noble, en Islam auprès de Dieu, est bien le plus pieux !
Il dit alors:
<<< Je suis le fils de l’Islam.
J’étais égaré mais Dieu, à l’aide de Son Prophète Mohammad, m’a orienté vers la bonne voie.
J’étais pauvre, et Dieu m’a enrichi de Mohammad.
J’étais esclave et Dieu m’a libéré par Mohammad.
Voila donc mon ascendance et mes titres de noblesse. >>>
Evidemment, Salman aurait pu parler de sa noblesse persane préislamique, mais jamais il ne le fit. Il voulait être vraiment le fils de l’Islam, l’homme anobli par l’Islam et enrichi par sa connaissance de l’Islam.
Pour mieux comprendre la valeur de ce grand apôtre, il nous faut absolument jeter un regard sur son passé avant l’Islam, un passé qui regorge de leçons et de morales à retenir par tout homme qui se veut chercheur de la vérité.
Une Jeunesse Extraordinaire
Il n’est pas facile de retracer l’enfance d’un homme qui ne parle que rarement de son passé. Même l’ancien nom de Salman n’est pas sujet d’unanimité: Selon certaines sources, il s’appelait << Mabeh >>, et selon d’autres <<< Rouzbeh >>. De toute façon les deux noms peuvent être traduit par << Heureux >>.
Heureux naquit dans un village aux environs d’Isfahan (En Perse). Sa date de naissance est loin d’être connu, et peu importe aussi l’âge de ce grand apôtre ! Même s’il s’agit d’un mythe, on peut se contenter d’en retenir que ce fut un homme extraordinairement important, puisque seuls les grands hommes de l’histoire sont généralement sujets à de grandes exagérations.
Le père d’Heureux fut -parait-il- un féodal de l’époque et il était un fidèle du zoroastrisme et croyait fermement à la sainteté du << Feu sacré ». Dès qu’il dépassa l’âge de l’enfance, Heureux fut
chargé par son père d’être au service du << Feu sacré ». Ce jeune ne tarda pas de se rendre compte qu’il était en train de bouder sa raison: Un feu peut-il vraiment être sacré alors qu’il a besoin d’être ravivé à tout instant? Rouzbeh devint vraiment l’Heureux! Découvrant cette grande vérité, il ne pouvait plus supporter son 3 entourage et la religion des siens. Il décida d’aller chercher ailleurs, la seconde partie de la vérité.
Ainsi, toute la jeunesse de Salman fut un long périple, au cours duquel, il put atteindre des états d’âme et d’esprit extraordinaires.
Périple D’un Jeune Sage
Un jour, le jeune sage persan découvrit une église. Il y entra pour se renseigner sur le christianisme. On lui indiqua alors la Syrie comme grand centre de cette religion qui était ☑ pourtant celle des ennemis de son pays, souvent en guerre avec les Byzantins. Il fit quand même le voyage, sachant que la vérité dédaigne les divisions politiques et surpasse les différences ethniques. Depuis sa jeunesse, ce jeune sage était internationaliste au vrais sens du terme.
Arrivant en Syrie, Rouzbeh alla tout droit vers la plus grande cathédrale du lieu et y passa une longue période à apprendre les préceptes du christianisme. Le long de son séjour à l’église, il
fut bien au centre d’intérêt de l’archevêque qui investit en lui tout son savoir.
Après de longues années, l’archevêque fut décédé et le jeune sage persan partit vers la ville de Mossoul (En Irak) où il demeura quelques temps. Puis il se dirigea vers Nacibîn où il entendit parler d’un érudit à la ville de Ammouriah. Il s’y dirigea et y demeura le reste de la vie de son archevêque, l’homme tant recherché par Rouzbeh.
Avant sa mort, l’archevêque fit son testament au sage persan qui hérita tout son savoir. Le plus intéressant de ce testament, aux yeux de Rouzbeh, fut la mise en relief du présage annoncé par Jésus 3 (paix sur lui) et qui stipule que le dernier prophète de Dieu allait être envoyé à l’humanité comme messager et réformateur de la vie humaine; et que ce prophète est un homme arabe qui immigre à la Ville des Dattiers. Rouzbeh ne manqua pas de demander à son
professeur les signes caractéristiques du prophète. L’archevêque répondit: «… Π accepte l’offrande, mais jamais la charité; et entre ses épaules se trouve le Sceau de la prophétie… >>>
Esclavage Sur La Voie De Dieu
Après le décès de l’archevêque, Rouzbeh décida de passer le reste de sa vie dans la recherche du salut de son âme, et attendre l’apparition du Sceau des prophètes. Ainsi, il ne ratait aucune occasion pour avancer vers son but. Un jour, le sage persan saisit l’occasion de l’arrivée d’une caravane du Hijjaz (L’Ouest d’Arabie), pour proposer aux caravaniers tous les biens et argent dont il disposait, en contrepartie de consentir à 3 l’amener avec eux jusqu’à Yathrib, la ville des dattiers.
Les caravaniers étant des marchands d’esclaves de la pire espèce, ils sautèrent sur l’occasion pour emprisonner Rouzbeh et le vendre ensuite comme esclave!
Rouzbeh, rebaptisé Salman, fut acheté par un agriculteur juif d’Arabie. Après une période de vaine désolation, Salman se résigna finalement à son sort tout en essayant de tirer le meilleur profit possible de sa nouvelle situation comme esclave d’un juif qui avait des liens de parenté avec une tribu juive de la Médine s’appelant Bani Qoraidha.
La providence ne tarda pas à offrir une bonne occasion à Salman lorsque un cousin de son maître arriva de la Médine. Il fut attiré par la bonne activité et la serviabilité de Salman; et il proposa à son maître de le lui vendre. Salman fut envahi de joie d’entendre l’accord de son maître et crut alors à son prochain salut.
En effet, sa nouvelle appartenance à un juif de la Médine lui offrirait l’occasion de s’ouvrir sur un troisième monde de connaissance: Après le Zoroastrisme et le Christianisme, voila maintenant- la possibilité de voir de très près ce qui restait de l’héritage des enfants d’Israël. 3
Bien initié aux enseignements de Jésus (psl), Salman ne vit aucune raison de se convertir à un Judaïsme défiguré au fil des siècles. Mais, toutefois, il put savoir que le même présage qu’il reçut de son professeur archevêque existe bel est bien dans les textes sacrés des juifs de la Médine. Aussi, plusieurs rabbins juifs ne cachaient-ils même pas leur impatience de voir enfin 3 l’apparition-parmi eux- du Sceau des prophètes qui allait renforcer leur position parmi les arabes polythéistes de la Médine. Paradoxalement, il s’en fallait de beaucoup pour que ces rabbins se doutassent que Dieu allait choisir Son dernier messager non pas parmi eux, mais parmi la plus noble famille arabe de la Mecque, celle des descendants du prophète Ismaïl, l’oncle d’Israël !
Salman passait les jours à attendre la grande nouvelle, celle de l’apparition du libérateur de l’humanité qui allait corriger toutes ses erreurs passées depuis Jésus (psl) et lui tracer le chemin de son salut.
Enfin, ce fut le grand jour tant attendu ! Il entendit son maître parler avec un visiteur. Il s’agissait d’une grande nouvelle à Yathrib Un homme, appelé Mohammad et prétendant être prophète, avait déjà campé à deux miles du centre de Yathrib, dans un lieu appelé Qoba; et plusieurs habitants de la ville s’étaient accourus à sa rencontre.
Salman n’en crut pas à ses oreilles de joie. Il décida de vérifier l’existence des signes de prophétie dont avait parlé son professeur l’archevêque chez ce nouveau arrivant à Qoba.
Les Signes De La Prophétie
Salman se rappela des quatre signes prédits par son professeur. « Voilà le premier signe déjà confirmé! Ce nouveau venu est bien un réfugié que les habitants de la ville des dattiers hébergent et soutiennent chaleureusement ! >>>
Salman attendit la fin de la journée. Dès qu’il fut nuit, il se faufila vers Qoba en prenant soin de prendre avec lui un peu de dattes. Il arriva rapidement chez le Saint Prophète, le salua et lui proposa les dattes comme aumône.
distribua entre ses compagnons sans en manger une ! Salman se dit alors: « Voilà le deuxième signe ! >>>
La nuit suivante, Salman revint chez le Prophète (pslf) et lui proposa encore des dattes, mais cette fois- comme cadeau!
Le Prophète (pslf) accepta le présent de Salman, le distribua entre ses compagnons et en mangea avec eux.
Salman se dit alors : « Voilà le troisième signe ! Entre Salman et la plénitude du bonheur il ne restait pas plus qu’un cheveu: Le quatrième signe qui est le Sceau de la Prophétie !
Bien que cet érudit en fût à la certitude, son esprit méticuleux et sa raison toujours en quête du savoir ne lui permirent pas de se contenter de ces trois signes. Il décida de guetter une occasion pour voir de ses yeux le sceau sacré !
Toutefois, Salman ne perdit pas son temps à attendre vainement puisqu’il n’était pas un homme à oser demander au Prophète de lui faire découvrir ses épaules. Il saisit toute occasion pour fréquenter les musulmans et s’approcher de leur prophète et profiter de son savoir, sublime et dépassant celui de tous les érudits, anachorètes et archevêques qu’il avait eu l’occasion de rencontrer.
La patience de Salman ne tarda pas à lui porter ses fruits. Lors des funérailles de l’un des
musulmans, le Saint Prophète portait un vêtement à deux pagnes dont l’un couvrait son tronc et le deuxième pendait autour de sa ceinture alors qu’il était parmi ceux qui portaient le cercueil du défunt.
Salman s’approcha du Saint Prophète, cria tout haut: «Salut à l’ami des opprimés et des déshérités. » Ceci dit, il fit une enjambée rapide pour se placer tout juste derrière le Saint Prophète Mohammad (pslf) qui connaissait déjà bien Salman et savait parfaitement ce qu’il cherchait, comprit aussitôt le but de son geste, son mouvement et son intention. Puis il décida de mettre fin à la curiosité de Salman, en lui exauçant son vœu intime sans que personne ne se rendît compte !
Le Prophète (pslf) fit un geste rapide par lequel son pagne supérieur fut renversé tout juste l’instant suffisant pour que Salman vit le sceau de la prophétie entre ses deux épaules.
En réalité Salman en fut plus soulagé qu’informé. Son âme gagna enfin sa quiétude, et sa raison la plénitude de la certitude. Il soupira, alors, comme tout bon musulman: Louange à Dieu, Seigneur des mondes !
La Liberté
Dès son adhésion à l’Islam, Salman tint à informer le Prophète (pslf) et ses fidèles de l’histoire de son esclavage.
Ce fut lors d’une réunion à la mosquée de la Médine, le Saint Prophète (pslf) y saisit l’occasion pour mettre en relief un aspect important de l’Islam, en l’occurrence son incitation à racheter la liberté à tous ceux qui en ont été privés. La libération de Salman fut un test pour tous les compagnons du Prophète.
Le maître de Salman, avare et sans scrupule, voyant que les musulmans sont décidés à libérer à tout prix son esclave, leur imposa un prix exorbitant: Planter pour lui trois cents dattiers en plus d’une quantité d’argent au poids d’une livre; sachant que le prix habituel d’un esclave ne dépassait généralement pas cette somme d’argent.
Cet opportunisme du vieux juif ne fit pas reculer Mohammad (pslf) et ses fidèles. Ils exécutèrent les ordres du maître de leur frère de foi Salman pour obtenir sa liberté.
En effet, le dur du travail -c’est-à-dire la plantation- fut accompli sous les ordres et les directives du Saint Prophète qui ordonna à Salman de creuser lui-même
les trois cents petites fosses alors que les compagnons devaient apporter les pousses de palmiers.
Une fois les creux prêts et les plantes apportés, le Saint Prophète les planta lui-même et à chaque fois il récitait une invocation pour qu’elle donnât ses fruits. Le Juif fût alors obligé de l’affranchir. Miraculeusement, toutes les trois cents plantes grandirent et satisfirent l’ancien maître de Salman.
Depuis le jour de sa liberté, Salman ne quitta jamais le Prophète (pslf). Il devint vite l’un de ses plus proches conseillers. Le Prophète (pslf) estimait-en faite- beaucoup sa grande expérience et ses connaissances d’érudits, qualités très rares parmi les musulmans de l’époque.
Avec la libération de Salman le persan après celle de Bilal l’Abyssin et Soheib le Byzantin, l’internationalisme de l’Islam connut sa première concrétisation. Cet internationalisme caractérisa même l’Etat Islamique en tant qu’institution, puisque certaines fonctions furent quasiment monopolisées par certains apôtres non arabes.
En effet, Bilal était le muezzin du Prophète (L’annonciateur de la prière) et Salman son principal conseiller dans la guerre et dans la paix.
Au Conseil De Défense
À mesure que l’Islam se propageait, l’Etat Islamique démontrait sa solidité; et le modèle de la société musulmane, attirait de plus en plus d’admirateurs. Les juifs de la Médine en étaient de plus en plus inquiets et voyaient tout cela d’un très mauvais œil.
Banou Qoraidha, l’une des tribus juives de la Médine, qui avait signé un pacte de défense et de coopération avec l’Etat musulman, entreprit la tâche à la fois- la plus maladroite et la plus sale de son histoire: En toute lâcheté, elle envoya ses émissaires à la Mecque pour inciter Abou Sofiane, son chef, à envahir la Médine !
Pour le convaincre, les émissaires juifs jurèrent devant le chef des mécréants qu’il suffisait à Qoraich et ses alliés de rassembler un grand nombre de combattants et de marcher sur la Médine pour en finir définitivement avec l’Islam et les musulmans. Pour encourager encore plus les mecquois, ils leur donnèrent toutes les garanties que Bani Qoraidha était prête à frapper les musulmans dans le dos le moment où ils s’y attendront le moins !
Bien que les tractations entre Bani Qoraidha et Qoraich fussent absolument secrètes, et les
préparatifs de guerre, fussent sans bruits, le Saint Prophète apprit la nouvelle de la prochaine invasion de Qoraich. Il réunit ses compagnons pour un conseil de guerre. Les nouvelles provenant de la Mecque ayant fait état d’une grande armée de plus de dix mille guerriers alors que la meilleure mobilisation parmi les musulmans de la Médine pouvait réunir à peine un millier de combattants, la situation semblait à la fois critique et nouvelle.
Le Saint Prophète demanda conseil à ses compagnons; mais il était clair que la situation était très problématique à leurs yeux. En fait, les meilleurs d’entre eux se préparaient déjà au martyre ou à un miracle plus éclatant que celui de Badr. Parallèlement, les plus faibles avaient commencé déjà à réfléchir où pouvaient-ils encore trouver refuge !
Par ailleurs, la Médine regorgeait d’hypocrites qui n’avaient déclaré leur conversion à l’Islam que pour préserver, au sein du nouvel Etat, leurs anciennes positions sociales. Ils avaient réussi à dissimuler leur ancienne foi païenne à laquelle ils tenaient toujours. La plupart de ces hypocrites étaient en très bon terme avec les juifs de la Médine et attendaient impatiemment le jour de l’effondrement de l’Etat Islamique. Ainsi, l’existence des juifs de la Médine côte à côte aux
hypocrites constituait un inhibiteur très actif devant tout effort de mobilisation de grandes envergures. pour cela que le Saint Prophète ne pouvait point compter sur plus d’un millier de combattants bien que, numériquement parlant, la Médine pût facilement fournir trois à quatre mille défenseurs s’il le fallait !
La situation était belle et bien critique et le choix défensif s’imposa rapidement parmi l’assistance. Le conseil de guerre se transforma en conseil de défense militaire et civil. Et il y était question seulement de débattre à propos des moyens adéquats pour défendre la ville, et résister au siège !
Ce fut alors que Salman prit la parole et proposa au Saint Prophète d’appliquer une astuce défensive que les Perses avaient l’habitude de pratiquer: Il s’agissait de creuser un large et profond fossé tout autour de la Médine!
L’idée fut singulièrement étonnante et bizarre pour la plupart des compagnons du Prophète qui ne pouvaient même pas imaginer la faisabilité d’un tel projet.
Le Saint Prophète mit fin à la stupeur et à la perplexité de ses compagnons et approuva aussitôt le projet de Salman tout en prenant soin de rappeler à ses fidèles qu’il n’y avait plus de temps à perdre et qu’il fallait à tout prix- éviter les sabotages.
Pour réussir à terme ce projet audacieux, il fallait aux musulmans compter uniquement sur les services des fidèles volontaires et éviter toute mobilisation forcée et obligatoire qui risquait de laisser pénétrer plusieurs saboteurs hypocrites.
Finalement, seulement un millier de musulmans prirent en charge l’exécution de ce projet qui consistait à creuser un fossé long de cinq mille mètres autour de la Médine avec une largeur maximum de neuf mètres et une profondeur de sept mètres environ.
Le Fossé
Pour parfaire l’organisation des travaux, le Saint Prophète chargea chaque dizaine de fidèles de creuser quarante mètres du fossé. Le travail se vit transformé en une véritable épopée dans laquelle s’opposait la bienveillance de la sueur écoulée pour l’amour de Dieu, à la malveillance du temps qui pressait impitoyablement ! En effet, la sueur abondante de ces travailleurs volontaires et on ne peut plus motivés devait tenir tête au temps qui s’écoule froidement et implacablement au rythme de l’avancée des armées polythéistes.
Ce fut bien le mois de Ramadan et les musulmans étaient en jeûne, mais leur enthousiasme et leur endurance dans cette tâche si
pénible et si épuisante n’en étaient nullement altérés, et le travail avançait à merveille. Alors que Salman et son équipe de travail creusaient leur part du fossé, ils furent arrêtés par un grand rocher qui s’avéra incassable. Salman partit à la rencontre du Prophète pour lui demander la permission de contourner le rocher et changer le trajet du fossé. Mais le Saint Prophète préféra résoudre lui-même ce problème, et il y avait bien de raisons pour cela.
En effet, voyant le rocher, le Maître des Créatures ordonna de lui apporter de l’eau et il la versa sur le bloc blanc et intraitable. Ensuite il leva tout haut sa pioche en disant: << Au nom de Dieu », et l’abattit d’un coup sec sur le rocher qui en vit s’effriter son tiers en miettes. Le Saint Prophète s’écria: <<< Dieu est le plus Grand, voilà les clés de la Syrie qui me sont données. Par Dieu, j’en aperçois déjà les palais. >>>
Ensuite, il frappa le rocher une seconde fois. Le second tiers s’effrita -lui aussi 2en miettes, et le Saint Prophète s’écria: << Dieu est le plus Grand, voilà les clés de la Perse qui me sont données. Par Dieu j’aperçois déjà le palais de Madaën (capitale de la Perse). >>>
Finalement, le dernier tiers du rocher ne put lui aussi résister au coup miraculeux du Maître des Créatures qui s’écria alors: << Dieu est le plus
Grand, voilà les clés du Yémen qui me sont données. Par Dieu, j’aperçois déjà les portes de Sanda ».
Ici, la Médine connut le lancement d’un second projet non moins important que celui du fossé. Ce nouveau projet était lui aussi un fossé mais invisible à l’œil nu, bien qu’appréhensible par la raison et l’esprit. Ce fut le fossé entre les croyants et les hypocrites, entre la foi certaine et inébranlable, d’un côté, et l’incertitude de l’incroyance, qui frôle l’incrédulité, d’un autre côté !
Avec les trois présages du Maître des Créatures, les croyants se virent récompensés et comblés d’espoir, quand bien même leur jouissance personnelle de cette récompense était incertaine, alors que les hypocrites se virent à la fois choqués et désappointés. Ils tentèrent vainement de semer le doute parmi les âmes pures des hommes du fossé en disant: «Comment pouvez-vous croire à la conquête des territoires Perses, Byzantins et Yéménites alors que vous êtes en train de creuser un fossé de défense autour de Yathrib?>>>
De telles paroles, bien que démoralisantes et défaitistes, ne pouvaient visiblement rien contre la quiétude confiante et certaine, qui animait les fidèles compagnons du Prophète, le moral au zénith, surtout après le triple présage.
Quand à Salman, il ne s’agissait sans doute- pas d’un regain de confiance ou d’une montée de moral. Sur ce plan, il était un modèle pour ses coéquipiers et peut être pour la plupart des hommes du fossé. Mais le triple présage lui apporta, quand même, un je ne sais quoi de sublime, à travers lequel, il put embrasser les perspectives ambitieuses plus les l’internationalisme Islamique. de
Depuis ce jour, Salman comprit que son peuple allait avoir enfin droit à l’affranchissement et que les siècles d’oppression impériale et féodale allaient bientôt arriver à terme en Perse. C’était avec ce grand espoir que Salman vécut jusqu’au jour où il fut chargé lui-même de concrétiser cet affranchissement historique.
En un mois, le fossé fut creusé, et la Médine prête à se défendre. Entre temps, quelques équipes de fidèles avaient apporté toutes les récoltes des champs et des plantations situées hors de la ville, à l’intérieur; constituant ainsi des provisions considérables pouvant aider les habitants à tenir bon le long du siège.
Enfin, les envahisseurs arrivèrent, mais trop tard pour surprendre les musulmans. Ils furent, du coup, désarmés par la vue du fossé. Toutes les tentatives de traverser cet obstacle se révélèrent vaines et même le champion des arabes
Amre ibn Abdou Ouedd qui put en faire l’exploit, trouva vite la mort dans le célèbre duel qui l’opposa à l’Imam Ali (psl). Finalement, après un moi de siège rigide et pénible pour les musulmans mais totalement stérile pour leurs ennemis, une grande tempête inopinée, réussit à convaincre Abou Sofiane de retirer ses troupes et revenir à la Mecque bredouille, abandonnant, ainsi, Bani Qoraidha à leur sort après leur trahison lâche et impardonnable.
Le Sacre De Salman
Après la levée du siège et le départ honteux des armées polythéistes, les musulmans se retournèrent vers les traîtres de Bani Qoraidha, et leur infligèrent le châtiment que le juge, désigné par eux même, en l’occurrence Saâd ibn Moàdh, ordonna courageusement.
La crise de l’invasion et de la trahison de Bani Qoraidha étant surmontée, les musulmans se rassemblèrent autour du Saint Prophète dans la mosquée, non pas pour chanter et danser comme il est toujours le cas ailleurs qu’en terre d’Islam, mais pour tirer les leçons morale et politique de cette grande victoire.
En effet, ce fut une victoire où les musulmans n’eurent pas à se battre, mais tout simplement- à exécuter méticuleusement les ordres de leur
Prophète, et compter totalement sur l’aide de fut décise de spectaculaire disperser les armées assaillantes après leur avoir lancé la terreur et le désordre dans le cœur et entre les rangs!
Ce fut encore une victoire où l’apport d’une autre civilisation, celui du grand empire de Perse, vint au secours des musulmans arabes très peu connaisseurs en matière de grands travaux Salman joua le rôle d’un pont aérien par lequel un transfert de technologie de guerre de la Perse vers la Médine fut réalisé.
Bien que ce fût la terreur engendrée par des tempêtes inopinées qui joua le rôle décisif dans la dispersion de l’ennemi, la plupart des musulmans réunis dans la mosquée eurent plutôt tendance à mettre cette victoire au compte du fossé ! Et plus précisément, ils regardèrent Salman d’un œil admirateur le considérant comme héros principal de la bataille! Les Ansares crièrent avec orgueil : Salman est des nôtres, nous les Ansares ! », Faisant allusion à l’époque où Salman fut esclave du vieux juif de Médine !
Les Mouhajirines répondirent: « Salman est plutôt des nôtres », Rappelant que Salman n’était pas originaire de la Médine et qu’il était en quelques sortes un Mouhajir!
En fait, les Mouhajirines et les Ansares se disputaient un honneur qui n’appartenait en réalité ni aux uns ni aux autres ! Le Saint Prophète trancha la polémique d’un seul mot qui eleva Salman à un grade auquel- seuls les proches parents de la progéniture prophétique peuvent accéder: « Salman est des nôtres, nous, Ahlul Bayt (Les gens de la maison du Prophète)! Puis il ajouta: «Ne dites jamais Salman Le Persan, mais appelez-le plutôt Salman Le Mohammadien (Al Mohammadi).»
Un Paradisiaque Sur Terre
Le siège de la Médine était suffisant pour mettre en relief la personnalité de Salman et de la faire sortir de l’ombre. Depuis lors, il devint l’un des illustres conseillers du Prophète (pslf) Jamais, il ne ratait les campagnes et expéditions dans lesquelles, son maître bien-aimé participait en personne. Ainsi, Salman fut présent dans toutes les batailles contre les tribus juives ennemies soit à la Médine, soit à Khaybar. Il était en plus l’un des premiers qui furent le serment sous l’arbre appelé serment du « Radhwan >>>; c’est-à-dire serment de ce qui méritaient la satisfaction de Dieu. Salman participa aussi à la conquête de la Mecque, puis à la grande bataille de << Hounaine >>> et enfin, à la grande marche vers << Tabouk >>.
Dans toute cette compagnie avec le Maître des Créatures, Salman était toujours le modèle du fidèle inconditionnel et du conseiller avisé et part et d’autre. Était sans doute, l’éloge le plus remarquable fut celui du Saint Prophète lorsqu’il dit : « Le Paradis S’impatiente d’accueillir trois personnes : << Ali, Ammar et Salman ! ». Ou encore, le célèbre ordre d’amour dans lequel Salman est cité avec Ali, Abou Zhar et Miqdad, et que nous avons vu dans les numéros précédents.
De toute façon, le haut rang de Salman fut, à maintes reprises, confirmé par plusieurs paroles prophétiques. Sur ce point il n’y a aucun litige entre les historiens.
Salman était donc l’un de ces hommes paradisiaques qui vivaient sur terre et constituaient le deuxième aspect de l’argumentation de Dieu devant Ses créatures. En effet, le premier aspect concrétisé par les prophètes et les infaillible élus par Dieu lui-même, ne peut, à ce titre, constituer une argumentation complète pour des humains ordinaires, l’argumentation divine doit sa plénitude à cette catégorie d’hommes paradisiaques qui s’étaient perfectionnés eux-mêmes, et y avaient réussi à merveille!
Bien entendu, le secret de réussite de cette deuxième catégorie d’illustres réside dans leur
loyauté et fidélité inconditionnelles à la ligne des purs infaillibles de la première catégorie.
Contre Le Tribalisme Des Hypocrites L’État Islamique étant fondé par le Saint
Prophète sur des bases foncièrement internationalistes et anti-tribaliste, les hypocrites de tout acabit, avaient toujours visé cette dimension comme cible préférée de leurs attaques, à peine déguisées. À plusieurs reprises, les hypocrites de la Médine avaient tenté de raviver les vieilles rancunes à peine oubliées- entre les deux grands tribus de la ville: les Khazrajs et les Aouss.
Avec la conquête de la Mecque, la société Islamique connut une recrudescence quantitativement considérable du phénomène des hypocrites, surtout avec l’adhésion forcée à l’Islam des « Tolaqa»: Ceux qui avaient été graciées le jour de la conquête de la Mecque et qui comprenaient les plus grandes têtes pensantes de Qoraich dont les plus célèbre étaient sans doute- Abou Sofiane, son fils Mouʿâwiya et son cousin Marwane.
Ces nouveaux hypocrites ne purent en réalité pas supporter la plupart des nobles valeurs de l’Islam. Ainsi, s’ils étaient obligés de se taire quant aux valeurs unanimement admises comme
étant fondamentales, ils concentrèrent leurs actions destructives sur des dimensions de l’Islam moins mises en évidence telles que l’interdiction des tendances tribales et chauvinistes.
En effet, s’il est vrai que le Saint Prophète avait à maintes reprises insisté sur cette noble valeur, comme en disant: « Il n’y a nulle priorité ou supériorité d’un arabe sur un non arabe sauf par la piété ! » Il est tout aussi vrai qu’il était impossible de mater les sentiments préislamiques tribalistes chez la plupart des arabes musulmans, en un laps de temps si court. L’arrivée des gens comme Abou Sofiane à la Médine rendit cet état d’esprit encore plus vif; et des illustres musulmans non arabes se trouvèrent de plus en plus visés par les << Coups bas >> des hypocrites.
Un jour, Salman était en train de discuter avec ses deux frères de foi Bilal l’Abyssin et Soheib le Byzantin quand Abou Sofiane apparut au bout du chemin. Ce vieux retors de la Mecque fut visiblement provoqué de les voir tous les trois dans une ambiance si cordiale. Il leur jeta un regard hautain et dédaigna même de leur adresser le salut fortement recommandé en Islam. Un tel geste étant toujours pris pour une insulte, les trois apôtres décidèrent de donner une petite leçon à l’Hypocrite de Qoraich. Ils dirent alors: « Qu’avaient pris, les épées, de l’ennemi de
Dieu? Abou Sofiane alla raconter la scène à Abou Bakre qui fut facilement provoqué par ses propos fallacieux, et crut un moment que c’était la dignité de toute la tribu de Qoraich qui était en cause! Et il alla protester contre leur geste en leur disant: «Dites-vous donc ceci au grand de Qoraich et son chef? >>>
Abou Bakre ne se contenta pas de ces paroles et alla même se plaindre au Saint Prophète et lui relata toute l’histoire !
Le Saint Prophète fut choqué non pas par les paroles des trois fidèles mais par la réaction de son vieux compagnon Abou Bakre qui venait de démontrer qu’il avait encore beaucoup de choses à apprendre en Islam. Il se retourna vers lui et l’apostropha d’un ton sévère : « Ô Abou Bakre ! Les as-tu mis en colère? Si tu l’as fait, tu as mérité la colère de Dieu ! »
Abou Bakre fut alors très désolé de sa réaction fort maladroite et très précipitée; et il alla rapidement demander pardon aux trois apôtres.
Ce ne fut pas la dernière fois que des compagnons, pourtant vieux, du Prophète, démontraient que certains aspects de l’Islam étaient encore incompris ou mal compris ou même inacceptable à leurs yeux !
Salman Et La Succession
Depuis le pèlerinage d’adieu, la déclaration du testament du Prophète (pslf) à L’étang de Khom, les musulmans furent divisés en trois lignes de pensée:
Les loyalistes inconditionnels fidèles au texte de L’étang de Khom et prêts à l’appliquer à n’importe quelle prix. Salman fut, bien entendu, l’un des plus remarquables chefs de cette ligne qui comprenait un quinzaine de grands apôtres, dont notamment Abou Zhar, Miqdad, Ammar ibn Yasser, Obey ibn Kaâb, Zoubeyr ibn Awam, Ossama ibn Zeyd, Abou Ayoub al Ansari, Abdullah ibn Massoud etc..
-Une ligne de pensée arriviste et opportuniste, celle de ceux qui refusaient la succession de l’Imam Ali, soit p²-(Pour la simple raison qu’elle leur
barrait définitivement la route au pouvoir, soit parce qu’elle assurait la continuité de la politique sociale et économique basée sur la justice et 3 l’égalité, politique amorcée par le Saint Prophète. On trouve dans cette ligne politique, aussi bien des notables de la Médine que des chefs de Qoraich; mais les plus redoutables étaient les nouveaux convertis (Tolaqa) de Bani Omeyya qui voyaient d’un très mauvais œil la prise du pouvoir par leurs rivaux et cousins: Bani Hashim.
L’opposition de ce groupe était d’autant plus influente, qu’il jouissait d’une puissance financière capable de mobiliser tous les hypocrites, les faibles de foi et les mercenaires, dont regorgeait la société musulmane.
-La ligne majoritaire des compagnons du Prophète qui, voulant être pragmatiques ou réalistes, allaient mettre à l’écart à la fois l’une et réalistes, des deux premières tendance sous prétexte d’éviter une apostasie générale de Qoraich.
Dès le décès du Prophète, les arrivistes se rallièrent à la ligne majoritaire pour former un consensus autour de la nomination d’Abou Bakre comme Calife. En réalité, ce choix fut imposé pour la première fois par une minorité de compagnons au Hangar (Saquifa) de Bani Saaïda, puis confirmé par la grande majorité des musulmans.
Au cours de tout ce processus, le grand absent fut Ali (psl) et l’ensemble de Bani Hashim, totalement occupés par les funérailles du Saint Prophète.
Nous avons déjà vu dans les numéros précédents que la protestation de l’Imam Ali (psl) et de ses fidèles loyalistes se poursuivit jusqu’au décès de la Sainte Fatima (paix sur elle) et la recrudescence du fléau d’apostasie collective et de rébellions de plusieurs tribus arabes.
Nous avons vu aussi que, finalement, il accepta de prêter serment de fidélité au nouveau calife. Jusqu’alors Salman refusait aussi de légitimer l’investiture d’Abou Bakre, mais dès qu’il reçut l’ordre de l’Imam Ali de prêter serment au calife, il s’exécuta sans hésitation.
Un Loyaliste Savant
La loyauté de Salman, et son attachement au Saint Prophète (pslf) et à son successeur testamentaire Ali (psl), n’étaient pas simplement des reflets d’une fidélité d’un sujet envers un bon maître. En effet, la science dont Salman était doté, dépassait de loin le niveau de connaissance de ses frères de foi.
Ici, il est peut être nécessaire de rappeler que la connaissance de l’Islam est une science graduelle comprenant des étapes de plus en plus compliquées et de moins en moins ouverte grand public. Force est de constater qu’à un certain stade de la connaissance de l’Islam, la vision du monde et de l’existence peut connaître une transformation radicale d’une telle importance qu’elle devient incompréhensible pour certains. Cette complexité peut se traduire par le fait que les musulmans, au stade inférieur de la connaissance, peuvent très mal interpréter le comportement de ceux du stade supérieur.
Pour illustrer cette réalité qui est, d’ailleurs, commune à la plupart des religions célestes, citons un célèbre hadith (Parole du Prophète): Si jamais Abou Zhar découvrait ce qu’il y a au fond du cœur de Salman, il le méconnaîtrait. >>>
Remarquons ici qu’il s’agit bien du grand Abou Zhar et non pas d’un compagnon ordinaire du Prophète ! Une deuxième illustration s’impose. Cette fois
elle vient de la bouche même de Salman. Bien avant le décès de la Sainte Fatima, et seulement quelques semaines après l’événement de la Saquifa, et lorsque l’Imam Ali fut guidé par force vers la mosquée pour légitimer la nomination d’Abou Bakre comme calife, il était suivi de près d’un petit groupe de fidèles prêts à le secourir s’il en était besoin. Ce groupe contenait entre autre Salman, Miqdad et Ammar.
Alors que Miqdad avait sa main sur son épée tout le long du trajet et regardait l’Imam Ali dans l’attente du moindre signe pour passer à l’attaque, Ammar était visiblement choqué par le spectacle de son maître Ali tiraillé avec insolence par son porte-épée et commençait à se poser des questions auxquelles seul Salman pouvait répondre.
Ammar demanda alors à Salman: << Regarde donc, avec ça, peut-on encore dire qu’il est l’argument de Dieu ! ».
La violence de la scène et le poids de la surprise avait fait visiblement oublier, ne serait-ce qu’un instant, à ce grand apôtre, qui n’était pas pourtant des moindres, que la force, toute la force, résidait dans cette patience de l’Imam Ali et son silence devant la plus grande provocation de sa vie. Salman n’ayant pas oublié un instant cette vérité, rétorqua vivement à Ammar en montrant du doigt le ciel puis la terre: << Bien sûr que oui ! Par Dieu, s’il l’avait voulu, il pouvait renverser
cela sur ceci ! >>> C’était cela donc le loyalisme de Salman: Une connaissance profonde de l’Islam et du rang de
l’argument de Dieu sur terre. Durant le règne des deux premiers Califes, la société musulmane était pratiquement bicéphale : Un pouvoir politique duquel <<< Ahlul Bayt >>>>
furent exclu et un pouvoir religieux et scientifique quasiment monopolisé par Ahlul Bayt et leurs fidèles dont Salman, Ibn Massoud, Obey ibn
Kaâb, étaient les plus remarquables. L’Imam Ali ne manquait aucune occasion pour rappeler à ses disciples et fidèles le rang scientifique de Salman. À maintes reprises, il disait:
Salman est des nôtres, nous Ahlul Bayt.
Salman est comparable à Luqman le sage.
Salman a le privilège d’avoir lu, la plupart des livres saints.
L’Affranchisseur D’Une Nation
La conquête de la Perse est considérée par la plupart des historiens comme le plus grand exploit de deuxième Calife Omar et du chef des armées musulmans de la Mésopotamie, Saâd ibn Abi Waqqas. Rares sont ceux qui se rendent compte que derrière cet exploit militaire, il y avait une réalité d’un poids décisif qui fit la différence entre la conquête de la Perse et celle de la Syrie. Cette réalité peut être résumée dans la collaboration des peuples de l’empire Sassanide avec les armées musulmanes qui étaient accueillies comme des forces de libération et non pas d’occupation. Cette collaboration n’aurait jamais pu être possible sans l’existence de Salman qui était le conseiller et l’interprète du commandant en chef des armées. Salman joua un rôle décisif dans la soumission des différentes villes persanes sans résistance. Il réussissait miraculeusement et à chaque fois, à convaincre les chefs locaux que les musulmans n’étaient pas des conquérants mais plutôt des libérateurs qui allaient affranchir les masses populaires de la
double oppression de la dynastie Sassanide et du corps sacerdotal zoroastriste. Après l’effondrement total de l’empire Sassanide, le deuxième Calife Omar désigna Salman comme gouverneur de Madaen, dernière capitale Sassanide. Salman comprit que sa fonction était fort
délicate et qu’il lui fallait concrétiser la morale magnanime de l’Islam pour attirer les populations vers la religion de Dieu. Ainsi, il était le symbole de la justice Islamique. Très rapidement, les nouvelles de ce gouverneur ascète parcoururent les rues de la ville.
Il touchait cinq mille dirhams comme rémunération mensuelle mais les dépensait en entier sur les pauvres de la ville! Sa vie était -on ne peut plus- simple.
De surcroît, chaque jour il achetait des palmes avec un dirham, en fabriquait des couffins et les vendait à trois dirhams dont il dépensait un dirham sur sa famille, un autre sur la voie de Dieu et avec le troisième, il achetait des palmes pour continuer son travail! Ses vêtements étaient si simples et ordinaires qu’il était impossible de le reconnaître lorsqu’il se mêlait à la foule.
Un jour, un marchand, croyant que le gouverneur Salman était un manœuvre, lui demanda de transporter pour lui quelques
marchandises. Salman obéit sans rien dire et marcha derrière le commerçant. Au passage, plusieurs habitants de la ville reconnurent leur gouverneur et le saluèrent d’un ton respectueux. Le marchand en fut étonné et demanda à un passant qui serait ce pauvre manœuvre ?
Il lui répondit que c’était bien Salman le grand apôtre du Prophète et le gouverneur de la ville. Le marchand, tout confus, pria Salman de déposer les charges qu’il portait et de lui pardonner son ignorance. Mais l’apôtre du Prophète insista à aider le marchand et transporter les charges à leur destination. Le marchand comprit alors qu’il avait affaire à un Saint (Walioullah).
La Fondation De Koufa
Les musulmans, venus à la conquête de l’Irak, comprirent qu’il leur valait mieux éviter d’habiter les villes persanes nouvellement converties à l’Islam. Salman et Hozheyfa fils de Yamane firent une enquête sur le lieu le plus convenable pour fonder une nouvelle ville pour les arabes musulmans. Finalement, ils choisirent la terre de Koufa et recommandèrent au commandant en chef Saâd d’y construire la nouvelle capitale de l’Irak.
D’après ces quelques bribes d’information, on peut déjà comprendre pourquoi l’ensemble des
iraniens se convertirent rapidement à l’Islam alors que la plupart des chrétiens de la Syrie conservèrent leur religion chrétienne. En effet, il y a une grande différence entre la politique sage de Saâd et de Salman qui, évitèrent de provoquer les habitants autochtones et construisent un lieu de résidence pour toutes les armées du Djihad alors que Mouʿâwiya, le gouverneur de la Syrie, occupa les anciennes résidences royales et son entourage Omeyyade se transforma petit à petit en une véritable cour royale.
Bref, les habitants de la Syrie n’avaient pas pu voir la grandeur de l’Islam; et si ce n’était pas l’exil d’Abou Zhar au sud du Liban et la prédication salutaire qu’il avait fait, lui et Miqdad ibn Amre, il n’y aurait aucune raison pour des conversions massives à l’Islam !
Sous Le Règne De Othmane
Tout comme la plupart des bons gouverneurs, Salman fut limogé par Othmane. Ce fut un soulagement pour cet ascète qui désirait passer sa vie entre les lieux saints et les premières lignes du front.
Ainsi, Salman regagna la Médine pour visiter son maître bien aimé puis repartit vers les lignes
du front du Djihad qui était alors à Boulenjord en Caucase.
L’Art Du Défie
Après de longues années de Djihad et de prédication discrète, Salman regagna finalement Madaën pour y passer ses derniers jours.
Il était alors très vieux, mais personne ne connaissait au juste son âge. D’ailleurs, à quoi pouvait-il être utile de connaître l’âge d’un homme dont la vie était un long défit du temps? Ce qui était certain, c’est que Salman avait pu
bien supporter et exploiter sa longue vie! Et dans
l’histoire on trouve très peu de gens qui ont réussi le double exploit de vivre longtemps et ne jamais fléchir.
Salman a su défier le temps en restant loyaliste et internationaliste dans toutes les circonstances:
Chaque fois qu’il s’agit d’exécuter une fonction administrative, il n’oublie point qu’il devait rallier le camp des déshérités et, du coup, il se transforme en un Abou Zhar comme il se doit!
Lorsqu’il s’agissait de bouder un pouvoir Omeyyade injuste, à peine déguisé sous l’habit sacré du Califat, il s’empressait d’enlever les haillons d’Abou Zhar et joindre les premières lignes du front du Djihad, en quête du martyre !
Enfin, lorsque l’âge ne lui permettait plus de porter les armes, il regagna Madaën plutôt que la Médine bien qu’il aurait bien voulu terminer ses jours aux côtés de son maître bien-aimé, de peur que sa présence constituât une quelconque provocation à la suite de Othmane !
Décidément, c’est la loyauté de l’érudit qui s’était combinée au loyalisme de l’apôtre pour donner à l’histoire de l’humanité une si grande personnalité qui maîtrise admirablement l’art de défier les épreuves du temps !
Les Derniers Instants
Les derniers jours de Salman ne furent pas nombreux. Quelques visiteurs purent venir lui faire les derniers adieux et contempler pour une dernière fois le visage d’un proche de Dieu prêt à l’ascension ultime.
Un jour Salman, voyant arriver l’échéance de sa vie, décida de s’apprêter à la rencontre des Anges. Il demanda alors à sa femme de lui apporter une bourse qu’il lui avait demandée autrefois de cacher. Elle lui apporta ce qu’il avait demandé et il s’expliqua:
<< Mon bien-aimé, le Messager de Dieu, m’avait dit: Lorsque tu trouves la mort, tu auras la visite de quelques-uns qui apprécient le parfum et ne mangent pas de nourriture ! ».
Cela dit, le vieil érudit ouvrit la bourse et l’arrosa avec un peu d’eau. Une odeur exquise et agréable remplit alors toute la chambre. C’est alors que Salman demanda à sa femme d’ouvrir la porte. Des instants lumineux, dont seuls Salman et ses visiteurs célestes connaissent le secret, s’écoulèrent et le vieil apôtre ferma les yeux pour partir paisiblement de ce bas monde.
Le Mausolée
Dans une région très visitée par les touristes à cause d’un monument historique en l’occurrence le dernier grand palais Sassanide (Taq Kisra), le visiteur peut encore trouver le mausolée de Salman. Cet édifice est communément appelé <<< Salman e Pak >> (Salman le pur). Ce sont les habitants de Madaën qui l’avaient
appelé ainsi. En effet, pour cette population assoiffée de justice et de morale magnanime après des siècles d’oppression impériale et d’injustice féodale, Salman était le modèle de l’homme parfait et pur qui représentait la plénitude de la perfection morale.
Madaën demeura fidèle à Salman et à ses idéaux. Ce fut de cette ville que le soutien et la sympathie active pour Ahlul Bayt (La progéniture du Prophète) allaient toujours prendre source.
En effet, ses habitants savaient, depuis l’époque de Salman, que l’appartenance à la famille du Saint Prophète n’est pas une question de lien de Sang, mais plutôt une adhésion par conviction et un engagement total sur la voie de Dieu, sous les ordres d’un pur infaillible qui concrétise pour tout musulman la faisabilité de sa tâche.
Bref, Salman était une preuve, pour tous ceux qui voulaient le comprendre, que le chemin ascendant vers la perfection n’est pas hors de la portée des humains ordinaires; et qu’il suffisait de se désintéresser des attractions de ce bas monde pour garantir le sort sublime dont Salman put jouir.
–Fin–